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INFLAMMATION ARTIFICIELLE DU TISSU CONNECTIF

s'hypertrophient d'abord de telle sorte que leurs noyaux, minces et lenliculaires à l'état normal, présentent une forme globuleuse et atteignent un diamètre de 10 à 12 a, et que leur protoplasma devient granuleux et très apparent (e, fig. 48). Bientôt, au bout de quelques heures à vingt-quatre heures, leurs noyaux se divisent ainsi que leur protoplasma, et à la place d'une cellule connective ordinaire on ren-

Fig. 4U. — Ostéite raréfiante intense ou ostéite fongueuse. — a, tissu médullaire embryoniiuire; les lamelles osseuses, fc, sont coupées ii'régulièrement et échancrées en festons sous l'influence de l'activité du tissu médullaire, comme cela a lieu en c. Préparation faite sur un os dc'caicifié par l'acide chromique. — Grossissement de 100 diamètres.

contre deux ou plusieurs cellules embryonnaires qui se disposent en îlots allongés ou en traînées entre les fibres connectives.

Dans les cellules adipeuses, le protoplasma s'accuse, le noyau se divise comme dans le tissu médullaire, la graisse disparaît (il est possible que la graisse entre alors dans de nouvelles combinaisons et ne se révèle plus au microscope), et, la prolifération continuant, chaque vésicule adipeuse est devenue un petit nid de cellules embryonnaires (c, fig. 50).

La prolifération des cellules adipeuses ne s'effectue pas aussi rapi-

dément que celle des cellules connectives ordinaires, et comme, en outre, toutes les vésicules adipeuses ne sont pas modifiées en même temps, on peut en retrouver encore longtemps après le début de l'inflammation, emprisonnées au milieu du tissu embryonnaire.

FiG. 50. ' — Tissu adipciix du cliioii dans une piaio profonde on voie de réparation. — a, a. espaces oconpnnt la place des vésicules adipfuscs dont la graisse, b, a e'té résorbée, et (pii sont remplis par des noyaux de nouvelle formation c, entourés d'un proloplasnia granuleux; e, cellules embryonnaires; v, sccliun d'un vaisseau dont la paroi est foiniéo par des cellules embryonnaires.

Pendant que les éléments cellulaires sont le tliéàtre des modiiications précédemment indiquées, la substance fondamentale libreuse du tissu conjonctif s'imbibe de suc ; les fibrilles en sont moins nettes, puis elles disparaissent complètement par résorption. D'après Rindfleisch, elles subissent une transformation muqueuse. Quoi qu'il en soit, elles se transforment, en dernière analyse, en une substance molle. Les cellules embryonnaires, nées des cellules connectives et des cellules adipeuses, deviennent libres au sein d'une masse amorphe; elles sont d'autant plus nombreuses qu'on se rapproche du corps étranger et de la solution de continuité.

Les fibres élastiques subissent le même sort que les fdires de tissu conjonctif et que la membrane secondaire des cellules adipeuses; seulement on peut voir ces fibres se fraginenter et se réduire en fines molécules qui disparaissent complètement à leur tour.

Les vaisseaux présentent exactement le même aspect que nous avons signalé à propos de la moelle des os; les cellules plates et rési: -

ÉTAT DES VAISSKAUX DANS L'iNFLAMMATION. 105

tantes de la paroi des capillaires sont devenues turgides el molles, et il se fait une multiplication évidente de leurs noyaux.

Chez les batraciens, les produits de l'inflammation expérimentale sont les mêmes que ceux dont nous venons de parler. Ainsi chez la grenouille, lorsqu'on a placé un corps étranger sous la peau, dans le sac lymphatique dorsal, on voit se produire tout autour de lui un tissu gélatiniforme, faiblement adhérent à la paroi du sac et aux filaments nervo-vasculaires qui le traversent. Ce tissu est constitué par des éléments cellulaires doués de mouvements amiboïdes, plongés dans une substance fondamentale peu abondante et molle, qui donne à ce tissu sa consistance gélatineuse.

Si l'on place ce tissu dans une solution de nitrate d'argent à 3 pour 4000, jusqu'cà ce que l'imprégnation se produise à la surface, et qu'ensuite, à l'aide du rasoir, on enlève la couche imprégnée, on obtient des préparations sur lesquelles la substance fondamentale, colorée par l'argent, limite des espaces stellaires ou fusiformes réunis les uns aux autres par des prolongements anastomotiques larges et courte.

Si l'on met sous la peau, comme corps étranger, de la moelle de sureau, on reconnaît que quelques-uns de ces éléments cellulaires ont pénétré dans les cellules de la moelle de sureau par leurs canaux poreux, et que beaucoup d'entre eux y ayant perdu leur vitalité se sont remplis de granulations graisseuses.

Les différents phénomènes inflammatoires que nous venons de décrire sont les plus importants, car ils se rencontrent aussi bien dans les tissus non vasculaires que dans ceux qui contiennent des vaisseaux; cependant on a depuis longtemps fait jouer à la circulation un rôle prépondérant dans l'inflammation, rôle que Gohnheim, par ses expériences, a affirmé de nouveau en y ajoutant des faits sur lesquels l'attention n'avait pas été suffisamment attirée.

Kaltenbrûnner et Wharton Jones avaient étudié les phénomènes d'irritation sur la membrane interdigitale, sur la langue des grenouilles et sur les ailes des chauves-souris, parties transparentes où ils pouvaient suivre au microscope les modifications des vaisseaux, lorsqu'ils avaient irrité ces parties à l'aide d'agents mécaniques ou chimiques. Ces auteurs ne distinguèrent pas les capillaires des artères ni des veines de petit calibre, et ils comprirent dans une même description ce qui se passait dans ces différents ordres de vaisseaux. • Ils virent les petits vaisseaux se contracter d'abord, puis se relâcher. Avec un irritant très fort, le relâchement était presque immé-

diat. La slase sanguine survenait à la suite. Contraction , puis relâchement des vaisseaux, enfin stase sanguine, tels sont les faits qu'il leur fut donné d'observer. C'était simplement le début de finflammation.

Les expériences de Cohnheim sont beaucoup plus décisives. Elles l'ont conduit à expliquer la suppuration par la sortie des globules blancs à travers les parois des vaisseaux. La migration des cellules lymphatiques dans le tissu conjonctif, et en particulier dans les lacunes de la cornée, était parfaitement connue. Recklinghausen l'avait établie de la façon la plus nette, et déjà la suppuration avait été interprétée par lui comme le résultat de la migration des cellules lymphatiques. Waller avait également observé la migration des globules blancs à travers les parois des vaisseaux; mais on n'avait pas prêté à ses observations une attention suffisante, et c'est en réalité à Cohnheim que revient l'honneur d'avoir posé la question.

C'est sur le mésentère de la grenouille qu'on observe le plus facilement la sortie des globules blancs à travers la paroi des vaisseaux. L'animal étant complètement immobilisé par l'injection de deux gouttes d'une solution de curare au millième, on incise la paroi abdominale sur un de ses côtés, puis au moyen d'une pince on amène l'intestin au dehors, et Ton dispose le mésentère sur un porte-objet préparé à cet effet (i).

Le mésentère étalé permet de voir la circulation du sang dans les artères, dans les veines et dans les capillaires. Dans les artérioles, le sang circule rapidement en s'éloignant du cœur, et les pulsations cardiaques s'y font sentir encore. Dans les veines, le cours du sang est continu et il se fait en sens contraire. Dans les capillaires, le cours du sang est très irrégulier; il s'arrête, puis il reprend sa marche et quelquefois, dans un même capillaire, suivant un sens opposé à sa première direction.

Chez les grenouilles curarisées, la circulation est tellement active, qu'au début de l'expérience les globules rouges passent assez rapidement pour qu'il soit difficile de les distinguer. Au contact de la

(1) Ce porte-objet est constitué par une lame de liège présentant une ouverture circulaire. La grenouille est placée sur le dos, sur cette lame de liège. Sur les bords de l'ouverture circulaire on fixe avec des épingles un petit tambour en liège coupé dans un bouchon et percé suivant son axe. Ce disque est placé plus ou moins haut suivant la grosseur de la grenouille. L'anse intestinale amenée au dehors est étalée sur le Lord du disque de liège qui présente une rainure telle, que l'intestin est immobilisé et que le mésentère est tendu au-dessus de l'ouverture du disque. (Voy. Traité technique d'histologie, p. 604.)

EXPÉRIENCES DE COHNHEIM SUR LA DIAl'ÉDÈSE. 107

paroi interne des vaisseaux, quelques glolDules rouges et un grand nombre de globules blancs ralentissent leur marche, et beaucoup de globules blancs restent immobiles. Cette immobilité des globules blancs le long de la paroi vasculaire, que Poiseuille avait rapportée à l'existence d'une couche adhésive, s'observe très bien deux ou trois heures après le début de l'expérience; elle est due à ce que les globules blancs ont émis des expansions amiboïdes au moyen desquelles ils se sont fixés à la paroi vasculaire. Leur irritabilité est d'autant plus en jeu que l'expérience se continue et que le mésentère est depuis plus longtemps en contact avec l'air.

Ces globules, situés le long de la paroi vasculaire, sont accolés à cette paroi; le courant sanguin les refoule et les y applique. Quelquefois la force du courant détache quelques-uns d'entre eux et l'on voit, lorsqu'ils sont devenus libres, qu'ils présentent la forme d'une grenade ou bien qu'ils sont hérissés de crêtes ou dépiquants au point où ils étaient en contact avec la paroi vasculaire, tandis que leur surface est lisse dans le reste de leur étendue. Ces petits prolongements amiboïdes reviennent sur eux-mêmes lorsque les globules blancs sont rentrés dans la circulation.

Mais beaucoup d'entre eux, dans les petites veines aussi bien que dans les capillaires, s'insinuent dans les tuniques vasculaires et les traversent pour s'engager dans le tissu conjonctif, dans une gaine lymphatique, ou pour devenir libres à la surface de la séreuse.

Quelques heures après le début de l'expérience, on peut voir les diverses phases de la sortie des globules blancs. En portant son attention sur la coupe optique d'un vaisseau, on trouvera, faisant saillie dans son intérieur, une série de globules de dimension différente : les uns reliés à la paroi par un faible pédicule, sont piriformes ; d'autres sont fixés par une large surface et sont hémisphériques. Ce sont ces derniers qu'on devra surtout examiner si l'on veut suivre la migration. La partie qui fait saillie à l'intérieur, tout en restant arrondie, diminue progressivementjusqu'à figurer simplement un point brillant. Puis ce point disparaît à son tour. En dehors et en même temps apparaît et augmente une petite masse irrégulière munie de prolongements variés qui se répandent à la surface externe du vaisseau et dans le tissu connectif. La portion intravasculaire du globule en migration est régulière et sphérique; sa portion extérieure est amiboïde.

Pour pouvoir plus facilement suivre la migration des cellules, il est utile de les colorer, ainsi que l'a fait Cohnheim, à l'aide de substances finement pulvérisées, le bleu d'aniline par exemple, dissous d'abord

dans l'alcool, puis précipité par l'eau. On injecte cette substance dans le sac lymphatique dorsal d'une grenouille. Lorsqu'un globule blanc, ayant englobé ces particules colorées, se trouve accolé à la paroi d'un vaisseau et qu'il la traverse, les grains colorés qu'il contient peruiettentde le suivre facilement.

Quand les globules blancs ont franchi la paroi d'une veinule ou d'un capillaire, le trajet qu'ils y ont creusé persiste un certain temps. Il est impossible de le reconnaître dans les vaisseaux du mésentère, la circulation poursuivant son cours. Mais si, après qu'ils ont été le siège d'une diapédèse abondante, on les imprègne d'argent, leur paroi présente entre les cellules endothéliales de nombreuses ouvertures connues sous le nom de stomates.

Ce fait étant connu, on comprend comment la diapédèse des globules blancs peut être accompagnée de celle des globules rouges. Il ne s'agit plus alors d'une migration active, mais d'un transport passif des globules rouges.

Lorsqu'un globule rouge s'engage dans un stomate, il s'allonge et, lorsqu'il arrive au dehors, il offre la forme d'un bissac, la partie étranglée se trouvant dans la membrane vasculaire, tandis que ses deux parties renflées se montrent l'une au dehors, l'autre au dedans du vaisseau.

L'issue des globules rouges est déterminée par la pression latérale du courant circulatoire; aussi arrive- t-il souvent que ces globules se déchirent et forment des granulations arrondies que l'on reconnaît à leur réfringence et à leur coloration spéciales.

La diapédèse des globules rouges, que l'on constate au moins aussi facilement que celle des globules blancs, et que Stricker avait observée avant Cohnheim, explique pourquoi on rencontre toujours des globules rouges épanchés dans les produits de l'inflammation.

La diapédèse des globules blancs et des globules rouges ne doit pas être regardée comme appartenant uniquement à Tinflammation. Elle existe à l'état physiologique, ainsi qu'on peut l'observer sur la membrane interdigitale d'une grenouille qui n'est soumise à aucune irritation. C'est à elle qu'il faut rattacher la présence des globules blancs dans les mailles du tissu conjonclif ; c'est à elle qu'on doit attribuer l'existence de globules rouges en quantité assez considérable dans la lymphe elle-même, dans la lymphe contenue dans le canal Ihoracique, par exemple.

MIGRATION DES CELLULES LYMI'IIATIQUES. 109

Lîuliapédèso des globules blancs étant un phénomène physiologi([i,ie, ne saurait à lui seul caractériser l'inflammation, ainsi que Cohnlieim l'a soutenu d'abord. Mais l'inflammation n'est pas un phénomène spécilique. On doit la considérer, ainsi que nous l'avons déjà dit, comme l'exagération des phénomènes physiologiques, exagération dans la nutrition et dans la formation des éléments cellulaires et exagération dans la diapédèse. Celle-ci caractérise si peu l'inflammation, que cette dernière peut se produire dans des tissus qui ne contiennent pas de vaisseaux, les cartilages, les revêtements endothéliaux et la cornée, et parmi ces tissus il en est même, comme les cartilages, où la migration ne saurait se produire.

Dans la cornée, ou peut expliquer par la migration le trouble et la suppuration qui surviennent dans l'inflammation artificielle de cette membrane par une plaie ou une cautérisation au nitrate d'argent, par exemple. C'est ce que Recklingausen avait fait dans un travail important que nous avons cité plus haut.

A l'état physiologique, la cornée contient, à côté des cellules plates qui sont fixes et interposées aux éléments fibrillaires, un nombre variable de cellules lymphatiques qui cheminent dans les interstices de cette membrane. Chez la grenouille, vingt-quatre ou quarantehuit heures après y avoir pratiqué une cautérisation avec un crayon de nitrate d'argent, on constate que le nombre des cellules migratrices s'y est accru dans une proportion considérable. Aujourd'hui Cohnheim soutient que toutes ces cellules migratrices viennent du sang, et il en donne comme preuve l'expérience suivante : Lorsqu'on a injecté dans les sacs lymphatiques de la grenouille du bleu d'aniline insoluble dans l'eau, et que cette substance a pénétré dans les globules blancs, la cornée étant enflammée artificiellement, on y constate la présence de globules blancs chargés de bleu d'aniline. Mais il est facile de voir, ainsi que nous l'avons établi, que dans l'inflammation expérimentale de la cornée il survient une prolifération des cellules fixes, et que celles-ci peuvent alors acquérir des propriétés semblables à celles des ceHules lymphatiques.

En résumé, les cellules lymphatiques ou les globules de pus qui infiltrent la cornée enflammée sont bien pour la plupart, comme le soutient Cohnheim, des cellules migratrices venues du sauQ-, mais à ces dernières peuvent s'ajouter des cellules jeunes qui proviennent de la prolifération des cellules connectives de la membrane.

Sous l'influence de sa belle découverte, Gohnheim a cru expliquer par la diapédèse toute l'inflammation, mais il importe, tout en lui rendant pleine justice, de ne pas perdre de vue le rôle si important de l'activité et de la prolifération des cellules dans les phénomènes inflammatoires.

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