NÉOFORMATIONS INFLAMMATOIRES. SUPPURATION
Si rinflammation est plus intense, le tissu ancien est détruit et se transforme en un tissu embryonnaire : ce n'est plus alors une hyperplasie, mais une hétéroplasie inflammatoire (1).
L'anatomie pathologique humaine concorde absolument avec ce que nous a appris l'étude expérimentale de l'inflammation. Le processus se déroule dans l'ordre suivant : Hypertrophie du noyau. — Division du noyau. — Augmentation, puis division du protoplasma. — Destruction des fibres ou de la substance fondamentale. — Cotistitution du tissu embryonnaire. — Formation de vaisseaux nouveaux. Nous ne reviendrons pas ici sur tous ces faits ; nous devons seulement traiter avec les détails qu'ils comportent la suppuration, la néoformation des vaisseaux, les bourgeons charnus, la cicatrisation et les dégénérescences consécutives à V inflammation.
Ces dégénérescences surviennent lorsque le tissu embryonnaire prolifère avec beaucoup d'activité, et que les cellules se multiplient et s'accumulent sans que la formation nouvelle de vaisseaux marche parallèlement.
A. Suppuration. Globules de pus. — Les cellules lymphatiques sont semblables aux cellules embryonnaires, à tel poin' qu'il est impossible de distinguer les unes des autres. Lorsqu'elles sont vivantes et possèdent des mouvements amiboïdes, elles offrent des noyaux dont la forme irrégulière est en rapport avec les pressions exercées par le protoplasma de l'élément. A l'état de repos ou lorsqu'elles sont mortes, elles contiennent un noyau arrondi ou ovalaire, rarement deux noyaux. Tant que la division du noyau et l'apport de matériaux nutritifs s'effectuent bien, une cellule donne régulièrement naissance à deux cellules semblables à elle-même, et, tant que l'hyperplasie est active, les cellules à plusieurs noyaux ne sont pas en très grand nombre. Mais si les matériaux nutritifs n'arrivent plus, la division des noyaux peut continuer à s'efîecluer, mais les cellules ne se divisent pas. Aussi voit-on ces cellules contenir deux,
(1) Comme exemple, d'hétéroplasie inflammatoire, il n'y en a pas de plus frappant quR celui des bourgeons charnus qui présentent à peu près la même constitution, quel que soit le tissu qui leur ait donné naissance (peau, membranes synoviales, os). Bichat, qui considérait les bourgeons charnus comme essentiellemept formés de tissu cellulaire et qui comparait les tissus de Torganisme aux corps simples de la chimie, ne pouvait concevoir queces bourgeons pussent provenir du tissu osseux, et il admettait la présence du tissu cellulaire dans les os.
trois, quatre ou cinq noyaux de petite dimension. Elles constituent alors des globules de pus véritables, qui ne diffèrent des cellules embryonnaires que par le nombre et la dimension de leurs noyaux. Dans le pus récemment formé, quelle que soit son origine, à côté de cellules à plusieurs noyaux ou globules de pus, on en trouve constamment qui ne présentent qu'un seul noyau.
Les globules de pus ne sont donc autre chose que des cellules embryonnaires dont la vitalité est diminuée, si elles n'ont pas cessé complètement de vivre. L'atrophie des noyaux est constante dans les éléments qui meurent ou s'éliminent, par exemple dans les cellules de la couche cornée de l'épiderme.
Les globules de pus peuvent exister en grand nombre dans un tissu, sans que leur présence se révèle à l'œil nu par les caractères physiques du pus.
C'est ainsi que le tissu des bourgeons charnus en renferme ; c'est ainsi que le mucus et le liquide des membranes séreuses en contiennent un plus ou moins grand nombre à l'état normal. Dans le pus dit bien lié et opaque, laiteux, il y en a un nombre considérable, tandis que le pus séreux en renferme moins.
L'apparence puriforme d'un liquide tient à ce qu'il contient un grand nombre de corpuscules solides libres et petits. Ainsi, la crème •du lait est opaque comme du pus, parce qu'elle renferme beaucoup de corpuscules graisseux; le liquide puriforme des trompes utérines après la mort, celui des papilles rénales et du rein dans les mêmes conditions, le mucus intestinal, peuvent n'offrir que des cellules épithéliales et cependant ressembler absolument à du pus.
Les caractères physiques et chimiques des globules de pus sont lies, suivants :
Ils ne présentent pas de membrane cellulaire, et ne sont constitués
l'iG. hi. — Globules du pus. —a, vus dans un liquide neutre ; b, vus après l'action de l'eau on de l'acide acétique; c, globules vivants présentant des mouvements amiboïdcs.
que par une masse de protoplasma et des noyaux. A l'état frais et dans le liquide qui les baigne, ils apparaissent comme une masse