‹ Manuel d'histologie experimentale (volume 2)Chapitre 49 sur 199 · CICATRISATION DES PLAIES · texte numérisé non relu

CICATRISATION DES PLAIES

La quantité des globules de pus emprisonnés est variable suivant la période de l'évolution des bourgeons et suivant les variations de l'élat patholoE'ique général et local du sujet. Au début, les globules de pus sont abondants ; plus tard, si les bourgeons sont ronges et de bonne nature, ils sont en nombre plus restreint. Quand les plaies ont une marche incertaine, lente, que l'état général des malades est mauvais, que les bourgeons deviennent gris, qu'ils sont dits de mauvaise nature par les chirurgiens, alors ils renferment beaucoup de globules de pus.

Tant que les bourgeons charnus contiennent des globules de pus, ils en sécrètent à leur surface, pour employer une expression vieillie, mais qui exprime bien ce qu'on voit. Par quel mécanisme ces globules de pus se trouvent-ils à la surface des bourgeons? Sont-ils simplement produits à leur superficie ou cheminent-ils de la profondeur à la surface? Jusqu'à présent on n'a pas de preuve directe de la migration dans l'intérieur même des bourgeons charnus; mais, d'une part, on a la preuve de la migration des cellules dans les tissus eiillammés, et, d'autre part, la sécrétion du pus est assez abondante en peu de temps pour faire supposer que les éléments cellulaires cheminent, soit à l'aide de leurs mouvements amiboïdes, soit sous l'influence du courant liquide qui des capillaires s'établit dans le bourgeon jusqu'à sa surlace. Ce liquide transsude des vaisseaux, emporte et balaye sur son passage les éléments libres qu'il rencontre. L'expérience suivante nous semble démontrer ce fait : lorsque, après avoir bien nettoyé une plaie on l'irrite en y mettant du chlorure de sodium ou en approchant d'elle un fer chaud, on voit suinter une rosée de gouttelettes liquides à sa surface. Dans ce liquide il y a des globules de pus, évidemment entraînés par lui.

A mesure que la cicatrisation s'avance, le pus se tarit et il ne s'en forme plus à l'intérieur des bourgeons. La substance intercellulaire de ces derniers se condense et des fibrilles de tissu conjonctif s'y développent. Leur tissu s'organise en tissu fibreux qui subit un retrait en vertu duquel ils s'affaissent. Les bourgeons voisins, en contact les ans avec les autres, se soudent, et leurs vaisseaux communiquent. Ils forment ainsi une membrane continue.

D. Cicatrisation des plaies. — Une plaie peut se réunir par première intention, par seconde etmême par troisième intention. La cicatrisation consiste essentiellement, dans tous les cas, dans la forma-

tion, entre les bords de la plaie, d'un tissu embryonnaire qui passe successivement à l'état de tissu adulte.

A la suite d'une solution de continuité traumatique, les vaisseaux coupés donnent lieu à une hémorrhagie qui s'arrête bientôt : le sang se coagule dans les capillaires qui ont été divisés, jusqu'aux premiers capillaires collatéraux. Le sang continue à circuler dans le réseau resté perméable. Les bords de la plaie subissent une irritation formative qui aboutit à combler de tissu embryonnaire la perte de substance.

Les capillaires restés perméables présentent des lésions que nous avons déjà indiquées, la prolifération de leurs cellules et le ramollissement de leur paroi. De nouvelles anses capillaires, parties des anciens vaisseaux modifiés, avancent leur partie saillante vers la plaie et marchent au-devant delà convexité d'anses semblables venues du côté opposé. Si les bords de la plaie sont maintenus au contact, une communicatioQ vasculaire s'établit ainsi. Alors, dans ce tissu embryonnaire qui fait disparaître la solution de continuité, les cellules s'organisent, prennent la forme des cellules connectives vraies ; la substance fondamentale devient bientôt fibi'illaire, et elle acquiert une consistance aussi grande que celle des tissus anciens.

Tel est le mécanisme de la réunion par première intention. Bien qu'une plaie de ce genre se réunisse très vite, il n'y a pas une simple soudure, comme certains auteurs sont portés à le croire. En effet, les plaies les plus simples guéries par le mécanisme de la première intention laissent des cicatrices indélébiles, bien qu'elles soient peu apparentes.

Dans la réunion par seconde intention, les bourgeons charnus commencent par végéter sur la plaie dont les bords ne peuvent être maintenus unis. Ces bourgeons, qui sont bien formés vers le sixième ou le huitième jour, constituent une membrane bourgeonnante dont les vaisseaux s'anastomosent d'un bourgeon à l'autre. Lorsque tous les bourgeons sont bien soudés entre eux, la cicatrisation s'opère par la transformation du tissu embryonnaire en tissu conjonctif, comme dans le cas précédent. Le mécanisme intime est le même absolument dans les deux cas; dans le second, la cicatrisation est plus tardive parce qu'il faut que les bourgeons aient grossi, qu'ils aient comblé la perte de substance et qu'ils se soient soudés les uns aux autres. On est exposé alors à voir ces bourgeons s'infiltrer de pus et devenir gris, ou au contraire végéter de

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