CHAPITRE III
TUMEURS DONT LE TYPE SE TROUVE DANS LES DIFFERENTES VARIÉTÉS DU TISSU CONJONCTIF
1'='^ Genre. — Myxome.
Définition. — Les myxomes sont les tumeurs formées par du tissu muqueux. Leur définition est donnée par celle du tissu muqueux lui-môme. Celui-ci forme le cordon ombilical; il persiste seulement chez l'adulte dans le corps vitré, mais on le retrouve chez l'embryon dans diverses parties du corps.
Les myxomes, séparés par Virchow des autres tumeurs, faisaient partie du groupe complexe des tumeurs colloïdes à une époque où l'on donnait volontiers aux tumeurs un nom fondé sur leur apparence la plus grossière.
Le tissu muqueux, chez l'embryon, s'observe dans une des premières phases de développement du tissu connectif et du tissu adipeux. Les tumeurs qui en sont constituées ont, par conséquent, leur place marquée entre les sarcomes formés par le tissu connectif embryonnaire et les tumeurs constituées par le tissu conjonctif parfait.
A l'état physiologique, le tissu muqueux se présente sous deux formes : i° des cellules rondes sont isolées au milieu d'une substance fondamentale muqueuse; 2" des cellules étoilées et anastomosées sont disposées au milieu de la même substance.
Il est rare que les myxomes présentent l'une ou l'autre seulement de ces formes, et nous n'avons jamais observé la première à l'état isolé dans les tumeurs.
Description des biyxomes. — Les myxomes sont des tumeurs gélatiniformes, tremblotantes, parcourues par des vaisseaux faciles à voir et à isoler. Quand on les racle, on obtient un liquide semblable à une solution de gomme arabique ; ils ne contiennent jamais de suc laiteux. Dans le liquide ainsi obtenu, on trouve des globules rouges du sang, car on a exprimé le contenu d'un certain nombre de vais-
CORNIL ET RANVIER. I. 12
seaux sectionnés, et des cellules variées de forme, rondes, anguleuses, allongées en fuseau, munies quelquefois de prolongements, possédant un ou plusieurs noyaux, toutes pâles et à contours mal indiqués, parce qu'elles sont vues dans une substance presque aussi réfringente qu'elles-mêmes. C'est ce qui a fait dire jadis que les tumeurs colloïdes n'avaient pas d'éléments cellulaires.
Le tissu peut en être étudié sur les pièces fraîches : après une première section de la tumeur, la surface sectionnée se gonfle en dos d'âne; on l'aplanit par une seconde section, et la partie enlevée, bien qu'épaisse à son centre, est assez mince à ses bords pour être soumise à l'examen microscopique.
On y voit d'abord un réseau de vaisseaux capillaires à larges mailles, contenant des globules rouges, et sur la paroi desquels les noyaux, et même les cellules endothéliales de leur face interne, peuvent être bien appréciés. Dans les mailles vasculaires le tissu rauqueux présente de grandes cellules pâles, fusiformes ou anastomosées par de nombreux prolongements. Il y a toujours, outre ce réseau cellulaire, des cellules rondes et petites, sans aucune connexion avec leurs voisines, situées au milieu du liquide muqueux. Le réseau des cellules est rendu très apparent par l'addition d'une solution d'iode ou de picrocarminate d'ammoniaque. En outre de ces éléments, on rencontre très souvent dans la masse morbide des fibres élastiques et des cellules adipeuses.
Tels sont les caractères généraux des tumeurs de ce genre.
Espèces et variétés du myxome. — Les espèces qu'on peut y établir sont :
1" espèce : Le myxome pur. — ^II est composé de cellules arrondies ou stellaires plus ou moins grandes et de vaisseaux situés dans une substance muqueuse.
2" espèce : Le myxome contenant une ciuantité considérable de fibres élastiques (fig. 76).
3'' espèce: Le myxome lipomateux. — Les cellules adipeuses, isolées ou disposées en groupes au milieu du tissu muqueux, sont souvent si abondantes, qu'on soi-a parfois embarrassé pour savoir si 'on a affaire à un myxome ou à un lipome. Cette distinction es*, du teste, presque inutile, car le lipome myxomateux et le lipome pur
MYX05IE KYSTIQUK. 179
sont 1res voisins ;ui point de vue de leur constitution histologiquc et ils présentent la même bénignité {i\g. 11).
Outre ces trois espèces, qui se définissent d'elles-mêmes, et dont la description n'exige pas de détails plus circonstanciés, les myxomes subissent parfois des modifications nutritives qui sont les suivantes :
a. Les vaisseaux, mal soutenus par un tissu presque liquide, peu-
FiG. 7G.
Coupe d'un myxome coiitenaiil des fibres élastiques : a, collides éloilo'es et anastomosées; h, fibres élastiques.
vent se laisser distendre et même se rompre; accident qui, du reste, est moins fréquent dans ces tumeurs que dans les sarcomes, parce que la paroi de leurs capillaires est plus solide. Ces accidents caractérisent le myxome télangiectasique et hémorrliagique.
h. Les éléments cellulaires du myxome subissent parfois une transformation muqueuse ou colloïde, ce qui paraît étonnant au premier abord, puisque ces tumeurs sont toujours essentiellement muqueuses.
Mais il ne faut pas oublier que dans les myxomes vrais, la substance intercellulaire seule est muqueuse et que les cellules placées dans son sein sont des cellules connectives ordinaires. Elles ne sont pas aplaties parce que, étant plongées dans une masse liquide, elles sont également comprimées dans tous les sens. Elles sont formées par une masse de protoplasma active, elles contiennent un ou plusieurs noyaux, et sont sujettes à la dégénérescence muqueuse ou colloïde comme tant d'autres éléments cellulaires. Lorsqu'elles ont subi cette dégénérescence, elles se désagrègent, forment, un détritus, cl à leur place, il n'existe plus qu'une masse muqueuse contenue dans
DES TUMEUnS.
un pseudo-kyste. Il survient alors fréquemment des ruptures vasculaires, et il s'ajoute, à la substance contenue dans les kystes, une quantité plus ou moins considérable de sang qui subit les régressions habituelles en pareil cas. La dégénérescence colloïde des cellules du myxome est le plus souvent accompagnée d'une dégénérescence graisseuse qui concourt pour une forte part à déterminer la mort des élé-
FiG. 77. — Coupe d'un myxome lipomateux. Les cellulo3,dc tissu muqucux se rempîiisciit de graisse a, cellule normale; b, une cellule avec une gouttelette graisseuse; c, cellule complètement remplie. — Grossissement de 250 diamètres.
ments cellulaires. Lorsque, dans un myxome, il s'est formé des pseudo-kystes sous Finiluence des dégénérescences et des hémorrhagies, la couleur et la consistance de la masse morbide sont extrêmement variées, si bien qu'on ne peut en faire le diagnostic qu'à l'aide du microscope. On désignera cette variété de myxome sous le nom de myxome kystique.
c. Les myxomes des muqueuses sont souvent papillaires, pédicules et sous forme de polypes. Tels sont les myxomes des fosses nasales connus sous le nom de polypes muqueux. Ces polypes, développés dans le tissu cellulaire de la muqueuse pituitaire, sont recouverts des cellules cylindriques à cils vibratiles de cette muqueuse. Lorsqu'ils font saillie au dehors, ils présentent souvent, de distance en distance, des tubes glandulaires plus ou moins hypertrophiés. Le tissu muqueux des polypes des fosses nasales est très sujet à la dégénérescence graisseuse et à des hémorrhagies interstitielles.
Une variété de myxomes papillaires des plus singulières est four-
INFLAMMATION DES MYXOMES.
nie par les môles hydatiqucs ou myxome hydatiforine du placenta. Ces môles sonL formées par des masses de lissu muquciix (fig. 78), arrondies ou pyrifoinies, de volume très variable el reliées en grand nombre les unes aux autres par des portions de villosités placentaires qui n'ont pas subi la transformation myxomateuse. Les masses arrondies de ces môles subissent babitucllemcnt, lorsqu'elles atteignent un certain volume, la dégénérescence graisseuse, et alors elles deviennent opaques. On y observe aussi quelquefois des hémorrhagies interstitielles.
d. Les myxomes, lorsqu'ils sont situés superficiellement, sur-
FiG. 78. — Myxome hydaliforme du placenta, flg-ure empruntée a )a l'atliolo'iie des tuniétt^'i de Vircliow et dessinée de grandeur naturelle
tout lorsqu'ils se présentent sous forme de polypes, pe.ivent s'enflammer et s'ulcérer. Il s'y produit alors une grande quantité de cel-
Iules embryonnaires et de globules de pus, de la même façon que dans tout tissu enflammé.
e. Notons encore qu'ils peuvent se gangrener en totalité ou en partie.
Le siège des myxomes est variable.
On vient de voir qu'ils se développent quelquefois dans le placenta pour constituer les môles hydatiformes de cet organe. Chez les embryons et les enfants nouveau-nés, on rencontre aussi quelquefois sur le cordon ombilical qui, lui-même, est constitué, comme on le sait, par du tissu muqueux, de petites productions myxomateuses mal limitées et formant à la surface du cordon ombilical une petite saillie; mais c'est à peine si le nom de myxome peut leur être appliqué. On doit néanmoins les désigner de ce nom, car on en trouve qui ont le volume d'un œuf de pigeon, et entre ces extrêmes on observe tous les intermédiaires.
Les myxomes sont assez fréquents dans le tissu cellulaire sousciilané.
On les rencontre aussi dans les muscles, où ils se développent aux
FiG. 79. — Faisceaux miisRulairos très atropliiés obtenus par la dissociation il'un myxome développé Jans le niassélcr : A, A faisceaux primitifs contenant des noyaux N; H, l'un de ces faisceaux arrivé au dernier terme de l'atropliie.
dépens du tissu conjonctif compris entre les faisceaux musculaires. Ces derniers, séparés les uns des autres par la néoformation morbide, subissent une atrophie lente, qu'on peut observer, du reste, dans la
MYXOMES DES NERFS.
plupart des tumeurs qui ont envahi les muscles sLnés. Leurs faisceaux primitils présentent une multiplication de leurs noyaux; ils subissent la dégénérescence granulo-graisseuse. Ils s'amincissent de dislance en distance, et peuvent môme être séparés en petits blocs fiisiformes eflilés à leurs deux extrémités (A, B, Hg. 79). Ces petits blocs sont
FiG. 80. — Myxome des nerfs.
parfois complètement isolés, ou bien ils sont réunis par des filaments minces qui représentent les tubes sarcolemmiques vides et revenus sur eux-mêmes.
Dans les nerfs, les myxomes sont fréquents.
On désigne habituellement du nom de névromes les myxomes des nerfs, par suite d'une confusion qu'il importe d'éviter, car, pour être conséquents avec notre classification, nous donnons uniquement le nom de névrome aux tumeurs constituées par du tissu nerveux de
nouvelle formation. Celte confusion est d'autant plus extraordinaire que personne n'a songé à appeler myomes les myxomes des muscles. Le nom de myome n'a jamais désigné, en effet, d'autres tumeui's que celles qui sont formées par des éléments musculaires de nouvelle formation.
Généralement, dans les myxomes des nerfs, les faisceaux nerveux se dissocient de façon à s'étaler à la surface de la tumeur (B, fig. 80) qui occupe alors le centre du nerf; mais il n'en est pas toujours ainsi, elles tubes nerveux peuvent se trouver au centre de la masse morbide. 11 est remarquable de voir la force de résistance des tubes nerveux périphériques à l'action compressive ou envahissante de ces tumeurs. Ils ne subissent généralement aucune modification nutritive appréciable. Cette particularité est, du reste, en rapport avec ce que l'on sait de la résistance des nerfs à tous les néoplasmes.
Dans le cerveau, les myxomes forment des tumeurs verdâtres (collonéma de J. Mûller).
Les glandes peuvent aussi en être le siège. On les a observés dans les papilles de la substance tubuleuse du rein. Dans la glande mammaire, le myxome est assez commun. Comme le sarcome de la mamelle, il se présente sous différentes formes, sous celle, par exemple, d'une masse plus ou moins limitée, au sein de laquelle on trouve habituellement un nombre plus ou moins considérable de culs-de-sac glandulaires dont les cellules épithéliales sont hypertrophiées et pj'oliférées. Le myxome revêt aussi comme le sarcome la forme papillaire et bourgeonnante. Le tissu myxora'ateux fait alors saillie dans l'intérieur des canaux galactophores et des culs-de-sac glandulaires et s'y développe en bourgeonnant. Les bourgeons sont en nombre variable ; parfois ils acquièrent un volume considérable et, di>tendant la cavité glandulaire qui les contient , ils la transforment en une cavité lacunaire dont l'étendue peut être considérable. Ces cavités lacunaires sont tapissées d'un épithéhum pavimenteux ou cylindrique.
!1 faut bien se garder de prendre une semblable tumeur du sein pour un adénome. C'est une erreur d'autant plus facile à commettre que la prolifération des cellules épithéliales des conduits glandulaires et les différentes transformations précédemment indiquées des papilles et bourgeons pourraient au premier abord faire croire à un adénome kystique. Le diagnostic anatomique repose sur la constitution du tissu coni[: v^ entre les éléments glandulaires.
Nous avons été plusieurs l'ois témoins d'une méprise assez singu-
PRONOSTIC DU MYXOME. 485
lièro, en ce qui concerne les myxomes papillaircs et kystiques de la mamelle. Des végélalions nombreuses et compliquées, faisant saillie dans les conduits glandulaires dilatés, ont été prises autrefois devant nous, par des liisLologistes qu'on aurait pu croire exercés, pour des culs-de-sac glandulaires. Il suffit cependant d'une observation môme superficielle pour reconnaître que les cellules épithéliales sont disposées à la surface des végétations. C'est en vertu de cette fausse interprétation que des sarcomes et des myxomes papillaires de la mamelle ont été regardés comme des adénomes.
Les myxomes peuvent aussi siéger sous le périoste, où ils forment des tumeurs lobulées. lisse rencontrent également dans les os, surtout dans les os courts. Ils y sont généralement bien limités et ils partent du périoste. Cependant on les a vus se développer dans l'intérieur du tissu spongieux.
Dans la peau, le myxome prend souvent la forme papillaire.
Diagnostic anatomique du myxome. — Le diagnostic anatomique différentiel ne peut prêter sérieusement à une confusion que lorsqu'il s'agit de déterminer si une tumeur est un sarcome avec transformation muqueuse ou un myxome avec dos îlots de tissu embryonnaire. Mais on évilera cette cause d'erreur en considérant que, dans les points du sarcome en dégénérescence muqueuse, les cellules sont détruites, tandis que le reste de la tumeur sarcomateuse montre la structure propre du sarcome. La présence de fibres élastiques ou de véritables cellules adipeuses fera penser à un myxome.
Pronostic du myxome. — Les myxomes ne présentent pas habituellement beaucoup de gravité. Enlevés complètement, ils ne récidivent que très rarement. Lorsqu'ils sont extirpés incomplètement, comme cela arrive en particulier pour les polypes mous, situés très haut dans les fosses nasales, ils se développent avec une vigueur nouvelle, comme toute tumeur irritée par une action traumatique chirurgicale qui ne Fa pas supprimée dans son entier.
Le développement continu des myxomes se fait, soit aux dépens du tissu conjonctif voisin devenu embryonnaire, soit aux dépens de leur propre masse. On trouve en effet, parfois, des nids de tissu embryonnaire à leur centre, et il est vraisemblable que cette néoformation provient d'une hyperplasie des cellules du tissu rauqueux.
Virchow a vu plusieurs de ces tumeurs se généraliser, et il est probable qu'elles sont d'autant plus graves qu'elles contiennent plus de
tissu embryonnaire, et d'autant plus bénignes qu'elles renferment du tissu élastique ou du tissu adipeux.
t Genre. — Fibromes.
Synonymie. — Ces tumeurs ont aussi reçu les noms de fibroïdes, desmoïdes. Lorsque la tumeur était très dure, J Mûller l'appelait stéatome, d'un nom très vague appliqué à beaucoup d'espèces différentes. On les a désignées aussi sous le nom de corps fibreux, mais cette expression s'applique surtout, comme on l'a su depuis, à des tumeurs formées de fibres musculaires lisses qui dès lors sont des myomes. Verneuil proposa le nom de fibrome qui est généralement employé et qui définit le tissu, bien que peut-être le mot d'inome, employé par Paget, et formé avec un radical grec (de ivbç, fibre), fût préférable aux yeux d'un puriste.
Définition. — La définition des fibromes nous est donnée par celle du tissu fibreux, formé, comme on le sait, par des faisceaux de tissu conjonctif séparés par des cellules connectives aplaties, ramifiées et anastomosées les unes avec les autres.
FiG. 81. — Coupe d'un llbrome colorée au carmin et traite'e par l'acide acéliquc : a, faisceaux de fibres coupées en travers; b, cellules connectives anastomosées. — Grossissement de 200 diamètres.
Nous savons aussi qu'une forme de tissu conjonctif spéciale, constituée par des lames fibrillaires, entre lesquelles il existe des cellules connectives plates, se rencontre dans la tunique interne des srrosses artères et dans la cornée.
Ces deux variétés du tissu conjonctif peuvent se rencontrer dans les fibromes.
Pour qu'une tumeur soit dite un fibrome, il ne suffit pas qu'elle contienne du tissu conjonctif; il faut de plu? qu'elle ne renferme
DESCRIPTION DES FIBROMES. 187
aucun autre tissu. Presque toutes les tumeurs, en etfet, possèdent une trame fibreuse. Le carcinome, par exemple, offre à considérer, un stroma fibreux, parfois. très dense, qui peut môme, dans des parlies plus ou moins considérables de la masse morbide, exister à Fétat de pureté. Mais ce stroma circonscrit toujours dans le plus grand nombre des points de la tumeur des alvéoles occupés par des cellules. Les tumeurs formées de tissu cellulo-adipeux renferment aussi parfois beaucoup de tissu fibreux, qui entoure les îlots de cellules adipeuses. Dans la plupart des sarcomes et des myxomes, il reste, au voisinage de la tumeur et quelquefois dans son intérieur, des tractus fibreux qui généralement accompagnent les gi'os vaisseaux. Mais dans ces divers genres de tumeurs, le tissu fibreux constitue seulement la trame qui loge les parties les plus caractéristiques du néoplasme. Les fibromes, au contraire, sont formés uniquement de tissu conjonctif.
Description des fibromes. — Les fibromes sont des tumeurs sèches, résistantes, nacrées, rosées ou blanchâtres. Lorsque, après les avoir divisées, on racle la surface de section avec un rasoir, on n'en obtient pas de suc ; on enlève seulement quelques fragments qui, examinés dans l'eau, paraissent formés entièrement de faisceaux connectifs reclilignes ou onduleux. Lorsqu'on ajoute de Facide acétique, ils se transforment en une masse homogène au milieu de laquelle apparaissent des noyaux. Les cellules qui correspondent à ces noyaux sont assez difficiles à isoler. Ce sont des cellules du tissu co-nnecîif qui diffèrent peu de celles du myxome. Les fibres du tissu conjonctif pouvant se rencontrer dans toutes les tumeurs, la dissociation ne saurait suffire pour se prononcer sur la nature d'une de ces tumeurs. En ce qui regarde particulièrement le diagnostic différentiel du carcinome et du fibrome (voyez plus loin), la dissociation peut conduire à une erreur, parce que certaines portions des carcinomes durs ou squirrhes sont constituées seulement par du tissu fibreux.
Aussi, pour faire le diagnostic anatomique de ces tumeurs, faut-il pratiquer des coupes de la masse morbide après Favoir fait durcir au moyen de Falcool, de Facide chromique, de Facide picrique, de la gomme et Falcool, ou après Favoir soumise à la simple dessiccation. Par l'examen de ces préparations il sera facile de reconnaître si, au milieu du tissu fibreux, il y a des alvéoles de carcinome, des îlots épithéliaux, des fibres musculaires lisses, etc. On rencontre, en elïet, nous le répétons, des carcinomes, des épithéliomes et des
myomes où le tissu fibreux est assez développé pour qu'on puisse les confondre avec des fibromes, si l'on se contente d'en faire l'étude sur les préparations obtenues par dissociation.
Sur une coupe mince d'une tumeur fibreuse, on voit des faisceaux de fibres qui s'entre-coisent dans diverses directions, comme dans le derme : les uns se montrent suivant leur longueur, les autres suivant leur section transversale. La disposition de ces faisceaux se reconnaît très bien lorsque les préparations sont examinées dans l'eau, moins bien lorsqu'on les a conservées dans la glycérine, et ne se montre presque plus lorsqu'on a ajouté de l'acide acétique. Ce dernier réactif fait apparaître les noyaux avec une coloration rouge lorsqu'on a eu le soin de colorer d'abord la coupe avec le carmin. On voit alors nettement les noyaux et les corps cellulaires qui les entourent disposés autour de faisceaux connectifs dont la direction est longitudinale et transversale (voy. fig. 81). Il n'y a généralement pas de fibres élastiques dans ce tissu, qui semble reproduire le tissu fibreux le plus pur. C'est là un point important.
Les vaisseaux y sont peu abondants ; ils manquent même dans l'espèce que nous appelions fibrome Jamelleux.
11 y a en effet deux espèces de fibromes qui sont : les fibromes lamelleux et les fibromes fascicules.
i" espèce : Fibromes lamelleux. — On observe souvent, sur les membranes séreuses comme la plèvre, le péricarde et le péritoine, mais spécialement dans le feuillet péritonéal qui recouvre le foie et surtout la rate, des tumeurs dures, disposées en plaques, en villosités ou en petites masses globuleuses, et qui sont comprises par certains auteurs dans la description de la périhépatite et do la périsplénitc chroniques. Ces tumeurs, plus ou moins épaisses, sont tantôt aplaties sur la surface convexe d'un organe, de telle sorte qu'après avoir été sectionnées perpendiculairement, elles se présentent sous l'aspect d'un croissant ; d'autres fois, plus saillantes, elles sont formées d'un ou de plusieurs lobules unis les uns aux autres par du tissu conjonctif fascicule.
Ces productions ont une analogie grossière avec le cartilage. Elles sont translucides, un peu jaunâtres; elles sont dures et difficiles à couper, résistantes sous le scalpel ; mais elles ne font pas entendre le cri que produit le couteau dans le cartilage. Il est facile de voir à l'œil nu la disposition des lames concentriques ou à couches parai-
FIDROMES LAMELLEUX. 189
lèles doni elles sont formées, et cette disposition en lamelles aplaties est cause que la pression perpendiculaire à leur surface fait apprécier une grande dureté, tandis qu'en les pressant latéralement on les trouve relativement molles.
Elles sont assez dures pour qu'on puisse en faire des coupes minces à l'état frais. Celles-ci, examinées dans l'eau sans le secours d'aucun autre réactif, montrent des lames parallèles séparées par des fentes, en sorte qu'on dirait avoir sous les yeux les couches de fibrine qui doublent les sacs anévrysmaux. Mais si, après les avoir traitées par le
FiG. 82. — Coupe à travers un fibrome lamclleux
carmin, on les soumet à l'action d'un mélange de glycérine et d'acide formique, on reconnaît dans ces espaces des cellules bien nettes, munies de noyaux aplatis, et unies les unes aux autres par des prolongements ramifiés (fig. 82).
Ces préparations ressemblent beaucoup aux coupes de la cornée perpendiculaires à sa surface et colorées de la môme façon. C'est la raison pour laquelle Rindfleich appelle ces tumeurs des fibromes cornéens.
Ces fibromes ne contiennent pas de vaisseaux.
Ils sont très fréquemment le siège d'une infiltration calcaire. Des granulations calcaires fines se déposent dans la substance fondamentale, où elles sont isolées d'abord puis réunies en groupes. Le tissu devient alors opaque, jaune et solide. Ces granulations grossissent, se soudent les unes aux autres et forment une véritable pétrification. Il se produit ainsi des plaques dures et transparentes qui sont plus ou moins grandes; tout le fibrome peut être ainsi transformé, mais le plus souvent on y distingue plusieurs lames calcaires superposées, séparées l'une de l'autre par du tissu fibreux non calcifié, et l'on rencontre presque constamment à la périphérie de la plaque indurée des granulations calcaires distinctes. Telles sont les parties infiltrées
de sels calcaires qu'on trouve désignées dans les anciens auteurs d'anatomie pathologique sous le nom de plaques osseuses de la plèvre, du péritoine, etc. Lorsque les masses fibreuses, lobulées, s'incrustent isolément de sels calcaires, c'est presque toujours par le centre de chaque lobule que commence cette dégénérescence.
2' espèce : Fibromes fascicules. — Ces fibromes ont à l'œil nu un aspect caractéristique : ils sont formés par une agglomération de lobules constitués isolément par un pelotonnement de fibres. Sur une section de ces tumeurs, on voit le centre de chacun des lobules faire une saillie. Plusieurs lobes semblables sont réunis les uns aux autres par du tissu conjonctif lâche parcouru par des vaisseaux qui pénètrent parfois, mais non toujours, dans l'intérieur des petits lobules.
Ces fibromes sont formés par des faisceaux de tissu conjonctif entre-croisés dans tous les sens, laissant entre eux des espaces dans lesquels se montrent des cellules semblables à celles du tissu conjonctif jeune ou adulte (voy. fig. Si).
Les variétés des fibromes fascicules, dont la plupart sont liées à des modifications de nutrition, sont les suivantes :
- a. Dans les uns, il s'est produit une infiltration de sérosité, comme
Fig. 83.
•Fibrome molluscoïdo ou molliiscum simplcx, fiijurc empriiiilco à la Pathologie des tumeurs de Vircliow.
dans l'œdème; les faisceaux connectifs sont parfaitement nets, mais ils sont imbibés par un liquide séreux : le fibrome est dit alors molluscoïde {molluscum simple.v).
h. Dans d'autres cas, une Inuisformation muqueuse des faisceaux et des cellules peut amener une destruction partielle de la tumeur et la formation d'un pseudo-kyste. C'est le fibrome muqueux.
INFLAMMATION DES FIBROMES.
c. La tr ans formation graisseuse est rare dans les libroiiics, à l'exceplion de ceux qui reconnaissent pour cause la sypliilis. Se combinant avec la dégénérescence muqueuse, elle atteint d'abord le centre de la tumeur, et celle-ci peut disparaître à la longue par suite de la marche naturelle de la maladie ou sous l'influence du traitement.
d. La transformation calcaire est si fréquente dans ces tumeurs, que peu de fibromes eu sont indemmes lorsqu'ils ont duré très
Fio. Si. Fibrome calcifié du sinus maxillaire, figure empruntée à la Pathologie des tumeurs
de Virchow.
longtemps. La transformation calcaire commence parle centre des lobules, c'est-à-dire dans les points les plus éloignés des vaisseaux.
Yirchow admet des variétés du fibrome suivant qu'il entre en combinaison avec le lipome, le rayxome et le carcinome. Il est clair que le tissu fibreux qui se rencontre toujours dans ces tumeurs est un élément accessoire ; et qu'il n'y a rien d'essentiellement nouveau dans leur constitution lorsque ce tissu existe en plus ou moins grande abondance. Ce n'en est pas moins des lipomes, des myxomes ou des carcinomes.
e. V inflammation des fibromes survient lorsqu'ils font une saillie polypeuse. Sous finfluence des irritations causées par leur contact avec les parties voisines solides ou liquides, ils s'enflamment, s'ulcèrent à leur surface et se recouvrent, comme toute plaie suppurante, de bourgeons charnus. Des éléments embryonnaires nouveaux naissent dans leur masse aux dépens des cellules anciennes; les fibres dissociées sont détruites, et, en un mot, tous les phénomènes inflammatoires se déroulent comme dans le tissu conjonctif normal.
-- Le développement des fibromes fascicules est mal connu, parce que, en général, on les enlève à un moment où ils ont effectué toute leur croissance et où ils sont stationnaires. Nous ne l'avons pas observé nous-mêmes, mais Foerster signale dans les fibromes en voie d'accroissement des îlots de tissu embryonnaire. Il s'ensuivrait que chacun des lobules qui les constituent posséderait un développement autogène distinct.
Leur siège est très variable. A la peau, ils sont habituellement saillants sous forme de verrues dures, de polypes.
C'est également à la peau que l'on rencontre le molluscum vrai (nous n'entendons pas parler du molluscum contagiosum formé par des glandes sébacées et appelé par Bazin acné varioliforme) qui est rangé par quelques auteurs dans les fibromes. On y trouve une série de lobules moins nettement séparés les uns des autres que dans les autres fibromes, parce que tout leur tissu est mou. Ces tumeurs sont tantôt petites et isolées, tantôt d'un volume énorme; dans certains cas, elles atteignent le poids de 15 à 30 Hvres. Dans les îlots eux-mêmes, on voit des faisceaux ondulés de tissu conjonctif imbibés par de la sérosité (voy. fig. 83). Une grande quantité de liquide est interposée entre eux. Autour de ces faisceaux on observe des cellules, et, lorsque le développement de ces tumeurs est actif, on y trouve des cellules embryonnaires ou migratrices.
Le molluscum est toujours vasculaire dans toutes ses parties.
Dans le tissu cellulo-adipeux sous-cutané, surtout au niveau de la face interne du tibia, on rencontre des fibromes très denses, très petits, depuis un grain de mil jusqu'à un pois. Un même individu en porte souvent à différentes périodes d'évolution et d'infiltration calcaires; ils sont pétrifiés à leur centre seulement ou dans toute leur masse. Ils sont habituellement enkystés et entourés par une véritable bourse séreuse. Ils sont mobiles sous la peau, bien que souvent ils soient attachés à la paroi du kyste par un pédicule plus ou, moins allongé.
Les fibromes des muqueuses sont rares ; ils y sont moins fréquents que les myomes ou tumeurs formées de fibres musculaires lisses.
Dans les mamelles, les fibromes se montrent sous deux formes. Les uns constituent une masse homogène et rentrent tout à fait dans la description des fibromes fascicules (corps fibreux de la mamelle, de Cruveilhier); les autres sont complexes et s'accompagnent d'une proliféiation de l'épitliéliuin qui tapisse les culs-dc-sac et les conduits de la glande. Les canaux galactophores s'agrandissent, se
PRONOSTIC DES FIBROMES. 193
transforment en véritables kystes lacunaires dans lesquels proéminent des végétations fibreuses habituellement vascularisées (6, fig. 85). Ces végétations sont couvertes d'épithélium à leur surface (voy. c, fig. 8G).
Fig. 85. - Fibrome lacunaire de la mamelle. Figure empruntée à la Pathologie des tumeurs de Virchow.
Les fibromes sont fréquents dans le périoste. Virchov^% à propos du diagnostic anatomique ditterentiel entre le fibrome et le sarcome du périoste, insiste sur ce point que les fibromes ne pénètrent pas dans l'os comme le font les sarcomes. Les fibromes, en effet, sont toujours bien limités des tissus voisins, tandis que les sarcomes sont entourés par une couche périphérique envahissante de tissu embryonnaire. Les polypes rétro-pharyngiens sont généralement des libromes développés dans le périoste des os de la base du crâne.
Virchow a décrit de petits fibromes du rein qui siègent à l'union de la substance corticale et de la substance tubuleuse. Mais comme il y a toujours en même temps de la néphrite interstitielle, il ne s'agit pas plus là de tumeurs que dans les accumulations de tissu fibreux qu'on trouve dans le foie atteint de cirrhose.
Pronostic des fibromes. — Ces tumeurs sont bénignes et généra lement solitaires. Elles ne récidivent pas après leur ablation. Les fibromes rétro-pharyngiens paraissent faire exception à cette loi. Il est certain que ces fibromes récidivent souvent; mais il faudrait, pour établir la gravité de cette espèce, être bien sûr que toute la tumeur a été enlevée, et que le diagnostic anatomique en a été fait d'une façon rigoureuse. Les molluscums sont aussi très graves parfois en raison de leur extension à un grand nombre de points de la surl'ace cutanée ou de leur volume considérable. Nous ferons remarquer que, toutes choses égales d'ailleurs, les fibromes ont moins de gravité que les myxomes , ce qui se comprend, puisque le tissu muqueux est plus voisin du tissu embryonnaire que le tissu fibreux.
CÛRNIL ET RANVIER. I. — 13
Le diagnostic anatomique des fibromes est facile. Les sarcomes et les myxomes, dans leurs variétés kystiques, sont les seules tumeurs qui pourraient être confondues avec certains fibromes muqueux. Mais
FiG. 86. — Fibrome papillaire du sein. Végétations fibreuses saillantes dans les canaux galactophores devenus kystiques ; elles sont couvertes de leur épithélium en c, et dénudées en a ; h, cellules de tissu conjonctif. — Grossissement de 300 diamètres.
on trouvera toujours les éléments du problème dans les parties situées à la périphérie des kystes.
3^ Genre. — Lipome.
Synonymie. — Gruveilhier avait proposé pour ces tumeurs le nom d'adipomes, mais il ne vaut pas celui de lipomes, parce que le radical en est latin. Autrefois, quand la consistance du lipome était ferme, on l'appelait stéatome. Gruveilhier l'appelle alors adipo-fibrome.
Définition. — La définition des lipomes est donnée par celle du tissu cellulo-adipeux qui les constitue. A l'état normal, le tissu cellulo-adipeux est formé de vésicules sphériques ou polyédriques par pression réciproque ; ces vésicules résultent de l'accumulation de la graisse dans des cellules embryonnaires ou connectives dont les noyaux sont rejetés à la périphérie. Les vésicules adipeuses sont comprises dans un réseau de capillaires, et elles forment de petits groupes qui sont séparés les uns des autres par des fibres de tissu conjonctif.
Toute accumulation de tissu adipeux circonscrite dans un point de l'organisme n'est pas nécessairement un lipome. On ne doit pas, en