‹ Manuel d'histologie experimentale (volume 2)Chapitre 60 sur 199 · ESPÈCES ET VARIÉTÉS DU LIPOME · texte numérisé non relu

ESPÈCES ET VARIÉTÉS DU LIPOME

tophores et des acini. L'organe a conservé sa forme, mais il a acquis un volume et un poids énormes.

Lorsque le tissu cellulo-adipeux qui entoure le rein ou les ganglions lymphatiques s'hypertrophie outre mesure, on dit qu'il y a lipome capsulaire. L'alrophie de l'organe ainsi enveloppé n'en est pas une conséquence nécessaire.

Espèces et variétés du lipome. — Les espèces du lipome sont :

i" espèce. — Les lipomes jpiir s, qm ne contiennent rien autre que du tissu cellulo-adipeux et très peu de tissu conjonctif autour des îlots ; les lobules du lipome sont alors bien accusés, volumineux et donnent très nettement la sensation de fausse fluctuation caractéristique.

2^ espèce. — Les lipomes myœomateux, dans lesquels on trouve du tissu muqueux entre les vésicules adipeuses ; il ne diffère pas du myxome lipomateux (voy. fig. 77).

3* espèce. — Le lipome fibreux, dans lequel le tissu conjonctif est devenu très abondant. C'est la tumeur adipo-fibreuse de Cruveilhier, qui rentrait dans les stéatomes des anciens auteurs. Pour déterminer cette espèce de tumeur, l'examen histologique est nécessaire, car on pourrait sans lui la confondre avec des fibromes purs et avec des carcinomes.

4' espèce. — Le lipome osseux représenté parle seul cas que nous avons indiqué, dans lequel la tumeur est parcourue par des travées osseuses.

5^ espèce. — Le lipome érectile. Les vaisseaux peuvent être très nombreux et distendus, surtout quand la tumeur fait saillie sur une séreuse ou sur une muqueuse ; s'ils sont prédominants, on dit que le lipome est érectile.

Les transformations nutritives qui méritent d'être étudiées dans le lipome, sont :

a. La transformation graisseuse, mot qui là semble faire un pléonasme. Les vésicules adipeuses se fragmentent, se réduiseni en granulations fines, et, à la place de grosses cellules ou vésicules remplies d'une seule gouttelette huileuse, se montrent des corps granuleux. Le tissu prend alors, à l'œil nu, une opaciid, une couleur grise

et une consistance particulière qui le font ressembler à celui du sarcome ou du carcinome en dégénérescence graisseuse.

b. Les lipomes pédiculisés peuvent être atteints par la nécrose lorsque, leur pédicule s'étant rompu, ils tombent dans l'intérieur d'une cavité naturelle. C'est ce qui a lieu en particulier dans le péritoine, où les franges épiploïques ont de la tendance à devenir, par leur hypertrophie, de véritables petits polypes graisseux. Quand ils sont devenus libres par leur chute dans la cavité péritonéale, ils se désagrègent; la graisse qu'ils contiennent se décompose, les acides gras se dégagent, de la cholestérine se sépare, pendant que la capsule qui entoure la petite tumeur devient dense et lui constitue une enveloppe kystique.

c. Les lipomes peuvent sHnfiltrer de sels calcaires et former des masses pierreuses.

d. Les lipomes volumineux et saillants sont parfois envahis par l'intlammation et l'ulcération. Des cellules de tissu conjonctif embryonnaire se forment alors, et les vésicules adipeuses disparaissent en partie tandis que la tumeur devient plus dure.

Développement du lipome. — Le développement du lipome est peu connu. Fœrster a pensé qu'un lipome se développe aux dépens d'une masse de tissu embryonnaire dont les cellules s'infiltrent ensuite de graisse. Il a fondé celte manière de voir sur ce fait qu'on trouve parfois au centre des lipomes des îlots de tissu embryonnaire.

Yirchow pense que le tissu adipeux du lipome procède du tissu muqueux. Il est clair qu'il y a entre le tissu muqueux et le tissu adipeux une grande parenté. Le tissu muqueux représente en effet un certain stade du développement du tissu connectif, et les tumeurs dans lesquelles le tissu muqueux et le tissu adipeux sont mélangés en différentes proportions ne sont pas rares. {Lipomes muqueux ou myxomes Upomateux, voy. fig. 74).

Fœrster s'est encore occupé de l'accroissement du lipome. Il croit y avoir vu des vésicules adipeuses s'allonger, s'étrangler et se diviser. Ce serait une véritable prolifération des vésicules adipeuses. Nous croyons qu'il y a là une erreur d'interprétation. Les cellules adipeuses, en effet, se déforment si facilement par la compression que, dans les préparations qu'on en a faites, elles peuvent bien se montrer allongées sans être pour cela en voie de division.

CARCINOME. — SYNONYMIE. 199

Que des cellules embryonnaires ou des cellules du tissu muqucux aient marqué le premier pas de la néoplasie, c'est dans l'intérieur de ces cellules, peu différenciées du reste les unes des autres, que la graisse se dépose. Tel est le développement ordinaire et le mieux constaté.

Les lipomes sont graves seulement lorsque, par leur volume, ils entravent une fonction , et par les accidents inflammatoires qu'ils déterminent, quand, par exemple, ils entraînent l'inflammation d'une séreuse.

Le diagnostic anatomique en est si facile, même à l'œil nu, qu'il n'y a pas lieu d'insister sur ce point.

¥ Genre. — Carcinome.

Le genre carcinome comprend des tumeurs qui, par leur aspect et leur gravité, paraissent s'éloigner des autres genres de tumeurs dont le type est dans le tissu conjonctif, mais qui y rentrent par leur origine, leur mode de développement, par leurs parties constituantes, et surtout par leur stroma, élément essentiel de leur définition.

Synonymie. — Les carcinomes sont aussi désignés sous les noms de cancer alvéolaire, squirrhe, encéphaloïde, etc., mais cependant cette synonymie est loin d'être absolue et demande des explications.

On dit vulgairement, en se fondant sur les symptômes cliniques, qu'il y a cancer lorsqu'on a aflaire à une tumeur maligne au premier chef, qui s'étend rapidement et qui se généralise ; mais, ainsi compris et employé par la majorité des médecins, le mot cancer n'a pas de signification histologique, il ne définit aucun tissu.

Les mots encéphaloïde et squirrhe, qui correspondent à des variétés de cancer, ont une signification basée sur de simples apparences grossières. On nomme encéphaloïde une tumeur qui se rapproche par son aspect de la substance cérébrale ramollie ; on appelle squirrhe une tumeur dure, et, par suite, on dit qu'une tumeur ou un tissu quelconque a une dureté squirrheuse.

Les carcinomes paraissaient, il y a peu de temps, caractérisés aux yeux des anatomo-pathologistes par le suc laiteux dit cancéreux, découvert par Cruveilhier. Mais nous avons montré déjà que ce suc pouvait apparaître dans les sarcomes qui ont souvent, du reste, l'aspect encéphaloïde ou squirrheux. Les mots de squirrhe et d'encé-

phaloïde, dans l'esprit des anatomo-pathologistes anciens, ne désignaient pas non plus un tissu défini.

Définition. — Le mot de carcinome, employé d'abord en Allemagne dans le même sens vague que celui de cancer, a depuis reçu une définition plus précise, iDaséesur des notions histologiques. Cependant, il n'a certainement pas été défini d'une manière suffisante, puisque certains anatomo-pathologistes allemands, Fœrster par exemple, ont admis des carcinomes proprement dits et des carcinomes épithéliaux, ces derniers étant les cancroïdes ou épithéliomes, qui en sont distincts, ainsi qu'on le verra bientôt. Si cette confusion a été faite, c'est qu'on n'avait pas reconnu encore les vrais caractères du carcinome et des épithéliomes. Ceux-ci possèdent la structure et le mode de développement du tissu épithélial, tandis que les carcinomes, par leur mode de développement et par leur structure, appartiennent au type du tissu conjonclif.

Aussi, le mot carcinome ne vaut-il guère mieux que le mot cancer, tous les deux ayant comme radical le mot cancer, crabe, d'après l'analogie grossière que certaines tumeurs accompagnées de leurs veines superficielles présentent avec cet animal. Pour être logiques et donner à chaque tumeur le radical du tissu dont elle se rapproche le plus, nous devrions appeler les carcinomes du nom de fibrome alvéolaire ; néanmoins, pour ne pas changer un usage reçu et adopté par tous , nous continuerons à employer le mot carcinome en le définissant de la façon suivante :

Le carcinome est une tumeur omposée d'un stromaflhr tant des alvéoles qui forment par leur communication un système caverneux ; ces alvéoles sont remplies de cellules libres les unes par rapport aux autres dans un liquide plus ou moins abondant.

Description générale du carcinome. — Étudions chacune de ses deux parties, le contenu des alvéoles et le stroma.

Le contenu des alvéoles forme le suc lactescent du cancer. On le

fait sourdre facilement, sur une surface de section de la tumeur,

du tissu caverneux où il est compris, par la pression ou par le

aclage. ;

Lorsqu'on examine ce liquide au microscope, on y observe

une quantité considérable de cellules qui présentent habituellement

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