DESCRIPTION GENERALE DU CARCINOME. — CELLULES
une incroyable variété de formes et de dimensions. Les unes sont rondes, petites et ne mesurent que 9piàl0p; d'autres, également sphériques, sont plus volumineuses et atteignent 20 p, 40 p et même davantage. Souvent elles sont polygonales, à angles mousses ou à angles extrêmement aigus : telles sont les cellules à queue ou en raquette, dont une extrémité est effilée, tandis que l'autre est renflée. Rien de plus varié et de plus inattendu que ces formes. Certaines cellules du carcinome, aplaties quand elles se présentent de face, paraissent minces quand on les voit de profil, ce dont on juge très bien pen-
FlG. 88. — Cellules du suc carcinomateux : a, cellules en raquette; b, sphériques; e, prismatiques; d, cellules en fuseau; e, une cellule étranglée en sablier; f, h, cellules en dégénérescence muqueuse (cellules [ihysaliphoros de Virchow).
dant qu'elles roulent sous les yeux de l'observateur. Elles peuvent être allongées en fuseau à leurs deux extrémités, comme les cellules du sarcome fascicule. Une polymorphie analogue, quoique moins prononcée, peut aussi, comme nous l'avons vu, se rencontrer dans le sarcome.
Toutes ces cellules renferment un ou plusieurs noyaux; ils y sont parfois au nombre de quinze ou vingt dans une seule cellule. Ces noyaux sont ovalaires ou sphériques; ils contiennent un ou plusieurs nucléoles, habituellement bien développés. Les noyaux ont un diamètre
considérable, de 9 à 20 ou 30 fx. Les nucléoles mesurent parfois jusqu'à 5 u et même 8 p. Lorsqu'ils sont volumineux, ils apparaissent comme des vésicules. Les noyaux présentent un double contour externe, comme s'ils possédaient une membrane propre. Ces formes de noyaux et de nucléoles se rencontrent aussi dans le sarcome et même quelquefois dans les néoplasmes purement inflammatoires; elles ne peuvent donc, pas plus que celles des cellules, servir à déterminer le carcinome.
On ne peut pas non plus s'appuyer uniquement sur la polymorphie des cellules pour caractériser le carcinome, car il en est où toutes les cellules sont semblables, qu'elles soient rondes ou polygonales.
Les cellules du carcinome sont polygonales par pression réciproque lorsqu'elles sont contenues dans une cavité au milieu d'une substance intercellulaire peu abondante, La raison anatomique de la forme des cellules est la même que celle qui détermine la forme pavimenteuse des cellules épithéliales. De cette similitude, quelques auteurs ont conclu à une analogie de nature, et l'on a employé le terme épithélial ou épithélioïde pour désigner les cellules du carcinome. Ges cellules ne paraissent pas avoir de membrane propre; elles ne sont pas soudées les unes avec les autres, ce qui les différencie bien nettement des cellules d'épithélium.
Elles sont sujettes à diverses modifications nutritives. Parfois elles se gonflent et se rapprochent de la forme sphérique comme si elles étaient imbibées d'un liquide séreux. Souvent alors leur nucléole s'agrandit et s'avance jusqu'à la limite du noyau. Cette hypertrophie du nucléole peut être assez considérable pour que le noyau soit transformé en une vésicule. Ce sont là des variétés. des cellules physaliphores de Virchow (voy. h, fig. 88). Des vésicules analogues se développent, non plus par une dilatation du nucléole et du noyau, mais au milieu du protoplasma lui-même, par un mécanisme analogue à celui qui a été décrit par Dujardin dans le sarcode lorsque celui-ci se creuse de petites cavités, sous l'influence de l'eau par exemple. Dans ces vésicules sarcodiques, qu'il conviendrait mieux de désigner sous le nom de vacuoles, il existe parfois des granulations libres.
Les ceUules du carcinome subissent aussi d'autres modifications nutritives, sur lesquelles nous reviendrons dans la description des espèces du carcinome.
hestroma, la seconde partie constituante essentielle du carcinome, peut être étudié, soit sur des fragments dissociés de la tumeur, soit
DESCRIPTION DU CARCINOME.
STROMA.
sur des coupes enlevées au moyen du rasoir sur la pièce fraîche ou convenablement durcie.
11 est constitué par des travées fibreuses unies les unes aux autres de manière à former un système continu. Chaque travoje fibreuse représente un ou plusieurs faisceaux de tissu conjonctif entre lesquels sont disposées des cellules connectives ordinaires ou des cellules qui s'en écartent plus ou moins (fig. 91). Ces dilTérentes cellules, peu distinctes lorsqu'on examine dans l'eau une coupe enlevée sur la pièce fraîche, laissent voir nettement leurs noyaux après l'addition d'acide acétique, tandis que, les fibrilles étant gonflées, les travées sont devenues transparentes et homogènes.
Ces cellules sont plus ou moins nombreuses au confluent des différentes travées. Elles sont plus rares dans leur continuité, et il peut même se faire que ces travées n'en contiennent pas du tout dans leur intérieur. Mais sur leur surface correspondant à la cavité des alvéoles, il existe souvent des cellules plates comparables à celles qui tapissent les travées du grand épiploon.
Les carcinomes possèdent des vaisseaux sanguins. Les artères et
FlG. 89. — Stroma du carcinome dont on a chassé les cellules à l'aide du pinceau. Grossissement de 300 diamètres.
les veines cheminent dans le stroma de la tumeur, et les capillaires forment dans les travées fibreuses qui constituent les alvéoles un réseau irrégulier qui a été figuré par Thiersch et par Billroth. Les carcinomes possèdent-ils des lymphatiques? Schrœder van der
Kolk les a injectés, et Rindfleisch pense qu'ils forment autour des vaisseaux sanguins des gaines analogues à celles des vaisseaux des centres nerveux. Nous reviendrons bientôt sur ce point.
Lorsqu'on examine une section très mince du carcinome et que les cellules sont encore en place, on pourrait croire que chaque alvéole est parfaitement clos; mais, lorsque la section est un peu plus épaisse et qu'on en a chassé les cellules à l'aide du pinceau, on reconnaît bien netlement qu'on a affaire à un tissu caverneux dont les cavités s'ouvrent les unes avec les autres. C'est ainsi qu'on voit, par exemple, deux alvéoles communiquer avec un troisième situé au-dessous d'eux (voy. fig. 89).
Développement du carcinome. — Le développement du carcinome nous édifiera pleinement sur sa nature. Voyons d'abord ce qui se passe dans le développement du carcinome au sein du tissu osseux.
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YiG. 90. Développement du carcinome dans la mamelle. Section faite après durcissement dans l'acide
chromique : A. espaces piasmatinues qui, sous l'influence de !a multiplication de leurs cellules, s'agrandissent; en G,' ils ont conservé leur forme anguleuse ; eu D, ils sont devenus globuleux et forment des alvéoles de carcinome. —Grossissement de 150 diamètres.
On y observe au début les mêmes faits que dans un processus inflammatoire. S'il s'agit d'un os court, les vésicules adipeuses disparaissent en donnant par leur prolifération des cellules embryonnaires, les lamelles osseuses se résorbent en partie, et les espaces médullaires limités par des lamelles découpées en festons sont remplis de moelle embryonnaire comme dans l'ostéite rarétiante (voy. fig. 22). Ce processus irritatif peut aboutir à une néoformation
DÉVELOPPEMENT DU CARCINOME. 205
de tissu osseux, el il se produit alors une sclérose de l'os ou ostéite condensante. Ces phénomènes d'ostéite raréfiante ou condensante constituent la première phase ou période d'hésitation du développement du carcinome primitif des os.
Mais bientôt la moelle embryonnaire se transforme en tissu fibreux (seconde phase ou phase fibreuse). C'est aux dépens de ce dernier que le carcinome se développe d'une façon qui n'appartient qu'à lui. Les cellules comprises entre les travées fibreuses donnent naissance
FiG. t'I. — Développement du carcinome dans un petit nodule récent situé dans une travée fibreuse voisine d'une tumeur primitive de la mamelle : s, faisceaux de tissu fibreux montrant entre eux des cellules conncctives ; a, cellules du carcinome, disposées en longs boyaux ou dans des alvéoles entre les faisceaux fibreux. — Grossissement de 200 diamètres.
à un nombre plus ou moins considérable de petites cellules qui restent au contact les unes des autres et s'y logent comme dans des nids. Ces cellules, continuant à se multiplier, agrandissent les espaces qui les contiennent et concourent à la formation des premiers alvéoles du carcinome.
Dans le glan m^dammaire, on observe un développement analogue. Les travées de tissu conjonctif qui entrent dans la composition de la
glande et qui, de là, rayonnent dans le tissu cellulo-adipeux avoisinant, s'épaississent et sont plus chargées de suc qu'à l'état normal. Sur une préparation obtenue par coupe après durcissement convenable et colorée par le carmin, on peut s'assurer que les espaces compris entre les fibres connectives contiennent des cellules globuleuses isolées ou réunies en groupes, et l'on assiste ainsi à la formation des alvéoles du carcinome par l'accroissement progressif des îlots cellulaires compris entre les travées fibreuses (voy. fig. 90 et 91).
Les îlots cellulaires, en s'accroissant, ne déterminent pas la résorption de la substance fibrillaire qui les entoure. Celle-ci semble au contraire devenir plus dense comme si elle était comprimée par la pression que les cellules de nouvelle formation produisent sur elle. Cette pression, s' exerçant dans tous les sens, est aussi probablement la cause pour laquelle les alvéoles tendent à prendre la forme sphérique.
Dans le carcinome de la mamelle, le tissu cellulo-adipeux est conservé. La tumeur s'accroît, en effet, aux dépens du tissu conjonctif des travées qui séparent les îlots de vésicules adipeuses, et celles-ci restent très longtemps intactes au milieu de la masse morbide. La conservation de ces îlots adipeux, anguleux, disséminés irrégulièrement sur la section d'une tumeur, nous a servi maintes fois pour en affirmer à l'œil nu la nature carcinomateuse, affirmation qui a toujours été vérifiée par l'examen microscopique.
L'intégrité des cellules adipeuses s'explique par ce que, dans le sein , le carcinome se développe surtout dans les travées fibreuses préexistantes et non aux dépens d'un tissu conjonctif embryonnaire formé au préalable.
Dans les glandes, on observe en même temps des phénomènes très intéressants qui se passent dans les culs~de-sac et les canaux glandulaires. L'épithélium des canaux et des culs-de-sac prolifère par l'effet d'une irritation de voisinage. Les acini se remplissent de cellules et s'hypertrophient de telle sorte, qu'on serait tenté de croire à un rapport direct entre la prolifération des cellules d'épithélium et le développement du carcinome. On a soutenu même que le carcinome est une glande nouvelle destinée à éliminer des parties nuisibles à l'organisme, de même que le rein élimine l'urée. Mais cette conception humorale est infirmée parle seul fait que l'ablation de la tumeur ne détermine pas des accidents d'intoxication et que c'est là, au contraire, le seul remède. C'est sur l'existence de ce tissu épithélial nouveau dans les culs-de-sac et dans les canaux de la glande mammaire