TUBERCULES
est encore obscure, bien que la lumière commence à s'y faire. Autrefois, on appelait tubercule toute masse caséeuse, c'est-à-dire ressemblant à du fromage de mauvaise qualité. Les premières recherches histologiques sur le tubercule furent peu heureuses. Lebert trouva, dans les masses caséeuses qu'il prenait pour des types de la tuberculose, un élément de forme caractéristique. Il avait déjà décrit la fameuse cellule cancéreuse; le corpuscule tuberculeux lui fit pendant. Gomme nous l'avons déjà dit, Lebert avait cherché aussi, mais sans succès, Télément caractéristique supposé de la syphilis, et il l'exprime avec regret. Tout le monde en France crut, pendant quelques années, à la réalité de la découverte de Lebert.
Les corpuscules tuberculeux de Lebert sont de petits éléments de Q y. k 12 p., irréguliers, anguleux, qui se gonflent légèrement dans l'acide acétique en conservant leur forme anguleuse. Après l'action de ce réactif ils présentent quelques granules graisseux rares, mais pas de noyaux dans leur intérieur. Ces corpuscules ne sont autres que des cellules quelconques, desséchées, souvent fragmentées, ayant perdu toute propriété vitale.
Ileinhardt et Virchow, le premier en étudiant la pneumonie caséeuse, le second en décrivant les lésions causées par les infarctus, ruinèrent totalement la théorie de l'élément spécifique du tubercule. En déterminant, en effet, expérimentalement des embolies artérielles, Virchow produisait une coagulation fibrineuse dans tout le territoire de fartère oblitérée et, dans tout ce terrain privé de sucs nutritifs, une mortification des éléments cellulaires. Ceux-ci se transformaient alors en corpuscules tuberculeux par la dessiccation et la dégénérescence granuleuse. On ne tarda pas à rencontrer pareilles lésions dans les carcinomes et dans les sarcomes.
Virchow a cherché à établir que la caractéristique de la tuberculose réside dans la granulation grise semi-transparente , opinion généralement admise.
Villemin a fait des expériences pour élucider la nature des tubercules et pour déterminer leur place dans la pathologie. Il a déterminé la production des granulations tuberculeuses chez le lapin et le cobaye en leur inoculant des produits tuberculeux de Fhomme ; il a pu assimiler la tuberculose aux affections virulentes telles que la morve et la syphihs.
Nous devons néanmoins ajouter que d'autres observateurs (Eberth, Wilson Fox, Sanderson, Cohnheim, etc.) ont déterminé chez ces mêmes animaux des productions analogues au tubercule en inocu-
lant divers produits pathologiques. Cohnheira, qui a reproduit ces expériences, a même soutenu qu'il suffit de faire à un lapin une plaie quelconque pour le rendre tuberculeux. Mais comme, en généra], ces expériences ont été exécutées dans des milieux infectieux, elles n'ont pas une valeur aussi grande qu'on pourrait le croire à priori, d'autant plus qu'un certain nombre d'expérimentateurs, Ghauveau entre autres, ont rendu des animaux tuberculeux en leur faisant manger des crachats de phthisiques, de la viande ou du lait de vache tuberculeuse.
La question est donc actuellement encore en litige, et si dans ce manuel d'histologie pathologique, nous rapprochons la tuberculose de la syphilis et de la morve, c'est moins en vue de leur nature infectieuse qu'en raison de l'analogie des caractères anatomiques de leurs productions morbides. La syphilis et la tuberculose, en effet, présentent entre elles une différence essentielle, consistant en ce que la première détermine dans sa période initiale des inflammations productives, plastiques, comme on le disait autrefois, pouvant aboutir à la formation d'un tissu adulte tel que le tissu conjonctif ou osseux, tandis que les inflammations de nature tuberculeuse sont avant tout destructives et suivies de mortifications, ainsi qu'on le voit dans les pneumonies caséeuses ou tuberculeuses, dans les entérites, les laryngites, etc.
Les faits de coïncidence des inflammations spéciales à la tuberculose et des granulations ont frappé Niemeyer et lui ont suggéré une théorie que nous ne saurions admettre. Il a pris pour point de départ ce qui se passe dans l'intestin et dans le poumon où les ulcérations intestinales et les cavernes présentent à leur périphérie des granulations tuberculeuses. Rapprochant ce fait de l'état caséeux des ganglions lymphatiques à la suite des éruptions cutanées des enfants et de la fréquence des granulations tuberculeuses chez les sujets qui possèdent des ganglions caséeux, Niemeyer a conclu que les granulations tuberculeuses sont toujours le résultat de l'infection de l'organisme par un foyer caséeux, ce dernier fût-il purement inflammatoire à son origine. Ainsi les granulations tuberculeuses n'ont pas, pour lui, de cause spécifique, et tout produit d'inflammation aiguë ou chronique passé à l'état caséeux peut en être la source. Mais c'est là une théorie posée d'une façon absolue et qu'un seul fait contraire peut détruire. Or il ne manque pas d'observations anatomopathologiques de tuberculose généralisée recueillies précisément par des auteurs qui cherchaient partout et qui désiraient trouver des
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foyers caséeux, par Virchow et Buhl par exemple, où l'on n'a pu en découvrir. Nous pourrions en citer nous-mêmes. La tuberculose miliaire est bien primitive dans ces cas, et dès lors, rien n'empêche de supposer qu'elle l'est habituellement, ou que, tout au moins, les granulations et les inflammations se développent sous l'influence de la même maladie, dans les mêmes points ou dans des points difl'érents de l'organisme.
Description du tubercule. — La granulation tuberculeuse ou granulation grise se montre à l'œil nu comme une petite nodosité d'un volume variable depuis 1 vingtième de millimètre jusqu'à 2 et S millimètres de diamètre, volume qu'elle atteint, du reste, rarement. Elle est dure et fait toujours un relief notable. Transparente quand elle est récente, elle devient bientôt opaque et jaunâtre à son centre. Elle est entourée, le plus souvent, d'une zone rougeâtre vascularisée. Ces caractères habituels de la granulation observée à l'œil nu ne sont pas absolus, et il faut s'attendre à ne pas toujours les rencontrer. Lorsqu'en effet les granulations sont confluentes, elles ne sont plus distinctes les unes des autres et forment des masses jaunâtres qu'il serait impossible de différencier à l'œil nu de tout foyer étendu d'inflammation caséeuse. En outre, lorsque les granulations se développent dans une masse de tissu inflammatoire, comme on l'observe assez souvent dans les séreuses, la plèvre et le péritoine par exemple, bien qu'elles soient isolées, il n'est pas toujours possible de les distinguer à l'œil nu dans le tissu embryonnaire au milieu duquel elles sont plongées. Cette description sommaire nous permet déjà de reconnaître que les granulations tuberculeuses se montrent sous deux formes : elles sont isolées ou confluentes.
Les éléments cellulaires qui entrent dans la structure de la granulation tuberculeuse sont difficiles à isoler dans le tissu si dense, si serré et privé de suc qui la constitue. Par le raclage et la dilacération on obtient de petits fragments et des cellules variées de forme. On y rencontre parfois de grandes cellules contenant beaucoup de noyaux (cellules géantes des auteurs allemands). Il y a souvent aussi des cellules fusiformes (fibro-plastiques) et des cellules embryonnaires; mais les éléments qui dominent sont de très petites cellules mesurant de 4- p. à 9 p., dont les noyaux sont entourés d'une faible quantité de protoplasma. Ce sont des cellules embryonnaires en voie d'atrophie.
L'arrangement réciproque de ces éléments est important. Sur une coupe de la granulation, on peut y distinguer une zone périphérique
OU zone de prolifération dans laquelle existent les grandes cellules mères et les éléments fibro-plastiques, zone quelquefois beaucoup
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FiG. 109. — Granulation tuberculeuse, d"après Virchovv {Pathologie cellulaire).
plus étendue qu'on ne pourrait le supposer à simple vue, et une partie centrale où les éléments se touchent presque, s'atrophient de plus en plus à mesure qu'ils vieillissent, et finissent par tomber en détritus granuleux (fig. 109). Autour de tous ces éléments il se produit une substance fondamentale grenue ou fibrillaire qui les agglutiné et les tient fortement réunis les uns aul autres.
Par suite de l'atrophie et de la destruction moléculaire, le centre de la petite nodosité devient friable et opaque.
Les vaisseaux du centre de la granulation ne sont jamais perméables au sang. L'examen de ces vaisseaux permet de dire que leur oblitération s'elfectue lentement. Eludiés, en effet, sur une
Fig. 110. — Section d'un vaisseau dont le contenu R est rempli de fibrine granuleuse : A, tissu tuberculeux; B, globules blancs du sang et cellules endolhéliales. Il s'agit ici d'un tubercule du cerveau. — Grossissement de 400 diaiiic.'tres.
coupe mince d'un tubercule (fig. 110), ils s'accusent par leur contour, et leur lumière est remplie par un coagulum de fibrine granu-