GRANULATIONS MORVEUSES
de développement. Dans les poumons, lorsqu'elles siègent dans le tissu conjonclif qui avoisinc les petites bronches, elles entourent souvent ces canaux à la façon d'un anneau complet (fig. 177). Le catairhe intense et l'ulcération de la bronche sont la conséquence de cette péribronchite. A la périphérie de l'îlot morveux du poumon il y a de la congestion pulmonaire et de la pneumonie; les alvéoles pulmonaires sont remplis de cellules lymphatiques et de globules rouges du sang.
Les granulations morveuses ne siègent pas toujours autour des petites bronches, et le plus souvent elles occupent un infundibulum pulmonaire tout entier. Les alvéoles de cet infundibulum. sont remplis de cellules embryonnaires unies entre elles par une substance granuleuse, tandis que leurs cellules épithéliales n'existent plus (Renaut, art. Morve, Dlct. encyclopédique des se. méd.). Le nodule est entouré d'une zone plus ou moins étendue dans laquelle les alvéoles pulmonaires sont remplis de sang. La dégénérescence caséeuse et l'in flammation suppurative l'atteignent bientôt ; il en résulte des cavernes analogues, chez le cheval, à celles de la tuberculose pulmonaire de l'homme.
FiG. 117. — Coupe d'une nodosité morveuse du poumon du cheval. Le tissu de la nodosité forme 'in anneau régulier autour d'une petite bronche. — Grossissement de -40 diamètres.
La granulation morveuse est formée de petites cellules comprises dans une substance vaguement librillaire ; les éléments qui la composent s'atrophient au centre en subissant la fonte granulo-graisseuse. Il serait difficile de distinguer cette production de la morve équinc d'une ffranulation tuberculeuse de l'homme.
Chez l'homme la morve peut, aussi se traduire par des accidents aigus, par le jetage, par l'inflammation spéciale des voies respiratoires, par des pustules cutanées et des abcès multiples siégeant dans le tissu conjonctif sous-cutané et dans les muscles, accidents rapidement terminés par la mort ou par les symptômes plus localisés du farcin aigu ou chronique.
Les petits foyers des divers organes sont semblables à ceux qu'on observe dans l'infection purulente. Dans un fait recueilli dans le service de M. Hérard (1), nous avons constaté que les petites nodosités du poumon, de la trachée et du larynx, au lieu de reproduire la structure des granulations morveuses du cheval, ne différaient pas des abcès de l'infection purulente. Le larynx et la trachée présentaient simplement de petits abcès sous-muqueux, et le poumon des nodules de pneumonie lobulaire métastatique. Les pustules de la peau ne différaient pas sensiblement de celles de la variole, la suppuration diffuse du tissu cellulaire sous-cutané était identique <à celle du phlegmon, et les abcès des muscles n'avaient rien non plus de spécial.
M. Kelsch a publié depuis l'examen histologique des lésions observées chez un sujet qui avait succombé à la morve, et, comme nous, il a vu dans le poumon de petits nodules de pneumonie suppurée, et dans les muqueuses et la peau de petits abcès miliaires. Dans une autopsie faite tout récemment dans le service de M. Hayem, à l'hôpital Saint-Antoine, il en était de même. Les préparations de pustules cutanées que nous avons faites dans ce dernier cas nous ont montré, comparativement aux pustules de la variole, cette différence que la suppuration y débutait par le derme et par le tissu conjonctif souscutané, au lieu de commencer dans le corps muqueux de Malpighi comme cela a lieu dans la variole. (Voyez, pour plus de détails, le chapitre consacré à V Histologie pathologique de la peau.)
La mort est la suite constante et rapide de la morve aiguë; elle est la conséquence de la dissémination et de la généralisation des granulations morveuses; mais le farcin chronique et même le farcin aigu peuvent guérir lorsque les lésions siègent à la périphérie du corps et qu'elles sont énergiquemenl attaquées dès le début.
(1) Voyez, pour plus de détails, cette observation publiée par M. Carvillcdans la Gazette des hôpitaux du 25 août 1868.