‹ Manuel d'histologie experimentale (volume 2)Chapitre 72 sur 199 · MODIFICATIONS NUTRITIVES DES CIIONDROMES · texte numérisé non relu

MODIFICATIONS NUTRITIVES DES CIIONDROMES

L'accroissement d'îlots cartilagineux bien limités et entoures d'un périchondre s'effectue par multiplication de leurs cellules. Les noyaux se divisent, et lorsqu'il y a deux noyaux dans une cellule le protoplasma de celle-ci se divise à son tour pour former à chacun des nouveaux noyaux une masse protoplasmiquc distincte, et enfin chaque cellule forme autour d'elle une capsule secondaire.

FiG. 124. — Cellules cartilagineuses en voie de prolifération. — a, nucléole; 6, noyau; c, protopîasraa ; d, capsule primitive et capsule secondaire ; e, substance fondamentale.

Les chondromes, dès leur orioine, subissent des modificalions nutritives. Ainsi, lorsqu'ils s'accroissent rapidement, leurs cellules sont infiltrées de substance glycogène qui prend une coloration brun orangé sous l'influence de l'iode.

Ces tumeurs , une fois formées , subissent dans leurs éléments cellulaires et dans leur substance fondamentale des altérations variées. De même que les cellules des cartilages de l'adulte élaborent facilement de la graisse qui demeure sous forme de gouttelettes dans leur protoplasma, de même les cellules des chondromes contiennent toujours de la graisse lorsque la tumeur est stationnaire. Il arrive même souvent que, dans les points où l'accroissement interstitiel est très marqué, les cellules sont simplement mfiltrées de substance glycogène, tandis que, dans les autres, cette substance est remplacée par des gouttelettes graisseuses. Peut-être y a-t-il entre ces deux substances des relations chimiques qui ont échappé jusqu'ici?

La dégénérescence granulo-graisseuse s'observe quelquefois dans les chondromes; elle diffère, comme on l'a vu plus haut, de la modification précédente parce qu'elle amène la destruction complète des cellules du cartilage. Elle détermine un arrêt de développement dans les points qui en sont frappés.

mo

L'infillration calcaire ne survient presque jamais à la périphérie des nodules cartilagineux, mais bien à leur centre. Elle peut se montrer dans deux conditions différentes, suivant qu'elle accompagne un mouvement actif de formation analogue à l'ossification, où qu'elle se traduit, au contraire, par une calcification qui envahit en même temps toutes les capsules secondaires. Cette dernière modification ne diffère pas de l'incrustation calcaire dont nous avons parlé précédemment. Dans le premier cas (fig. 125), il se produit une évolution

FiG. 125. — Capsules cartilagineuses d'un chondrome envahi par l'innitration calcaire. Dans les portions calciriées, à la partie inférieure de la figure, les cellules se multiplieiil; elles sont devenues embryonnaires. Décalcification incomplet'; dans l'acide chromique. — Grossissement de 300 diamètres.

comparable à celle de l'ossification normale aux dépens du cartilage. Les cellules contenues dans les capsules prolifèrent; la substance fondamentale se segmente ; les capsules primitives s'ouvrent les unes dans les autres, les capsules secondaires se dissolvent. Leurs cellules prolifèrent, et il se forme au centre de l'îlot cartilagineux une cavité médullaire dans laquelle se ramifient de nombreux vaisseaux venus du périchondre. Jusque-là, comme on le voit, cette formation nouvelle de tissu embryonnaire ne diffère pas de celle qui précède l'ossification physiologique.

Mais, dans les chondromes, la moelle peut : a. rester à l'état em-

TUMEURS OSTÉOÏDES. 2G1

bryonnaire; b. donner naissance à du tissu li])rcux; c. se transformer en lissu adipeux comme la moelle osseuse d'un os long; d. devenir enfin le point, de départ de trabécules osseuses qui n'ont qu'une existence temporaire, et qui disparaissent de nouveau parfois pour faire place à de la moelle.

Certains chondromes formés par un seul îlot cartilagineux, étudiés sur une section qui comprend toute leur épaisseur, montrent, en allant de la périphérie au centre, une série découches de tissus différents qui sont : 1° le tissu conjonctif du périchondre ; 2" une couche de cartilage hyalin; 3° une couche de cartilage en voie de prolifération; 4° à leur centre, une cavité anfractueuse contenant de la moelle et sillonnée par des travées de tissu cartilagineux calcifié ou par des lamelles osseuses. Comme on le voit, le centre de la tumeur est alors le siège d'un processus qui y fait disparaître le cartilage, et si de nouveaux éléments cartilagineux ne se formaient pas constamment au-dessous du périchondre, tout le cartilage ancien disparaîtrait sous l'influence de la médullisation.

Pronostic. — Pour établir le pronostic des chondromes, il faut surtout tenir compte du mode de développement de la tumeur.

Si la masse morbide est bien limitée ou entourée par du tissu fibreux dense, véritable périchondre, et si elle se développe seulement aux dépens de ses propres éléments, sa gravité est peu considérable. Mais si, au pourtour de la tumeur, on trouve des traînées de tissu embryonnaire ou de cartilage en voie de développement, s'il n'y a pas de périchondre fibreux en un mot, la gravité est plus grande. On observera quelquefois alors une récidive après l'extirpation et même une production de tumeurs semblables dans un ou plusieurs organes éloignés de la masse primitive.

Il est impossible de soutenir aujourd'hui que les chondromes sont toujours des tumeurs bénignes, car quelques-uns d'entre eux ont une marche clinique qui les rapproche du carcinome et du sarcome.

Tumeurs ostéoïdes. — Sous le nom de tumeurs ostéoïdes, df chondromes ostéoïdes, J. Mûller avait décrit des tumeurs formées d'un tissu analogue au tissu osseux, mais n'en présentant réellemen' pas tous les caractères.

Virchow précisa davantage. En étudiant le développement des os, ce qu'il faisait sur des pièces provenant d'enfants rachitiques, il ana-

lysale tissu particulier désigné par Rufz et J. Guérin sous le nom de spongoïde, l'appela tissu ostéoïde et le considéra comme du tissu osseux en voie de formation physiologique.

Nous sommes obligés d'anticiper ici sur l'histoire du rachitisme,, que nous décrivons plus loin en détail, pour expliquer en quoi consiste le tissu ostéoïde. Dans les os rachitiques, on trouve souvent sous le périoste un tissu analogue à l'os, dans lequel les trabécules ossiformes, au lieu de présenter des corpuscules osseux et des lamelles parallèles, montrent des corpuscules anguleux au sein d'une substance fondamentale homogène ou parsemée de granulations calcaires distinctes. Au lieu d'être séparées par du tissu médullaire, les trabécules précédentes sont situées au milieu d'un tissu fibreux parcouru par des vaisseaux (fig. 126). Yirchow supposa que c&

FiG. 12G. — Tissu ostéoïde sous-périostique dans le rachitisme. — a, trave'es oste'oidcs ; b, espaces médullaires occupés par du tissu fibreux.

tissu, auquel il donna le nom d'ostéoïde, existait à l'état physiologique au-dessous du périoste, et le considéra comme la première phase du développement du tissu osseux; il donna exclusivement le nom d'ostéoïde auxtumeursquienétaientformées. Cette hypothèse deVirchow a été complètement renversée par les travaux modernes; mais la définition et la description que Virchow a données du tissu ostéoïde n'en restent pas moins l'expression de faits bien observés en ca qui concerne les os rachitiques et les tumeurs ostéoïdes.

D'après ce qui précède, une tumeur ostéoïde sera constituée par des trabécules de forme et de dimensions variées, composées d'une substance réfringente homogène ou vaguement fibrillaire, souvent infiltrée de granulations calcaires, comprenant des corpuscules anguleux; ces trabécules sont séparées par du tissu fibreux dans lequel cheminent des vaisseaux.

TUMEURS OSTEOÏDES.

Mais le tissu ostéoïde ne compose pas à lui seul toute la masse des tumeurs de ce nom; elles sont presque toujom-s parsemées d'îlots de cartilage et inliltrées par places de sels calcaires.

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FiG. 127. — Tissu d'une tumeur ostéoïde du poumon. — t, travée calcifiée contenant des cellules représentées plus complètement figure 128. — Grossissement de 200 diamètres.]

C'est seulement lorsque des îlots de cartilage se sont développes dans les tissus voisins des travées ostéoïdes que le nom de c/iow(iromes ostéoïdes conviendrait à ces tumeurs.

FiG. 128. — Cellules comprises dans les travées fibreuses. — Grossissement de 300 diainélres.

L'infiltration calcaire partielle de ces tumeurs est presque la règle. Des granulations isolées se déposent dans la substance fondamentale des travées, mais les cellules entourées par ce dépôt ne

deviennent pas pour cela des corpuscules osseux. Qu'il y ail infiltration calcaire seulement ou pétrification complète, ces corpuscules ne montrent jamais que des prolongements incomplets et en petit nombre. La substance fondamentale ne devient jamais non plus lamellairo-

Le plus souvent ces tumeurs sont diffuses; mais quelquefois elles sont formées d'une seule masse ou bien elles sont lobulées. Jamais elles ne présentent cette dernière disposition aussi marquée que les chondromes ordinaires, et elles ne possèdent pas de membrane fibreuse limitante analogue au périchondre.

Elles atteignent parfois des dimensions considérables; leur gravité est grande et elles se généralisent fréquemment à un grand nombre d'organes. Virchow insiste beaucoup sur la généralisation de ces tumeurs. Nous avons observé plusieurs exemples de cette généralisation.

Ces tumeurs sont rares. Il est difficile de les bien caractériser à l'œil nu ; elles sont, en effet, très voisines comme aspect des sarcomes, des fibromes et des chondromes, el, intermédiaires à ces différentes tumeurs.

Le diagnostic anatomique de cette espèce de tumeurs ne peut être fait que sur des coupes exécutées sur le tissu durci et décalcifié au moyen de l'acide picrique ou chromique. Il faut d'abord déterminer les caractères du tissu ostéoïde, puis établir la proportion du tissu cartilagineux et fibreux qui entre dans la composition de ces tumeurs. Ce n'est que par cet examen complet qu'on arrivera à les différencier des fibromes et des chondromes dont elles sont si voisines.

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