EXOSTOSES
crâne. Elles sont appliquées sur les systèmes lamellaires de l'os ancien, sans que ceux-ci soient détruits.
Le développement de ces exostoses se fait habituellement sous le périoste à la suite d'une prolifération de la moelle sous-périostique. Des travées osseuses se forment alors d'après le mécanisme habituel. Dans quelques faits assez rares l'exostose était revêtue d'une lamelle (^ontinue de cartilage aux dépens de laquelle le tissu osseux se développait manifestement. On trouvait alors successivement de la périphérie au centre : le périoste devenu périchondre, du cartilage dont la couche profonde était en prolifération, puis de l'os.
Les exostoses par enchy metteuses sont celles qui ont pris naissance dans l'épaisseur de l'os. Voici comment elles naissent :
A la suite d'une ostéite raréfiante il se produit dans l'os une perte de substance; celle-ci est comblée par un tissu médullaire inflammatoire qui devient lui-même le point de départ d'une production osseuse exubérante.
Il est également facile de reconnaître dans ces exostoses l'os ancien de l'os nouveau. Celui-ci, en effet, s'est développé autour des vaisseaux des bourgeons qui végètent à la surface de la perte de substance initiale. Il en résulte que les canaux de Havers de l'exostose ont une direction générale pei'pendiculaire à celle des canaux de l'os ancien. C'est ce que montre la figure 130.
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FiG 130. — Exostose parenchyraateuso du tibia coupée perpendiculairement à l'axo de Fos. — a, cmiaiis de Havers de l'os ancien coupés transversalement; b, canaux de Havers de l'exostose dont la direction est perpendiculaire à celle des premiers; C, quelques canaux longitudinaux. — Grossissement de 10 diamètres.
Les exostoses se développent à tous les âges. Quelquefois, le sujet est encore en voie de croissance, et c'est sur les épiphyses qu'elles prennent naissance; souvent alors elles sont multiples et symétriques. Broca a étudié cette variété et l'a nommée exostose épiphysaire»
Soulier lui a donné le nom d'exostose ostéogénique qui exprime très bien aussi sa nature.
Les énostoses , formées habituellement par du tissu compact, comblent plus ou moins le canal central de l'os.
B. — Les productions osseuses formées en dehors du système osseux ne sont pas toutes des tumeurs; néanmoins nous les décrivons ici pour ne pas scinder leur étude. Elles prennent naissance dans divers tissus de l'organisme.
Certains cartilages sont habituellement envahis par la métamorphose osseuse, sous l'influence des progrès seuls de l'âge. Ces ossifications sont communes, surtout dans les cartilages du larynx, de fei trachée, des bronches et des côtes.
On les observe dans le cartilage thyroïde, soit chez les vieillards, soit chez les malades qui ont souffert de laryngites, en particulier de laryngite tuberculeuse. C'est là, en effet, une conséquence de l'état inflammatoire des cartilages lié à l'inflammation de la muqueuse.
Dans cette ossification pathologique des cartilages, on observe des îlots de tissu embryonnaire qui résultent de l'ouverture des capsules primitives du cartilage les unes dans les autres, de la dissolution des capsules secondaires, de la mise en liberté des cellules du cartilage ancien proliférées et de la pénétration des vaisseaux sanguins. Ce tissu embryonnaire se forme donc par un processus exactement semblable à celui de l'ossification physiologique. Puis se développent les trabécules osseuses dans lesquelles les cellules embryonnaires deviennent des corpuscules osseux. Au début de ce processus, les cartilages sont plus friables qu'à l'état normal, parce qu'ils contiennent des cavités médullaires et que les travées osseuses y sont encore minces. Ils acquièrent ensuite la solidité des os spongieux et même des os compacts.
Les mêmes phénomènes d'ossification s'observent également dans les cerceaux cartilagineux de la trachée.
Dans les cartilages costaux, l'ossification, qui se produit aussi chez les vieillards, est beaucoup plus lente. Elle est entravée par la transformation muqueuse. Les espaces kystiques qui se forment aloj's dans les cartilages costaux ossifiés sont remplis de matière muqueuse et de débris de cellules incapables d'organisation. Pour que du tissu osseux se produise, un processus plus actif est nécessaire.
Des ostéomes naissent dans les jointures atteintes de rhumatisme
OSTKOMKS DU TISSU CONJONCTIF.
chronique aux dépens des carlilages diarLhrodiaux et des franges synoviales; mais ces productions nouvelles rentrent dans l'étude de l'arthrite sèche et des tumeurs blanches, et nous les exposerons en détail à propos de ces maladies.
Des tumeurs osseuses se développent aussi dans les tendons. Elles débutent par celle de leur portion qui est adhérente à l'os, s'y prolongent sous forme de longues aiguilles ou stalactites et atteignent parfois les muscles correspondants. Le développement des tumeurs osseuses des tendons n'a pas été suivi, ce qui tient en réalité à ce que cette étude est impossible sur des ostéomes qui, depuis longtemps, ont achevé leur développement.
Dans le tissu conjonctif de la dure-mère, de l'arachnoïde ou de la pie-mère, on observe souvent de petites plaques composées, soit de tissu conjonctif incrusté de sels calcaires, soit de véritable tissu osseux.
La choroïde, chez des sujets qui, depuis longtemps, ont perdu la vue, peut être transformée en une coque osseuse constituée par des corpuscules osseux et 'des lamelles osseuses.
Nous avons observé du tissu osseux dans la paroi d'un kyste ancien du Ibie présenté par Pelvet à la Société anatomique.
On trouve quelquefois des os au milieu des muscles; c'est ainsi que Rokitansky a décrit un ostéome assez fréquent dans le biceps chez les fantassins, dans les adducteurs de la cuisse chez les cavaliers de l'armée autrichienne.
On a trouvé des plaques véritablement osseuses dans le péricarde et même dans le tissu musculaire du cœur. Mais cependant la plupart de ces faits se rapportent à des fibromes lamellaires incrustés de sels calcaires.
Quant aux plaques calcaires des vaisseaux atteints d'endartérite chronique, malgré que Virchow les considère comme de nature osseuse, nous pouvons affirmer qu'elles ne possèdent jamais ni
FiG. 131. — Exostose de l'humérusau niveau de l'insertion deltoïdienne. Figure emprunte'e à la Pathologie chirurgicale de Ne'laton.
lamelles osseuses, ni moelle, ni véritables corpuscules osseux. Les fentes irrégulières et les petites cavités qu'on y rencontre n'ont jamais la forme ni les canalicules des corpuscules osseux vrais.
Dans la peau, des noyaux osseux se développent parfois autour des glandes. Yirchow signale ce fait que nous avons pu observer une fois.
Au sommet induré du poumon des tuberculeux, se montrent assez souvent des productions osseuses sous forme d'aiguilles et de masses rayonnantes qui ont été décrites par divers auteurs. On a attribué leur origine aux cartilages des bronches. Nous avons pu redresser cette erreur en suivant leur développement qui se fait aux dépens du tissu conjonctif nouveau de la pneumonie interstitielle. Les trabécules osseuses circonscrivent des espaces irréguliers ou se développent en forme de tubes. Ces derniers pourraient, au premier abord, être pris pour de petites bronches dont les parois se seraient ossifiées; mais en les étudiant sur des coupes faites après décalcification par l'acide chromique, on reconnaît que le canal central est rempli de moelle qui souvent même est adipeuse. Ce sont là de véritables os longs en miniature.
En outre des ostéomes de l'arachnoïde et de lapie-mère, le système nerveux central peut être le siège de tumeurs de même nature développées dans la masse nerveuse elle-même, au centre du cerveau et du cervelet. Nous en avons vu un cas dans ce dernier orsane.
A côté des ostéomes, nous devons parler ici des odontomes ou tumeurs formées par l'un des tissus dentaires. Sous cette dénomination d'odontome, donnée par Yirchow, on n'a pas fait rentrer seulement les tumeurs venues des dents, mais aussi celles des parties voisines. On a décrit sous ce nom :
i° Des exostoses causées par une inflammation du périoste alvéolodentaire.
Les dents sont constituées, comme on le sait, par leur pulpe centrale, par l'ivoire ou dentine, recouvert à la surface libre de la dent par l'émail et dans sa racine par le cément. Le cément, vérilable tissu osseux, est en rapport immédiat avec le périoste de l'alvéole. Sous l'influence de l'inflammation du périoste, il se fait de nouvelles couches de cément, c'est-à-dire de nouvelles couches osseuses.
2° Des productions nouvelles d'émail et d'ivoire, soit au collet de la dent, soit sur le cément. Ces petites tumeurs ressemblent à des gouttes de cire qui se seraient figées à la surface de la dent.
ODONTOMES.
3' Une tumeur particulière du maxillaire, constituée par une ou plusieurs dents normales ou déformées, quelquefois soudées, groupées sousTinnuence d'une déviation formative congénitale ou vice de formation.
Le nom d'odonlome comprend donc, comme on le voit, bien des
Fia. io2. — Exostose dentaire. Figure empruntée à la Pathologie des tumeurs de Virchow a, surface; b, section de la dent.
choses différentes. Il faut encore ajouter à ce groupe, suivant Virchow, les dents implantées sur des plaques osseuses, comme on en rencontre dans les kystes dermoïdes (kystes dermoïdes de la troisième variété de Lebert), sur lesquels nous reviendrons bientôt.
Les odontomes ne sont jamais des tumeurs volumineuses, ni graves^ et leur importance en pathologie n'est pas grande.