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TUMEURS CONSTITUÉES PAR DU TISSU MUSCULAIRE; MYOMES

La définition des myomes ou tumeurs constituées par du tissu musculaire est subordonnée entièrement à celle des muscles euxmêmes.

Les muscles de l'économie se divisent en trois groupes (voyez page 29) :

4° Les muscles striés de la vie animale;

2" Le muscle cardiaque ;

3" Les muscles lisses de la vie organique.

La présence des muscles de la seconde espèce n'a pas été notée dans les tumeurs, mais les deux autres espèces de muscles entrent pour une part inégale, il est vrai, dans la constitution des tumeurs. On doit donc distinguer deux genres de myomes :

i° Les tumeurs contenant des fibres musculaires striées : Zenker leur a donné le nom barbare de rabdomyômes, qui nous semble avantageusement remplacé par le nom de myomes à fibres striées;

2° Les tumeurs formées de fibres musculaires lisses, léiomyomes de Zenker, que nous appellerons myomes à fibres lisses.

1" Genre. — Myomes à fibres striées.

Les myomes à fibres striées sont souvent des tumeurs congénitales; il n'en existe qu'un petit nombre de cas dans la science. La première observation publiée appartient à Rokitansky; elle est relative à une tumeur congénitale du testicule ayant le volume d'un œuf de pigeon; elle était, en majeure partie, formée de fibres striées. Billroth a publié depuis un fait analogue.

Virchow et Recklinghausen ont vu dans le muscle cardiaque d'enfants nouveau-nés des tumeurs qui renfermaient des fibres striées et

STRUCTURE DES MYOMES. 273

en ont fait des myômes. Mais, comme ces enfants étaient syphilitiques, Virchow est revenu plus tard sur cette première interprétation, et paraît disposé à les considérer aujourd'hui comme des gommes.

Dans les kystes dermoïdes de la troisième variété de Lebcrt on rencontre souvent des faisceaux de muscles striés.

Récemment, M. Talavera a trouvé dans une tumeur sarcomateuse du testicule un nombre notable de faisceaux musculaires striés en voie de développement. Quelques-uns de ces faisceaux, constitués à leur centre par un cylindre protoplasmique muni de noyaux, possédant une mince couche striée à leur périphérie, étaient analogues aux faisceaux musculaires d'un embryon humain de trois à quatre mois. Dans cette dernière tumeur, par conséquent, le développement des éléments musculaires semblait s'être fait récemment aux dépens des cellules embryonnaires de la masse morbide.

Les fibres musculaires striées s'observent encore dans d'autres tumeurs solides qui se développent chez les fœtus et que nous décrirons bientôt. Mais ces masses morbides ne doivent pas être considérées comme des myômes, car il entre dans leur constitution un grand nombre de tissus et dès lors elles méritent une mention spéciale. Leur constitution est trop complexe pour qu'on puisse en faire de simples myômes.

2* Genre. — Myômes à fibres lisses.

Les myômes à fibres lisses se présentent tantôt sous la forme de masses irrégulières, diffuses, mal circonscrites, tantôt ils constituent des tumeurs bien limitées. Leur aspect est charnu ou "fibreux.

Les cellules musculaires offrent dans les myômes les mêmes caractères qu'à l'état physiologique (voyez page 29). Dans les tumeurs, elles peuvent, comme à l'état normal, se montrer groupées en faisceaux ou en membranes, ou isolées au milieu du tissu fibreux.

Les faisceaux sont séparés par du tissu conjonctif lâche dans lequel cheminent des vaisseaux sanguins; ces vaisseaux ne pénètrent jamais dans les faisceaux musculaires eux-mêmes.

Pour étudier ces tumeurs et s'assurer qu'elles sont bien composées d'éléments musculaires, il faut en faire macérer des lambeaux dans une solution d'acide azotique à 20 pour iOO ou dans la potasse caustique à 40 pour 100.

Les fibres conjonctives sont alors dissoutes et les cellules musculaires sont isolées. On les reconnaît à leur forme allongée en fuseau

CORNIL ET RANVIER I. —18

(%. ioo, A). Pour mettre en évidence leurs noyaux caractéristiques,, on doit faire durcir la tumeur par les procédés ordinaires, y pratiquer des coupes que l'on colore au carmin et que l'on traite ensuite par l'acide acétique. Gomme cet acide gonfle la substance musculaire, les faisceaux sont mal indiqués; mais on reconnaît très bien les éléments musculaires à leurs noyaux allongés en bâtonnets et serpentins.

Les deux figures suivantes ont été dessinées, la première (A) d'après une préparation d'un myome utérin obtenu par dissociation après * Faction de l'acide azotique, la seconde (B) d'après une coupe du

FiG. 133. — Cellules musculaires provenant d'un myôme. — A, cellules isolées par l'action de l'acide azotique à 1/5; B, préparation obtenue sur une pièce durcie, colorée par le carmin et traitée par l'acide acétique; m, coupe longitudinale; n, coupe transversale des faisceaux musculaires; t, cellulesde tissu conjonctif.

même myome durci par l'alcool, coloré au carmin et traité par l'acide acétique.

Les coupes des myomes seront également bien étudiées après coloration par le picrocarminate d'ammoniaque ou par la purpurine. Le premier de ces réactifs colore la fibre musculaire en jaune, tandis que le tissu conjonctif est rosé. La purpurine ne colore pas le tissu conjonctif : le corps des cellules musculaires est coloré en rose et leurs noyaux en rouge plus ou moins foncé.

Les myomes sont formés de faisceaux dirigés tous dans le même sens ou entre-croisés dans différentes directions, de telle sorte que, sur une même section, on voit des faisceaux coupés suivant leur longueur, et d'autres coupés en travers. Les premiers faisceaux montrent les cellules contractiles suivant leur longueur, les seconds offrent à considérer les sections transversales des cellules, chacune d'elles étant représentée par deux cercles concentriques, dont l'interne.

DEVELOPPEMENT DES MYOMES.

fortement coloré en rouge, correspond à la coupe du noyau (voy. \fig. 133, B, n). Mais comme les noyaux n'occupent, dans les cellules ■musculaires, qu'un(3 partie limitée de leur longueur, et comme, dans un faisceau musculaire, ces cellules ne sont pas simplement disposées les unes à côté des autres, mais diversement étagées, il en résulte que, sur une coupe transversale de ces faisceaux, les cellules étant coupées tantôt en deçà tantôt au delà du noyau, leur section ne présente pas toujours de noyau à leur centre. C'est là un caractère important qui permet de reconnaître un faisceau musculaire coupé en travers d'un faisceau de tubes nerveux ou d'un îlot de petites cellules.

Dans le tissu conjonctif qui sépare les faisceaux musculaires, on trouve des cellules connectives plus ou moins abondantes et des vaisseaux, artères, veines et capillaires.

Une propriété intéressante des myômes consiste dans leur contractilité. Virchow y revient plusieurs fois dans le chapitre qu'il leur consacre et rapporte qu'ils ont une consistance très différente suivant le moment où on les examine pendant la vie; tantôt ils sont mous, en relâchement, tantôt durs, en contraction. C'est sur les myomes vulgairement appelés corps fibreux de l'utérus que ce fait a été constaté.

Le développement des myomes a été jusqu'à présent incomplètement étudié, parce que ces tumeurs ont une marche lente ; même lorsqu'il existe un grand nombre de petits myomes logés, par exemple, dans les parois de l'utérus, l'autopsie peut être faite à un moment où ils sont stationnaires, ce qui rend l'étude de leur développement impossible.

Cependant on rencontre quelquefois, dans le tissu fibreux delà tumeur et le long des faisceaux musculaires, des îlots de tissu embryonnaire. Des cellules contractiles pourraient naître là de la même manière que chez l'embryon par une transformation directe des cellules embryonnaires. Quelques auteurs ont en outre pensé que les cellules musculaires préexistantes en engendrent de nouvelles en se multipliant par division (Fôrster).

Le tissu des myomes résulte toujours d'une néoformation de cellules musculaires et non de l'hyperplasie des cellules musculaires préexistantes. Comme la plupart des cellules fixées dans leur forme, la cellule musculaire ne montre jamais de division de son noyau ni de seementaiion.

11 n y a pas lieu de distinguer dans ces tumeurs d'espèces distinctes, mais seulement des variétés qui sont les suivantes :

1" Les myomes formés d'une masse charnue homogène, non lobulée. Ils sont mous, possèdent des cellules musculaires volumineuses, et leurs faisceaux ont habituellement une seule et même direction.

2° Les myomes lobules. Ils ont quelquefois des vaisseaux volumineux, béants comme les sinus utérins et les veines sus-hépatiques. C'est cette apparence à l'œil nu des vaisseaux qui avait fait croire à Cruveilhier qu'il n'y avait là que des veines.

Dans certains faits, très rares du reste, la dilatation des vaisseaux peut être poussée assez loin pour s'accompagner d'hémorrhagies ; on dit alors que le myome est érectiie.

o° La transformation calcaire est fréquente dans ces tumeurs ; elle commence au centre des lobules. Il y a tantôt seulement infiltration calcaire de la substance unissante, tantôt pétrification complète de cette substance et des éléments musculaires , au centre des lobules ou dans toute leur masse. Cette dégénérescence est très fréquente, surtout dans les corps fibreux de l'utérus saillants dans la cavité péritonéale.

4° La transformation graisseuse des cellules des myomes s'observe quelquefois à côté des infiltrations calcaires.

5° La transformation muqueuse s'associe parfois à la dilatation des vaisseaux dans les myomes. Elle amène la destruction d'un certain nombre d'éléments et la formation de cavités ou kystes muqueux décrits par Cruveilhier dans ces tumeurs sous le nom de géodes. Ces kystes, qu'on rencontre dans les myomes de l'utérus, présentent dans leur intérieur un liquide muqueux, des débris d'éléments et quelquefois du sang provenant de la rupture des vaisseaux qui occupent la paroi du kyste.

Si nous considérons maintenant le siège des myomes à fibres lisses, nous verrons qu'ils se forment toujours dans des régions où il existe du tissu musculaire de la vie organique.

Ils se rencontrent le plus souvent dans l'utérus. Ils s'y présentent, soit comme des corps interstitiels, lobules, enkystés au milieu du tissu utérin et énucléables, soit comme des polypes saillants à la surface du péritoine ou dans la cavité utérine. Ces tumeurs ont commencé d'abord par être interstitielles, puis elles se sont avancées du côté de la cavité péritonéale ou du côté de la cavité utérine, en se

DIAGNOSTIC ANATOMIQUE DES MYOMES 277

coiffrint, soit de la séreuse péritonéalc, soit de la membrane muqueuse de l'utérus. Les myomes utérins sont formés tantôt de tissu musculaire presque pur, tantôt de tissu musculaire combiné à du tissu conjonctif. Lorsque les éléments du tissu musculaire sont peu abondants et que ceux du tissu conjonctif prédominent, on devrait en l'aire des fibromes si, dans la dénomination des tumeurs, on ne subordonnait pas le tissu le plus commun à celui qui donne à la masse morbide ses caractères spéciaux. Le tissu musculaire est en efïet de formation nouvelle dans les myomes utérins : ce qui le prouve, c'est que certains myomes développés dans les parois utérines contiennent plus d'éléments contractiles que l'utérus tout entier. Nous ne pouvons donc pas admettre, avec Rindfleisch, que les éléments musculaires sont accessoires dans ces tumeurs dont, à l'exemple de Virchow, nous faisons des myomes.

Chez l'homme âgé, la prostate est souvent le siège d'une formation nouvelle de fibres lisses, qui donne lieu soit à une hypertrophie totale ou partielle de l'organe, soit à des tumeurs circonscrites.

Il existe aussi des myomes du scrotum (Virchow, Fôrster).

Nous avons eu l'occasion d'étudier un myome charnu de la grande lèvre enlevé par Demarquay.

Récemment Balzer a présenté à la Société de biologie un cas très intéressant de myomes multiples de la peau.

Les voies digestives présentent, à la partie inférieure de l'œsophage, dans l'estomac, dans l'intestin grêle et dans le gros intestin, des myomes polypiformes (Rokitansky). Ces myomes, comme ceux de l'utérus, sont d'abord interstitiels; mais, au bout d'un temps variable, ils se pédiculisent et font une saillie polypeuse, soit dans la cavité viscérale, à la surface de la muqueuse, soit dans la cavité péritonéalc. Certains de ces myomes , gros comme un pois ou une amande, siègent au milieu des parois de l'estomac où ils sont souvent multiples. En les isolant, on reconnaît qu'ils se sont développés aux dépens d'un faisceau musculaire avec lequel ils se continuent par leurs deux extrémités.

Le diagnostic anaiomique de ces tumeurs est impossible sans le secours du microscope. Les tumeurs utérines, si longtemps appelées corps fibreux, en sont la preuve. Au microscope, quel que soit le mode de préparation employé, leur détermination est généralement facile. Dans les cas douteux, on aurait recours à la dissociation des cellules musculaires par l'acide azotique.

Leur pronostic est sans gravité, à moins que, par leur volume et leur siège , ils ne déterminent des lésions de voisinage ou un obstacle aux fonctions d'organes importants. C'est ainsi que certains myomes de l'utérus compriment la vessie ou le rectum, et donnent lieu à des congestions et à des hémorrhagies de la muqueuse utérine. C'est ainsi que les myomes pédicules des intestins ont pu déterminer des symptômes d'étranglement intestinal.

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