‹ Manuel d'histologie experimentale (volume 2)Chapitre 76 sur 199 · TUMEURS CONSTITUÉES PAR DU TISSU NERVEUX; NÉVROMES · texte numérisé non relu

TUMEURS CONSTITUÉES PAR DU TISSU NERVEUX; NÉVROMES

Les névromes sont des tumeurs constituées par du tissu nerveux de nouvelle formation. Or, à l'état normal, le tissu nerveux se présente sous deux aspects différents : 1° à l'état de tissu ganglionnaire, dans les centres gris de l'encéphale, de la moelle et du grand sympathique, où il contient des cellules nerveuses; 2" à l'état de tissu nerveux fascicule, dont le type se trouve dans les nerfs périphériques; ceux-ci sont composés de tubes contenant de la moelle, tubes nerveux à myéline, et de fibres nerveuses sans moelle, fibres de Remak (voy. p. 33 et suivantes).

Ces deux modes du tissu nerveux permettent de distinguer deux genres de névromes : 1° les névromes médullaires ou ganglionnaires; 2° les névromes fascicules.

A ev

Genre. — Névromes médullaires ou ganglionnaires.

Les névromes médullaires ou ganglionnaires sont très rares et peu importants en clinique. Virchow les a décrits dans l'encéphale et dans la moelle comme des tumeurs faisant une légère saillie à la surface de ces deux organes. Il ne faudrait pas les confondre avec les hernies de la moelle qui se montrent lorsque, dans l'ablation de cet organe, on a éraillé la pie-mère. Ces tumeurs, de la couleur de la substance nerveuse grise, présentent comme celle-ci, dans leur structure, des cellules nerveuses et des vaisseaux. Elles peuvent exister aussi dans les corps striés et à la surface des ventricules. Sangalli a décrit dans les encéphalocèles congénitales des tumeurs formées par de la substance grise.

Dans les kystes dermoïdes de la troisième variété de Lebert, on trouve aussi des amas de substance nerveuse grise, contenant des cellules nerveuses. Nous y reviendrons à propos de ces kystes.

2' Genre. — Névromes fascicules.

Au commencement du siècle, Odier (de Genève) a décrit sous le nom de névromes toutes les tumeurs siégeant le long des nerfs. C'étaient le plus souvent des myxomes, comme on s'en est assuré depuis. Bien que le nom de névromes aoit encore souvent appliqué par les chirurgiens à toutes les tumeurs qui siègent le long des nerfs, de quelque nature qu'elles soient, cependant, dans la terminologie adoptée aujourd'hui par les anatomo-pathologistes, on doit uniquement réserver ce nom aux tumeurs formées d'éléments nerveux. Les névromes fascicules seront donc simplement pour nous des tumeurs constituées par des fibres nerveuses de formation nouvelle.

Le nom de névromes douloureux a été donné aussi à de petites tumeurs sous-cutanées, en raison précisément des vives douleurs qu'elles causent. Dupuytren les appelait fibromes douloureux. Elles contiennent probablement des nerfs englobés et comprimés dans du tissu conjonctif nouveau. Elles sont formées, d'après Axmann, par des couches emboîtées de tissu fibreux qu'il a comparées aux capsules des corpuscules de Pacini. La manière de voir d'Axmann n'a pas été vérifiée depuis. Virchow propose de leui' donner le nom de nevromaiie. Nous ne voyons pas l'utilité de ce mot nouveau, d'autant plus que ces tumeurs sont très bien désignées par celui de fibromes douloureux.

Verneuil a décrit sous le nom de névromes cylindriques plexif ormes une variété très intéressante de névromes développés sur le trajet des nerfs périphériques, caractérisés par une néoformation abondante de tissu fibreux entre les tubes d'un ou de plusieurs cordons nerveux, de telle sorte que ces cordons nerveux ont augmenté considérablement de volume en conservant leur forme cylindrique. On ne sait pas encore si, dans ces cas, il y a une formation nouvelle de fibres de Remak. Si ces tumeurs ne sont pas accompagnées d'une véritable néoformation d'éléments nerveux, elles ne sauraient constituer des névromes.

Les véritables névromes fascicules sont très rares. Ils siègent toujours sur le trajet d'un nerf, et ce sont, par conséquent, dans tous les cas, des tumeurs développées dans un tissu analogue à elles-mêmes. Ils sont généralement petits et formés d'un seul lobe. Sur une surface de section, leur tissu paraît fibreux. Il est sec, et quand on examine au microscope les débris qu'on obtient en le rai-lant avec un

WÉVROMES FASCICULES.

scalpel, on peut y observer des gouttelettes de myéline. Par la dissociation on parvient à isoler quelques tubes nerveux. Mais si, après avoir fait durcir la tumeur dans une solution d'acide chromique, on y pratique des coupes, celles-ci, colorées au carmin, traitées par l'al-

FiG. 134. — Terminaisons renflées en massue des faisceaux nerveux d'un moignon d'amputé.

cool absolu et examinées dans l'essence de térébenthine, laissent voir des tubes nerveux en grand nombre, diversement entre-croisés et séparés les uns des autres par du tissu conjonctif plus ou moins riche en éléments cellulaires.

Suivant que les névromes contiennent des tubes nerveux à double contour ou des fibres de Remak, Virchow en a fait deux espèces distinctes : il a désigné les premiers sous le nom de névromes myéliniques et les seconds sous le nom de névromes amyéliniques. Les éléments nerveux des premiers ne diffèrent pas des tubes des nerfs périphériques, c'est-à-dire qu'ils possèdent une membrane de Schwann, de la myéline et un cylindre d'axe. Les seconds n'ont pas de myéline et se montrent sous la forme de fibres de Remak. Il peut y avoir des névromes amyéliniques purs, mais les névromes dits myél iniques contiennent toujours en proportion variée des fibres de Remak.

Le siège des névromes est très variable.

L'une des variétés les plus intéressantes de ces tumeurs est celle qu'on observe dans les moignons d'amputés. L'extrémité des nerfs coupés devient le point de départ de petites tumeurs globuleuses qui pourraient être considérées, au premier abord, comme produites par une simple néoformation de tissu tibreux. Yalentin et Lebert y ont trouvé une grande quantité de tubes nerveux à myéline. Par la dissection, on constate que chacun des faisceaux du nerf se termine par un petit renflement nodulaire. Si l'on dissocie l'un de ces derniers, on reconnaît au microscope qu'il est formé par des tubes nerveux enlacés, sinueux et souvent repliés en anses. Il est difficile de s'assurer que ces tubes enroulés du nodule se continuent avec ceux du nerf coupé, mais cela est très probable. Le tissu fibreux très dense qui les sépare entrave la dissociation et s'oppose à l'isolement des tubes nerveux. D'un autre côté, sur des coupes obtenues sur le tissu durci, convenablement préparées, il est impossible de suivre une fibre nerveuse dans une longueur suffisante pour qu'on puisse établir ses relations. Néanmoins, les expériences faites sur les animaux nous ont appris que les tubes nerveux du segment central d'un nerf sectionné peuvent donner naissance à un très grand nombre de fibres nerveuses de nouvelle formation dont la disposition est parfois bizarre et le trajet quelquefois très compliqué. (Voyez le chapitre consacré au tissu nerveux.) Il est par conséquent très probable que les tubes nerveux enroulés qu'on trouve dans les nodules terminaux des nerfs dans les moignons d'amputés résultent d'une néoformation de tubes nerveux émanant des anciens tubes et se continuant directement avec eux.

Les névromes se forment aussi en dehors de tout traumatisme sur le trajet des nerfs. Ils sont alors compris dans la gaîne connective des nerfs et constituent de petites nodosités dans l'intérieur desquelles les tubes nerveux sont enroulés comme dans les névromes terminaux des nerfs sectionnés. Au lieu d'être uniques, ces tumeurs sont parfois très nombreuses tout le long d'un nerf et de ses divisions, ou sur tout un plexus, ou sur tous les nerfs d'une partie considérable du corps : tels sont les névromes en chapelet de Lebert.

Les phénomènes qu^ils déterminent sont en rapport avec la fonction du nei-f où ils siègent. C'est ainsi que des névromes observés sur le nerf auditif ont amené fabolition de l'audition. Certaines tumeurs

DIAGNOSTIC ANATOMIQUE DES NÉVROMES. 283

du nerf optique connues sous le nom de névromes, et qui avaient déterminé la cécité, étaient, suivant Vircliow, constituées par du tissu muqueux (myxomes).

Les névromes développés le long d'un nerf peuvent acquérir un volume considérable et occuper une grande étendue suivant la direo lion du nerf. Les tumeurs de cette variété, prises d'abord par Virchow pour des fibromes, ont été ensuite décrites par lui comme des névromes amyéliniques. Cette variété de névromes n'est pas facile à étudier et à déterminer ; en effet il est difficile de dissocier les fibres de Remak quand elles sont mélangées à du tissu fibreux résistant. Cependant il est nécessaire qu'elles soient isolées pour en constater l'existence, car sur des préparations obtenues par coupes on peut les confondre avec d'autres éléments.

Le diagnostic anatomique des névromes est difficile pour les raisons qui viennent d'être déduites, lorsqu'il s'agit de tumeurs contenant des fibres nerveuses sans myéline; il est simple, dans le cas où ils possèdent des fibres à myéline. Pour qu'une tumeur mérite le nom de névrome, il ne suffit pas qu'elle contienne des tubes nerveux; il faut encore que le nombre plus ou moins considérable de ces derniers laisse supposer qu'il s'agit d'une néoforraation d'éléments nerveux.

Les névromes ne sont généralement graves que par leur siège, par les douleurs qu'ils occasionnent, ou, ce qui arrive quelquefois, par leur multiplicité ; mais ce ne sont jamais des tumeurs susceptibles de se généraliser dans divers tissus de l'économie.

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