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TUMEURS FORMÉES PAR LE TISSU DES GANGLIONS LYMPHATIQUES

LYMPHADÉNOMES

Genre unique. — Lymphadénomes.

DÉFINITION. — Les lymphadénomes sont constitués par le tissu adénoïde de His ou tissu conjonctif réticulé (voy. page 17).

Enl84'5,Yirchowet Bennett découvrirent la ^e^tcoc2/i/^'m^e, maladie dans laquelle, la rate et les ganglions lymphatiques étant hypertrophiés simultanément ou séparément, le sang charrie un grand nombre de globules blancs. Plus lardon observa, dans cette maladie, des productions particulières, développées dans le foie, le rein et dans quelques autres organes. On vit, dans le foie, que les cellules et les îlots hépatiques étaient séparés par des éléments nouveaux arrondis siégeant dans le tissu conjonctif. On fit de ces éléments des globules blancs nés par prolifération aux dépens du tissu conjonctif, et l'on regarda alors cette prolifération comme le point de départ des globules blancs nouveaux. Dans les reins, dans la rate et dans les ganglions lymphatiques, les productions analogues ont été interprétées de la même manière et regardées comme le point de départ de l'accumulation des globules blancs dans tout le liquide sanguin.

Déjà en 1831, Hodgkin avait étudié une maladie à marche fatale caractérisée par une hypertrophie progressive de la rate et des ganglions lymphatiques. Il est probable qu'un certain nombre de ces Mts rentraient dans la leucocythémie. Bonfils, en 1856, reconnut que les ganglions lymphatiques et la rate pouvaient être hypertrophiés, bien que le sang ne contînt pas plus de globules blancs qu'à l'état normal; dans ces faits d'hypertrophie de la rate et des ganglions sans leucocythémie, on découvrit aussi des tumeurs nouvelles dans le foie, les reins, etc. Trousseau a désigné cette maladie sous le nom d'adénie.

Pour nous, la leucocythémie et l'adénie constituent deux variétés d'une même espèce morbide. Les lésions essentielles des différents

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organes sont en effet les mêmes dans ces deux maladies : ce sont des tumeurs reproduisant la structure du tissu adénoïde de Ilis, des lymphadénomes.

Les lymphadénomes étant définis par le tissu des ganglions lymphatiques, c'est par la description succincte de ce tissu que nous commencerons leur histoire.

Le tissu adénoïde normal des follicules des ganglions lymphatiques, des corpuscules de la rate et des organes analogues, tels que les follicules clos de l'intestin, est caractérisé par un tissu conjonctif réticulé (voy. page 17), dont les mailles sont remplies de cellules

FiG. 137. — Tissu réticulé d'un follicule lymphatique de l'intestin, d'après Frey : a, vaisseau capillaire dont on voit les noyaux en 6; c, mailles du tissu réticulé contenant des cellules lymphatiques.

lymphatiques. Des capillaires parcourent ce tissu réticulé; ils sont entourés eux-mêmes par une couche condensée de ce tissu, et c'est de cette couche que partent les fibrilles du réticulum. Sur les points d'entre-croisement des fibrilles et sur les fibrilles elles-mêmes, sont appliquées des cellules endothéliales dont on ne distingue habituellement que les noyaux sur des préparations obtenues par coupes et traitées par le pinceau de manière à chasser les cellules lymphatiques.

On ne doit donner le nom de lymphadénome qu'aux tumeurs constituées par un tissu adénoïde de nouvelle formation, et nous ne considérons pas comme des lymphadénomes certaines lésions des organes qui accompagnent la leucocythémie et que nous retrouverons dans la description qui va suivre.

Description. — Les lymphadénomes sont des tumeurs d'un volume variable, depuis celui d'une granulation miliaire jusqu'à celui d'une lête de fœtus. Elles sont presque toujours mal limitées au milieu des organes. Dans les ganglions lymphatiques, elles semblent être une simple hypertrophie de ces organes. Mais cependant, lorsque plusieurs ganglions voisins sont envahis, on les voit se fondre en une masse commune. Elles ont l'aspect franchement encéphaloïde. Elles sont molles, grisâtres, avec des points ou des îlots rouges correspondant à des dilatations vasculaires ou à des foyers hémorrhagiques. Elles présentent quelquefois des parties opaques, caséeuses, lardacées.

Ces tumeurs donnent, par le raclage, un suc laiteux très abondant, exactement comme les carcinomes.

Ce suc est constitué par des cellules rondes, petites, ayant en moyenne 10 fx et contenant un seul noyau. Il renferme aussi de&

FiG. 138. — Tissu d'un ganglion lymphatique dans l'adénie : a, noyaux; s, stroma réticulé; c, vaisseau capillaire ; n, noyau des capillaires. ^ Grossissement de 500 diamètres.

cellules plus considérables mesurant 20 f^ et contenant plusieurs noyaux. Quelques-unes de ces cellules sont plus volumineuses encore et chargées de noyaux. Dans les points d'un rouge brun ou jaunes de la tumeur, ces cellules contiennent des globules rouges du sang ou du pigment sanguin, comme celui qu'on trouve dans la pulpe splénique. On voit aussi, dans ce suc, des cellules d'apparence fusiforme, mais en réalité aplaties, qui contiennent des noyaux ovalaires et qui proviennent de l'endothélium des vaisseaux ou du stroma ré-

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ticulé. En outre, on y rencontre des globules rouges et des noyaux libres de différents diamètres, ces derniers résultant de la déchirure des cellules, qui les contenaient. Ces divers éléments, obtenus par le raclage, ne donnent que des notions insuffisantes sur la nature de la tumeur et ne peuvent pas la différencier des sarcomes et des carcinomes encéphaloïdes avec lesquels on ne saurait non plus la distinguer à l'œil nu.

Aussi, pour définir ces tumeurs, faut-il en faire des sections minces après qu'elles ont été durcies par l'alcool, puis chasser avec le pinceau les éléments cellulaires libres. Le stroma réticulé, qui forme la véritable caractéristique de ces tumeurs, est alors mis en évidence. Il est difficile et long de chasser avec le pinceau toutes les cellules libres contenues dans le stroma du tissu réticulé après le durcissement par l'alcool. Pour rendre cette opération plus facile il faut avoir recours au procédé suivant : Un fragment de la tumeur que l'on soupçonne appartenir à un lymphadénome est placé d'abord pendant vingt-quatre heures dans l'alcool au tiers, puis dans une solution de gomme légèrement sirupeuse pendant vingt-quatre heures, et ensuite dans l'alcool fort pour produire un durcissement complet. Il est alors aisé d'y pratiquer des coupes, et, après les avoir mises dans l'eau, de dégager avec le pinceau le stroma des éléments cellulaires qui l'encombrent.

Sur ces dernières préparations, le tissu cellulaire réticulé partant des capillaires (voy. fig. 138) se voit à l'état parfaitement pur. Dans le cas d'adénie, si les préparations ont été faites au moyen de l'alcool seul, les vaisseaux sanguins paraissent vides ou remplis de globules rouges qui ne se colorent pas par le carmin. Dans la leucocythémie, au contraire, les capillaires dilatés contiennent un grand nombre de globules blancs qui se colorent facilement.

Des capillaires pleins de globules blancs se retrouvent alors dans tous les organes, même ailleurs que dans les tumeurs lymphatiques, de telle sorte qu'on peut, par ce seul caractère, arriver à reconnaître après la mort l'existence d'une leucocythémie parfois méconnue pendant la vie, ainsi que cela nous est arrivé plusieurs fois.

Siège. — Les lymphadénomes développés dans les ganglions lymphatiques déterminent une augmentation considérable de volume des folUcules, qui sont alors comprimés et modifiés dans leur forme. Le tissu conjonctif de la partie médullaire des ganglions semble avoir disparu pour faire place à la substance corticale hypertrophiée, et l'on ne voit plus, sur la surface de section dont l'aspect est encépha-

loïde ou splénique, que des fentes qui correspondent aux sinus lymphatiques enveloppant les follicules. Lorsque, après avoir fait durcir légèrement ces ganglions dans l'alcool ou l'acide chromique, on en fait des coupes minces que l'on traite par le pinceau pour en chasser les cellules lymphaliques, on voit le réticulum uni aux vaisseaux capillaires. Ces derniers sont remplis de globules blancs dans la leucocythémie et de globules rouges dans l'adénie. Les fibrilles du réseau sont deux ou trois fois plus épaisses qu'à l'état normal et mesurent 2 à 3 pt. Partout le ganglion présente cette même structure; il est entièrement formé par de la substance corticale modifiée.

Le thytnus, même à l'âge où il a subi une atrophie presque complète, peut, sous l'influence de la leucocythémie ou de l'adénie, reprendre sa forme et acquérir un volume considérable . Dans plusi eurs faits que nous avons observés, nous y avons trouvé au microscope la structure du tissu adénoïde. Nous avons été convaincus qu'il s'agissait bien là d'une néoformation dans le thymus et non pas de ganglions péritrachéaux hypertrophiés, parce que nous y avons rencontré les globes particuliers appartenant à cet organe.

La rate est altérée de la même façon que les ganglions lymphatiques. Les corpuscules de Malpighi, qui, dans cet organe, représentent les follicules des ganglions lymphatiques, sont démesurément hypertrophiés; on peut les voir atteindre, en effet, le volume d'une noisette ou d'une noix. Le tissu réticulé présente presque partout un épaississement de ses trabécules. Les capillaires sont remplis et distendus par des globules blancs lorsqu'on a affaire à une leucocythémie.

Le foie présente plusieurs altérations distinctes. L'une d'elles, qui est spéciale à la leucocythémie, consiste, ainsi que l'un de nous l'a montré dans un travail fait en commun avec Ollivier, dans une apoplexie diffuse de globules blancs {Société de biologie, 1866). Des îlots blanchâtres qui, dans le foie, ont été regardés par tous les auteurs comme causés par une hyperplasie du tissu conjonctif, résultent, dans la leucocythémie, d'une accumulation de globules blancs. Les capillaires hépatiques laissent sortir, avec ou sans déchirure de leur tunique, une grande quantité de globules blancs qui se répandent entre les cellules hépatiques. Celles-ci subissent la transformation granulo-graisseuse et ne tardent pas à être détruites. On a affaire alors, non à une production de tissu adénoïde, mais à une véritable apoplexie de globules blancs.

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Outre les petites productions qui présentent cette origine apoplectique, il y a dans le foie de véritables néoformations de tissu adénoïde réticulé. Peut-être les globules blancs épanchés hors des vaisseaux sont-ils le point de départ de ce tissu nouveau. Dans l'adénie, il est à peu près certain qu'il n'en est pas ainsi, et que c'est à une hypcrplasie du ti^u conjonctif qu'il faut attribuer l'origine des lymphadénomes du foie.

Dans l'adénie, nous avons rencontré constamment une hypertrophie notable du foie liée à une congestion avec dilatation des vaisseaux. Ceux-ci, ainsi qu'on le voit dans la figure ci-dessous, sont remplis de globules rouges au milieu desquels on distingue quelques globules blancs.

FiG. 139- — Coupe du foie hypertrophie dans l'adénie : v, v, vaisseaux remplis de globules sanguins;

c, cellules hépatiques.

Les reins présentent deux ordres de lésions en tout point semblables à celles du foie. Il peut s'y produire une hémorrhagie de globules blancs et une accumulation de ces éléments dans tous les capillaires, telle que l'organe paraisse tout entier infiltré comme par du pus (fig. 440), ou bien il s'y développe de véritables tumeurs adénoïdes.

Les lymphadénomes sont fréquents dans la muqueuse de V estomac et dans la muqueuse intestinale. Leur nature peut déjà être soupçonnée à l'œil nu. Ils se présentent, en effet, comme des tumeurs bosselées, grisâtres, uniformément colorées ou tachetées d'ecchymoses, molles, boursouflées en forme de circonvolutions et ulcérées à leur centre. A leur voisinage, la muqueuse est épaissie. Etudiées au microscope, sur une section perpendiculaire à la surface de la muqueuse, ces tumeurs montrent des glandes en tube renfermant un contenu granulo-graisseux; entre elles et au-dessous d'elles, un tissu

réticulé de nouvelle formation se caractérise par de larges mailles et des trabécules épaisses. Bœttcher prétend que le contenu des glandes en régression possède les réactions de la matière amyloïde; mais, dans les cas que nous avons examinés à cet effet, nous n'avons

FiG. 140. — Coupe du rein dans la leucocythémie : 1, lumière d'un canalicule urinaire dont les cellules épithéliales se sont échappées ; 2, canalicule dont la lumière est remplie de cellules épithéliales granuleuses; 3, capillaire vu dans le sens de sa longueur rempli de globules blancs; 4, section transversale d'un capillaire ; 5, amas de globules blancs provenant de la rupture des capillaires. — Grossissement de 350 diamètres.

rencontré que la dégénérescence granulo-graisseuse. Ces glandes ne tardent pas à disparaître complètement, et on ne trouve plus alors à leur niveau que du tissu adénoïde.

Les tumeurs de l'estomac sont souvent très étendues en surface et assez épaisses pour mesurer 3 à 4 centimètres. Ces lymphadénomes volumineux pourraient être pris pour des tumeurs d'une autre espèce. Leur mollesse, leur tendance aux ulcérations, le suc qu'ils donnent, les feraient aisément confondre avec des carcinomes encéphaloïdes ou avec des épilhéliomes à cellules cylindriques, si l'on n'en faisait pas Texamen microscopique.

Les lymphadénomes de l'intestin grêle et du gros intestin offrent la plus grande analogie avec ceux de l'estomac. Les plus volumineux n'en diffèrent pas à l'œil nu; mais on trouve aussi dans l'intestin de petites tumeurs acuminées ressemblant beaucoup aux follicules hypertrophiés de la fièvre typhoïde, légèrement ulcérées à leur centre qui présente alors un point déprimé. On pourrait croire qu'il s'agit là simplement de l'hypertrophie d'un follicule isolé; mais il n'en est rien. Sur des coupes, on voit, au microscope, dans ces petites tumeurs, les glandes de Lieberkiihn séparées par un tissu

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