SIÈGE DES ÉPITHÉLIOMES A CELLULES CYLINDRIQUES
ils peuvent alors se rompre et donner lieu à des hémorrhagies qui sont assez fréquentes dans la forme muqueuse.
Une variété très importante et très commune consiste dans l'altération colloïde des cellules épithéliales. Celles-ci se transforment en vésicules transparentes et se détachent successivement de la paroi des tubes pour tomber au milieu de leur cavité. On peut retrouver alors une bordure de cellules cylindriques, limitant une cavité remplie de matière colloïde et de débris de cellules. D'autres fois les cellules pariétales sont elles-mêmes complètement dégénérées, et alors la petite cavité qui en contient n'a plus aucun des caractères de l'épithéliome à cellules cylindriques. La transformation graisseuse est habituellement associée à la dégénérescence colloïde.
Ces épithéliomes s'uîcèrent toujours à la longue, lorsqu'ils siègent sur des membranes muqueuses. Leur destruction superficielle n'est pas seulement la conséquence de l'évolution du tissu morbide, mais aussi de l'action irritative et même destructive des liquides avec lesquels ils sont en contact. Par exemple, le suc gastrique possède une action corrosive bien manifeste sur les tissus vivants qui ont pris naissance sur l'estomac, s'ils ne sont pas garantis par Tépithélium physiologique de l'organe. A la surface des tumeurs qui siègent à l'estomac, on trouve souvent des coagulums sanguins noirs, fragmentés dans les vaisseaux ; cette coagulation est due à l'action du suc gastrique.
Le développement des épithéliomes cylindriques a lieu aux dépens des glandes, par un processus analogue à celui que nous avons étudié pour l'épithéliome pavimenteux.
Siège. — Les épithéliomes à cellules cylindriques, à l'exception de ceux de l'ovaire, n'ont jamais été observés primitivement que sur les muqueuses tapissées de ce même épithélium à l'étal normal, c'est-à-dire sur la muqueuse de l'estomac, de l'intestin grêle, du gros intestin et du rectum, des canaux biliaires et de l'utérus. Certaines tumeurs polypeuses molles, nées du corps ou du col de l'utérus, proéminant dans l'intérieur du vagin, difficiles à enlever, en raison même de leur mollesse, sont des tumeurs de cette espèce, et, malgré leur analogie avec les autres polypes bénins de l'utérus, ce sont des tumeurs vraiment malignes (thèse de Montfumat, 1867).
Dans l'ovaire, nous avons observé des tumeurs non kystiques ressemblant au caixinome à l'œil nu, ayant subi des transformations en
partie graisseuses, en partie muqueuses, et qui étaient en réalité des épithéliomes à cellules cylindriques.
Certains polypes des fosses nasales, qu'à l'œil nu on ne pourrait différencier des autres variétés de polypes muqueux, répondent par leur constitution histologique à l'épithéliome cylindrique.
Des productions secondaires, dont la structure est la même que celle des tumeurs primitives, se rencontrent surtout dans le foie, en raison des connexions veineuses de cet organe avec l'intestin. 11 existe dans la science des observations de généralisation d'épithéliome cylindrique sous forme de nodosités dans le poumon et dans les os.
Gomme leur siège est dans les organes profonds, il est impossible de les différencier pendant la vie des variétés du carcinome, dont ils ont du reste la gravité et la marche fatale.
Le diagnostic anatomique en est le plus souvent très facile, si l'on tient compte des faits que nous venons d'exposer. On devra les différencier soigneusement du carcinome médullaire lorsqu'ils sont mous et du carcinome colloïde lorsqu'ils ont subi cette même dégénérescence. Dans les productions secondaires du foie qui ont marché rapidement, le centre des tumeurs est ramolli, les cellules épithéliales sont dissociées, chargées de granulations graisseuses; elles ont perdu leur forme caractéristique et elles remplissent complètement les alvéoles. Le pinceau les chasse alors facilement en découvrant un stroma alvéolaire semblable à celui du carcinome. Cette analogie est telle, que si l'on n'avait pas pour se guider les parties périphériques plus jeunes, il serait impossible de faire le diagnostic. Pour distinguer l'épithéliome à cellules cylindriques devenu colloïde du carcinome colloïde, il faut surtout étudier avec le plus grand soin les parties récentes qui n'ont pas encore pris l'aspect colloïde. Nous ferons le diagnostic de cette espèce de l'épithéliome avec l'adénome et le papillome, à propos de ces derniers.
'2' Genre. — Papillomes.
Ces tumeurs ne sont pas regardées par tous les anatomo-pathologistes comme devant constituer un groupe à part. Toute tumeur, de quelque nature quelle soit, revêt en effet la forme papillaire dans des conditions données, si elle siège sur une surface, par exemple. C'est pourquoi certains anatomo-pathologistes, entre autres Rokitansky, ne décrivent comme papillomes que les fibromes qui prennent l'aspect papillaire. Forster fait remarquer qu'on pourrait décrire les papil-
PAPILLOMES. 331
lomes avec les angiomes, puisqu'ils possèdent (oujonrs, comme partie essentielle, des vaisseaux nouveaux.
Pour nous, la définition des papillomes sera donnée par celle des papilles elles-mêmes.
Or, on sait que les papilles sont constituées par du tissu con jonctif servant de support aux vaisseaux qui viennent s'y terminer en un réseau de capillaires ou en une anse vasculaire, et qu'elles sont tapissées par un revêtement épitliélial.
Ces excroissances normales, par lesquelles se limitent la peau et certaines muqueuses, sont tantôt recouvertes de couches stratifiées d'épithéliura pavimenteux et corné, tantôt elles sont tapissées d'un épithéliura semblable à celui des muqueuses.
Ces deux types normaux nous serviront à établir deux espèces de papillomes : les papillomes cornés et les papillomes miiqueux.
FiG. 162. — Papillome corné dfl la lèvre inférieure. — a, rnvc'teniont corné; b. str.itiim ijraiiiiîosura 'i'r,^^^^^ muqueux de Malpighi; d, vaisseaux des papilles; e, tissu conjonctif. — Grossissement de 100 diamètres.
Pour qu'une tumeur soit appelée papillome, il faut que le corps des papilles soit formé de tissu conjonctif et que les couches épithé-
liales de revêtement soient disposées comme sur les papilles normales. Il faut qu'en outre le tissu de la base des papilles ne constitue pas une des tumeurs spéciales décrites précédemment. Il est essentiel, en effet, de ne pas confondre avec les papillomes, les sarcomes, les fibromes, les carcinomes, les épithéliomes, etc., présentant à leur surface des bourgeons papillaires; la tumeur, dans ce dernier cas, doit simplement prendre la qualification de papillaire.
1" espèce : Papillomes cornés. — Ils constituent une série de tumeurs nombreuses.
La plupart des auteurs y font rentrer les cors (clavi), les verrues et des cornes.
Les cors, qui siègent aux orteils, viennent à la suite de pressions répétées, ou à la suite d'une irritation. Ils débutent par une hypertrophie des papilles. Les couches cornées de l'épiderrae exercent bientôt une pression sur ces papilles, de façon à les dépi'imer et à les effacer plus ou moins complètement. Le derme s'atrophie, le tissu adipeux disparaît dans le point comprimé, et il se forme même parfois audessous une bourse muqueuse. Les papilles, hypertrophiées d'abord à la base du cor, ne tardent donc pas à être déprimées au lieu de faire une saillie en forme de tumeur.
Les verrues rentrent plus nettement dans les papillomes; les papilles s'hypertrophient et donnent même naissance à des papilles secondaires. Le revêtement, composé de cellules semblables à celles du corps muqueux de l'épiderme, enveloppe toute la masse papillaire nouvelle d'une couche commune. Ou bien un certain nombre de papilles seulement ont un revêtement épiderraique commun. Il en résulte que la petite tumeur est inégale, fendillée; on la désigne alors du nom de poireau. Le tissu conjonclif qui entoure les vaisseaux est d'autant moins abondant, qu'on le suit de la base de la tumeur sur les papilles secondaires superficielles. Sur une section transversale, chacune des papilles de la tumeur montre à son centre un ou plusieurs vaisseaux coupés en travers. Autour de ceux-ci, il existe une faible quantité de tissu conjonctif limité en dehors par des couches épidermiques.
Les cornes peuvent être considérées comme des verrues dont le^
PAPILLOMKS MUQUKFX. 333
cellules épidermiqucs sont soudées intimomonl de la môme façon que dans les ongles. On les observe à difréreriles régions de la peau, mais surtout à la lace. On les a aussi rencontrées dans les kystes dermoïdes. Les cellules épidermiqucs qui constituent les cornes se conservent toutes, se superposent sans cesse, et il en résulte des appendices durs, plus ou moins longs, formés de couches d'épiderme imbriquées.
Certains nœvi sont aussi des papillomes cornés. Ils sont formés de papilles simples ou composées. Vus de face, ils présentent les sommets d'un grand nombre de papilles toutes recouvertes de couches sèches d'épiderme; en écartant ces papilles, on en voit entre elles et à leur base de plus petites, qui sont comprimées et recouvertes par les premières. Ces tumeurs congénitales sont quelquefois très fortement pigmentées.
2' espèce : Papillomes muqueux, — Dans ces papillomes, les papilles sont simples ou composées. On observe aussi des papillomes villeux dans lesquels les papilles se rapprochent par leur longueur et leur ténuité des villosités des muqueuses.
Les papilles présentent à étudier deux parties : le corps papillaire et le revêtement épithélial. Le corps papillaire a la forme de bourgeons plus ou moins volumineux donnant naissance à un nombre plus- ou moins considérable de bourgeons secondaires et tertiaires. Sa forme est subordonnée à la distribution des vaisseaux. Il est constitué par du tissu conjonctif dont la quantité est quelquefois si faible, que le revêtement épithélial semble reposer directement sur les vaisseaux. Dans les papillomes récents et à développement rapide, par exemple dans certains choux-fleurs des organes génitaux, le corps des papilles est formé de tissu conjonctif embryonnaire.
Les vaisseaux des papillomes sont des artères, des capillaires et des veines qui possèdent leur structure habituelle. Les capillaires sont souvent dilatés régulièrement ou en ampoules, et leur rupture donne lieu à des hémorrhagies ; le sang s'écoule en dehors ou reste emprisonné dans le corps de la papille et s'y transforme en pigment. Les vaisseaux des papilles peuvent présenter des bourgeons et subir la dégénérescence calcaire.
Les papilles villeuses sont généralement simples: quelquefois elles
atteignent une longueur considérable, surtout lorsqu'elles sont comprimées latéralement les unes contre les aulres-
FlG. 1G3. — Papilles de nouvelle foi-mation développéus sur l;i muqueuse stomacale et prdseutanî la forme villcuse. — Grossissement de 60 diamètres.
L3 revêtement épithélial des papilles est différent suivant qu'il est formé de cellules pavimenteuses ou cylindriques. Dans le premier cas, on observe un très grand nombre de couches de cellules subissant une évolution identique à celle du corps muqueux de Malpighi ou de la couche épithéliale de la muqueuse buccale. Ces cellules sont très manifestement dentelées ; elles sont aplaties dans les couches superficielles. Les papillomes possèdent souvent un revèLement de cellules pavimenteuses, alors même que la muqueuse d'où ils naissent est tapissée de cellules cylindriques. Lorsque le corps papillaire est tapissé de cellules cylindriques, il n'en possède qu'une seule couche. Les cellules de revêtement des papillomes sont souvent vésiculeuses et en dégénérescence colloïde.
Le développement des papillomes muqueux a généralement lieu aux dépens des villosités ou papilles de la muqueuse où ils sont nés; mais cependant ces papillomes peuvent se développer sur des parties qui n'ont pas de papilles, par exemple dans les ventricules du larynx et sur l'estomac. Les phénomènes intimes de ces hypertrophies et de ces néoformations n'ont pas été suivis d'assez près dans les p^apillomes eux-mêmes; mais l'analogie de leur structure avec celle des bourgeons inflammatoires fait supposer que leur mode de formation est analogue. L'inflammation chronique est souvent la cause du développement des papillomes, comme cela s'observe, par exemple, autour des ulcères calleux de la peau cl dans Téléphantiasis; cependant on
PAPILLOMES MUQUEUX.
ne peut pas non plus assimiler les papillomes aux bougeons inflammatoires, car ceux-ci tendent à la guérison par l'organisation de leurs
FiG. 164. — Papillome du larynx. — h, base des papilles composées ; c, revêtement épithélial des papilles; g, glandes normales de la muqueuse ; f, une glande atrophiée en partie à la base du papillome. — Grossissement de 20 diamètres.
éléments en tissu conjonctif cicatriciel, tandis qu'en général les papillomes tendent à persister indéfiniment comme des tumeurs; leur fin est différente, bien qu'ils aient de nombreux points de contact à leur origine. Cependant il est des papillomes, comme les choux-fleurs des organes génitaux, qui guérissent spontanément ou sous rinfluence d'un traitement topique. Ils servent en quelque sorte de transition entre les tumeurs proprement dites et les productions inflammaloires.
On trouve les papillomes muqueux sur les bords de la langue, sur la luette, sur la muqueuse du larynx où ils sont assez fréquents, soit dans le ventricule, soit sur les cordes vocales. Ce sont généralement des papillomes simples, non compliqués d'adénome. Ils sont assez fréquents aussi sur la muqueuse grstro-intestinale (voy. pour plus de détails aux articles Larynx et Estomac) où ils se combinent fréquemment avec des hypertrophies glandulaires.
Sur la muqueuse de la vessie et de l'urèthre se développent des papillomes constitués par de longues papilles villeuses très minces, très vascularisées, qui bourgeonnent au bas-fond de la vessie et à l'ouverture uréthrale.
Aux organes géDitaux externes de l'homme et de la femme naissent, probablement par contagion, des papillomes connus sous les
FiG. 165 — Papillomc développé à l'orifice de l'iiroUirc. — a, couche cornée; b, corps muqueux; c, tissu conjonctif dans lequel serpentent de très nombreux vaisseaux artériels v, ou capillaires d : ces vaisseaux sont tout particulièrement sinueux dans les papilles et à leur base. — Grossissement de 60 diamètres.
noms de choux-fleurs ou de végétations, tantôt très petits, tantôt atteignant un volume assez considérable. On est habituellement obligé de les extirper, et encore arrive-t-il souvent que l'irritation consécutive à l'opération les fait pulluler de nouveau.
Les papillomes s'observent sur les séreuses, et en particulier sur les séreuses articulaires qui à l'état normal possèdent des villosités ; celles-ci peuvent s'hypertrophier pour former de véritables tumeurs. Nous reviendrons sur l'étude des modifications de ces villosités lorsque nous analyserons les lésions des arthrites chroniques qui en sont la cause habituelle.
Nous avons vu, dans les ventricules cérébraux, des néoformations papillaires prenant leur point de départ sur la paroi des ventricules, formées de papilles énormes et composées , toutes recouvertes de cellules pavimenteuses stratifiées et dentelées. L'une de ces tumeurs, considérable, provenant du service de Lorain, était formée de gros bourgeons ou papilles composées, présentant un très riche réseau capillaire. Beaucoup de ces papilles montraient des globes
ADÉNOMES. 337
calcaires et une infiltration graisseuse. Les cellules pavinnenteuses qui recouvraient ces bourgeons, en partie désagrégées par le ramollissement cadavérique, foi'maient un suc blanchâtre, de telle sorte qu'on aurait pu confondre cette tumeur avec un carcinome encéphaloïde. Le type de cette singulière production pathologique se retrouve à Fétat physiologique dans le plexus choroïde composé de vaisseaux et de bourgeons vasculaires qui s'infiltrent de sels calcaires; ces bourgeons sont aussi recouverts dans le plexus choroïde par un épi- Ihélium pavimenteux.
Le diagnostic des papillomes est facile dans la plupart des cas, mais d'autres fois il est très difficile et ne peut être fait qu'à la suite d'un examen minutieux. Il faut, pour prononcer le mot papillome,ne trouvera la base des papilles, ni alvéoles de carcinome, ni traînées glandulaires, ni îlots d'épithélium. Or, la section perpendiculaire à la surface d'un papillome durci montre les espaces interpapillaires à un niveau très varié. 11 ne faut pas prendre les cellules épithéliales situées entre les papilles pour des lobules d'épithéliome ; la dislinclion en est facile, car ces derniers s'enfoncent dans le derme ou dans le chorion muqueux, tandis que les plus profonds des espaces interpapillaires du papillome sont à peu près sur le même niveau que les papilles normales. D'un autre côté, lorsque la section faite à travers un papillome est un peu oblique, les espaces interpapillaires coupés obliquement à leur base ressemblent à s'y méprendre à des lobules d'épithéfiome. Il suffit d'être prévenu de la possibilité d'une pareille erreur pour l'éviter en faisant de bonnes préparations. Le diagnostic n'est possible qu'à cette condition.
Le pronostic des papillomes est généralement sans gravité, cependant ils peuvent par leur siège entraver certaines fonctions importantes (papillomes du col de la vessie). En outre, dans des cas, heureusement très rares, ils deviennent le point de départ d'épithéliomes.
3"* Genre. — Adénomes.
Les adénomes correspondent aux hypertrophies glandulaires décrites par Leberl ; on les a confondus avec beaucoup d'autres tumeurs sous la dénomination de tumeurs adénoïdes, polyadénoraes, hétéradénomes, etc.
CORNIL ET RANVIER. I. — 22
Les adénomes sont pour nous des tumeurs qui offrent la même structure que les glandes.
On a vu (p. 4-5) que les glandes proprement dites se divisent ainsi : i° glandes en grappe; 2" glandes en tube, lesquelles peuvent, à leur tour, être distinguées en celles qui sont tapissées d'épithélium pavimenteux et celles qui contiennent un épithélium cylindrique.
Nous aurons parallèlement des adénomes que nous diviserons en deux espèces :
1° Adénomes acineux;
"1° Adénomes tubulés contenant un épithélium cylindrique.
Nous allons étudier successivement chacun d'eux.
Plusieurs auteurs français ont aussi décrit des adénomes constitués par des glandes en tube contenant un épithélium pavimenteux. Mais l'existence de cette espèce ne nous paraît pas suffisamment établie pour être admise d'une façon définitive avant que de nouveaux faits bien étudiés la mettent hors de doute.
1" Espèce : Adénomes acineux. — Gruveilhier avait remarqué que, dans la mamelle, toutes les tumeurs ne sont pas des squirrhes, des cancers encéphaloïdes ou colloïdes, et il avait reconnu un groupe de tumeurs dures ou un peu molles, ne donnant pas de suc, souvent enkystées, qu'il avait appelées corps fibreux de la mamelle. Velpeau, supposant que ces tumeurs provenaient de coups ou de chutes sur le sein, étiologie banale à laquelle toutes les malades font remonter leurs tumeurs, et pensant qu'elles reconnaissaient pour origine des épanchements sanguins subissant une organisation ultérieure, leur donna le nom de tumeurs fibrineuses. Ce n'est que plus tard, lorsque Lebert eut reconnu dans ces tumeurs des culs-de-sac glandulaires, que Velpeau les appela tumeurs adénoïdes, nom qui ne signifiait pas bien franchement que ces tumeurs étaient formées par des glandes, mais seulement par un tissu ayant l'apparence glandulaire.
Lebert les décrit dans son grand ouvrage sous le nom d'hypertrophies de la mamelle.
Pour Broca (art. Adénome du Diction, encijclop.), tout ce que Gruveilhier appelait coi-ps fibreux du sein, tout ce que Velpeau nommait tumeurs adénoïdes, rentre dans les adénomes. Or, la vérité n'est pas aussi simple. Nous avons bien souvent, en effet, examiné des tumeurs diagnostiquées adénoïdes par Velpeau, et nous y avons trouvé, tantôt des fibromes du sein en masse ou papillaires (voy. p. 192), tantôt des
ADÉNOMES ACINEUX. 339
sarcomes en masse ou papillairos (voy. p. 160), tantôt des myxomes (voy. p. 184) en masse ou papillairos, tantôt enfin des adénomes vrais, ces derniers en minorité infime.
Nous avons déjà insisté, à propos des fibromes, des myxomes et des sarcomes, sur les particularités qu'ils présentent dans le sein, sur les végétations qu'ils déterminent dans les canaux galactophores et les acini, et sur les kystes arrondis ou lacunaires dont ils sont creusés.
Les adénomes sont petits et se confondent généralement avec la masse de la mamelle, tandis que les tumeurs bien circonscrites, bien isolées de la glande, sont généralement des fibromes, des myxomes ou des sarcomes. Leur grosseur est variable entre celle d'une noisette et d'une noix, rarement plus. Ils ne renferment pas de kystes lacunaires, en sorte que la présence de ceux-ci, loin de caractériser l'adénome, l'élimine complètement.
Ils sont composés par des culs-de-sac disposés les uns auprès des autres, séparés par une faible quantité de tissu fibreux. Ces culs-desac, limités par une membrane bien nette, présentent à leur intérieur un épithélium très régulier.
L'accroissement de ces tumeurs est très lent; elles ne se généralisent jamais. On a posé la question de leur transformation en carcinome. Cette hypothèse n'aurait de valeur que si elle était basée sur des faits bien observés, qui manquent jusqu'à présent.
Des lésions analogues peuvent se produire dans d'autres glandes acineuses : telles sont certaines tumeurs de la glande parotide, telle est l'hypertrophie de la glande lacrymale dont Lebert a rapporté une observation.
Le voile du palais et le pharynx sont aussi le siège de tumeurs causées par une hypertrophie considérable des glandes acineuses qu'ils contiennent. Ces tumeurs sont tantôt limitées et saillantes, tantôt elles sont diffuses et déterminent un épaississement général, uniforme, de la muqueuse. Nous avons observé un très bel exemple de cette forme sur une pièce recueillie dans le service de Desnos : l'épaisseur du voile du palais ne mesurait pas moins de 1 centimètre, et les glandes, parfaitement nettes, qui constituaient à elles seules cette augmentation d'épaisseur, montraient leurs culs-de-sac normaux venant s'ouvrir par l'intermédiaire de leurs conduits à la surface de la muqueuse, comme à l'état physiologique. Les cellules d'épithélium des culs-de-sac, dans ce cas, présentaient leurs caractères physiologiques.
Pour faire le diagnostic des adénomes acineux on doit savoir que tous les néoplasmes qui se développent dans les glandes déterminent une prolifération de l'épithélium de leurs culs-de-sac. C'est là une altération très commune qu'il faut bien se garder de confondre avec l'adénome.
Ainsi, dans les laryngites aiguës ou chroniques, on observe, en même temps que l'épaississement inflammatoire du tissu conjonctif de la muqueuse, une augmentation de volume des culs-de-sac glandulaires telle qu'ils atteignent le double et le triple de leur volume normal. Ils sont remplis de cellules épithéliales, les unes disposées régulièrement autour de leur paroi, les autres libres dans la lumière de l'acinus et ayant subi la dégénérescence graisseuse ou colloïde. Des altérations analogues se rencontrent dans d'autres muqueuses : les glandes de Lieberkûhn de l'intestin, par exemple, sont toujours très hypertrophiées au niveau des plaques non encore ulcérées de la fièvre typhoïde. Il est évident que ce sont là des conséquences de l'irritation inflammatoire des glandes et non des adénomes.
Dans les tumeurs que nous avons décrites jusqu'ici, nous avons vu que toute néoformation portant sur le stroma d'une glande s'accompagne à un moment donné d'une multiplication des cellules épithéliales de ses culs-de-sac et de ses tubes excréteurs, suivie d'une dilatation de ces cavités et de modifications ultérieures variées de leur contenu. Par exemple, toutchondrome de la parotide détermine une prolifération de l'épithélium glandulaire, et cependant on ne doit pas songer à ranger ces tumeurs parmi les adénomes ou les épithéliomes. Elles contiennent aussi du tissu conjonctif et du tissu muqueux ; cependant ce ne sont ni des fibromes ni des myxomes, et c'est parce que nous avons tenu compte de leur caractère anatomique essentiel que nous leur avons conservé le nom de chondrome.
Dans les tumeurs, si les glandes s'hypertrophient au début et dans la période d'état de la néoformation, elles ne tardent pas à subir des modifications variées, telles que la dégénérescence graisseuse et colloïde de leurs cellules épithéliales, altérations qui conduisent à la formation de kystes ou à des atrophies des culs-de-sac.
De plus, lorsqu'une tumeur contenant beaucoup d'acini glandulaires hypertrophiés, un sarcome du sein par exemple, a été enlevée et qu'elle récidive, la nouvelle tumeur ne contient plus de glandes; preuve évidente qu'il s'agissait bien là d'un sarcome et non d'un adénome, et que l'hypertrophie des glandes dans la tumeur primi-