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DES KYSTES

Mais les polypes nasaux les plus communs sont constitués, ainsi que nous l'avons indiqué (p. 180), par du tissu muqueux, et rentrent dans les myxomes, même lorsqu'ils contiennent des glandes quelquefois hypertrophiées et kystiques.

Les seules tumeurs avec lesquelles on pourrait confondre les adénomes à cellules cylindriques sont les épithéliomes à cellules cylindriques. Dans l'immense majorité des cas, le diagnostic est facile : la régularité des glandes, leur ouverture à la surface des muqueuses, la présence de petits kystes régulièrement limités, l'établissent avec certitude. Les épithéliomes à cellules cylindriques montrent en outre des aberrations de forme qui les éloignent du type normal. De plus ils envahissent les tissus profonds, alors que les adénomes, toujours bien limités et superficiels, ont de la tendance à prendre la forme de polypes.

Tandis que le pronostic des épithéliomes à cellules cylindriques est des plus graves, celui des adénomes est toujours très bénin. Ils ne se généralisent jamais et ne récidivent que s'ils ont été incomplètement enlevés.

4' Genre. — Des kystes.

Nous employons le mot de kystes, sanctionné par l'usage, préférablement au mot de cystomes qui ne vaut pas mieux que le précédent, et dont le radical ne représente aucun tissu.

Les kystes qui, pour nous, sont des aberrations glandulaires, ont jusqu'à un certain point leurs analogues dans les glandes composées de vésicules closes, comme le corps thyroïde de l'adulte et l'ovaire. Les vésicules de ces glandes sont formées d'une paroi de tissu conjonctif; elles sont tapissées d'un épithélium et contiennent dans leur intérieur un liquide ou de la matière colloïde.

Les kystes sont de même constitués par une membrane de tissu conjonctif, un revêtement épithélial interne et un contenu liquide, muqueux, colloïde ou sébacé.

Ils doivent être soigneusement distingués des dégénérescences muqueuses accompagnées de la formation de cavités que l'on peut observer dans quelques-unes des tumeurs que nous avons étudiées jusqu'ici; ces cavités ne sont jamais limitées par une membrane propre, et ne possèdent aucun revêtement épithélial à leur intérieur.

L'analogie des kystes avec les glandes est renforcée par ce fait que, bien souvent, les kystes ne sont autres que des portions de tubes excréteurs ou de culs-de-sac de glandes dont l'orifice est obturé. Mais il ne faudrait pas croire que les kystes dits de rétention reconnaissent uniquement pour cause l'accumulation du produit de sécrétion consécutif à l'oblitération d'un conduit glandulaire. Le phénomène n'est pas aussi simple; si bien qu'en liant le conduit d'une glande, loin d'obtenir sa dilatation kystique, on peut déterminer son atrophie (1).

La structure, le mode de développement et les variétés des kystes sont si différents dans leurs diverses espèces, qu'il est impossible d en faire une description générale; aussi passons-nous de suite à l'indication de leurs variétés.

La division la plus naturelle des kystes serait celle qu'on baserait sur leur développement; et l'on pourrait dès lors les diviser en deux groupes, suivant qu'ils naissent d'une cavité naturelle ou bien qu'ils sont formés de toutes pièces dans l'intérieur d'un organe. Mais cette division serait impossible à établir, parce qu'on ne connaît pas d'une façon suffisamment exacte le mode de développement de tous les kystes.

Nous les diviserons d'abord, suivant la nature de leur contenu, en deux groupes :

1° Les kystes sébacés;

2" Les kystes séreux, muqueux et colloïdes.

1° Kystes sébacés.

Les kystes sébacés se distinguent en kystes sébacés simples et kystes dermoïdes.

Les premiers consisteni dans l'accumulation des cellules épidermiques ou de sébum dans un follicule pileux ou dans le canal excréteur d'une glande sébacée.

A. — On doit comprendre parmi les kystes sébacés simples :

a. Ces petits grains blanchâtres, saillants à la peau de la face, surtout à la limite externe des paupières et à la joue, et qu'on appelle grains de mit ou milium palpébral (Gruveilhier). Ils tiennent à

(1) Cette observation reposant sur des expériences faites sur la glande sous-maxillaire du chien se trouvait consignée dans la première édition de ce Manuel (1869).

KYSTES SÉBACÉS. — LOUPES. 340

raccumulation de l'épidermc qui se l'ail dans les follicules des poils follets. On ne voit pas l'orifice du follicule pileux qui est tout à fait obstrué; ce n'est qu'en incisant le petit grain qu'on fait sortir un globe d'épiderme formé de cellules cornées, qui souvent se dissocient au centre, tandis qu'elles sont disposées en couches solides à la surface. Ces petites tumeurs constituent un véritable kyste de rétention des follicules pileux. Elles sont extrêmement communes.

b. Les comédons, petites saillies formées par la rétention du sébum dans les follicules pileux : l'orifice reste ouvert de telle sorte que, par la pression, on en fait sortir le contenu ; dans ce liquide sébacé on trouve quelquefois le Demodex folUculorum. Souvent l'accumulation du sébum détermine une inflammation du follicule; des globules de pus sont alors mélangés aux cellules épithéliales et aux gouttelettes huileuses qui constituent le sébum. C'est ainsi que se forme une pustule d'acné.

c. Les loupes, si fréquentes au cuir chevelu, et qui consistent aussi dans l'accumulation de masses épidermiques et sébacées dans les follicules pileux, atteignent un volume beaucoup plus considérable; elles sont habituellement aplaties et lenticulaires; leur grosseur atteint celle d'une noisette ou d'un œuf de pigeon.

Suivant que leur contenu est fluide ou solide, on dit qu'il est mélicérique ou stéatomaleux. Le contenu mélicérique est une bouillie fluide analogue au miel, constituée par une grande quantité de graisse libre et de cellules épidermiques dissociées. Les loupes stéatomateuses présentent dans leur contenu plus solide les mêmes éléments, mais il y a moins de graisse libre et plus de cellules épidermiques. Dans les loupes, la graisse subit les transformations qu'elle éprouve lorsqu'elle n'est plus soumise aux échanges nutritifs, et donne naissance à des cristaux d'acide stéarique, de margarine et de cholestérine qui s'y rencontrent constamment en plus ou moins grande quantité.

Souvent on observe à la surface de la loupe un point noir déprimé qui est l'orifice du follicule pileux distendu; mais cet indice manque parfois. Le kyste est situé dans le tissu sous-cutané. Le derme qui le recouvre est aminci ; ses papilles sont aplaties, ou même elles ont disparu; la surface de la loupe est par conséquent lisse. On observe sur la peau qui recouvre le kyste, ou à sa limite, des glandes sébacées plus ou moins atrophiées; enfin, la couche de tissu adipeux

sous-cutané a disparu au-dessous du kyste. La paroi de celui-ci est formée de tissu conjonctif à cellules aplaties (a, fig. 172) et à lames fondamentales parallèles, tissu comparable à la tunique interne des

Fig. 172. — o, paroi fibreuse du kyste compose'e de cellules plasmatiques aplaties ; e, filires élastiques; b, cellules épithéliales ; c, cellules cornées ; d, cellules sébacées. — Grossissement de 300 diamètres.

artères et aux fibronaes à cellules aplaties (voy. p. 188). Cette disposition (voy. fig. 172) est causée par la pression que subit la paroi sous l'influence de faccumiilation incessante des produits de sécrétion dans l'intérieur du kyste. Il n'y a pas, dans cette membrane, de fibres élastiques, mais on en observe dans le tissu voisin. Les transformations graisseuses, athéromateuses et calcaires sont très communes dans la couche de tissu conjonctif à cellules aplaties, ce qui complète l'analogie de cette membrane avec la tunique interne des artères et avec les fibromes précédemment indiqués. A sa face interne il existe un revêtement d'épithélium pavimenteux stratifié qui subit une évolution semblable à celle qu'on observe dans les glandes sébacées.

Les cellules épithéliales eu contact avec la paroi possèdent des noyaux volumineux entourés d'une faible quantité de protoplasma {b, fig. 172) ; c'est probablement dans ce point que se forment incessamment les cellules nouvelles. Puis les cellules s'agrandissent et deviennent franchement pavimenteuses; bientôt elles perdent leur noyau qui disparaît par atrophie {c, fig. 172); elles se remplissent alors de gouttelettes graisseuses (d, fig. 172). Dans certains cas, cette transformation graisseuse est très tardive, et la couche de cellules

KYSTKS DERMOÏDES. 354

privées de noyaux est épaisse; elle se détache de la paroi du kyste et forme une coque constituée par un tissu blanchâtre, légèrement translucide, presque cartilaginiforme. C'est à l'intérieur de celte coque que se trouve le contenu mélicérique ou stéatomateux.

B. — Les kyfiles dermoïdes qui contiennent , comme les précédents, une matière mélicérique ou stéatomateuse, se développent en dehors des glandes et sont caractérisés par une paroi dont la structure est analogue à celle de la peau; on peut, avec Lebert, reconnaître à ces kystes ta^ois variétés.

i° La première variété de kystes dermoïdes présente avec les loupes la plus grande similitude : même structure de l'enveloppe, même couche épithéliale, même disposition du contenu. La seule différence est relative à leur siège , ces kystes , qui ne présentent jamais d'orifice, se développant dans les régions où il n'existe pas de glandes sébacées.

2° Dans une seconde variété, la membrane kystique, analogue au derme par ses papilles, possède en outre des glandes sébacées et des follicules pileux. Ces follicules donnent naissance à des poils ou à de véritables cheveux; dans l'intérieur de ces kystes, on trouve habituellement des touffes enroulées de poils ou des paquets de cheveux au milieu de la matière sébacée. Dans des faits où Cruveiihier a cru remarquer qu'il n'existait dans la paroi du kyste qu'un seul follicule pileux, il y avait de ces touffes de poils ou de cheveux produits successivement par un seul follicule.

Les papilles de la paroi kystique peuvent donner naissance à des verrues, à des condylomes (Baerensprung) et à des cornes (Fôrster). Ces dernières, se développant en un point de la face profonde du kyste dermoïde et s'accroissant, peuvent venir faire saillie au dehors ; elles sont alors entourées à leur base par la membrane kystique comme par une sorte de calice.

3" La troisième variété de kystes dermoïdes admise par Lebert est plus compliquée. Beaucoup de tissus différents et même des organes, comme des dents, se montrent dans la paroi du kyste dont le contenu est constitué, ainsi que dans les variétés précédentes, par du sébum. Les dents se trouvent dans un follicule dentaire au milieu du tissu fibreux, ou bien elles sont implantées sur un os de forme variée. Leur disposition est très irrégulière; leur développement, d'après

Kohlrauscli, ne diffère pas de ce qu'il est à l'état normal. Ces dents ont les caractères de la première et de la seconde dentition : ce sont des canines, des molaires ou des incisives. Il peut y avoir une seule dent ou plusieurs; dans certains cas, leur nombre est considérable : Reil et Autenrieth en ont compté jusqu'à trois cents. Cette observation ruine l'hypothèse faite par plusieurs auteurs que ces kystes révélaient une inclusion fœtale; car s'il y avait une simple inclusion fœtale, on ne comprendrait pas pourquoi les dents seraient si nombreuses. Au lieu d'une plaque osseuse servant d'insertion aux dents, on rencontre parfois seulement autour d'elles un rebord osseux représentant un alvéole. Des dents et des plaques osseuses sont les parties organiques que l'on observe le plus souvent dans la paroi de ces kystes; mais il peut y avoir aussi des os allongés, du tissu cartilagineux irrégulièrement disposé, des masses de tissu musculaire strié et même de tissu nerveux médullaire. Nous avons observé des kystes de cette nature où le tissu nerveux, caractérisé par des tubes minces à myéline et par des cellules nerveuses, était contenu dans une poche fibreuse avoisinant les parties osseuses. Rien de plus irrégulier, du reste , que la disposition et la quantité relative de ces divers tissus. La paroi de ces kystes présente par places des plaques qui ont la même structure que la peau, avec des papilles, des glandes sébacées et sudoripares, des follicules pileux et des cheveux; dans d'autres points la paroi est mince, lisse, fibreuse, analogue à celle des kystes de la première variété. Le volume de ces tumeurs est aussi très variable. Il oscille entre celui d'un œuf et celui d'une tête d'adulte. Leur mode de développement est inconnu. On sait seulement qu'ils sont congénitaux et remontent à la vie intrautérine.

Le siège le plus commun des kystes dermoïdes est l'ovaire et le testicule; mais on peut en rencontrer aussi dans d'autres organes.

2° Kystes séreux, muqueux et colloïdes.

Le second groupe des kystes est caractérisé par leur contenu, qui est séreux, muqueux ou colloïde. Ils peuvent se développer : a. dans des cavités naturelles appartenant aux séreuses, par exemple dans les bourses séreuses sous-cutanées, tendineuses ou périarticulaires en connexion ou non avec les articulations ; h. dans les cavités glandulaires; c. ils peuvent naître de toutes pièces.

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