DÉGÉNÉRESCENCE AMYLOÏDE DE LA HATE
sures OU de crevasses tantôl superficielles, tantôt profondes, variables ("omme dimension et comme aspect; elles siètj;cnt sur tous les points de la surface, notamment à la face externe et dans la grande scissure longitudinale. Un caillot sanguin existe au niveau de la solution de continuité. Ce caillot se continue quelquefois avec une masse cruorique plus ou moins considérable qui entoure tout l'organe. Un épanchement sanguin plus ou moins abondant se fait quelquefois alors dans la grande cavité péritonéale ; la mort survient rapidement si la quantité de sang est considérable, ou bien il se produit une péritonite si l'épanclicment sanguin s'effectue peu à peu dans l'espace de plusieurs jours.
Dégénérescence amyloïde. — La dégénérescence amyloïde de la rate présente à considérer deux degrés : dans l'un, elle se limite aux corpuscules de Malpighi ; dans l'autre, l'infiltration amyloïde est diffuse. Dans ces deux types de la lésion, la rate est hypertrophiée à un degré plus ou moins considérable, globuleuse, de consistance pâteuse; sa capsule est tendue, souvent épaissie par des néoformations de tissu conjonctif à sa surface; ses bords sont épais et mousses.
Dans le premier degré, on voit, sur une section de l'organe, les corpuscules de Malpighi augmentés de volume, ayant jusqu'à 1 et 2 millimètres de diamètre et même davantage; ces corpuscules sont semi-transparents, formés d'une substance hyaline qui se colore en brun-acajou lorsqu'on y verse une solution d'iode ioduré. L'apparence de ces corpuscules volumineux et semi-transparents, très rapprochés les uns des autres, les a fait comparer au sagou cuil, d'où le nom de rate-sagou (sagomilz) qui a été donné à la lésion par les anatomistes allemands.
Lorsque la rate ainsi altérée est examinée sur des coupes faites soit à l'état frais, soit après durcissement dans l'alcool, et qu'elle a été traitée parla solution d'iode ioduré, on voit les corpuscules, d'incolores qu'ils étaient, devenir d'un brun-acajou. Avec un faible grossissement, il est facile de constater que les îlots malades sont appendus aux artères ou disposés autour de ces vaisseaux, qu'ils entourent comme un manchon. L'addition d'acide sulfurique, après la coloration iodique, donne souvent aux parties malades les couleurs verte, bleue, violette, puis rouge brun. Nous nous sommes servis surtout, pour étudier le siège de cette dégénérescence et les modifications intimes qu'elle produit, du violet de Paris et de la
safranine (voy. t. II, note, p. 44-9). La paroi des artères qui passent au milieu ou à la surface des corpuscules malades est infiltrée elle-même ou intacte. Nous avons en effet constaté dans plusieurs cas que la paroi de l'artère centrale du glomérule pouvait être indemne, tandis que les parois des artérioles et des capillaires, et la plupart des éléments des corpuscules spléniques, les cellules lymphatiques et le tissu réticulé, étaient infdtrés parla matière amyloïde. On apprécie bien la dégénérescence des cellules lymphatiques en dissociant avec les aiguilles, à l'état frais,, les éléments des corpuscules pris sur une section mince ; on voit alors que ces cellules sont devenues vitreuses; qu'elles sont globuleuses ou transformées en petits blocs irréguliers, ou agglutinées les unes aux autres, et qu'elles ont perdu leurs noyaux; elles se colorent en violet rouge par le violet de méthylaniline. Lorsqu'on examine avec un fort grossissement les sections très minces et colorées, on voit, dans la partie malade du corpuscule, la plupart des fibrilles du réticulum infiltrées de la substance amyloïde et il en est de même de la paroi des capillaires. Comme toutes ces parties, cellules lymphatiques, réticulum et parois des capillaires, tendent à se confondre, etqu'elles prennent, après la coloration, la môme teinte, elles forment des masses homogènes, qui sont seule.ment sillonnées par des fentes étroites formant un réseau : c'est le réseau des capillaires qui s'accuse seulement par leur lumière plus ou moins bien conservée, dans laquelle les cellules endothéliales et les corpuscules du sano- sont généralement intacts et colorées en bleu violet.
Les corpuscules de Malphighi altérés sont considérablement grossis, et, en certains points, ils sont presque au contact les uns des autres. Ils sont séparés seulement par des bandes minces du tissu de la pulpe splénique normale en ce point ou altérée. Les veines voisines présentent aussi leur paroi légèrement épaissie et malade. Les cellules d'endothélium de ces veines sont habituellement normales ; leur calibre n'est pas modifié; le tissu réticulé qui les entoure et les cellules lymphatiques du réticulum de la pulpe sont généralement indemnes.
Dans le degré le plus avancé de l'altération amyloïde, la rate est le siège d'une infiltration complète et diffuse; elle est très hypertrophiée et présente sur une coupe un aspect homogène, plus ou moins vitreux, suivant que l'infiltration est plus ou moins considérable. Lorsque la lésion est à son summum, de grandes masses de la rate
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sont pâles, privées de sang, et loiit à l'ait cireuses. Cependanl la circulation, bien que très gônéc. n'est pas absolument interrompue, et il peut même y avoir des îlots de suppuration dans des rates en infdtration amyloïde très avancée. C'est ce que nous avons vu à l'autopsie d'un malade, mort dans le service de M. Gosselin, d'une inlection purulente consécutive à une maladie osseuse chronique.
Dans l'inliltration amyloïde complète, tous les vaisseaux sont altérés à un très haut degré, bien que quelques-uns soient encore perméables îiu sang. La capsule splénique et les trabécules sont épaissies et leur tissu conjonctif est normal , bien que parcouru par quelques capillaires altérés. Les corpuscules sont petits et parfois incomplètement dégénérés, de telle sorte qu'une zone de cellules lymphatiques normales se trouve habituellement au centre du corpuscule autour de l'artère.
Les veines de la pulpe sont toutes lésées; leur paroi est épaissie à un très haut point et dégénérée, bien que leur calibre reste le même; elles présentent souvent à leur intérieur un endothélium très net et quelques globules sanguins. Le tissu réticulé qui unit les veines de la pulpe est tantôt normal, tantôt en partie amyloïde. Ses fibrilles sont alors épaissies et présentent, ainsi que les cellules qui y sont contenues, les réactions caractéristiques.
Dans cette infiltration diffuse, la pulpe splénique, et notamment les parois des veinules de la pulpe, paraissent être le siège essentiel de la dégénérescence. Les deux degrés de la dégénérescence que nous venons de décrire ne sont pas toujours aussi tranchés et l'on peut observer, dans chaque fait pris en particulier, des variations dans son intensité et dans sa répartition.