LARYNGITE DIPIITHÉRITIQUE OU CROUP
Des coupes perpendiculaires à la surface de la muqueuse du larynx recouverte d'une fausse membrane adhérente montrent les détails suivants.
En examinant d'abord la fausse membrane, on voit qu'elle est formée par des fibrilles de fibrine formant un réseau dont les mailles sont de diamètre variable. Tantôt les fibrilles du réseau fibrineux
FiG. 21. — Seclion d'une fausse membrane diplitliériliqne. — a, fibrilles très fines de fibrine dans les mailles desquelles se trouvent des cellules lymphatiques 6 et des g:lobules rouges du sang. En d, les fibrilles sont plus épaisses. — Grossissement de 200 diamètres.
Fia. 22. — Section d'une fausse membrane dîphthêritisiue. — a, fibrilles épaisses laissant entre elles de pclits espaces 6 dans lesquels se trouvent quelques rares cellules lymphatiques. — Grossissement de 200 diamètres
sont très fines, et les espaces qu'elles laissent entre elles sont alors généralement assezlarges (fig. 2i), Dans ces mailles sont logés des corpuscules rouges du sang, des cellules lymphatiques, ou même quelques cellules épithéliales tuméfiées. D'autres fois les travées fibrineuses sont épaisses, très rapprochées les unes des autres , homogènes, réfringentes, et elles laissent entre elles de tout pclits espaces à peine suffisants pour loger de loin en loin un globule rouge ou une cellule lymphatique (fig. 23). Plus ces travées sont épaisses, plus les espaces qu'elles laissent entre elles sont petits, et moins on y trouve d'éléments cellulaires. Ces travées fibrineuses se colorent en rouge par le picrocarminate d'ammoniaque.
C'est entre les mailles de ce réseau fibrineux que se trouve, d'après Klebs, la plus grande masse de microsporon diphthéri tique dont les spores sont souvent réunies en amas sous forme de boules.
42 HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE DE l'APPAREIL RESPIRATOIRE.
Au-dessous de la fausse membrane fibrineuse, entre elle et la membrane basale (fig. 23), se montrent des cellules lymphatiques et des cellules épithéliales déformées qui parfois ne rappellent ea rien la forme des cellules cylindriques de la cavité laryngienne ni du
Fio. 23. — Section passant h travers une bronche recouverte d'une fausse membrane. — (Grossissement de 80 diamètres.) — La fnusse membrane/', /", est composée de filaments et membranes de fibrine qui s'implantent en a, a, sur le chorion muquoux ; c, c, cellules cylindriques plus ou moins déformées et réfringentes ; m, membrane basale, t, lissa conjonctif delà muqueuse infiltré de cellules lympha tiques; v, vaisseaux dilatés; 3, couche musculaire.
revêtement pavimenteux des cordes vocales. Ces cellules sont globuleuses ou irrégulières; leur protoplasma est réfringent, vitreux, coloré en jaune orangé par le picrocarminate. Tantôt elles forment des amas irréguliers ou une simple couche située entre la fausse membrane et la membrane basale ; tantôt il n'existe en ce point que quelques cellules isolées, et la couche de fibrine adhère par places ou dans une grande étendue à la membrane basale complètement dépouillée de cellules épithéliales.
Les rapports entre les couches de fibrine et les cellules épithéliales transformées sont, du reste, très variables. Celles-ci, soulevées par l'exsudation qui s'effectue immédiatement à la surface du chorion muqueux, se disposent en couches qui allernent avec celles de la fibrine, ou bien elles sont incluses dans le réseau fibrineux. Après qu'une fausse membrane aura été constituée, il se formera, entre elle et la membrane basale, des cellules épithéliales globuleuses qui la soulèveront et la détacheront peu à peu jusqu'à ce qu'elle soit expulsée. La fibrine qui constitue la fausse membrane provient évidemment du sang contenu dans les vaisseaux du chorion muqueux. Elle se coagule à la surlace de celui-ci par le môme procédé chimique
LARYNGITE ÉRYSIPÉLATEUSE. 43
qu'à la surface des séreuses enflammées (voy. t. ï, p. 113). La subsUmce fibrino-plastique se coagule alors sous l'inlluence de la substance fibrinogène fournie soit par les cellules épithéliales, soit par les globules rouges et par les cellules lymphatiques sorties des vaisseaux en même temps que le plasma.
Au-dessous de la fausse membrane fibrineuse on trouve la membrane basale qui est presque toujours conservée; cependant elle est souvent ridée, plissée, irrégulière. Il existe toujours quelques cellules lymphatiques accolées à la surface de la membrane basale, qui lui adhèrent et s'enfoncent dans les plis qu'elle présente. Quelquefois la membrane basale a disparu sous l'influence d'une inflammation très intense du chorion muqueux.
La couche fibro-élastique superficielle du chorion et le tissu cellulaire sous-muqueux sont toujours infiltrés d'une grande quantité de cellules lymphatiques et de globules rouges. L'exsudat séreux qui s'est épanché avec les cellules lymphatiques entre les libres du chorion peut même contenir de la fibrine coagulée sous forme de fibrilles. Les vaisseaux sanguins superficiels de la muqueuse sont très dilatés, remplis de globules rouges et d'une quantité variable de globules blancs; parfois ils sont partiellement oblitérés par un thrombus fibrineux. On y trouve aussi des spores et de petits bâtonnets. Cette inflammation très intense du chorion muqueux, accompagnée de dilatation vasculaire et de diapédèse, d'épanchement de globules rouges et d'ecchymoses parfois visibles à l'œil nu, s'étend profondément au tissu conjonctif jusque dans les muscles du larynx.
Suivant Klebs, les petits bâtonnets des spores de microsporon sont souvent disposés en colonies beaucoup plus nombreuses à la surface de la fausse membrane et dans toute son épaisseur que dans le chorion muqueux. Elles diminuent à mesure qu'on examine les couches les plus profondes. Ce mode de difl'asion indiquerait qu'elles viennent de la cavité même des canaux aériens.
11 est extrêmement rare de rencontrer de véritables ulcérations dans la diphthérite laryngienne.
La laryngo-trachéite diphthéritique existe quelquefois à l'état chronique, ainsi que le prouvent plusieurs observations publiées dans les Bulletins de la Société anatomique.
Laryngite érysipélateuse. — L'érysipèle de la face et du pharynx propagé à la muqueuse laryngienne se caractérise, comme à la peau, par une rougeur intense et par un boursouflement plus ou moins
considérable du chorion muqueux. Le tissu cellulaire de la muqueuse est alors atteint d'un œdème inflammatoire semblable à celui de l'érysipèle cutané, et comparable à ce qu'on observe dans l'œdème du larynx. II en résulte des accidents de suffocation qui sont quelquefois suivis de mort.
Laryngite varioleuse. — L'inflammation de la muqueuse du larynx est très commune dans la variole. E. Wagner, par exemple, a noté 144 fois des lésions laryngiennes dans 160 autopsies de variole. Il ne faudrait pas s'attendre à trouver, à l'ouverture du larynx, des pustules aussi bien formées et caractérisées que celles de la peau ni même que celles de la muqueuse buccale. Cependant on rencontre quelquefois et nous avons vu, comme tous les anatomo-pathologistes des élevures arrondies de 1 à 2 millimètres de diamètre, circulaires, rappelant la forme des pustules, limitées par une cuticule blanchâtre , friable, au-dessous de laquelle il existe une gouttelette de liquide opaque. Des éruptions de cette nature doivent être assimilées aux pustules de la peau. L'éruption est souvent confluente, et la muqueuse est couverte de pus grumeleux ou de pustules plus ou moins reconnaissables. D'autres fois on note seulement une rougeur très intense de la muqueuse qui présente à sa surface une sécrétion muco-purulente au milieu de laquelle on voit des grumeaux opaques, jaunâtres ou blanc jaunâtre, adhérant à la couche épithéliale ou en partie détachés.
Souvent on observe sur la muqueuse très enflammée du larynx des exsudations blanchâtres adhérentes ou non, qui ressemblent à s'y méprendre aux fausses membranes de la diphthérite. Ces fausses membranes peuvent même s'unir en une couche épaisse et qui tapisse une grande partie du larynx ou cet organe tout entier. Elles s'étendent môme quelquefois sur la trachée. Elles acquièrent jusqu'à 1/2 ou même 1 millimètre d'épaisseur.
Sous les divers exsudats qui la recouvrent, la muqueuse est enflammée, rouge, quelquefois ecchymosée, présentant, par exemple, de petites taches plus rouges et circulaires ayant la forme d'une pustule ecchymotique. La surface de la muqueuse est souvent irrégulière, mais elle n'est pas ulcérée. Lorsqu'on la sectionne, on apprécie l'épaississement assez considérable du chorion dont le tissu est imbibé d'un liquide rosé.
L'examen microscopique permet d'étudier, dans ces laryngites va-
LARYNGITE VARIOLEUSE.
rioleuses, l'inflammation aiguë portée à son maximum. Les lésions en sont du reste très variées.
Sur des coupes de la muqueuse faites en des points où le revêtement épithélial est épaissi, on voit que les cellules épitliéliales sont beaucoup plus nombreuses qu'à l'état normal. Si l'on examine, par exemple, une portion du larynx tapissée de cellules cylindriques, on y trouvera huit ou dix couches superposées de cellules. Des cellules lymphatiques rondes, venues du chorion, se seront en certains points creusé des loges entre des cellules cylindriques, et l'on en comptera deux, trois, ou un plus grand nombre placées les unes auprès des autres, dans un petit espace arrondi ou allongé dont la paroi est formée de cellules cylindriques (voyez cette disposition représentée dans la figure 5). Ailleurs on ne trouvera pas de cellules rondes en contact avec la membrane basale comme à Vétat normal, mais seulement Jes cellules cylindriques très allongées (fig. 24.) Les cellules superficielles sont habituellement dépourvues de cils vibratiles.
Dans les grumeaux ou taches grises ou gris jaunâtre, il existe, suivant Ep^^'m^ev {Handbuch der pathologischen Anatomie de Klebs, 2' vol., pp. 88 et suiv.), des cellules grenues rendues
troubles par les micrococcus qu'elles contiennent. Des bancs de ces cellules alternent avec des cellules plus claires et moins infiltrées. Partout, du reste, dans les cellules épithéliales en voie de desquamation, dans les cellules lymphatiques, dans le mucus, dan?
Fig. 24. — Section du revêtement épithélial du larynx dans la laryngite vai'iolcuse. — a, tissu conjonctif du chorion; c, cellules lymphatiques; b, membrane basale. Le revêtement épithélial épaissi s'étend de d en h. d, d, cellules allongées cylindriques implantées sur la membrane basale; m, cellule lymphatique; f, protoplasma, et e, noyau d'une cellule aplatie; h, cellule prismatique se rapprochant de la forme pavimenteuse ; g, cellule cylindrique très allongée. — Grossissement de 350 diamètres.
46 HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE DE l'APPAREIL RESPIRATOIRE.
les fausses membranes que nous allons décrire, on trouve des spores disséminées ou des agglomérations de micrococcus, ; Au niveau des points saillants et blanchâtres qui semblent corres-
A. — La fausse membrane s'ctcnd de i on c; elle présente des filaments de fibrine f, et des cellules lymphatiques h contenues dans de petites lacunes entre les fibrilles ; d, couche de cellules indifférentes épithélioïdes; b, membrane basale de la muqueuse ; v, vaisseaux remplis de micrococcus ; a, fibres élastiques et conjonctives.
B. — Reproduction à un grossissement de 350 diamètres du conlena d'un des vaisseaux v. — g, contenu du vaisseau formé de micrococcus dont on voit aussi des grains dans le tissu conjonctif voisin, en m.
C. — Reproduction à un grossissement de 350 diamètres de la portion superficielle de la fausse membrane. — r, fibrilles de fibrine ;p, globule rouge ; q, cellule lymphatique pleine de grains de micrococcus; s, les mêmes
grains libres dans les mailles du réseau fibrincux.
FiG. 25. — Coupe de la muqueuse trachéale au niveau d'une pseudo-membrane varioleuse. — Grossissement de 200 diamètres.
pondre à la saillie d'une pustule et qu'on pourrait regarder comme le produit d'une inflammation pseudo-membraneuse, on observe, ainsi que nous l'avons représenté dans la figure 25, en allant de la surface à la profondeur, plusieurs couches superposées qui sont :
LARYNGITE VAUIOLEUSE. 4/
1" Une fausse membrane fibrineuse composée de filaments de fibrine formant un réseau. Les mailles de ce réseau sont comblées par des cellules lymphatiques ou des globules rouges du sang. De plus, dans les cellules lymphatiques, sur les travées de fibrine ou dans les mailles qu'elles hmitent, se montrent des grains regardés comme des spores de micrococcus. Ces éléments sont représentés en G, fig. 25, à un fort grossissement. Les travées de fibrine sont plus volumineuses à mesure qu'on se rapproche des couches profondes.
2° Une zone épaisse de cellules indifférentes épithélioïdes, plus volumineuses que les cellules lymphatiques et possédant un gros noyau {d, fig. 25). Ces cellules disposées en plusieurs couches sont irrégulièrement polyédriques par pression réciproque. On trouve aussi au milieu d'elles des cellules lymphatiques.
3° La membrane basale irrégulière et plissée {b, fig. 25). Au-dessus et au-dessous d'elle, on voit un grand nombre de cellules migratrices; en certains points elle paraît suffisamment interrompue pour laisser passer ces éléments.
Tels sont les phénomènes qui se produisent à la surface de la muqueuse laryngienne pendant les premiers jours de l'éruption variolique. En même temps, le chorion muqueux montre ses vaisseaux considérablement distendus et une diapédèse marquée par l'infiltration de tout son tissu par des cellules lymphatiques et des globules rouges. A un moment donné, il se produit un arrêt du cours du sang dans certains vaisseaux capillaires qui sont remplis de grains de micrococcus et de cellules lymphatiques contenant elles-mêmes des masses de micrococcus , ainsi que nous l'avons représenté (B, g. fig. 25) à un fort grossissement.
L'inflammation du chorion muqueux se traduit, dans les glandes, par des modifications qui portent sur leurs culs-de-sac aussi bien que sur leurs conduits excréteurs.
Les conduits excréteurs sont remplis de mucus contenant des cellules lymphatiques et des cellules muqueuses. Ce mucus déborde sur la muqueuse et se mêle à tous les autres produits d'exsudation. Les culs-de-sac glandulaires contiennent dans leur intérieur, avec des cellules muqueuses, des cellules granuleuses et de forme indifférente. De plus, le tissu conjonctif périglandulaire est complètement infiltré de cellules lymphatiques. Cette inflammation se poursuit souvent jusqu'à la limite du cartilage.
Lorsque l'inflammation variolique du larynx est intense, sa durée
est assez loDgiie. Dans des autopsies d'individus morts quinze ou vingt jours après le; début de la maladie, nous avons trouvé le chorion muqueux enflammé au plus haut degré. La surface de la muqueuse, très rouge et couverte d'une sécrétion puriforme, était totalement dépouillée de son épithélium. Les coupes de cette membrane montraient seulement en effet, au-dessus de la membrane basale conservée, une couche de petites cellules cubiques, c'est-à-dire des cellules lymphatiques pressées les unes contre les autres.
Ces inflammations laryngiennes peuvent se terminer par un œdème rapidement mortel. Elles occasionnent aussi quelquefois de lapérichondrite et des abcès profonds.
Laryngite de la morve. — Nous> avons eu l'occasion d'étudier dans le larynx les lésions de la morve humaine tout à fait à leur début : ila muqueuse laryngienne était le siège de petits nodules blanchâtres, saillants, très superficiels, gros comme une tête d'épingle, qui, percés, laissaient suinter une gouttelette de pus. L'examen microscopique, fait après durcissement de la pièce dans l'alcool et sur des sections perpendiculaires à la surface de la muqueuse, a montré que le pus était collecté entre le revêtement épithélial et le tissu conjonctif du chorion. Des groupes de ces petits abcès miliaires s'étaient réunis et avaient donné lieu à des ulcérations dont le fond imprégné de pus était bourgeonnant et pultacé (voy. 1. 1, pp. 247 et suiv.).
Laryngite de la fièvre typhoïde. — La laryngite de la fièvre typhoïde est plus ou moins profonde et présente plusieurs variétés distinctes.
a. Chez les individus morts avec des complications pulmonaires et bronchiques, on trouve presque toujours une inflammation catarrhale superficielle du larynx. Sur les coupes de la muqueuse, on reconnaît que les couches épilhéliales sont épaissies et plus riches en cellules lymphatiques qu'à l'état normal. Les glandes acineuses contiennent une grande quantité de mucus mêlé à des cellules lymphatiques. De plus, au-dessous de la membrane basale, le tissu conjonctif et élastique est très souvent infiltré de nombreuses cellules lymphatiques, en même temps que les capillaires de la muqueuse sont dilatés et remplis de sang.
b. Dans une variété de laryngite plus profonde et plus caracté-