LARYNGITE ŒDÉMATEUSE. — ŒDÈME DE LA GLOTTE
tout par le gonflement et la prolifération des cellules épithéliales. Toutes les lésions syphilitiques profondes de la muqueuse donnent lieu à une prolifération et à un bourgeonnement du tissu conjonctif généralement plus considérable que dans les maladies du larynx liées h toute autre cause.
Lésions TUBERCtJLEusES du larynx. — Les laryngites des tuberculeux sont caractérisées par des altérations très variées, des inflammations catarrhales simples, des tubercules, des ulcérations, des périchondrites, des ossifications des cartilages, etc. (voy. pp. 52 et 57).
Laryngite œdémateuse, œdème de la glotte. — Cette laryngite, tantôt primitive, tantôt consécutive à l'albuminurie, à la tuberculose, à la morve, à la syphilis, à la variole, à la fièvre typhoïde, à l'érysipèle, à l'anasarque, aux brûlures étendues de la peau, etc., consiste dans une infiltration séreuse ou puriforme du tissu conjonctif sousmuqueux.
L'œdème est le plus souvent localisé à la partie supérieure du larynx. Les replis aryténo-épigiottiques gonflés, œdémateux, tremblotants, semi-transparents, arrivent au contact l'un de l'autre et, agissant comme une soupape, ferment le larynx pendant l'inspiration, tandis que Tair expiré peut encore passer en les soulevant. La région aryténoïdienne est également œdématiée ainsi que la base de l'épiglotte. Toutes les autres parties de la muqueuse peuvent aussi être le siège d'un gonflement analogue, car l'œdème est le plus souvent déterminé par une lésion locale, par une ulcération qui s'est étendue jusqu'au cartilage et par un foyer purulent profond.
La muqueuse œdématiée est rouge, livide, ou rosée : lorsqu'on l'incise, il s'écoule spontanément, ou par la pression, une notable quantité de liquide séreux ou puriforme. En examinant au microscope des fragments du tissu œdémateux qu'on vient d'enlever avec les ciseaux, on observe, comme dans l'œdème du tissu conjonctif, des faisceaux connectifs écartés les uns des autres par un liquide plus ou moins transparent, contenant des cellules lymphatiques et parfois un réticulum de fibrine. Dans ce liquide on trouve également des cellules connectives gonflées et graniiisuses et des globules du sang. Lorsque la lésion est consécuiîve à des altérations profondes du larynx, à des ulcérations ou à la périchondrite, le nombre des cellules lymphatiques est beaucoup plus consi-
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dérable que dans les œdèmes primitifs ou consécutifs à une maladie de Bright.
Laryngite ulcéreuse. — Les ulcérations du larynx sont très variées. Nous avons déjà vu que de petites ulcérations peuvent se montrer dans la muqueuse laryngée, dans une laryngite primitive intense. Dans la fièvre typhoïde, on observe des ulcérations plus profondes, taillées à pic, remplies habituellement d'un détritus caséeux, qui, selon toute probabilité, ont pour origine un follicule lymphatique enflammé.
Les ulcérations consécutives aux jmslules varioliques sont moins profondes; elles sont plus ou moins étendues, et elles résultent de la deslruclion tolale du revêtement épithélial et de la destruction partielle de la membrane basale. Le chorion muqucux mis à nu est congestionné, plus ou moins bourgeonnant et recouvert de pus.
Dans la syphilis tertiaire, il se produit dans la muqueuse du larynx des ulcères dont le fond est bourgeonnant, tandis que le tissu sousmuqueux est épaissi, induré et très vascularisé. Ces ulcères peuvent s'étendre à une portion considérable de la muqueuse laryngienne et même à la trachée. Lorsqu'ils siègent sur l'épiglotte, ils la rongent en commençant par son bord libre. Ils donnent souvent naissance à des végétations bourgeonnantes. Ces ulcérations peuvent se guérir sous l'influence d'un traitement approprié. Le tissu conjonctif embryonnaire devient du tissu conjonctif adulte, le revêtement épithélial se reforme; mais le tissu conjonctif cicatriciel revient sur luimême, et il peut en résulter un rétrécissement du larynx ou de la trachée.
Les ulcérations de la morve ont, dans le larynx, la même tendance que dans les fosses nasales à détruire profondément les tissus par une suppuration phlegmoneuse.
La tuberculose est de beaucoup la cause la plus commune des ulcérations laryngiennes. Celles-ci se rencontrent surtout dans la phthisie pulmonaire, coïncidant avec une laryngo-trachéite, et elles s'élendent d'habitude sur la trachée et sur les premières divisions des grosses bronches. Généralement la muqueuse laryngienne est alors très congestionnée et couverte de muco-pus, au niveau des ulcérations aussi bien que sur les parties non ulcérées. Ces ulcérations sont consécutives à des granulations tuberculeuses plus ou moins
ULCERATIONS TUBERCULEUSES DU LARYNX. !jj
nombreuses, isolées ou confluentes, développées prlmilivemcnt dans le chorlon.
La forme et la disposition des ulcérations sont déterminées par celles des granulations tuberculeuses elles-mêmes. Celles-ci, superficielles au début, atteignent successivement toutes les couches du tissu conjonctif de la muqueuse; elles se montrent aussi le long des conduits glandulaires et dans les glandes elles-mêmes (voy. p. 58). Lorsque les tubercules superficiels sont devenus caséeux, lorsque toute la muqueuse est infiltrée et bourrée de petites cellules et que ses vaisseaux sont oblitérés, il se produit une mortification partielle dont le premier efïet est la chute de l'épithélium et la destruction de la membrane basale. Une petite érosion circulaire ayant un diamètre de 1/2 à 1 millimètre apparaît bientôt et s'étend progressivement, en largeur et en profondeur, par la destruction du tissu conjonctif infiltré d'éléments caséeux. Cette ulcération présente des bords sinueux, festonnés, chacune des granulations ou chacune des groupes qu'elles forment devenant le centre d'un foyer de destruction et de suppuration éliminatrice consécutive.
Par suite de l'extension des ulcérations, des lambeaux du tissu sous-muqueux épaissi peuvent être détachés, soit à la surface, soit au bord des ulcérations; le fond de l'ulcère est souvent fongueux et constitué par des bourgeons vascularisés qui fournissent une assez grande quantité de pus.
Les parties du larynx qui sont le plus souvent le siège de ces ulcérations sont les cordes vocales inférieures à leur point de jonction, ces cordes elles-mêmes, les arylénoïdes, l'épiglolte et les ventricules. Le tissu fibreux des cordes vocales mis à nu est quelquefois érodé lui-même; le bord libre de l'épiglolte présente aussi souvent des pertes de substance dans lesquelles le cartilage est détruit après que ses cellules sont entrées en prolifération. Le tissu conjonctif sousmuqueux est tantôt très épaissi par la formation nouvelle de cellules embryonnaires dans les parties non ulcérées, au pourtour et au-dessous des ulcérations ; tantôt il est infiltré de sérosité plus ou moins purulente. Ces lésions entraînent l'immobilité et la perte de la fonction des différentes pièces du larynx qui en sont le siège
Les muscles sont aussi quelquefois atteints; le tissu conjonctif intermusculaire présente des cellules embryonnaires ou des corpuscules de pus en plus ou moins grande abondance, et les faisceaux primitifs subissent la dégénérescence graisseuse.
Les cartilages, à l'exception de l'épiglotte, où les ulcérations in-
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flaramatoires sont cependant si fréquentes , sont le plus souvent incrustés de sels calcaires ou même ils sont ossifiés. Nous reviendrons sur ce point en traitant de la périchondrite.
Les ulcérations profondes et les abcès du larynx peuvent aboutir à une perforation, le pus se frayant un passage à travers le tissu conjonctif sous-cutané jusqu'à la surface de la peau au devant du cou ou à travers les parois de l'œsophage.
PÉRiCHàNDRiTE. — L'inflammation suppurative du périchondre des cartilages du larynx pourrait, d'après les observations publiées par les auteurs, se développer à la suite d'une laryngite aiguë simple causée par l'impression de froid; mais le plus souvent elle survient sous l'influence de l'une des causes de la laryngite ulcéreuse et succède à des ulcérations profondes.
Dans les laryngites profondes de longue durée, lorsque le tissiv cellulaire de la muqueuse est infiltré de cellules lymphatiques, le périchondre est altéré de la même façon, et les cartilages eux-mêmes subissent des modifications de nutrition. Tantôt on observe dans leur substance fondamentale et dans leurs capsules une infiltration calcaire, tantôt il s'y produit une véritable ossification qui s'effectue, comme l'ossification physiologique des cartilages, parla prolifération de leurs cellules, la dissolution des capsules et la pénétration des vaisseaux sanguins. Il se forme ainsi des cavités qui se remplissent de moelle embryonnaire, et des corpuscules osseux apparaissent bientôt. Ces lésions des cartilages sont communes dans la phthisie laryngée.
La périchondrite lente qui s'accompagne de l'ossification des cartilages peut être suivie de la suppuration du périchondre ou périchondrite suppurative. Le pus décolle et sépare le périchondre du cartilage qui se trouve ainsi isolé de sa membrane nutritive et se mortifie. Dans les cartilages nécrosés à la suite de la fièvre typhoïde, nous avons observé que la substance fondamentale du cartilage était devenue granuleuse et que les cellules cartilagineuses contenaient aussi des granulations graisseuses.
L'abcès au milieu duquel se trouve le cartilage fuse dans le tissu sous-muqueux, dans les articulations , et finit par proéminer, soit du côté de la muqueuse laryngienne, soit du côté de la peau ou du pharynx. Il ne tarde pas à s'ouvrir et laisse échapper, avec le pus, des fragments de cartilage le plus souvent calcifiés ou ossifiés, surtout s'il s'agit d'une phthisie laryngée.