INFLAMMATION AIGUE. — INFLAMMATION CHRONIQUE
Les inllainmalions érysipélateuses de la peau qui recouvre la glande sont assez fréquentes, soit dans la lactation, soit à la suite de tumeurs ulcérées, et dans ce dernier cas il s'agit surtout de lymphangites bien caractérisées à l'œil nu par la rougeur qui suit le trajet des mailles des lymphatiques sous-cutanés. Ces inflammations érysipélateuses peuvent être suivies de véritables abcès phlegmoneux sous-cutanés. Les lymphangites sous-cutanées à répétition dues à un carcinome du sein ulcéré se terminent parfois en dernière analyse par une dégénérescence carcinomateuse de la paroi des lymphatiques, qui sont transformés alors en des cordons durs et sinueux.
Les inflammations parenchymateuses ou glanduleuses de la mamelle sont plus profondes et débutent, soit par une rétention du lait (engorgement laiteux ou poil), soit par une inflammation purulente du tissu conjonctif qui sépare les lobules. Les inflammations purulentes sont l'apanage exclusif des nourrices et des nouvelles accouchées, plus rarement des femmes enceintes.
Les abcès qui se forment alors dans la glande sont quelquefois très nombreux et successifs. Ils contiennent des éléments du lait mêlés aux cellules lymphatiques ; lorsqu'ils sont ouverts, il peut en résulter une fistule lactée lorsqu'un sinus ou un conduit galactophore volumineux sont compromis par la suppuration ou par la plaie résultant du bistouri.
Les abcès sous-mammaires ou profonds peuvent se produire dans les mêmes conditions que les précédents par la propagation de l'inflammation purulente au tissu conjonctif lâche qui sépare la glande du fascia fibreux. Ils succèdent à l'inflammation des vaisseaux lymphatiques et des bourses muqueuses, et ils se collectent rapidement en une poche pleine de pus étalée au-dessous de la glande qui est soulevée en totalité.
Les abcès sous-mammaires affectent quelquefois la marche des abcès froids. Ils reconnaissent alors pour cause, non une inflammation aiguë du sein propagée au tissu conjonctif profond, mais des lésions osseuses des côtes ou du sternum, des caries scrofuleuses ou tuberculeuses, ou des abcès de même nature qui, développés à la face interne des côtes ou du sternum, ont perforé les espaces intercostaux et font saillie dans le tissu conjonctif sous-mammaire enflammé.
Inflammation chronique. — Les abcès de la mamelle donnent lieu, lorsqu'ils guérissent, à des indurations constituées par du
lissu conjonctif organisé de formation nouvelle qui peuvent grossir et constituer des tumeurs fibreuses.
Les causes de l'inflammation chronique ou mastite chronique généralisée sont beaucoup plus obscures. Il se forme en pareil cas du tissu fibreux en quantité anormale et une induration générale de tout le tissu de nouvelle formation qui sépare les culs-de-sac. Cette altération anatomique se confond avec les hypertrophies totales ou avec les fibromes de la glande. (Voy. plus bas.)
Tumeurs de la mamelle.
La structure des tumeurs de la mamelle a été étudiée déjà dans les chapitres du premier volume qui traitent de chaque espèce de tumeurs. Elles sont si communes et si souvent enlevées par les chirurgiens, que ce sont elles surtout qui ont servi à l'étude histologique des tumeurs. Nous n'aurons donc ici qu'à renvoyer le lecteur aux différentes parties de l'histoire générale des tumeurs où il en est question, tout en complétant leur description à l'œil nu et au microscope. Les tumeurs du sein s'observent presque exclusivement chez la femme; mais toutes peuvent aussi, exceptionnellement, il est vrai, survenir chez l'homme.
Hypertrophie totale de la mamelle. — Il arrive quelquefois, bien que cela soit très rare, que les mamelles s'hypertrophient d'une façon considérable chez des jeunes filles après la puberté ou chez des jeunes femmes à la suite de l'accouchement. Les deux seins peuvent être pris en même temps ou l'un d'eux seulement : le gauche, plus souvent que le droit, atteint une grande dimension, telle qu'une tête d'adulte, et un poids qui varie de 2 à 4 kilogrammes ou plus. La consistance de la mamehe est normale, assez dure chez les jeunes filles ou dans la grossesse, molle et tombante, lorsque l'hypertrophie existe depuis un certain temps chez une jeune femme; elle donne à la palpation la sensation de lobules qui se déplacent. La peau est normale ou un peu épaissie, mais non adhérente. Les glandes de l'aisselle ne sont pas hypertrophiées. Sur une coupe de la glande enlevée, on voit un tissu gris avec des lignes ou lobules plus jaunâtres ; ce tissu ne donne pas de suc. A l'examen microscopique, on constate que le tissu conjonctif, très abondant, est devenu plus dense autour de chaque lobule de la glande. Les canaux et les
GALACTOCÈLE. — SARCOMK. 733
culs-de-sac glandulaires sont lantôt, comme à l'état de vacuité, tapissés d'une seule couche de petites cellules ; tantôt, comme dans les premiers mois de la grossesse, leurs cellules sont plus volumineuses et granuleuses. Dans tous les cas, les canaux ont dû s'allonger pour suivre l'hypertrophie du tissu conjonctif, mais il s'agit principalement d'un épaississement tibreux du tissu conjonctif et non d'une lésion portant soit primitivement, soit essentiellement sur l'épithélium. Tel est le résultat des examens faits par Dufour, Gadiat et Ledouble, Labarraque (1), etc. Il y a aussi quelquefois des lobules de graisse dans la tumeur, mais le plus habituellement la graisse fait défaut. Notons aussi que dans le fait observé par Manec (2), les conduits galactophores étaient dilatés au point de recevoir l'extrémité du doigt. L'hypei'trophie de la mamelle est constituée pour une grande part par une formation nouvelle de tissu fibreux. Comme dans la plupart de ces néo-formations de tissu conjonctif, les conduits glandulaires et les culs-de-sac peuvent être dilatés, ainsi que cela s'observe par exemple dans les cirrhoses hypertrophiques pour les canaux biliaires. 11 peut s'y produire aussi de petits kystes par rétention des produits de sécrétion glandulaire lorsqu'un canal galactophore est isolé au milieu du tissu fibreux.
Galagtocèle. — Le galactocèle est une tumeur causée par la rétention du lait dans un point de la glande mammaire, soit à son centre, soit à son pourtour, du côté de l'aisselle, par exemple. Son développement coïncide avec la lactation et il peut disparaître spontanément après la cessation de celte fonction. Le lait, à peu près normal, cailleboté ou crémeux, est contenu dans une poche simple ou cloisonnée par des brides qui lui donnent un aspect aréolaire. La poche communique avec un certain nombre de lobules sécréteurs par des orifices d'où l'on fait sortir du lait. D'après le petit nombre de bonnes descriptions de faits de galactocèle qui ont été publiées, d'après celui de Forget (3) en particulier, la poche kystique ne serait autre qu'un canal galactophore dilaté et ne pouvant plus verser par le mamelon le lait qu'il contient.
Sarcome. — Les tumeurs de celte variété sont plus ou moins volumineuses, sans adhérences à la peau à leur début, mais cette
(1) Sur Vanatomie normale el les tumeurs du sein chez la femme. Thèse de Paris, 1875.
(2) Gazette des hôpitaux, 1859, n° 12.
(3) Etude sur l' hypertrophie générale de la glande mammaire. Thèse de Paris, 1875.
adhérence se manifeste plus tard. Elles ne déterminent presque jamais d'infection des ganglions lymphatiques voisins. La mamelle est tantôt envahie dans toute son étendue; on a affaire alors à un sarcome en masse ; d'autres fois, le sarcome reste limité pendant longtemps dans un lobule de la glande. Dans le premier cas, le développement de la tumeur est uniforme, la peau est tendue au-dessus d'elle, quelquefois adhérente; dans ie second, il existe une tumeur isolée ou plusieurs tumeurs qui donnent à la glande une apparence lobulée. La section de la tumeur, après son ablation, montre tantôt une masse solide uniforme, grise, avec des parties plus vascularisées; d'autres portions, plus anciennes, sont jaunâtres par suite d'une dégénérescence granulo-graisseuse. On peut observer aussi plusieurs nodules distincts séparés les uns des autres par des portions moins altérées. Dans le sarcome en masse, les tubes et culs-desac glandulaires sont conservés et hyperplasiés, mais non kystiques; souvent les glandes manquent complètement dans certaines parties de la tumeur qui se sont développées uniquement aux dépens du tissu conjonctif et du tissu cellulo-adipeux.
Lorsque la glande tout entière est comprise dans la néoformation, il peut y avoir une formation exagérée de cellules épithéliales et
FiG. 239. — Fibrome végétant de la mamelle.
(/, bourgeon saillant dans nn conduit galactophore ; a, revêtement épitbéiial de ce conduit; b, tissu conjonctif. — 80 diamètres.
même une distension et un remplissage des conduits ou des sinus galactophores par des cellules en dégénérescence granulo-graisseuse:
MYXOME. — FIBROMK. 735
ce qui donne an conlonu rapparcnco du lait. Plus souvent, on y trouve un liquide muqueux. Des kystes s'observent liéqucmnient eu pareil cas, ou plutôt des fentes arborisées représentant les cavités des conduits et des culs-de-sac dans lesquelles bourgeonne le tissu sarcomateux voisin. (Voy., pour les détails histologiques , l. I, p. 160 et16i).
Sur la section des sarcomes du sein, examinés à l'œil nu, on ne voit jamais de tissu cellulo-adipeux, car ce dernier s'est transformé en tissu sarcomateux. Les ganglions axillaires restent presque constamment indemnes. Ces deux caractères fournissent les éléments du diagnostic anatomiquepour différencier le sarcome du carcinome dans lequel les ganglions sont toujours envahis et qui présente constamment aussi une grande quantité de lobules adipeux. Le sarcome mammaire appartient tantôt au sarcome encéphaloïde, ce qui est le plus ordinaire, tantôt au sarcome fascicule.
Ces tumeurs récidivent souvent après leur ablation. Lorsque tout le sein a été enlevé pour un sarcome kystique dans une première opération, et qu'on opère à nouveau un sarcome en récidive, ce dernier n'offre plus halDituellement qu'une masse sarcomateuse compacte, sans le moindre kyste. Gela s'explique aisément, la glande ayant été enlevée dans sa totalité à la première opération.
Des nodules sarcomateux secondaires des plèvres, du poumon, des os et d'autres organes se présentent quelquefois dans les autopsies de sujets ayant été opérés pour un sarcome de la mamelle récidivé et généralisé.
Myxome. — Les myxomes de la mamelle sont assez communs. Ils ne diffèrent des sarcomes que par la nature du tissu qui les compose. Les myxomes kystiques sont les plus communs. (Voy. t. l, p. 177 pour ce qui concerne l'histologie du myxome en général, et p. 184 pour ce qui est relatif au myxome du sein.)
Les myxomes du sein sont des tumeurs essentiellement bénignes; elles ne contractent pas d'adhérences avec la peau.
Fibrome. — On pourrait à la rigueur classer parmi les fibromes l'hypertrophie totale de la mamelle, puisque le tissu de nouvelle formation est du tissu fibreux. Il existe aussi des fibromes dans lesquels le sein est peu volumineux et d'une dureté considérable. Virchow a observé un fibrome du sein chez l'homme. Au lieu d'être généralisé, le fibrome du sein peut être partiel, localisé autour d'une
partie de la glande, formant une tumeur de volume variable, généralement petite, d'une dureté presque pierreuse, sans adhérence intime avec les tissus voisins. Le fibrome présente la même disposition que les sarcomes et les myxomes à l'égard des conduits et
Frc. 240.
■ Fibrome du sein. Les acini et conduits galactophores sont entoures par du tissu fibreux contenant une grande quantité de cellules de tissu conjonctif.
culs-de-sac glandulaires. (Voyez pour ce qui regarde le fibrome en général, t. I, p. 186; et pour le fibrome du sein, t. I, p. 192 à idâ: et p. 160.)
Tubercules. — Il existe un nombre restreint d'observations de tubercules de la mamelle, qui ont été réunies dans lathèsedeDubar (1). Ils se présentent sous forme de nodules disséminés ou confluents. Les premiers ne donnent lieu à aucune manifestation pendant la vie et constituent simplement une trouvaille d'autopsie (observation de Billroth). Les seconds forment des tumeurs qui s'accroissent par poussées successives et qui atteignent un volume variable. Leur masse est mamelonnée, dure, hérissée de petites saillies granuleuses. Leur centre se ramollit et, lorsqu'on l'ouvre, il s'en écoule du pus contenant des grumeaux caséeux. Il s'établit une suppuration dont les produits sont transportés au dehors par une ou plusieurs fistules à bords indurés et fongueux. La caverne tuberculeuse reste entourée d'un tissu induré. Le plus souvent il existe en même temps une adénite caséeuse de l'aisselle. Une section de l'organe faite après son ablation, passant par un de ces trajets fistuleux à paroi
(I) Des tubercules (le la mamelle. Paris, 1881.