ROUGEOLE
jeunes femmes. Mais si les lâches ont duré pendant plusieurs jours, comme, par exemple, les lâches de la roséole syphilUiquc ou même les lacJies rosées lenticulaires de la fièvre typhoïde, il s'est fait souvent dans le tissu conjonctif de la peau, à leur niveau, une sulï'usion sanguine, une diapédèse de quelques globules rouges, de telle sorte que la pression du doigt, en les faisant pâlir, laisse voir une teinte jaunâtre ou ecchymotique très légère. Lorsqu'on examine au microscope les coupes de ces taches à leur début, on apprécie d'abord la dilatation des vaisseaux du derme et surtout du réseau papillaire, qui sont remplis de sang; mais, en même temps, on peut constater que les cellules migratrices sont en plus grand nombre qu'à l'état normal. 'Ces cellules siègent dans les papilles et dans le corps muqueux de Malpighi. Il existe, en même temps, quelques globules rouges, en dehors des vaisseaux, dans la couche la plus superficielle des papilles, et, si l'on a affaire à des macules datant déjà de plusieurs jours, on trouve, à la place des globules rouges, du pigment sanguin, situé à la surface des papilles ou à la base du corps muqueux. Les taches de la roséole syphilitique durent un temps plus ou moins long, pendant lequel certaines d'entre elles peuvent passer à l'étal papuleux. Elles laissent souvent à leur place une pigmentation de la peau, surtout manifeste au cou, présentant une couleur jaunâtre ou brunâtre irrégulièrement disséminée, parfois très légère, mais tout à fait caractéristique, qui alterne avec des places où la peau a conservé sa blancheur. Ces caractères permettent de distinguer la roséole syphilitique des autres espèces de roséoles, telles que la roséole estivale ou saisonnière, la roséole copahique, etc.
L'éruption de la rougeole appartient aussi aux congestions cutanées. Elle se manifeste par des taches d'un jaune rougeâtre, plates ou légèrement acuminées, pâlissant sous la pression du doigt, ou par de petites papules rouges correspondant aux orifices des follicules (rougeole boutonneuse). Les taches sont quelquefois déchiquetées sur leurs bords, irrégulières, souvent en forme de demi-cercles. Nous avons pu examiner un fragment de peau enlevé sur le vivant au second jour de l'éruption, au moment où elle est le plus intense.
Nous avons constaté la réplélion des vaisseaux, la présence de quelques cellules migratrices dans les papilles et dans le corps muqueux de Malpighi et de granulations pigmentaires jaunes dans la couche superficielle des papilles. Sur les coupes fortement colorées
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par le séjour pendant vingt-quatre heures dans un solution mi-partie aqueuse, mi-partie alcoolique de safranine, nous avons constaté la présence de petits micrococci bien colorés en rouge, isolés ou réunis par petits groupes irréguliers, situés le long des vaisseaux, dans le tissu conjonctif, à la base des papilles et dans leur intérieur. Le troisième jour de l'éruption, les macules commencent à pâlir, elles revêtent une couleur jaune brunâtre et disparaissent complètement vers le quatrième jour en moyenne; on peut encore reconnaître une teinte jaunâtre ou ardoisée sur quelques parties du corps, et à leur niveau l'épiderme se desquame sous la forme d'une fine poussière blanche.
L'éruption de la scarlatine est caractérisée par un érythème finement pointillé, dont les points rouges, vus à une certaine distance, se fondent en une teinte uniformément rouge ou écarlate. L'exanthème disparaît sous la pression du doigt. L'éruption, très variable dans sa dissémination, l'est encore plus dans sa durée, qui peut être de quelques heures et passer inaperçue ou, au contraire, durer très longtemps. La peau, qui reste quelquefois tuméfiée, comme œdémateuse, est le siège d'une desquamation épidermique par larges squames qui dure encore quinze ou vingt jours après le début de l'éruption. Pohl-Pincus a trouvé de petites bactéries dans les lamelles épidermiques desquamées.
Nous rapprochons de ces éruptions de l'homme celle qui est désignée sous le nom de rouget chez le porc et qui, caractérisée par une rougeur diffuse superficielle de la peau, accompagne une maladie générale fébrile (mal rouge, fièvre entérique, pneumo-enlérite). D'après Klein, les micro-organismes qui causent cette maladie sont des bacilles, tandis que Pasteur et Thuillier n'ont trouvé que des micrococci qui siègent dans le sang. Sur des pièces de la peau qui nous avaient été données parNocard, nous avons vu, dans les vaisseaux dilatés des papilles, des micrococci qui circulaient avec le sang sans produire de thromboses.
Congestion œdémateuse de la peau. — Lorsque l'hyperhémie s'accompagne d'une distension névro-paralytique des vaisseaux, de la sérosité s'épanche dans le tissu conjonctif. Il se produit ainsi un œdème accompagné de congestion, une tuméfaction de la peau limitée, sous forme de boutons ou de plaques arrondies, circinées.
ÉRYTHÈME PAPULEUX. — ÉRYTHÈME MULTIFORME. 763
d'étendue variable. Il est facile de se rendre compte du rôle des nerfs et des vaisseaux dans la production de ces œdèmes congestifs. Chez certaines femmes nerveuses, l'impression du bord tranchant de l'ongle sur la peau détermine des lignes rouges d'abord au moment où les capillaires se dilatent, puis œdémateuses, blanches, élevées, saillantes lorsque la dilatation névro-paralytique favorise la sortie du sérum et son épanchement dans le tissu cellulaire. Autour de la partie acuminée, qui est distendue et blanche, on observe une zone rosée ou rouge. Par un mécanisme analogue, des saillies papuleuses blanches, entourées d'une zone de congestion, naissent parfois sous l'ongle quand on gratte le point douloureux qui vient d'être piqué par une puce ou un moustique, et des éruptions papuleuses accompagnées de démangeaisons se montrent sous l'influence de causes diverses. On range dans ces dermatoses congestives et œdémateuses Vérythème papuleux, Vérythème exsudatif multiforme ou polymorphe de Hébra, Vurticaire, Vérythème noueux et le pityriasis rosé.
Érythème papuleux. — L'érythème papuleux, qui siège surtout aux parties découvertes, est caractérisé par des papules plates, arrondies, isolées ou groupées, souvent congestionnées, rosées ou d'un rouge vineux, dont la couleur et le relief disparaissent en totalité ou en partie par la pression du doigt et qui guérissent spontanément et rapidement. Nous avons examiné des coupes de ces papules prises sur le vivant et durcies dans l'alcool. Les couches épidermiques sont intactes et la migration des cellules dans le corps muqueux de Malpighi y est rare, si nous en jugeons par notre propre expérience. On trouve quelques cellules cylindriques du corps muqueux en division indirecte. Les papilles sont tuméfiées ainsi que le derme. Tout le tissu conjonctif du derme est infiltré de sérosité; on y voit un assez grand nombre de cellules migratrices qui sont surtout accumulées autour des vaisseaux de la base des papilles et autour des follicules pileux et des glandes.
Vérythème exsudatif multiforme de Hehra est une affection aiguë caractérisée par la multiplicité et la variété de l'éruption. Il siège de préférence à la face dorsale des mains, aux avant-bras, aux pieds, aux jambes, à la face, au front; l'éruption est généralement symétrique. On voit tantôt des taches disséminées de l'étendue d'une tête d'épingle ou d'une lentille, de couleur rouge-cinabre, pâlis-
sant sous la pression du doigt, plates ou un peu saillantes au-dessus du niveau de la peau. Ces taches augmentent rapidement d'étendue, deviennent cyanotiques; ou bien leur centre pâlit, tandis que leur bord reste rouge (érythème annulaire) ; ou bien, au milieu du centre blanc, on voit se produire une tache rouge (érythème iris). Les taches se transforment souvent en papules d'érythème papuleux ou d'urticaire. Sur ces papules, il se développe parfois de véritables vésicules (érythème vésiculeux, herpès iris) ou des bulles (érythème bulleux). La durée de l'éruption varie d'une à cinq ou six semaines.
\J érythème noueux (dermatite contusiforme) se manifeste par des intumescences ou nodosités profondes et proéminentes de la grosseur d'une noisette et quelquefois d'une noix, dures, siégeant le plus souvent aux deux jambes et à la face dorsale des pieds, plus rarement aux avant-bras et aux cuisses. Ces nodosités passent rapidement de la couleur rosée ou rouge à la couleur bleuâtre, jaunâtre, verdâtre, en même temps qu'elles diminuent de volume. Elles sont accompagnées quelquefois d'ecchymoses et même d'un éjtanchement sanguin sous-cutané. Au point de vue anatomique, elles consistent en une infiltration séreuse de toutes les couches du derme et du tissu conjonctif sous-cutané, avec diapédèse de globules rouges et de globules blancs et stase du sang dans les vaisseaux.
L'urticaire se manifeste par des plaques rouges ou blanches à leur centre et rosées à leurs bords, formant des élevures aplaties, arrondies ou irrégulières, réunies parfois en anneaux, d'une durée éphémère et résultant d'un œdème congestif semblable aux éruptions précédentes.
Le pityriasis rosé de Gibert, pityriasis rubra disséminé (Bazin), érythème papuleux desquamatif (Yidal), pseudo-exanthème érythémato-desquamatif de Besnier, est caractérisé par des papules superficielles, à poussées successives, entourées d'une zone érythémateuse, formant par leur confluence des dessins variés, disques, croissants, et qui se terminent par une desquamation furfuracée. Nous avons examiné un fragment de papule enlevé sur le vivant et constaté les mêmes lésions que dans l'érythème papuleux. Les papilles et le derme présentent quelques cellules migratrices; on constate, dans les cellules cylindriques du corps muqueux, des noyaux en voie de division indirecte et un petit nombre de cellules migratrices entre les cellules du corps muqueux.
Taches hémorrhagiques. Purpura. Pétéchies. — Les diverses