‹ Manuel d'histologie experimentaleChapitre 168 sur 207 · ÉRYSIPÈLE · texte numérisé non relu

ÉRYSIPÈLE

voit que ces kicLcries rormcnt des groupes qui sont situés dans les espaces inteiTasciculaires (m, fig. 240), dans les vaisseaux lymphatiques (v, V, fig. 250) et dans le tissu adipeux sous-cutané. On peut reconnaître, dans ce dernier, que les bactéiies occupent les cellules adipeuses elles-mêmes et sont logées dans le protoplasma qui entoure la gouttelette de graisse.

Les bactéries sont très nombreuses dans les figures 249 et 250, bien que l'inflammation du derme fût peu intense. Il s'agissait, dans le fait qui a servi à faire ces préparations, d'une plaque d'érysipèle du cuir chevelu récente, consécutive à un érysipèle de la face (1).

Les micro-organismes siègent aussi à la périphérie des follicules pileux, disposition qui peut nous faire comprendre le mécanisme de la chute des cheveux, presque constante dans les régions du cuir chevelu touchées par l'affection.

A un examen superficiel, on pourrait confondre les bactéries de l'érysipèle avec certaines granulations albumineuses qui se trouvent dans le liquide exsudé autour des cellules adipeuses. Par le procédé de la double coloration, par le violet de méthyl et l'éosine, les bactéries sont seules colorées en violet, et le doute devient impossible.

Lorsque l'inflammalion érysipélateuse est intense, l'épiderme est soulevé par des vésicules, desphlyclènes, des bulles tout à fait analogues à celles que l'on peut provoquer sur la peau par l'application d'un vésicatoire.

Le liquide de ces bulles contient une assez grande quantité de fibrine et des cellules rondes. Lorsqu'on recherche dans ce liquide les microbes de f érysipèle, par le procédé habituel (dessiccation d'une goutte de liquide sur une lamelle, coloration, etc.), on ne trouve pas toujours des bactéries. Pourtant, c'est en procédant de la sorte que Nepveu les a observées.

Les coupes de la peau durcie, dans l'érysipèle intense, montrent une très grande quantité de cellules migratrices dans le derme et le tissu cellulo-adipeux. Dans les bulles ou phlyctènes, le soulèvement de l'épiderme s'est effectué au niveau du stratum granulosum de telle sorte que le liquide épanché est limité d'un côté par la couche cornée et de l'autre par le corps muqueux. Les cellules du corps muqueux sont habituellement séparées les unes

(1) L'un de nous a relaté ces faits dans une communication faite en commun avec Babes, à la Société médicale des hôpitaux, en août 1883.

des autres par un exsudât séreux et par des cellules migratrices qui sont sorties par diapédèse des vaisseaux sanguins du derme et qui ont pénétré entre les cellules épidermiques, dans les cana-

FiG. 251. — Coupe d'une phlyctène dans l'érysipèle.

a, coiicliG cornée ; 6, coiiclic granuleuse soulevée; c, cellules migratrices englobées dans un réliculum fibrineux; d, globules du sang; f, disposition en arcades du réseau fibrincux; b' , corps muqueux ; e, papilles infiltrées de cellules migratrices, — 120 diamètres.

licules intercellulaires notablement distendus. Les cellules épidermiques subissent en même temps des modifications importantes. Les noyaux de certaines d'entre elles montrent une dégénérescence vésiculeuse; leur nucléole distendu, transformé en une vésicule, repousse et distend le noyau ; lorsque la vésiculation du noyau est complète, sa substance est réduite à une petite masse semilunaire appliquée sur un des pôles du nucléole (voy. t. I, p. 67); dans certaines cellules, il se l'ait une vésiculation, non plus du noyau, mais du protoplasma cellulaire lui-même ; la cellule perd alors sa vitalité et se laisse quelquefois pénétrer par une ou deux cellules migratrices que l'on trouve dans son intérieur h côté du noyau. L'évolution épidermique ne s'effectue plus; les cellules du stratum granulosum ne se chargent plus d'éléidine , les cellules épidermiques tombent avant d'avoir parcouru toutes les phases de leur évolution normale, avant la disparition complète du noyau, avant leur kératinisation. La chute irrégulière des cellules mêlées ta des globules blancs, détermine à la surface de l'épiderme, soit des squames, soit des croûtes. Cette modification dans l'évolution

DKRMITE PIILKGMONKUSE. 777

épidcrmiqnc n'est du reste pas spéciale à rérysipèle et se rencontre en général dans les alTecLions cutanées avec migration de leucocytes dans la couche de Malpiglii et dégénérescence vésiculeuse des cellules du corps muqueux. Nous aurons souvent à revenir sur les troubles de la formation de l'éléidine el de la kératinisation des cellules qui ont été décrits d'une façon générale par l'un de nous cl |)ar E. Suchard (1).

Quelquefois l'érysipèle se termine par un phlegmon étendu ou par une suppuration localisée du tissu conjonctif sous-dermique.

Dermite pulegmoneuse. — Le phlegmon, ou inflammation suppurative du tissu cellulaire, a été déjà étudié au point de vue général (t. I, p. ^OS et suiv.). Le tissu conjonctif du derme peut être atteint primitivement d'une inflammation suppurative, mais le plus souvent la peau est envahie consécutivement à un phlegmon qui a débuté par le tissu cellulo-adipeux sous-cutané.

Les causes des phlegmons sont variées : contusions, plaies, traumatisme chirurgical, infection purulente, injections sous-cutanées médicamenteuses de morphine, d'élher, de sels de quinine, etc. Le pus de ces phlegmons, même lorsque l'inflammation a débuté sans aucune solution de continuité de la peau, contient des micro-organismes. D'après les expériences de Straus, si l'on pratique sous la peau des animaux des injections de substances irritantes en prenant la précaution de cautériser supertlciellement l'épiderme, de faire l'injection avec une pipette de verre effilée et stérilisée et de cautériser ensuite l'ouverture très étroite faite à la peau, il ne se produit pas de suppuration. Si, par exception, la suppuration survient, le pus contient des micro-organismes {Société de biologie, iSS^).

Le pus du phlegmon de l'homme, pris au moment de la première ouverture qui en est faite par le chirurgien, étalé et desséché sur une lamelle et coloré à la fuchsine ou au violet de méthyj, montre toujours des micro-organismes, si nous nous en rapportons à notre expérience personnelle.

Les microbes sont associés deux par deux (diplococci) ou en chaînettes. Les chaînettes sont généralement longues, sinueuses, contournées, pelotonnées ou en amas irréguliers.

(1) Suchard, Des modifications et de la disparition du stratum granulosum de Vépidemie dans quelques maladies de la peau {Archives de phijsiologie, 2* série, t. X, ii° 6, 18 août 1882).

CORNIL ET RANVIER. II. — 50

Le diamètre de ces microbes est ordinairement petit, de 0""",0003 environ. Cependant on peut s'assurer que les micrococci ne présentent ni la même disposition ni le même diamètre. Ainsi on verra

FiG. 252. — Pus du phlegmon étalé et desséché sur une lame de verre.

a, chaînette de gros micrococci ; h, micrococci plus petits contenus dans une cellule lymphatique ; e, groupe de micrococci. — Grossissement de 1000 diamètres.

des chaînettes composées de microbes ronds, disposés deux à deux ou les uns près des autres à égale distance; dans certaines chaînettes les grains seront un tiers ou moitié plus gros que dans les autres. Dans une même chaînette, le volume des grains qui la composent sera très variable; à l'une des extrémités, par exemple, on aura des grains volumineux et à l'autre une série de grains très petits. Souvent les grains, lorsqu'ils sont très rapprochés, ont une forme lenticulaire, aplatie sur les faces juxtaposées. C'est ce qu'on observe sur beaucoup de diplococci. A côté de ces chaînettes, il existe des grains isolés libres, ou des amas de grains ou de diplococci. Le plus souvent ces derniers siègent au pourtour des cellules lymphatiques ou dans leur protoplasma. Ces microbes paraissent se rapporter au microbe pyogène que Pasteur a trouvé dans l'eau de Paris. Ce dernier est un vibrion court qui s'étrangle en son milieu et ressemble au bacterium termo; il est à la fois aérobic et anaérobie. Pasteur l'a cultivé, et en inoculant le liquide de culture à des animaux, il a produit de la suppuration; en injectant de ce liquide dans la veine jugulaire d'un lapin, il a déterminé une infection purulente. Mais nous devons ajouter que plusieurs espèces de bactéries peuveni provoquer la suppuration.

Le phlegmon débute généralement par le tissu cellulaire profond; il se produit ainsi, de la base du derme jusqu'au tissu conjonctif sous-cutané profond, une série de lésions qui vont en augmentant

DERMITE l'IILEGMONEUSE. 771)

du derme au panniculc adipeux, de lellc sorte qu'une coupe d'un phlegmon montre l'intlammation de plus en plus intense de la surface à la profondeur. On observe des thromboses vasculaires qui sont, sans doute, produites par l'introduction des microbes dans le sang et qui, par le ralentissement de la circulation, favorisent la diapédèse et l'accumulation des cellules lymphatiques dans le tissu conjonctif. Sur les coupes colorées au picrocarminate, on observe une infiltration de tout le derme et du tissu sous-cutané par des cellules lymphatiques; les espaces interfasciculaires en sont comblés, et l'exsudat contient aussi une assez grande quantité de fibrilles de fibrine formant un reticulum. Les cellules adipeuses sont remplacées par des nids de petites cellules rondes. Sous l'influence de celle accumulation de cellules, les faisceaux du tissu conjonctif se mortifient. Il se produit aussi dans le phlegmon une véritable gangrène moléculaire des cellules lymphatiques épanchées, étouffées les unes contre les autres, et ne recevant plus une quantité suffisante de sucs nutritifs ; la nécrose du tissu conjonctif suit celle des cellules.

Les éléments ainsi mortifiés se liquéfient; il se forme un abcès dont la paroi présente à sa surface des débris de fibres conjonctives et des globules de pus.

Les coupes colorées doublement par le violet de méthyl et l'éosine montrent tous les micro-organismes colorés en violet, tandis que le tissu et les cellules sont teints en rouge. A la limite de la région enflammée, on voit, dans quelques vaisseaux, de la fibrine coagulée contenant dans ses mailles quelques diplococci, ou des cellules lymphatiques renfermant des diplococci. On en trouve aussi dans les mailles du coagulum fibrineux. A côté des vaisseaux, des microbes sont disposés le long des faisceaux de tissu conjonctif. Les cellules fixes du tissu conjonctif sont normales ou un peu tuméfiées.

Les cellules adipeuses présentent un plus ou moins grand nombre de bactéries qui siègent dans leur protoplasma autour de la gouttelette de graisse.

Dans les points où l'inflammation phlegmoneuse est plus intense' on voit, dans les espaces conjonctifs interfasciculaires, des cellules migratrices, plus ou moins remplies de microbes, et de grandes cellules fixes du tissu conjonctif, notablement tuméfiées, devenues libres, ou détachées en partie des faisceaux, remplies de fragments

de nucléine et d'une grande quantité de microbes isolés ou associés deux par deux (fig. 253).

Parmi ces grandes cellules, les unes montrent un noyau bien co-

FiG. 253. — Coupe du tissu conjonctif profond dans le phlegmon. d, cellules lymphatiques contenant des microbes ; d', cellule lymphatique dont les noyaux sont pâles; c, c, ijrandcs cellules fixes du tissu conjonctif qui sont tumcfiL'es, présentant plusieurs noyaux ou frai^menls de noyaux et des microbes; les noyanx ?!.' contenus dans l'une de ces grandes cellules sont pâles et mortifiés. Tous ces éléments sont contenus dans un espace interfasciculaire très agrandi. — Grossissement de 800 diamètres.

loré, et leur protoplasma contient relativement peu de microbes ; les autres paraissent ne plus contenir de noyau, et leur protoplasma est rempli de très nombreuses bactéries; on voit aussi les divers intermédiaires entre ces deux espèces de cellules. Dans le plus grand nombre d'entre elles, le noyau est fragmenté, réduit en grains ou tout à fait détruit. Ces dernières sont mortifiées et envahies par les bactéries.

Il est probable que l'entrée des micro-organismes dans les cellules fixes du tissu conjonctif a déterminé leur mortification et par suite la fragmentation d'abord, puis la disparition de leurs noyaux.

Au niveau de la paroi des abcès, les faisceaux du tissu conjonctif sont pâles, altérés, fragmentés et recouverts de microbes; les cellules lymphatiques, accumulées les unes près des autres, sont toutes en voie de destruction, et remplies de bactéries.

Lorsqu'un phlegmon, ayant débuté par le tissu profond, gagne \r.

DERMITE PHLEGMONEUSE. — GANGRÈNE GAZEUSE. 781

derme el les coiiclies superficielles de la peau, l'inflaminalion et la diapédèse sont précédées par renvahisscraent des micro-organismes qui clieniinent entre les faisceaux du tissu conjonctif.

Dans certains phlegmons ayant débuté par les parties profondes, les papilles sont, à un moment donné, très hypertrophiées et œdémateuses. Une assez grande quantité de liquide contenant des granulations protéiques sépare les fibrilles du tissu conjonctif des papilles. On trouve aussi dans ce liquide des chaînettes et des diplococci, même lorsqu'il y a très peu de cellules migratrices dans l'exsudat.

L'épiderme est généralement le siège d'une migration de cellules lymphatiques qui contiennent aussi des microbes. Ces derniers peuvent se rencontrer isolés, sans qu'il y ait de cellules migratrices entre les cellules du corps muqueux.

Souvent la dermite suppurative causée par une lymphangite est superficielle; elle présente alors, comme dans les phlegmons profonds, une infiltration du derme et des papilles par les mêmes micro-organismes.

Il est difficile d'expliquer la présence des bactéries dans le pus lorsqu'il n'y a eu ni infection purulente ni solution de continuité de la peau, lorsqu'on a atfaire, par exemple, à une contusion. On peut supposer alors que les bactéries de la suppuration se trouvent dans le sang en très petit nombre et inoffensives chez les sujets sains, tandis que, lorsqu'un tissu est enflammé, conlus, mortifié, elles se développeraient en quantité dans la partie qui a perdu ses fonctions normales et détermineraient la suppuration.

Le phlegmon donne quelquefois la sensation de l'emphysème souscutané ; des gaz peuvent en effet se développer dans le pus, sousl'influence des gros micrococci en chaînettes que nous avons décrits.

Mais il existe en outre une forme de septicémie gangreneuse avec formation d'une grande quantité de gaz, érysipèle traumatique, gangrène gazeuse, gangrène foudroyante, etc., analogue au phlegmon, qui est déterminée, suivant Chauveau et Arloing (l),par un microorganisme en bâtonnet semblable au vibrion septique de Pasteur. Ce micro-organisme, très volumineux, mesure en longueur 6 à 50p., sur 1p., 2 à ip,5; il est souvent pourvu d'une spore à l'une de ses extrémités qui est légèrement renflée. Il est anaérobie. Chauveau et

(1) Académie de médecine, séance du 6 mai 188-i.

Arloing ont cultivé ce microbe et l'ont inoculé à une série d'animaux. Il est détruit par l'acide sulfurique et par la chaleur de 100 à 120 degrés; les instruments de chirurgie paraissent avoir été l'agent de sa transmission dans certains services de chirurgie où l'on a observé la gangrène gazeuse à l'état endémique.

Furoncle. Anthrax. — Le furoncle est une petite nodosité inflammatoire, dure, profonde, occupant le derme et le tissu conjonctif sous-cutané, dans le centre de laquelle il se produit une nécrose des tissus ; la portion nécrosée, connue sous le nom de bourbillon, s'élimine avec du pus.

Le pus du furoncle contient des micrococci, des diplococci et des chaînettes qui ne diffèrent pas notablement, par leurs caractères physiques et par leur mode de coloration, de ceux du phlegmon.

L'anthrax débute par une induration profonde du tissu cellulaire sous-culané, ayant les dimensions d'une pièce de cinq francs jusqu'à celle de la paume de la main et davantage. Son siège le plus habituel est cà la nuque, mais il se montre quelquefois aussi à la face. Toute la partie envahie est infiltrée par du pus et de la fibrine qui distendent le tissu conjonctif du derme et du pannicule adipeux, si bien que la surface de la peau se nécrose par places ou sur une large surface ; des pertes de substance, souvent taillées à l'emporte-pièce, laissent voir le tissu sous-jacent induré et inliltré par un exsudât d'une grande densité. L'élimination du tissu conjonctif étouffé et nécrosé par cet exsudât est lente à se faire, et il en résulte une suppuration sanieuse abondante, que les forces du malade ne supportent pas toujours. X'anthrax est une inflammation phlegmoneuse circonscrite de la même nature que le furoncle.

Morve. — La morve de l'homme provient toujours, par contagion, d'un animal morveux ; elle débute parfois par un ulcère cutané, ulcère farcineux, et une lymphangite (voy. t. I, p. 247). A la fin de la morve aiguë, il se produit, en même temps qu'une pyohémie généralisée, une éruption pustuleuse de la peau analogue à celle de la variole (voy. t. I, p. 249). L'étiologie de cette maladie a été élucidée par les travaux de Bouchard, Capitan et Gharrinà Paris, et de Lôffler et Schiilz à Berlin. Elle est causée par de petits bacilles plus ou moins longs ou tout à fait courts. Bouchard, Capitan et Charrin ont pu reproduire la morve chez le cobaye et chez l'âne avec des produits de culture.

BlPIlTHÉRIl!; CUTANÉE. 78.')

DiPHTiii-'iRiE ci'TANKK. — Les ulcèros cl les plaies de la peau se recouvrent parfois, lorsque les malades sont placés dans ceitaines salles insalubres d'hôpital, de fausses membranes grises et sanieuses (pourriture d'hôpital). Cet accident des plaies n'est plus observé à Paris depuis longtemps.

Dans la période terminale de la diphthérie du pharynx ou du larynx , les malades présentent quelquefois des plaques plus ou moins étendues de diphthérie, qui siègent de préférence sur les points excoriés ou humides, au pourtour de la vulve, par exemple, chez les petites filles. Ces plaques pseudo-membraneuses de la peau ofîrent à l'œil nu beaucoup d'analogie avec les fausses membranes des muqueuses. Elles peuvent s'accompagner de gangrène.

Nous avons fait plusieurs examens de la peau ainsi altérée sur des fragments pris sur le vivant. Lorsqu'on examine des coupes de la peau recouvertes d'une pseudo-membrane, on reconnaît, à un faible grossissement, que la fausse membrane est formée par les couches épidermiques modifiées. Cette fausse membrane est adhérente, par places, aux papilles, tandis qu'elle s'en détache en d'autres points; les papilles ont conservé leur forme et sont seulement plus ou moins œdémaliées et infiltrées de cellules migratrices.

Sur les coupes minces colorées à la safranine ou au violet deméthyl B, déshydratées et montées dans le baume du Canada, les microorganismes colorés forment à la surface de la fausse membrane une couche mince où leur disposition est tout à fait caractéristique. Ils se montrent sous forme d'agglomérations zoogléiques, arrondies ou irrégulières, reliées les unes aux autres par une couche de microbes qui tapisse la surface de la fausse membrane. Cette bordure est composée de petits bâtonnets (i) droits ou infléchis, ayant environ 1 y. de longueur et OiJ.,i à Op., 2 en épaisseur. Ils sont presque toujours réunis et enchevêtrés de telle sorte que la bordure colorée qu'ils forment a de 4 à 10 «■ d'épaisseur. Les masses zoogléiques qu'on voit de distance en distance dans cette couche sont volumineuses, de 20 à 40 p. de diamètre. Elles sont formées de bâtonnets enchevêtrés et si rapprochés qu'elles paraissent au premier abord remplies de micrococci. Mais il est facile de voir, avec un grossisse-

(1) Klebs a décrit les micro-organismes de la diphthérie comme étant formés par des bâtonnets. Lœffler, dans un mémoire récemment paru dans les Mélanges de rof/ice sanitaire impérial de. Berlin {Mittheilungen der Kaiserlichen Gesiindheitsamte 1884) conclut aussi à la forme bacillaire des micro-organismes de la diphthérie, qu'il a isolés et cultivés.

ment suffisant (n° 'J2 à immersion homogène de Vérick), qu'il s'agit bien de petits bacilles. L'épaisseur des fausses membranes est plus grande que celle de l'épiderme qu'elles remplacent. Leur substratum estformé par des fibrilles de fibrine, dans les mailles de laquelle sont situées des cellules épidermiques mortifiées, hyalines, des cellules migratrices et quelques globules rouges. Dans toute l'épaisseur de la fausse membrane, on rencontre quelques bacilles isolés ou des micrococci. A sa limite inférieure, du côté des papilles, on voit un plus grand nombre de bacilles. Lorsque la fausse membrane est accolée aux papilles, on trouve, à la limite de celles-ci, une assez grande quantité de ces micro-organismes. Dans les points où la fausse membrane est soulevée, la surface libre des papilles montre un certain nombre de bacilles, les uns isolés, les autres réunis en petit amas. Ces micro-organismes sont adhérents à la surface de la papille. Un plus petit nombre d'entre eux est situé dans le tissu conjonctif des papilles et beaucoup plus rarement dans le tissu du derme. Nous en avons vu aussi quelques-uns dans les vaisseaux dilatés des papilles. L'inflammation, caractérisée par des cellules migratrices, est très manifeste dans les papilles.

Dans la diphthérie cutanée plus ancienne, la fausse membrane est inégale ou absente, et la couche papillaire est en voie de destruction ainsi que la surface du derme. Dans les fausses membranes on retrouve de la fibrine, des cellules migratrices et des bacilles ; mais il y existe en même temps des micrococci isolés, accolés deux par deux ou en chaînettes. Ces microbes sont de volume variable, les chaînettes sont souvent composées de micro-organismes très volumineux, de Op., 5 à Oh-,6. Il y a aussi, à la surface, des bâtonnets de la putréfaction. Le derme altéré, mis à nu, présente à sa surface et dans sa couche superficielle les bactéries précédentes. Il est enflammé et nécrosé superficiellement.

Gangrène de la peau. — • Nous avons étudié déjà (t. I, p. 132) les conditions pathogéniques de la gangrène et son anatomie pathologique. Nous avons montré (t. II, p. 776) la possibilité de cet accident dans le purpura et nous avons relaté les derniers travaux relatifs à la gangrène gazeuse. A la limite de la gangrène, lorsqu'il s'agit d'une gangrène sèche ou sénile de la peau, dans le liquide ichoreux ou dans le pus qui résulte d'une inflammation périphérique, dans le liquide qui infiltre les parties atteintes de gangrène humide, on trouve une quantité considérable de bactéries variées, de grosses

PUSTUr,!-: MALIGNE ET CHARDON. 7S5

bacléries rondes, isolées ou cii cliaîncUcs et des bacilles de la putiélaclion.

Il nous reste à décrire la lésion gangreneuse de la peau qui succède à l'introduction et à la multiplication dans répidernie et le derme des bactéridies du charbon, la pustule maligne.

Pustule maligne et charbon. — La pustule maligne est l'accident primitif produit chez l'homme par l'introduction du virus charbonneux. Aussi, pour comprendre la genèse et l'évolution de cette lésion cutanée et ses suites, est-il nécessaire de connaître l'histoire du charbon, que nous allons exposer brièvement.

Le charbon, maladie générale causée par la présence de bacilles spéciaux dans le sang, est caractérisé chez les animaux, le mouton en particulier, par un état poisseux du sang, par une tuméfaction et un ramollissement de la rate (sang de rate). Les bacilles du charbon ont été découverts par Davaine(l) et par Pollender(2) ; Davaine a déterminé expérimentalement leur rôle et étudié complètement cette maladie; Pasteur (o) a cultivé les bacilles charbonneux; Pasteur et Toussaint ont réussi à les atténuer et à les transformer en vaccin préservatif.

Lorsqu'on examine, à un grossissement suffisant, le sang d'un animal mort du charbon, on voit un nombre considérable de bâtonnets immobiles, relativement volumineux, isolés ou articulés, mesu-

FiG. 254. — Bacilles du charbon examinés à un grossissement de 1500 diamètres. n, bruoiinets articules; b, bâtonnets articules dont l'un est recourbe en crosse; c, longs bâtonnets

incurvés.

rant de 1 p. à iij.,b en épaisseur, de 3 à 5 ou 10 p. en longueur; l'articulation qui les unit se fait souvent par des extrémités élargies

(1) Académie des sciences, août 1850.

(2) Casper's Vierteljarssclirtft f. g. médecin., 1855, l. VIII, p. 103.

(3) Acad. des se, avril et juillet 1877, 12 juillet 1880 (en commua avec Chamberland et Roux).

et aplaties, de telle sorte qu'elle présente à sa partie médiane une ligne claire tout à fait caractéristique, limitée de chaque côté par des parties ombrées. Les détails représentés dans la figure 254 s'observent très bien sur les préparations colorées au violet de méthyl.

Ces bâtonnets rigides, quelquefois recourbés en forme de crosse (b, fig. 254.), se colorent d'une façon intense par toutes les matières colorantes tirées de l'aniline. Dans le sang des animaux, du cobaye, par exemple, vingt-quatre heures après l'inoculation, les globules rouges sont agglutinés, déformés et mélangés aux bacilles, qui sont aussi nombreux parfois que ces globules (fig. 255).

Fig. 255. — Bacilles charbonneux dans le sang d'un cobaye.

Si l'on transporte une gouttelette de ce sang, avec toutes les précautions méthodiques, dans un liquide de culture porté à la température du corps humain, voici ce qu'on observe au bout de vingtquatre heures :

Les bacilles éprouvent un développement rapide et forment de

Fig. 256. — Bacilles du charbon obtenus par la culture. A, longs filaments développés en forme d'échevcaux ; B, spores libres ; C, liàtonnete présentant des spores dans leur intérieur.

longs écheveaux dans lesquels ils sont contournés en anses. Ces

PUSTÎILK MALHiXK KT CHARBON. — CULTURES.

fihimcnls sont, les uns toiil à l'ail Iransparenls, les autres iiiégale- )nent rélVingents par suite de la iormalion de spores dans leur intérieur (B, G, lig. "250). Ces spores, déconvcrles par Koch, constituent de petits coi'ps ovoïdes, l'élVingcnts, dont le plus petit diajiiètre est un peu moindre que celui des JDàtonncls. Elles deviennent d'autant plus abondantes que le liquide de culture est plus pauvre et elles peuvent remplacer complètement les filaments qui disparaissent.

FiG. 257. — ByciUes de la rate d'une souris, cultive's depuis trois lieures dans l'Iuimour aqueuse.

Ces bacilles sont aérobies, c'est-à-dire que la présence de l'oxygène de l'air est nécessaire à leur vie. Ils empruntent au milieu où ils vivent l'oxygène et restituent une quantité proportionnelle d'acide carbonique.

Livrés à la putréfaction, ils disparaissent; si l'on ensemence à la

FiG. 258. — Bacilles du charbon développés cliez la grenouille {Gibicv) — Grossissement

de 150 diamètres.

fois un liquide de culture avec les bactéries du charbon et celles de la putréfaction, celles-ci détruisent les bactéries charbonneuses, et le liquide inoculé aux animaux ne leur donne pas le charbon. C'est

là un fait expérimental dû à Pasteur, et dont nous ferons bientôt Tapplication à la pustule maligne.

La température la plus favorable au développement de la bactéridie charbonneuse paraît être celle des mammifères (38 à 39 degrés). La température du sang des oiseaux (41 à 4^ degrés) empêche sa pullulation. Pasteur, en refroissant des poules, en leur maintenant le ventre et les pattes dans l'eau, leur a fait contracter le charbon. Par un procédé inverse, Gibier a donné le charbon à des grenouilles et à des poissons qu'il a fait vivre dans une eau portée à la température de 35 degrés. Le sang de ces animaux contient une grande quantité de bacilles, comme le montre la figure 258.

La vitalité de ces organismes est considérable, ainsi que leur résistance aux agents physiques. Davaine a constaté que le sang charbonneux conservait fort longtemps ses propriétés nocives, même quand il a été soumis à la dessiccation.

La spore charbonneuse qui se forme au conlact de l'air possède une résistance remarquable. Lorsque le cadavie d'un animal charbonneux a été enfoui sous terre, les spores sont ramenées des profondeurs du sol à sa surface par les vers de terre; Pasteur a démontré leur existence dans les déjections des lombrics.

Lorsqu'on examine les coupes colorées des viscères d'un cobaye mort du charbon, on voit partout les vaisseaux, artères, veines et capillaires remplis par des bacilles dirigés dans le sens du courant sanguin. Les bacilles siègent uniquement dans les vaisseaux, et les cellules des organes, du foie, du rein, par exemple, ne paraissent nullement modifiées.

La pustule maligne observée chez l'homme, se manifeste, du premier au troisième jour après l'inoculation, par un soulèvement de l'épiderme (première période). Cette vésicule contenant une sérosité brunâtre remplie de bactéries siège au milieu du corps muqueux, au-dessous de la couche cornée. Les bactéries sont situées dans des lacunes entourées de cellules épithéliales normales. Elles y forment un feutrage épais et se prolongent en tous sens entre les cellules (Davaine). Bientôt le derme est atteint, les papilles et le tissu dermique se remplissent de bactéries, et l'on voit alors apparaître sous la vésicule une induration lenticulaire aplatie, irrégulière, reconnaissable au toucher et de couleur livide. C'est la gangrène qui commence (deuxième période). L'eschare devient noirâtre, il se forme une tumeur circulaire molle, superficielle, pâle ou

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