LICHEN
chevelu; mais il peut envahir toutes les parties du corps. Il est cependant extrêmement rare à la paume des mains et à la plante des pieds qui sont au contraire très fréquemment atteintes par les papules syphilitiques.
Sur des coupes, les papules du psoriasis montrent les lésions d'une inflammation subaiguë ou chronique de la couche papillaire. Les papilles sont hypertrophiées, très allongées et présentent entre leurs fibres des cellules rondes en petit nombre et des cellules fusiformes;les vaisseaux sont distendus, et leur paroi paraît épaissie. Le corps muqueux hypertrophié envoie profondément des prolongements entre les papilles. Dans les plaques anciennes, les papilles sont hypertrophiées au point que la papule prend un aspect verruqueux.
Pendant la période d'acuité et d'accroissement des plaques, le corps muqueux est le siège de nombreuses cellules migratrices, et ses cellules sont souvent vésiculeuses. On trouve alors, dans les squames épidermiques, des cellules qui possèdent des noyaux (Vidal et Leloir), D'après l'observation de Suchard, la couche granuleuse et l'éléidine font défaut, et la kératinisation de l'épiderme ne s'effectue plus. Aussi est-il facile d'expliquer la présence des noyaux dans les cellules épidermiques en desquamation. Mais dans certaines plaques de psoriasis chronique, la couche cornée, formée en grande abondance, est plus cohérente, et la couche granuleuse offre de l'éléidine dans ses cellules. La couche cornée montre alors des stries d'éléidine dans ses couches profondes, comme cela a lieu, ainsi que nous l'avons vu, dans certains eczémas chroniques, avec épaississement du derme et de la couche cornée.
Lichen. — Le lichen dont on admet plusieurs espèces, le lichen pilaris, le lichen planus, le lichen ruber, le lichen des scrofuleux, est caractérisé par de petites papules à centre acuminé ou déprimé qui se recouvrent de squames, mais sans présenter de tendance à devenir soit des vésicules, soit des pustules et qui ont une durée relativement longue. Le lichen des scrofuleux, décrit par Hebra, paraît être beaucoup plus fréquent en Autriche qu'en France, où il est presque inconnu (Besnier). D'après la description anatomique qui a été donnée par Hebra, Neumann et Besiadecki, les papules des diverses variétés de lichen ont surtout pour siège le pourtour d'un follicule pileux. Les lésions consistent dans l'infiltration des papilles par de petites cellules et la distension de leurs vaisseaux ; le pour-
tour du follicule pileux, au niveau de sa portion radiculaire, la périphérie des glandes sébacées et sudoripares présentent tout particulièrement un grand nombre de petites cellules. D'après Besiadecki, le m.uscle redresseur du poil se trouverait en état de contraction persistante, d'où résulterait la saillie du follicule pileux.
Le lichen planus est caractérisé par de petites papules, en général polygonales, à centre légèrement déprimé, à teinte violacée, luisantes à leur surface, qui est à peine squameuse.
L'anatomie pathologique de cette affection a été étudiée par Hebra, Kaposi, Neumann, Balzer, Bernard Lavergne. La couche cornée de l'épiderme est épaissie; la couche granuleuse est riche en éléidine. Le corps muqueux présente souvent des cellules vésiculeuses. Les papilles sont hypertrophiées, infiltrées de cellules ainsi que la partie superficielle du derme, dans lequel les faisceaux de tissu conjonctif sont parfois atrophiés. Les vaisseaux sont entourés de cellules. Les lésions des follicules pileux sont très importantes et donnent à cette affection sa caractéristique anatomique. Elles consistent en une folliculite dans laquelle les cellules épithéliales de la gaine externe sont hyperplasiées. A la base du follicule, ces cellules s'accumulent de façon à le distendre et à donner lieu à la formation de plusieurs diverticules. La partie superficielle du follicule est transformée en un cône à extrémité inférieure par la grande abondance de fépiderme qui s'y trouve et qui aboutit à la formation d'écaillés apparentes à son orifice. Le poil s'altère ou tombe. Le conduit des glandes sudoripares est entouré de petites cellules rondes ainsi que leur gloraérule (Balzer); leur membi'ane propre est épaissie.
Dans le lichen plan corné, la couche épidermique superficielle est extrêmement accrue, sa couche inférieure est riche en éléidine diffusée et renferme beaucoup de cellules à noyaux. La couche granuleuse, également très épaissie, est chargée d'éléidine (Vidal et Leloir, Soc. de biologie, avril 1883).
Prurigo. — Le prurigo présente comme lésion élémentaire des papules de la grosseur d'un grain de millet à une tête d'épingle, blanches, acuminées , prurigineuses au point que les malades en écorchcnt souvent la partie saillante, qui est alors remplacée par une érosion ou une petite croûte noire dues à la présence de sang desséché. Cette maladie, qui dure très longtemps lorsqu'elle est spontanée, est sujette à des poussées successives. On observe les
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papules dû prurigo chez les vieillards ou à la suile de la pédiculose. Les papules du prurigo n'ont jusqu'ici rien laissé découvrir qui explique le prurit dont elles sont le siège. On y trouve, comme dans toutes les autres papules, une infiltration des papilles et du derme par des cellules rondes quand elles sont récentes, un épaississement du corps muqueux et du derme avec du pigment quand elles sont anciennes.
ÉRUPTIONS VÉSICULEUSES.
Les éruptions purement vésiculeuses comprennent les vésicules miliaires, la varicelle et l'herpès; mais beaucoup de pustules commencent par être des papules et des vésicules. Telles sont celles de l'eczéma impétigineux, de la varioloïde, de la variole et de la vaccine.
Nous ne décrirons pas séparément ici les vésicules, ni les vésiculopustules miliaires consécutives à Faction des cataplasmes, de la sueur, etc., non plus que celles qui résultent d'applications locales irritantes, l'huile de croton, par exemple, parce qu'elles ressemblent cà celles de l'eczéma arliticiel dont nous avons parlé précédemment.
Varicelle. — La varicelle, distinguée de la variole par la majorité des auteurs, est regardée par Hébra comme étant un diminutif
FiG. 260. — Vésicule de varicelle.
a, épiderme; 6, couche granuleuse; 6', cloisons et c, cavités formées dans le corps muqueux.
de la variole, comme appartenant à cette maladie. Il est nécessaire de maintenir jusqu'à nouvel ordre la varicelle comme une fièvre éruptive distincte, dans laquelle les boutons sont purement vésiculeux, et qui dure au plus une quinzaine de jours. ^
Les boutons, qui commencent par une papule, se transforment bientôt en une vésicule dont le contenu liquide, transparent, siège dans le corps muqueux de Malpighi,
Le corps muqueux est transformé en une série de cavités en général ovoïdes, anfractueuses, irrégulières, limitées par des travées. Ces travées, anastomosées les unes avec les autres, sont formées par des cellules épithéliales qui sont restées adhérentes et qui se sont tassées par la pression du liquide contenu dans ces cavités. Ce liquide séreux contient des cellules migratrices et des globules rouges en petit nombre. L'état cloisonné et cavilaire du corps muqueux a été précédé par la congestion et l'œdème des papilles, la migration des cellules lymphatiques et du liquide à travers le corps muqueux et la vésiculation des noyaux et des cellules de celui-ci. Bientôt le contenu de la vésicule devient trouble, ce qui est dû à ce qu'il s'est épanché un plus grand nombre de cellules lymphatiques dans son intérieur. Ces cellules subissent plus ou moins la dégénérescence graisseuse. Elles s'éliminent bientôt avec la couche cornée, qui se ramollit et se désagrège après avoir résisté comme une barrière pendant plusieurs jours. Il se forme alors une croûte. La lésion guérit en général sans cicatrice.
Herpès. — L'herpès est caractérisé par des groupes de vésicules évoluant rapidement, à contenu liquide transparent, séreux ou teinté par du sang, qui se dessèchent et se recouvrent d'une croûte. Ces vésicules siègent sur le trajet des terminaisons cutanées d'un nerf, et sont accompagnées ou suivies d'une névralgie de ce nerf. On distingue, comme principales variétés, l'herpès zoster ou zona, l'herpès génital et l'herpès labial ou facial. Baërensprung a décrit avec beaucoup de soin toutes les localisations de l'herpès en les rapportant au trajet des nerfs sur les divisions desquels on l'observe; c'est ainsi qu'il distingue l'herpès facial, — occipito-cervical, — cervico-sub-claviculaire , — cervico-brachial, — dorso-pectoral, — dorso-abdominal, — sacro-ischiatique et génital. Tous les nerfs sur le trajet desquels on abserve l'herpès sont des nerfs rachidiens, à l'exception du nerf trijumeau. D'après Baërensprung, l'éruption dériverait d'une lésion des ganglions intervertébraux pour les nerfs spinaux et du ganglion de Casser pour le nerf trijumeau. Sattler et Kaposi {loc. cit.) ont constaté dans un cas de zoster frontal une hémorrhagie suivie de destruction dans le ganglion de Casser, et Kaposi a vu des -foyers hémorrhagiques et une infiltration inflam-
IIKKPES ZUSTEK. — ZONA. 809
iiKitoiic dans les ganglions spinaux, avec invasion de globules sanguins dans la capsule des cellules ganglionnaires chez un individu atteint de zosler lombo-inguinal.
Ghandelux a publié (Arcldves de phi/siologle, iS79} une observation de zona chez un tuberculeux, où les ganglions intervertébraux étaient pigmentés, sclérosés, avec disparition, par places, des cellules nerveuses et des tubes nerveux. Un certain nombre des tubes nerveux des nerfs intercostaux étaient dégénérés. Dubler {Vlrchovfs Arch., i^B>â', t. XCVl,p. 195) a pu suivre, dans deux cas de zona, les lésions des nerfs dans tout leur trajet, depuis le point où ils traversaient des foyers caséeux périosliques. Il a vu toutes les lésions dégénératives, la fragmentation de la myéline, la multiplication des noyaux des tubes nerveux, l'affaissement des gaines de Schwann, etc., jusque dans la peau. Mais il n'a pas pu suivre leurs terminaisons par la coloration avec le chlorure d'or.
Malgré cela, il ne faudrait pas en conclure qu'un état morbide matériel du ganglion soit toujours la cause de l'herpès. Il peut dépendre aussi des centres nerveux, du cerveau, de la moelle et des nerfs sensitifs. Quoi qu'il en soit, le zona affecte généralement une disposition qui est en rapport avec celle des nerfs cutanés.
Les plaques éruptives sont composées chacune de vésicules assez rapprochées les unes des autres, à contenu clair, saillantes comme de petites perles; le liquide, après être resté deux ou trois jours transparent, se trouble, devient puriforme, la vésicule s'affaisse et se recouvre d'une croûte. Cette évolution dure de huit à quinze jours, suivant son intensité et sa diffusion. Les vésicules à contenu hémorrhagique donnent souvent lieu à une érosion de la couche superficielle du derme et à des cicatrices. La durée du zona est alors beaucoup plus longue. Le zona, comme les fièvres éruptives, ne récidive généralement jamais.
Les lésions que l'on observe dans les vésicules du zona ressemblent à celles des vésicules de la varicelle : formation de cavités cloisonnées remplies de liquide dans le corps muqueux ; cellules dans ce liquide rares au début, plus nombreuses ensuite; la couche cornée, intacte d'abord, oppose une barrière à l'issue de ce liquide; infiltration du réseau papillaire par de petites cellules rondes; infiltration sanguine dans le tissu des papilles et dans le liquide de la vésicule, lorsque ces vésicules sont hémorrhagiques; destruction dans ce cas du corps papillaire, dont les éléments sont mortifiés à la suite de l'infiltration sanguine.
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L'élude histologique des nerfs qui se rendent aux groupes de vésicules révèle simplement les lésions de la névrite. Haighl a observé une infiltration de cellules embryonnaires autour des fibres nerveuses.
ERUPTIONS BULLEUSES.
Les maladies cutanées qui se caractérisent par des bulles sont le pemphigus et le rupia. Nous avons vu aussi que l'érysipèle était souvent bulleux ou phlycténoïde.
Anatomie et histologie des bulles. — Les bulles ne sont autre chose que des vésicules plus larges et dans lesquelles la plaque cutanée envahie est plus étendue et le liquide exsudé dans l'épiderme plus abondant. L'action du vésicaloire. nous fournit l'exemple le plus simple de la formation artificielle de bulles et de phlyctènes sur la peau. Une briilure au second degré avec une goutte de cire à cacheter en fusion, par exemple, détermine presque aussitôt l'apparition d'une bulle remplie de sérosité. Les parties de la peau atteintes superficiellement par la gangrène se recouvrent aussi d'une bulle ou de larges phlyctènes. Dans tous ces cas, le processus est le même. Le réseau papillaire étant congestionné et ses vaisseaux dilatés par une action neuro-paralytique, la partie liquide du sérum sanguin passe entre les cellules du corps muqueux en entraînant des globules blancs et des globules rouges. Le corps muqueux a une grande facilité à se laisser traverser ainsi, car ses cellules ne sont unies les unes aux autres que par des filaments (voy. p. 747) ; d'où il résulte que les liquides peuvent passer entre elles comme dans un filtre. Mais ces mêmes filaments d'union sont trop solides pour que le liquide les rompe tout d'abord et s'accumule dans le corps muqueux C'est à sa surface, dans la couche granuleuse qui a moins de résistance, que le liquide des bulles vient s'accumuler.
Là il est arrêté dans sa migration par la couche cornée de l'épiderme, qui est homogène, formée de cellules intimement soudées les unes aux autres sans qu'il y ait de fentes entre elles. La couche cornée offre une barrière complète à la sortie du liquide , de telle sorte qu'elle est soulevée dans une certaine étendue et reste ainsi tendue pendant deux ou trois jours sans se rompre. Lorsqu'on examine à l'œil nu, à leur période d'état, les bulles dans les