ANATOMIE ET HISTOLOGIE DES BULLES. 8H
diverses lésions arlilicielles ou spontanées et morbides, on voit qu'elles présentent un aspect variable suivant les points de la peau où elles siègent. Si l'épiderme est mince, le contenu de la bulle paraît limpide, parce que la couche épidermique qui le limite est transparente. En la regardant de près avec la loupe, on y voit de
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FiG. 261. — Coupe d'une phlyctèiie dans l'érysipèle,
a, couche cornée; 6, couche granuleuse externe soulevée; c, cellules migratrices englobées dans un réticulum fibrineux ; d, globules rouges du sang; f, disposition en arcades du réseau fibrineux; V, corps muqueux ; e, papilles infiltrées de cellules migratrices. — 120 diamètres.
petits points opaques qui ne sont autres que des ouvertures de glandes sudoripares. Là où la couche cornée est épaisse, à la paume des mains et à la plante des pieds par exemple, le contenu de la bulle paraît plus louche. Lorsque l'épanchement liquide s'est effectué rapidement, il suffit de piquer avec une épingle la cuticule de la bulle pour faire écouler tout le liquide. Si l'on examine, à travers l'épiderme, le contenu d'une de ces grandes bulles résultant du clivage de l'épiderme et n'offrant qu'une seule cavité, on voit des parties plus opaques formées par du pus se déposer dans les régions déclives, tandis que la partie séreuse, transparente, du liquide se trouve dans la région supérieure; le phénomène ne peut se produire dans les pustules qui sont multiloculaires (Leloir). Quand le liquide siège en partie sous la couche cornée, en partie dans le corps muqueux de Malpighi, dans des cavités aréolaires semblables à celles que nous venons de décrire dans les vésicules, la piqûre
de l'épiderrae ne donne pas issue à tout le liquide contenu dans la bulle. De même, dans les grandes phlyctènes du vésicatoire, il faut couper en plusieurs points avec les ciseaux l'épiderme soulevé et'infiltré de liquide pour que celui-ci s'écoule des mailles qui le contenaient.
Lorsqu'on examine au microscope une section d'une bulle au début de sa formation, on voit d'abord l'arc formé par l'épiderme corné soulevé. Cet arc est sous-tendu par le derme. Le liquide contenu entre la couche épidermique soulevée et les papilles occupe des espaces cloisonnés par les cellules du corps muqueux refoulées. Lorsque la bulle est bien formée et tout à fait distendue, si l'on en fait une coupe après durcissement, le liquide qu'elle contient s'échappe, et l'on n'en peut voir que les parties solides. Sur certaines bulles, l'arc supérieur est formé par une mince couche de cellules épidermiques présentant de distance en distance des agglomérations de cellules cornées qu'à leur disposition concentrique on reconnaît comme limitant l'ouverture des glandes sudoripares. A la base de la bulle, le corps muqueux adhère encore par places aux papilles ; il est presque complet aux bords de la bulle, au niveau du soulèvement de la couche cornée ; il est en partie désintégré au centre même de la bulle, où il reste seulement des cellules épithéliales modifiées, granuleuses ou réfringentes, dont le noyau ne se colore plus. Ces cellules adhèrent encore aux papilles, où elles sont mêlées à des cellules rondes. Dans d'autres bulles, on voit, sur les coupes, que l'arc épidermique est assez épais et qu'il est formé non seulement par toute la couche cornée, mais aussi par la plus grande partie du corps muqueux. L'un de nous a décrit cette disposition à propos d'une observation de pemphigus hémorrhagique survenu sur des plaques de purpura (1).
Sur les coupes de bulles de pemphigus d'enfants nouveau-nés ou mort-nés, nous avons vu plusieurs fois deux soulèvements distincts parle liquide de la bulle, l'un entre les papilles et le corps muqueux, l'autre entre le corps muqueux et l'épiderme superhciel ; de telle sorte que le corps muqueux se trouvait situé entre deux couches de liquide, l'une supérieure, qui le séparait de l'épiderme corné, l'autre inférieure, qui le séparait des papilles. Il est probable que la macération de l'épiderme après la mort entre pour une part dans cette disjonction du corps muqueux d'avec les papilles.
(1) Rigal et Cornil, Société médicale des hôpitaux, séance des 28 février et 28 mars 1879, avec une planche.