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HYPERHÉMIE CHRONIQUE

PIGMENTATION DU POUMON,

HyPERHÉMIE chronique, — pigmentation noire du POUMON. —

L'hyperhémie chronique ou plutôt les congestions répétées et successives du poumon entraînent à leur suite des modifications plus profondes et plus durables. Nous avons vu comment les cellules épithéliales devenaient pigmentées. La même pigmentation peut se produire dans les parois des alvéoles. Les vaisseaux capillaires laissent en effet exsuder dans l'épaisseur des parois alvéolaires un liquide contenant des globules rouges; les cellules de tissu conjonclif se gonflent, des granules de pigment se déposent dans leur intérieur et autour d'elles.

On comprend que plus cette congestion sera répétée et persistante, plus la pigmentation du tissu conjonctif du poumon sera marquée; aussi la voit-on arriver à son maximum d'intensité dans les maladies

FiG. 40.- Section du poumon atteint do pneumonio interstitielle aveu pigmciUntinn des çellulps. — a, cellules lymphatiques pigmentées situées dans les cloisons alvéolaires ; b,b,b, cellules épithéliales tuméfiées formant une membrane mince à la surface de la paroi alvéolaire et s'en détachant eu partie; n,n,n, cellules rondes pigmentées au centre de la cavité alvéolaire. — Grossissement de 3Ô;j diamètres.

du cœur s'accompagnant d'une grande difficulté de la circulation pulmonaire, en particulier dans l'insuffisance ou le rétrécissement de la valvule mitrale.

Lorsque l'hyperhémie des parois alvéolaires est très active ou longtemps prolongée, les éléments du tissu conjonctif tendent à prolifé-

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rer et à former du tissu fibreux nouveau, principalement autour des bronches et des vaisseaux. Le premier degré de la pneumonie interstitielle est caractérisé par cet épaississement du tissu pulmonaire.

La coloration noire du poumon reconnaît aussi une autre cause : la pénétration dans les terminaisons ultimes des bronches et dans le parenchyme pulmonaire lui-même de fines particules entraînées par l'air respiré, ainsi qu'on l'observe chez les artisans exposés habituellement à l'action de poussières de différentes natures : charbonniers, mineurs, aiguiseurs, tailleurs de pierre, mouleurs en cuivre, etc. La pénétration des particules de charbon, mise en doute par Virchow, qui attribuait autrefois toute pigmentation pulmonaire à des modifications de la matière colorante du sang, a été 'démontrée lorsque Traube et Rindfleisch eurent trouvé dans les alvéoles des fragments de cellules végétales parfaitement reconnaissables à leurs canaux poreux, chez un ouvrier employé à manier du charbon de bois. Nous étudierons en détail cette maladie nommée anthracosis, à propos de la pneumonie interstitielle.

Œdème du poumon. — Dans l'œdème du poumon, la surface de cet organe est tendue ; il est gonflé, et lorsqu'on l'incise ou qu'on le presse entre les doigts, on en fait sortir une assez grande quantité d'un liquide transparent, spumeux et incolore. Cet état se rencontre assez souvent dans le cours des cachexies qui déterminent l'anasarque, par exemple chez les cancéreux, les albuminuriques, etc.; il se développe aussi sous l'influence des causes qui favorisent les congestions passives du poumon. Dans certains cas la sérosité qui s'écoule est un peu rosée ; c'est là un état intermédiaire entre la congestion et l'œdème. 11 est de fait que la distinction entre ces deux lésions est peu importante puisqu'elles peuvent se produire dans les mêmes conditions, c'est-à-dire lorsque la circulation est gênée (emphysème, maladies du cœur, tuberculose, etc.). Le siège de l'œdème est le même que celui de la congestion passive, c'est-à-dire le lobe inférieur elle bord postérieur des poumons. Il est probable que le décubitus dorsal des cadavres après la mort n'est pas sans influence sur l'accumulation des liquides dans les parties déclives des poumons.

Lorsqu'on examine des coupes du poumon œdéraatié, on trouve, dans les alvéoles, du liquide, des bulles d'air, quelques globules rouges, des cellules lymphatiques et des cellules épithéliales libres ;

APOPLEXIE PULMONAinE. 80

quelquefois on y observe des filaments très délicats de fibrine disposés en un réseau à larges mailles. ,

Apoplexie pulmonaire. — L'apoplexie pulmonaire consiste esi-:entiellcmcnt dans un épanchement de sang dans les alvéoles et les petites bronches. Cette lésion s'observe le plus souvent dans les maladies du cœur, surtout dans celles de la valvule mitrale. Elle est quelquefois liée aux fièvres éruptives, au scorbut, à ^la fièvre typhoïde, etc.

Lorsque la pression sanguine dans le système capillaire du poumon est démesurément augmentée, surtout lorsque le sang éprouve une grande difficulté à revenir du poumon au cœur par suite d'une tension exagérée dans l'oreillette gauche, il se fait une congestion passive du poumon qui aboutit à la rupture de quelques capillaires et au remplissage des alvéoles par le sang.

Les parties du poumon atteintes par l'apoplexie sont tendues, absolument privées d'air, non crépitantes, et elles plongent immédiatement lorsqu'on les jette dans un vase rempli d'eau. Elles sont généralement sphériques ou en forme de cône à base dirigée du côté de la plèvre. Leur section est rouge foncé, comme le sang veineux, ou de teinte sépia. Lorsqu'on regarde avec soin celte section , on voit qu'elle est granuleuse. Les bronches ouvertes contiennent un mucus rouge, sanguinolent; les vaisseaux, artérioles et veinules de la partie affectée, sont thromboses, remplis d'un caillot adhérente la paroi vasculaire. Ce coagulum est rouge quand il est récent, décoloré lorsqu'il est ancien.

La zone du poumon qui entoure les îlots apoplectiques est rouge, très congestionnée ou atteinte de pneumonie.

Si, après avoir fait durcir dans l'alcool ou dans l'acide chromique une partie d'un poumon ainsi altéré, on en fait une coupe mince, on constate que les alvéoles sont remplis de globules de sang aplatis et déformés par pression réciproque et formant une sorte de mosaïque d'un aspect tout particulier. Sous l'influence du liquide durcissant, surtout de l'alcool, l'aspect du globule sanguin est en effet complètement modifié; au lieu d'apparaître comme à l'étal normal sous la forme d'un disque aplati, mais plein, ii ressemble maintenant à une petite vésicule ; à cause de la pression qu'exercent ces éléments les uns sur les autres, leurs contours, au lieu d'être circulaires, sont polygonaux, d'où l'apparence d'une mosaïque. Dans cette

mosaïque on trouve toujours de grosses cellules granuleuses et sphériques isolées ou disposées en îlols. Ces cellules contiennent presque constamment des granulations pigmenlaires jaunes ou rouges si répanchement est récent, noires si l'apoplexie est ancienne. On pent

FIG. il.

■ Coiipo d'un poumon attoitit à la fois de pneumonie intorstilicUc et d'hémorrliagie pulmonaire. — Grossissement de 200 diamètres.

Les cloisons des alvéoles sont épaissies. Dans l'intérieur des alvéoles on voit de grosses cellules rondes pijincnlées, des cellules polyédriques et des globules rouges du sang.

même y trouver des cristaux d'hématoïdine. Ces cellules, sur les préparations colorées au carmin, sont les seuls éléments qui se colorent. Elles proviennent soit de l'épithélium de l'alvéole, soit de cellules lymphatiques qui ont absorbé des globules rouges voisins et qui se sont hypertrophiées. Elles sont disséminées dans tous les alvéoles, à kur bord ou dans leur centre. Elles passent aussi dans les bronches et de là elles sont expulsées avec le mucus sanguinolent que contiennent ces canaux.

Dans les crachats d'apoplexie pulmonaire on rencontre ces mêmes éléments granuleux nageant dans un liquide rouge, muqueux, presque colloïde, et contenant une grande quantité de globules sanguins.

Les dernières ramifications bronchiques sont complètement remplies de sang coagulé.

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