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CHAPITRE II

AMYGDALES § i > — Blifstologie normale des amygdales.

Les amygdales sont constituées essentiellement par du tissu conjonctif réticulé et des follicules lymphatiques. Elles sont recouvertes par la muqueuse du pharynx qui s'enfonce dans des dépressions infundibuliformes ou cryptes qui s'ouvrent à leur surface et pénètrent profondément dans leur tissu.

Lorsqu'on examine, à un faible grossissement, une coupe de cet organe suivant son grand axe et perpendiculaire à sa surface, on voit la muqueuse s'enfoncer dans les dépressions et en tapisser les parois. Cette muqueuse est recouverte d'un épithélium pavimenteux stratifié; elle possède des papilles vasculaires comme la muqueuse buccale. Au-dessous d'elle il existe un tissu réticulé parsemé de follicules clos. Chaque cavité crypteuse, tapissée de sa muqueuse, doublée de tissu adénoïde et de follicules clos, constitue une sorte de glande foUiculeuse composée qui est entourée d'une enveloppe propre de tissu conjonctif. L'organe, considéré dans son ensemble, est limité à sa partie profonde par une capsule fibreuse dans laquelle se trouvent des acini de glandes en grappe et de gros troncs lymphatiques.

L'amygdale soumise à l'action successive de l'alcool au tiers, de la gomme et de l'alcool ordinaire fournit des coupes qui, traitées au pinceau, montrent très nettement les détails de structure du tissu réticulé sur lesquels nous n'avons pas à revenir.

A l'état normal, les dépressions de l'amygdale contiennent des cellules épithéliales détachées de la muqueuse qui les revêt, et quelques cellules rondes, ayant les caractères des cellules lymphatiques; des cellules analogues se montrent à ia surface de toute la muqueuse buccale (cellules salivaires). On y observe également, comme dans le mucus buccal et entre les dents, des micrococcuset des filaments ou spoi'es de loptolhrix.

HISTOLOGIE l'ATIIOLOGIQUE DES AMYGDALES. 231

f^a strnclure des amygdales, 1res régulière chez les cnlants, se modifie presque constamment avec l'âge, car il n'est pas d'organe plus souvent ailecté d'innaminalions primitives ou consécutives à diverses maladies (inflammations catarrhales , angine simple, angine des lièvres éruptives, angine phlegmoneuse, angines ei irritations chroniques des fumeurs, des buveurs, des syphilitiques, des tuberculeux, etc.). A la suite de ces diverses maladies, le tissu réticulé et les Ibllicules s'atrophient souvent et se transforment en tissu fibreux, les cavités infundibulilbrmes de l'amygdale s'agrandissent, se remplissent de cellules épithéliales qui, mêlées à des corpuscules salivaires et à des végétations de leptothrix buccalis, constituent des bouchons caséeux et fétides. Aussi, dans les autopsies des adultes voit-on presque toujours, sur les sections de l'amygdale, des cavités plus ou moins grandes, surtout dans leur profondeur (Sappey), qui ressemblent à de petits kystes, mais qui communiquent, en réalité, avec le goulot des cryptes et qui sont remplies d'un détritus caséeux. Souvent aussi les amygdales sont atrophiées.

^2. — Histologie patiiologiqne des amygdales.

IiNFLAMMATiON. — Lcs inflammations de l'amygdale sont aiguës ou chroniques. Parmi les premières nous décrirons successivement l'amygdalite superficielle ou catarrhale, l'amygdalite lacunaire, l'amygdalite parenchymateuse et phlegmoneuse, les amygdalites symptomatiques des fièvres, et l'amygdalite diphthéritique. Les amygdalites chroniques comprennent l'amygdalite catarrhale, l'hypertrophie chronique et l'atrophie des amygdales.

Amygdalite catarrhale aiguë {angine tonsillaire éri/thémateuse, angine simple). — ■ Elle consiste dans une rougeur superficielle de la muqueuse qui revêt la surface des tonsilles. La muqueuse des piliers et du voile du palais présente souvent le même aspect. Les vaisseaux capillaires de la muqueuse sont remplis de sang ; son tissu conjonctif est le siège d'un œdème inflammatoire accompagné de l'issue de quelques cellules lymphatiques qui passent à travers les couches tuméfiées du revêtement épithélial et se mêlent à l'épithélium desquamé pour constituer le mucus qui recouvre les parties malades.

Amygdalite catarrhale lacunaire ou crypteuse. — Très souvent

la muqueuse qui s'enfonce dans les lacunes de l'amygdale est enflammée en même temps que celle qui en tapisse la surface. Tout l'organe est alors tuméfié et fait une saillie notable entre les piliers. Les cryptes se remplissent de mueo-pus qui, dès le premier ou le second jour, se présente à leur orifice. Ces cryptes se vident peu à peu, les unes après les autres ou toutes ensemble, par leur orifice agrandi, et le volume de l'amygdale diminue rapidement. Lorsque toutes ces petites cavités se détergent simultanément, l'amygdale revient rapidement à ses dimensions normales; la durée de l'inflammation ne dépasse pas quatre ou cinq jours. Les lésions de la muqueuse qui tapisse les dépressions de l'amygdale sont les mêmes que celles de la muqueuse, superficielle et elles portent sur les vaisseaux capillaires, le tissu conjonclif du chorion et le revêtement épithélial. Seulement le muco-pus sécrété à la surface des lacunes y reste emprisonné un certain temps et les distend, ce qui cause une augmentation du volume total de l'organe.

Quelquefois le liquide contenu dans les lacunes offre les caractères du pus épais. Après avoir essuyé la surface de l'amygdale, on découvre des points jaunes ou de petits grumeaux à l'orihce des cryptes. S'il y séjourne un certain temps, il s'y forme des bactéries, de la graisse, des acides gras et même de la cholestérine et des granulations calcaires.

Amygdalite parenchymateuse et phlegmoneuse. — L'amygdalite

?ic. 89. — Coupe do la partie superficielle de Tamygdalo dans une angine parench^'mateuse aig^uë. — a, a, l'evètcinent épithélial; b, tissu du chorion delà muqueuse infiltré de cellules Ijniphaliques; c, c, tissu réticulé de l'amyg-dale également enflammé; d, d, follicules assez volumineux. — Grossissement de 30 diamètres.

parencbymateuse aiguë est caractérisée par une tuméfaction considérable de tout l'oroane dont le tissu réticulé et folliculaire est en-

AMVCnALITK niPIlTHÉRITIQUE. 233

flammé en même temps que hi muqueuse. Siii- les eoupes de l'amygdale, on constate alors que le tissu conjonctif du clioi'ion de la muqueuse superficielle et de celle qui tapisse les cryptes est bourré de cellules lymphatiques, ainsi que le tissu réticulé de toute la glande. Les follicules sont augmentés de volume par suite d'une accumulation de cellules lymphatiques. La même infiltration existe dans la capsule externe. Les cellules lymphatiques se réunissent même souvent en amas qui constituent de petits abcès. On désigne plus spécialement sous le nom d'angines phlegmoneuses celles qui se terminent par un véritable abcès qui s'ouvre, soit à la surface de l'amygdale, soit dans une de ses cavités crypteuses.

Le tissu conjonctif rétro-tonsillaire est quelquefois le siège d'un phlegmon qui se termine par un abcès.

Amygdalites symptomatiques des maladies fébriles. — Les angines qui accompagnent la fièvre typhoïde, la rougeole, l'érysipèle, la variole, bornent habituellement leur action à la muqueuse superficielle de l'amygdale et présentent exactement les mêmes caractères que sur le reste de la muqueuse buccale. Aussi n'exigent-elles pas une description anatomique spéciale, et nous renvoyons le lecteur au chapitre où nous avons traité les stomatites de la variole, de la rougeole et de la fièvre typhoïde (voy. t. II, p. 210 et suiv.),

La fièvre scarlatine détermine souvent une amygdalite superficielle ou profonde très intense. L'inflammation se limite rarement à la surface de la glande ; elle envahit ordinairement les dépressions crypteuses. Le muco-pus sécrété à la surface et dans les dépressions de l'organe est épais, grumeleux, semblable à une fausse membrane molle et pulpeuse. On observe quelquefois dans la scarlatine une véritable angine parenchymateuse. L'amygdale peut même se recouvrir d'une fausse membrane absolument semblable à celle de la diphthérie. Dans ces angines pseudo-membraneuses de la scarlatine, le tissu conjonctif de la muqueuse et le tissu réticulé de l'amygdale offrent les mêmes lésions que dans l'angine diphthéritique.

Amygdalite diphthéritique. — Les amygdales atteintes par la diphthérie sont généralement très tuméfiées, recouvertes en totalité ou en partie de fausses membranes adhérentes, feutrées, épaisses, au-dessous desquelles la muqueuse est fortement congestionnée et enflammée. La base de la langue, le voile du palais, la luette et la

muqueuse pharyngienne sont habituellement atteints dos mêmes lésions.

Lorsqu'on fend l'amygdale suivant son grand axe, on voit qu'elle est de couleur gris rosé et qu'elle donne un peu de suc au raclage. Les dépressions crypteuses qui la sillonnent sont généralement remplies d'un exsudât blanchâtre ou gris et opaque qui présente les mêmes caractères que les pseudo-membranes superhcielles. Parfois les fausses membranes diphthériliques occupent seulement une partie des lacunes et s'étalent sur les bords de leurs orifices, tandis que le reste de la surface de l'amygdale en est indemne.

Sur les coupes de pièces durcies qui comprennent tout^ l'amygdale, on juge bien de son augmentation de volume, on apprécie l'étendue et l'épaisseur de la fausse membrane superficielle et on voit que celle-ci se continue dans les lacunes. Les follicules de l'amvgdale sont volumineux.

La fausse membrane superficielle est constituée par des couches de fibrine parallèles ou par des fibrilles entre-croisées. A sa surface on trouve surtout des boules ou amas volumineux de micrococcus réunis en colonies (zooglœa) et de petits bâtonnets. Entre les lamelles et fibrilles de fibrine il existe quelques cellules lymphatiques, des globules rouges et des micrococcus isolés, libres ou siégeant dans des cellules lymphatiques, ou réunis en colonies.

Au-dessous de la fausse membrane, le chorion muqueux est d'habitude complètement dépouillé de son revêtement épithélial ; dans les points où il n'y a pas de fausse membrane, on rencontre les lésions inflammatoires des cellules du revêtement épithélial (état vésiculeux, etc.) que nous connaissons déjà.' Le chorion muqueux, au contact des fausses membranes, est tantôt uni, tantôt irrégulier, les papilles et les vaisseaux papillaires pénétrant souvent dans la fausse membrane qui les coiffe. Tout le tissu conjonctif, profondément, altéré, est infiltré de cellules lymphatiques et de globules rouges. Les vaisseaux capillaires contiennent un grand nombre de globules blancs. Cette inflammation, poussée à son maximum, s'observe dans la totalité de l'amygdale.

La fausse membrane superficielle se prolonge dans les cryptes de l'amygdale. Là, elle est constituée habituellement, comme à la surface, par des filaments de fibrine entre-croisés, enserrant dans leurs mailles des cellules lymphatiques, des cellules épilhéliales et des globules rouges. Dans certains cas d'amygdalite diphthérilique, les cryptes ne contiennent pas de fibrine, mais seulement des cel-

AMYCnALITK DIPIITII KHITIQUE. 235

Iules lymphatiques cl de l'épilliélium desquamé. Les cellules épilhéliales se détachent parfois des papilles en restant encore adhérentes entre elles et en constituant de grandes plaques qui s'accumulent dans les lacunes. Le réseau papillaire dépouillé et mis à nu est recouvert par une seule couche de cellules cylindriques ou simplement par des cellules lymphatiques migratrices. En outre des éléments précédents, les cryptes contiennent toujours des spores de micrococcus.

La muqueuse qui tapisse les dépressions amygdalienne? est enflammée avec autant d'intensité que celle de la surface.

L'augmentation du volume de l'amygdale n'est pas due seulement à la distension des lacunes par l'exsudat précédent. Les follicules et le tissu réticulé qui les environne y prennent aussi une grande part. Ils sont bourrés de cellules lymphatiques. Après avoir chassé par le pinceau, sur des coupes faites après l'action de l'alcool au tiers, les cellules libres comprises dans le stroma, on constate que les vaisseaux capillaires sanguins, dont la paroi a subi les modifications inflammatoires (voy. t. I, p. 122), contiennent un grand nombre de cellules lymphatiques. Dans les follicules, on observe souvent des agglomérations de petites cellules atrophiées et granuleuses qu'il est difficile de chasser par le pinceau et entre lesquelles il existe des spores de micrococcus.

Le tissu conjonctif qui entoure l'amygdale est très enflammé, surtout dans les cas de diphthérie toxique primitive du pharynx. Les mailles du tissu conjonctif sont remplies de cellules lymphatiques, et souvent il s'y forme un réseau de fibrine comme dans le phlegmon aigu.

Les gros troncs lymphaticjues de la base de l'amygdale sont également remplis de cellules.

Les ganglions lymphatiques sous-maxillaires sont très tuméfiés, presque dès le début de l'angine. Sur une surface de section, ils offrent une couleur gris rosé, sur laquelle tranchent des grains opaques qui ne sont autres que les follicules hypertrophiés. Par le raclage on obtient un suc laiteux qui contient des spores et de petits bâtonnets. Sur des coupes, on constate au microscope que les follicules lymphatiques contiennent de petites cellules granuleuses et que les spores de micrococcus sont accumulées dans les follicules et dans les sinus périfoUiculaires. Les vaisseaux sanguins du tissu caverneux présentent dans leur intérieur une grande quantité de cellules lymphatiques, et leurs cellules endothéliales sont tuméfiées.

Amygdalite chronique. — L'amygdalite calarrhale chronique ne diffère de l'amygdalite aiguë que par sa durée et par ses récidives fréquentes. L'amygdalite parenchymateuso chronique, maladie bien distincte au point de vue de sa cause, de ses symptômes et de son anatomie pathologique, exige au contraire une description spéciale.

Amygdalite pareinchymateuse chronique. — Hypertrophie des AMYGDALES. — L'hypcrtropliic des amygdales est une maladie de l'enfance, qui vient d'habitude à la suite d'angines catarrhales, chez des sujets qu'on regarde comme lymphatiques ou scrofuleux. Les amygdales sont très volumineuses, dures au toucher, saillantes, à surface lisse, de couleur grise ou gris rosé. Sur une section suivant le grand axe d'un de ces organes faite aussitôt après leur ablation, on constate que leur tissu est gris et peu vasculaire. Les cryptes sont réduites à de simples fentes dont les parois sont en contact, et il n'existe généralement ni kystes, ni dépressions irrégulières comme on en trouve si souvent dans la profondeur ou à la surface des amygdales chez les adultes. En examinant de près la section de ces

FlG. 90. — Coupe d'une amygdale liypertrophiée. — a, a, revêtement épithélial superficiel du chorion; o, ouverture d'une dépression folliculaire dont la cavité p est tapissée d'un revêtement cpltliélial en continuité avec celui de la surface ; p', cavité d'une autre dépression ; f, f, follicules Ivniplialiques liypertropliiés séparés par des bandes de tissu fibreux. — Grossissement de 20 diauièlres.

organes, on voit habituellement à l'œil nu les follicules dont le centre est un peu jaunâtre, ce qui les foit ressembler aux ganglions lymphatiques hypertrophiés de la scrofule.

lIYrERTROPUIE DI::S AMYGDALES.

Sur les coupes fuites après durcissemenl, examinées avec un faible grossissement de façon à avoir une vue d'ensemble, on reconnaît que les cryptes sont étroites, que les follicules lymplialiques sont volumineux et qu'ils sont séparés par des bandes assez épaisses de tissu fibreux.

Lorsque, sur des coupes faites après l'action de l'alcool au tiers, on débarrasse avec le pinceau le tissu réticulé des cellules libres qu'il

FjG. 91. — Coupe d'une amygJ^iIe liypcrtropriice obtenue après raction de Talcool au tiers cl traitée par le pinceau. — a, a, follicules lymphatiques; ?l, n, dépressions lacunaires; p, p, surface de l'auiyydale ; t, tissu fibreux liypcrtropliié. — Grossissement de 6 diamètres.

contient, on met en évidence le réticulum des follicules lymphatiques qui apparaissent éclaircis comme le montre la figure 91.

Si l'on compare ces préparations, examinées à de très faibles grossissements, à des coupes d'amygdales normales, il est facile d'apprécier l'hypertrophie des follicules et l'épaississement du tissu fibreux qui double le chorion et sépare les follicules.

L'étude des mêmes préparations avec de forts grossissements, montre que le revêtement épitliélial de la surface et des dépressions

KiG. 92. — Éléments contenus dans les cryptes do l'amygdale byportrophiéc. — a, cellules lymphatiques ou corpuscules salivaircs; b, cellules d'épithclium. — Grossissement de 200 diamètres.

de l'amygdale est normal. Les cryptes contiennent quelques corpuscules salivaircs et des cellules épithéliales desquamées (fig. 92).

Le réseau papillaire du chorion est moins développé qu'à l'état normal ; il est même atrophié complètement par places. 11 semble que

la muqueuse soit tendue et repoussée par l'hypertrophie du tissu sous-jacent. C'est l'atrophie du réseau papillaire qui donne à la surface de l'amygdale son aspect lisse et poli.

L'épaississement du tissu conjonctif du chorioii muqueux et des travées qui séparent les follicules est dû, non pas à une infdtration par des cellules lymphatiques, comme cela a lieu dans les amygdalites aiguës précédemment décrites, mais bien à une formation nouvelle de faisceaux épais de tissu connectif. Après la coloration des coupes au carmin, ces faisceaux se présentent, suivant leur longueur ou suivant leur section, comme des travées ou de petits cercles réfringents, colorés, séparés par des cellules de tissu conjonctif.

Les follicules lymphatiques sont très notablement altérés. Leurs fibrilles ont conservé leur apparence normale, mais les cellules qui sont emprisonnées dans leurs mailles sont plus volumineuses qu'à l'état physiologique. Leur protoplasma est souvent granuleux et contient des granulations graisseuses fines. Le noyau de ces cellules est ovoïde et volumineux.

Cet état des cellules des follicules lymphatiques de l'amygdale et la sclérose du tissu conjonctif rapprochent l'hypertrophie amygdalienne de l'hypertrophie scrofuleuse des ganglions lymphatiques. Mais on ne trouve pas dans l'amygdale hypertrophiée les cellules géantes qui sont si nombreuses dans les ganghons strumeux.

Les vaisseaux sanguins, artérioles et veinules, qui traversent le tissu fibreux, sont eux-mêmes fortement sclérosés. Leur tunique externe est très épaissie et leur calibre paraît diminué. Il résulte de cet état des vaisseaux que les amygdales hypertrophiées sont anémiques et que leur ablation donne lieu à une hémorrhagie insignifiante.

Dégénérescence fibreuse de l'amygdale. — On observe parfois des amygdales, de volume ordinaire ou bien un peu hypertrophiées ou atrophiées, qui sont très dures et dont les dépressions sont élargies. Sur une coupe passant par leur grand axe et examinée à l'œil nu, les dépressions sont si considérables que l'amygdale paraît formée de bouroeons isolés. Souvent, dans ces amvnjdales, on trouve, surtout à leur base, des cavités kystiques remplies d'une matière caséeuse.

Les coupes faites après durcissement et examinées à un faible grossissement montrent que les follicules lymphatiques n'existent plus ou qu'il en reste seulement un très petit nombre; tout le tissu de l'amygdale est devenu fibreux.

DÊGFNËRESCENCE FIlîr.KUSI-: DE L'AMVdDALE. 23Q

Avec un plus fort, grossisscmcnl, on reconnaît que les papilles de la muqueuse sont Irès développées, el que son chorion extrêmement dense est conslilué par des iibrillcs plus fines et plus serrées que

''^DiTOtl

FlG. 93. — Coupe d'une amygdale, devenue complètomeiit fibreuse. — a, muqueuse superficielle; fi'goulol dune dépression; n.n, dépressions agrandies; g, tissu conjonctif fibreux dont l'amygdale est formée; t, tissu conjonctif de la base de l'amygdale. — Grossissement de 5 diamètres.

dans le centre de l'amygdale. Les vaisseaux sanguins de l'organe possèdent des parois épaisses et scléreuses. Cette lésion s'observe chez les adultes à la suite d'angines répé-

FiG. 94. — Coupe de i'amygdalc en diîgcnérescence fibreuse complète. — a, revêtement épilliélial .superficiel; 6, réseau papillaire; c, d, tissu fibreux du chorion de la muqueuse; t, tissu fibreux du centre de l'amygdale ; i, i, orifice des cryptes. — Grossissement de iO diamètres.

lées. Nous l'avons vue plusieurs fois et étudiée chez des sujets ayant succombé à la phtbisie pulmonaire; il n'y avait pas alors de tubercules de l'amygdale elle-même.

Chez certains sujets, l'amygdale sclérosée est très atrophiée. On ne la reconnaît qu'aux petites ouvertures de ses cryptes ; elle est alors formée par une plaque dure, déprimée plutôt que saillante.

Lésions syphilitiques de l'amygdale. — Les plaques muqueuses de l'amygdale, que l'on a souvent l'occasion d'examiner sur des amygdales enlevées pendant la vie, sont constituées, comme sur toute la muqueuse buccale, par une hypertrophie des papilles infiltrées, comme le chorion, par de très nombreuses cellules lymphatiques. Les couches profondes et les couches superficielles de l'épithélium sont également épaissies, imbibées de liquide, parcourues par de nombreuses cellules lymphatiques migratrices. Celles-ci s'accumulent même, soit à la surface du revêtement épithélial entre les cellules plates, soit plus profondément entre les cellules polyédriques du corps muqueux, et elles forment de petits abcès microscopiques qui se vident à la surface (1). L'aspect blanchâtre, nacré de la superficie de ces plaques est dû aux lésions de l'épithélium; leur saillie est causée à la fois par l'épaississement inflammatoire du chorion et du revêtement épithélial. Les plaques muqueuses, en effet, ne compromettent pas seulement la muqueuse superficielle de l'amygdale, mais elles déterminent aussi des lésions analogues de la muqueuse qui revêt les cryptes. Il en résulte un catarrhe folliculaire de ces organes. Enfin le tissu réticulé des follicules est lui-même enflammé chroniquement et il se produit, pour peu que la syphilis se soit localisée sur les amygdales, une amygdalite parenchymateuse, une hypertrophie plus ou moins chronique, analogue aux adénites syphilitiques que nous avons déjà décrites (voy. t. I, p. 655).

Les plaques muqueuses de l'amygdale s'ulcèrent rarement; les cellules lymphatiques et le liquide qui infiltrent les couches du revêtement épithélial s'éliminent à travers ces couches sans les détruire. Mais il peut arriver qu'il se produise à leur surface une véritable érosion ou une ulcération, et même qu'elles soient recouvertes d'une pseudo-membrane fibrineuse lorsque l'inflammation est très intense.

La syphilis tertiaire se manifeste sur les amygdales par des gommes suivies d'ulcérations profondes.

Tubercules des amygdales. — La tuberculose des amygdales, élucidée depuis quelques années par les travaux d'Isambert, de Peter,

(1) Coniil, Leçons sur la syphlUs, professées ù l'Iiôpital de Lourciiic. 1879, p. 118.

TUBEKCL'LES DE l'AMYGDALR. 241

Laboiilbcnc, Barlh, Chassagnolto, elc, se présente à réîal aigu sous forme de granulations rniliaiies ou à l'état chronique sous forme d'ulcérations caséeuses plus ou moins profondes.

Les tubercules miliaires de l'amygdale constituent de petites nodosités développées soit dans les couche: superlicielles du chorion de la muqueuse soit profondément dans le tissu réticulé folliculaire. Ils sont d'abord ;gris et semi-transparents. Ils coïncident avec une tuberculose généralisée à marche rapide.

Plus souvent les tubercules de l'amygdale affectent une marche chronique et se développent isolément dans la muqueuse qui la recouvre et dans son parenchyme. Ils deviennent bientôt jaunâtres et caséeux à leur centre. Ceux qui siègent dans la muqueuse superficielle déterminent une saillie opaque et jaunâtre qui s'ulcère bientôt; il en résulte une petite érosion ou ulcération à fond jaunâtre contenant un liquide grumeleux. Les tubercules profondément situés envahissent un certain nombre de follicules et s'accompagnent d'une infiltration tuberculeuse plus ou moins étendue.

Lorsqu'on examine, à l'autopsie, une amygdale atteinte de tuberculose chronique, on constate d'abord à sa surface quelques granulations tuberculeuses saillantes ou des érosions. Le goulot des dépressions crypteuses est élargi, et il en sort une matière jaunâtre formée de pus épaissi et caséeux. Sur une surface de section, on voit que les cryptes amygdaliennes, généralement agrandies, sont remplies d'un détritus caséeux et sont limitées par un tissu dans lequel il existe des points jaunâtres et opaques qui ne sont autres que le centre de tubercules.

Lorsqu'on examine au microscope des coupes d'une amygdale ainsi altérée, on découvre à sa surface, sous le revêtement épithélial et dans les points ulcérés non recouverts d'épithélium, une infiltration tuberculeuse diffuse ou des granulations développées dans le chorion de la muqueuse. Ce tissu de nouvelle formation est parsemé de cellules géantes.

Si la section passe à travers une crypte de l'amygdale (voy. fig. 95), on constate d'abord que la cavité en est agrandie et qu'elle est remplie de cellules épithéliales et de globules de pus. Sa paroi présente un revêtement épithélial plus ou moins détaché sous lequel les papilles sont généralement hypertrophiées et bourgeonnantes. Le tissu propre de f amygdale, c'est-à-dire le tissu conjonctif et les follicules situés au pourtour de la dépression, sont transformés en un lissu tuberculeux qui montre habituellement des granulations bien

CORNIL ET RAXVIER. II. —16

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nettes au centre desquelles se trouvent des cellules géantes (c, c', c", iig. 05). On y rencontre habituellement des Ibllicules lymphatiques qui ont conservé leur forme et leur structure, et l'on peut s'assurer

FiG. 95. — Coupe d'une amygdale tuberculeuse. — o, orifice d'une dépression de l'amygdale; p, sa cavité contenant un dcirilus caséeux ; m, papilles très développées appartenant à la muqueuse qui tapisse cette cavité; a, a, muqueuse de la surface de l'amygdale; s, son tissu conjonctif épaissi; f, f, follicules clos; c,c',c", ccnSrcs de granulations tuberculeuse avec leurs cellules géantes. — Grossissement de 30 diamètres.

que les granulations tuberculeuses, avec leurs cellules géantes, se développent dans leur intérieur.

Les ulcérations tuberculeuses de la surface de l'amygdale sont, comme toutes les ulcérations du même genre, limitées à leurs bords et à leur fond par du tissu tuberculeux et des granulations avec des cellules géantes. Des ulcérations de même nature s'établissent aussi à la surface et au fond des cryptes amygdalicnnes. Il en résulte de grandes ulcérations anfractueuses ouvertes à la surface de l'organe, séparées par des bourgeons du tissu conjonctif amygdalien qui est encore conservé entre les cryptes.

Tout ce tissu de nouvelle formation s'élimine peu à peu, après s'être moitifié. A la fin de cette série d'altérations, l'amygdale est quelquefois réduite à un moignon formé par une masse de tissu tuberculeux.

Dans ces cas, le tissu conionctif qui forme l'enveloppe profonde

PARASITFS UE l'AMYGDALE. 243

de l'organe et les muscles adjacents sont inOllrcs par des cclkiles lymphatiques et par des granulations tuberculeuses. Le pharynx, la base de la langue, la luette et le voile du |)alais sont plus ou moins envahis par les lid^crcules.

Les vaisseaux sanguins et lymphatiques présentent les lésions que Ton observe dans tout organe atteint par la tuberculose.

Les tumeurs, telles que les lymphadénomcs, les carcinomes, les épitliéliornes sont assez rarement observées dans les amygdales; elles présentent les mêmes caractères généi'aux que dans les ganglions lymphatiques. L'épithéliome et le carcinome s'y développent quelquefois primitivement.

Des calculs composés essentiellement de phosphate et de carbonate de chaux se produisent parfois dans le fond des cryptes amygdaliennes.

Parasites. — On a vu dans l'amygdale des kystes à échinocoques. Les parasites que l'on y rencontre le plus souvent sont ceux qui végètent sur la muqueuse buccale. Le muguet (oïdium albicans), s'y développe comme sur le reste de la muqueuse et il s'accompagne d'une inflammation superficielle de l'amygdale et de ses cryptes. Les bactéries et tous les microbes de la bouche pénètrent souvent dans les cryptes amygdalienncs.

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