CHAPITRE
GLANDES SALIVAIIIES ^1. — ISistologie normale des glandes salivaires.
Les glandes salivaires proprement dites, c'est-à-dire la parotide, la sous-maxillaire et la sublinguale sont des glandes acineuses. Tous les culs-de-sac delà sublinguale renferment des cellules à mucus; dans la sous-maxillaire, un certain nombre seulement des culs-desac en contiennent; la parotide n'en possède pas. Les culs-de-sac de cette glande sont occupés par des cellules finement granuleuses. On observe des cellules analogues dans la plupart des acini de la sousmaxillaire. Les autres acini de cette glande et tous ceux de la glande sublinguale contiennent deux espèces de cellules, les unes, cellules à mucus, sont grandes, claires, réfringentes, pyramidales, ayant leuisommet dirigé du côté du centre du cul-de-sac glandulaire, tandis que leur base en occupe la périphérie. Au niveau de cette base se trouve le noyau, dans un petit prolongement protoplasmique de forme conique. Ce noyau affecte une l'orme irrégulière en rapport avec la pression que lui fait subir la masse muqueuse accumulée dans la cellule.
C'est à cette masse de mucus qu'est du l'aspect spécial des cellules. Quand on les examine, sur de bonnes coupes faites après l'action de l'alcool et colorées au picro-carminale d'ammoniaque, on reconnaît, dans leur intérieur, un réticulum légèrement coloré en jaune, formé par des travées granuleuses, d'inégale épaisseur, mais très fines, qui se poursuivent au delà du globe de mucus dans le protoplasma répandu à la périphérie de la cellule ou accumulé autour du noyau. De cette disposition il résulte que la substance muqueuse élaborée par la cellule s'est formée au sein de son protoplasma dans une série de départements distincts et que les goutto-
HISTOLOGIE NORMALE DES GLANDES SALIVAIREiî.
lelles de oelle siibslance, loiil en aiigmenl.iiU de, volume ot Inndant à se l'iisionner, restent cependant séparées les unes des autres par de minces couches proloplasmiques qui probablemenl concourrent encore à les accroître.
La seconde forme de cellules, que l'on observe dans les acini contenant des cellules à mucus, diiïère tolalement des précédentes.
Frc. 96. — Coupe de la glamle suus-inaxillairo du chien, normale, faite après durcissement par l'ai cool. Co'.oralion parle pirro-carminate. Conservation delà préparation dans la glycérine. — (/, cei Iules à nnicus ; c, croissant de Gianuzzi; l, lumière des culs-de-sac g^landulaires.
Elles sont petites, granuleuses, irrégulières et réunies en petits groupes qui, occupant le fond des culs-de-sac glandulaires, y sont comme comprimées par la masse des cellules à mucus contre la membrane glandulaire et s'y montrent sur des coupes sous la forme de croissants (croissants de Gianuzzi). Ces cellules, qui sont fortement soudées les unes aux autres, présentent une face externe convexe, une face interne excavée pour recevoir la partie périphérique d'une cellule à mucus et souvent munie de crêtes qui s'insinuent entre deux celhiles muqueuses.
La membrane propre des culs-de-sac glandulaires, qu'ils contiennent ou non des cellules à mucus, n'est pas constituée par une simple lame anhiste, mais bien, ainsi que Boll l'a établi, par des cellules aplaties, munies de crêtes et soudées les unes aux autres.
Les différents culs-de-sac laissent entre eux des fentes dans lesquelles se fait la circulation du plasma lymphatique élujjoré par les vaisseaux capillaires.
Tous les conduits glandulaires, qu'on les considère dans la parotide, la sous-maxillaire ou la sublinguale, possèdent un épithélium cylindrique à une seule couche. Dans les conduits les plus fins qui
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succèdent immédiatement aux culs-de-sac glandulaires, les cellulescylindriques sont basses et c'est à peine si le nom de cellules cylindriques leur convient. Mais, dans les petits canaux qui leur font suite et qui résultent de l'abouchement de plusieurs canaux entre eux, ces cellules sont franchement cylindriques et montrent une structure intéressante. La portion comprise entre le noyau et la base d'implantation de la cellule possède des stries très régulières, parallèles à son axe (Henle). Pflûger a pensé que ces stries étaient produites par des fibres nerveuses terminales. Il est bien plus probable, ainsi que nous l'avons fait remarquer il y a longtemps, que cette disposition indique la présence de parties contractiles qui agiraient activement pour favoriser l'excrétion, et ce rôle paraît d'autant plus utile que, sur tons les conduits des glandes salivaires, depuis les plus fins jusqu'aux canaux de Warthon et de Sténon, il n'existe pas une seule fibre musculaire. '
§2. — Physiologie normale et pathologique des glandes salivaires.
Le mécanisme de la sécrétion des glandes salivaires et les modifications qui surviennent dans ces glandes lorsqu'elles fonctionnent d'une manière active, sont deux questions liées intimement l'une à l'autre et qui ont une grande importance. /
Heidenhain est le premier physiologiste qui ait fait l'analyse liistologique d'une glande à mucus après qu'on l'eut fait abondamment sécréter en excitant les nerfs qui s'y rendent. Il se proposait ainsi de déterminer exactement le mécanisme de la sécrétion et bien qu'il se soit trompé dans ses conclusions, il ne lui en reste pas moins un arand mérite.
Après avoir excité pendant plusieurs heures, chez le chien, au moyen d'un courant d'induction interrompu, la corde du tympan qui est par excellence le nerf sécréteur de la sous-maxillaire, il crut reconnaître, sur des coupes de cette glande, que toutes les cellules à mucus avaient été rejetées pour former le produit de la sécrétion, et qu'elles avaient été remplacées, dans l'intérieur des culs-de-sac glandulaires, par les cellules des croissants de Gianuzzi hypertrophiées cl proliférées.
En réalité, les choses ne se passent pas ainsi, comme nous l'avons établi depuis longtemps déjà (1).
(1) Voy. Kroy, première édition française, 1871, note, p. Aol.
PHYSIOLOGIE PATIIOLOniQUR nivS GLANDES SALIVAIRES. '2\1
Lorsque chez un chien, après avoir fixé un tube dans le canal de Wharton, afin de recueiliii- la salive, on a excilé pondant, quatre ou cinq heures la corde du tympan mise à iiu, et recueilli iOO grammes de salive environ, la glande sous-maxillaire correspondante a déjà subi des modifications considéi'ables; on l'étudiera alors par comparaison avec celle du côté opposé qui n'a été soumise à aucune irritation.
Pour obtenir de bonnes préparations de ces glandes, on peut employer divers procédés. Le plus simple consiste à en faire durcir dans l'alcool des fragments dans lesquels on pratique ensuite des
FiG. 97. — Coupe de la glande sous-maxillaire du chien, après qu'oji l'a fait abondamment sécrjtor pendant quatre heures par l'excitation de la corde du tympan (niônio préparation et mémo grossissement que dans la figure 96). — g, cellules glandulaires dont le mucus a été expulsé par Ja sécrétion et dont les noyaux ont augmenté le volume; c, cellules des croissants de Gianuzzi qui ont subi un notable accroissement.
coupes extrêmement minces qui doivent être colorées par le picrocarminate d'ammoniaque et conservées dans la glycérine. On peut aussi faire durcir les glandes dans le bichromate d'ammoniaque et colorer les coupes par la purpurine. Enfin l'acide osmique peut être employé comme liquide durcissant, pourvu qu'on le fasse agir sur de très petits fragments.
On constate sur ces préparations que les cellules muqueuses ne sont pas expulsées en masse pour former le produit de la sécrétion comme Heidenhain l'a dit, mais que le mucus élaboré dans leur intérieur est seul éliminé; en même temps le protoplasma qui avoisine le noyau se gonfle, devient plus abondant et s'avance dans l'intérieur de la cellule pour remplacer le mucus à mesure qu'il est éliminé. Sur les mêmes préparations on peut apprécier les différentes
phases de ce processus, parce que tous les acini ne sont pas également modifiés. Il en est qui paraissent encore intacts alors que d'autres ont subi une transformation complète. Dans ces derniers, toutes les cellules, aussi bien les cellules muqueuses que celles du croissant de Gianuzzi, possèdent les mêmes caractères, et si l'on n'étendait pas l'observation à des acini voisins dans lesquels les
FiG. 98. — A. Cellules à mucus de la glande sous-maxillaire du chien isolées de la g'andc normale
après l'action de l'alcool au liers et colorées par le picro-carminale. B. Cellules de la glande sous-maxillairo du chien préparées par le môme procédé, après ([uc la glande
a sécrété sous l'influence de l'excitation de la corde du tympan.
cellules muqueuses présentent encore au niveau de leur bord libre des masses de mucus d'étendue variable, on pourrait être conduit à admettre l'interprétation de Heidenhain.
La salive que Ton obtient par l'excitation de la corde du tympan est muqueuse, filante, mais beaucoup moins épaisse que celle qui résulte de l'excitation des filets sympathiques qui se rendent à la glande, beaucoup moins épaisse également que si l'on a administré au chien de la morphine, avant d'exciter la corde du tympan. Sur un chien morphinisé, la salive, examinée au microscope, montre un nombre très considérable de corps transparents comme du verre, un peu plus réfringents que le liquide dans lequel ils nagent et affectant des formes variées. Ils sont cylindriques, avec des extrémités mousses, pyriformes, en fuseau, et quelquefois presque sphériques. Ce sont ces corps, moules salivaires, formés uniquement par des globes de mucus, qui ont été pris par Heidenhain, lequel employait la morphine dans ses expériences, pour des cellules muqueuses expulsées tout entières des acini glandulaires. On rencontre encore dans la salive, qu'elle soit produite sous l'influence de l'excitation de la corde du tympan, avec ou sans morphine, ou à la suite de l'excitation du symphatique, un certain nombre de cellules lymphatiques bien caracLéi-isées. Ces cellules se sont probablement introduites dans les conduits excréteurs par le fait d'une diapédèse d'autant plus
PHYSIOLOGIE PATHOLOGIQUE DES GLANDES SALIVAIItES. ii\)
active que les vaisseaux saiii^iiins subissent, sous rinniienco de l'excitation de la corde, une dilatation considérable, ainsi que cela a été découvert et complètement établi par Claude Bernard.
Du reste, tous les globules blancs qui s'échappent des vaisseaux sous l'inlluencc de l'action vaso-dilatatrice de la corde ne gagnent pas nécessairement l'intérieur des culs-de-sac et des conduits glandulaires ; le plus grand nombre d'entre eux s'arrêtent dans les fentes inter-acineuses ou dans les mailles du tissu conjonctif compris entre les acini glandulaires, et sont repris plus tard par la circulation lymphatique.
On peut encore, par une expérience bien simple, exagérer la diapédèse et par suite l'accumulation des globules blancs. Si, comme l'a l'ait Ludwig, lorsqu'il a découvert l'action ])hysiologique des neris sécrétoires, on met en communication le tube introduit dans le canal de Warthon avec un manomètre à mercure, et qu'en excitant la corde du tympan on fasse sécréter la glande sous une pression de 25 centimètres de mercure en moyenne, on voit cette glande se gonfler et former sur le côté du cou un relief considérable. Son augmentation de volume n'est pas due simplement à ce que son produit de sécrétion, s'accumulant au centre des acini, en augmente les diamètres, mais surtout à ce qu'il se fait dans les fentes inter-acineuses et dans le tissu conjonctif un œdème actif et abondant.
Cet œdème, dont le mécanisme peut être aujourd'hui parfaitement établi, dépend de ce que la tension du sang dans les vaisseaux capillaires est augmentée à la fois par l'action dilatatrice de la corde du tympan et par la pression produite sur les veinules par les acini légèrement gonflés par la rétention du produit de sécrétion. C'est là une expérience analogue à celle qui consiste à lier la veine cave inférieure et à couper le nerf sciatique pour amener l'œdème du membre abdominal correspondant.
L'œdème actif delà glande sous-maxillaire s'accompagne, comme nous l'avons fait pressentir, d'une diapédèse considérable des cellu!es lymphatiques que l'on peut constater d'une manière directe en enlevant avec les ciseaux des fragments du tissu conjonctif œdémateux et en les recouvrant d'une lamelle pour les soumettre à l'examen microscopique.
Cette expérience est intéressante en ce qui regarde l'explication de certains phénomènes pathologiques qui se produisent dans les
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glandes salivaires et en particulier dans la parotide, dans la maladie connue sous le nom d'oreillon. Cette maladie, caractérisée par un gonflement considérable et rapide, ne peut être expliquée que par un phénomène vaso-moteur analogue à celui que nous produisons à volonté sur la sous-maxillaire du chien. Mais comme les oreillons sont contagieux, il est probable que l'irritation qui détermine l'œdème actif de la parotide est produite par un microbe parasitaire. Celui-ci, qui a été observé dans le sang des individus atteints d'oreillons et cultivé par M, Pasteur, s'insinue probablement tout d'abord dans le canal de Sténon, végète dans les conduits et culs-de-sac uiandulaires et vient exciter par sa présence, soit les dernières terminaisons nerveuses, soit les nombreuses cellules ganglionnaires comprises dans l'épaisseur de la glande. Il se multiplierait ensuite dans le sang en produisant une maladie générale fébrile.
Si, au lieu d'étudier ce que devient la glande lorsqu'on la fait sécréter abondamment, on recherche quelles sont les modifications qu'elle éprouve lorsqu'on en supprime le fonctionnement d'une manière absolue, par exemple après la ligature du canal de Wharton, on constate, ainsi que nous l'avons fait il y a longtemps (voy. t. I, p. 348), que, loin de se gonfler et de s'hypertrophier sous l'influence de l'accumulation des produits sécrétés et des éléments sécréteurs, elle subit à la longue une atrophie considérable.
Des coupes de la glande atrophiée, faites à l'aide des méthodes indiquées précédemment, permettent de constater que l'atrophie a porté sur les éléments glandulaires, tandis que les parties connectives de l'organe sont hypertrophiées. Il s'y est produit une véritable cirrhose. Si l'on examine de plus près les culs-de-sac et les conduits glandulaires, on est bientôt frappé par ce fait que toutes les cellules qui les tapissent sont devenues semblables ; les cellules à mucus, les cellules des croissants de Gianuzzi, les cellules cylindriques basses des canaux les plus fins, les cellules cylindriques striées des conduits principaux ont toutes été ramenées à un même type, celui des cellules glandulaires embryonnaires, c'est-à-dire qu'elles sont toutes semblables à celles que l'on observe dans une glande en voie de développement. Dix mois après la ligature du canal de Warthon, les culs-desac glandulaires ne sont pas distendus par l'accumulation d'un produit de sécrétion; mais on trouve, dans les principaux canaux, des moules sous forme de masses réfringentes, jaunâtres dont l'aspect se rapproche bien plus de la substance colloïde que du mucus. Peut-être
piivsinr.or-iK patiiologiotie des glandes salivaihes. 251
proviennent -ils d'une U-anslommlion de la matière muqueuse accumulée d'abord dans les canaux excréteurs.
Ce qu'il faut retenir de cette expérience, car c'est le point important, c'est que la fonction d'une glande étant abolie, la différencia-
Fie. 99. — GI:iiidi3 soiis-ni:ixillaiiv du cliicii dix mois après la ligature de son canal excréteur. Coupe faite après duixissement par l'alcool. Coloration par le picro-carniinate. Conservation dans la glycérine. — a, culs-do sac glandulaires; t, conduit excréteur; u, artéiiole.
tion qui £'était produite dans ses éléments épithéliaux et qui était nécessaire pour cette fonction , disparaît d'une manière complète, les cellules revenant toutes au type embryonnaire ou indifférent. Ce fait ne doit point surprendre ceux qui savent que îa mamelle, après avoir subi, au moment de la lactation, dans ses éléments glandulaires, des modifications considérables, revient à sa forme primitive lorsque ses fonctions transitoires onf cessé.
Les différentes expériences sur la glande sous-maxillaire du chien que nous venons de rappeler doivent servir à élucider une série de processus morbides qui se passent dans les glandes muqueuses de la bouche et dans les glandes en général. Lorsque, sous l'influence de l'inflammation ou d'une néoplasie quelconque, la fonction d'une glande reste longtemps supprimée, les éléments glandulaires cessent d'ôlre difterenciés et ils reviennent peu à peu à une forme embryon-
naire qu'ils conserveront tant que la fonction restera supprimée. Ils donneront même lieu, ainsi que cela se voit dpns la mamelle et surtout dans la parotide, à des néoformations actives sous forme de bourgeons épithéliaux végétant dans diverses directions. Si par hasard la fonction de la glande est rétablie, ces éléments pourront, par le fait d'une nouvelle différenciation, récupérer la disposition physiologique qu'ils affectent chez l'adulte.
Mais lorsque la fonction d'une glande est supprimée d'une façon définitive, comme cela arrive à la suite de l'obstruction de son canal excréteur, elle subit une atrophie plus ou moins considérable et les éléments du tissu conjonctif viennent combler en partie la place laissée par les éléments atrophiés ou disparus. C'est ce qui arrive notamment dans la cirrhose du foie, dans la cirrhose du rein et des autres organes glandulaires. C'est là une des causes de la cirrhose, car cette altération succède aussi à une série d'autres influences qui portent sur le tissu conjonctif des viscères.
§ 3. — Ilistologie pathologique des glandes salivatres.
Inflammation des glandes salivaiues. •— Parotidite catarrhale. — Oreillons. — On donne le nom d'oreillons à une maladie fébrile commune surtout dans la seconde enfance, habituellement épidémique, de nature spéciale et probablement zymotique, qui se caractérise par un gonflement de la parotide et quelquefois par des métastases sur les seins et les testicules. Les parotides timiéfiées dans les oreillons ne suppurent jamais, ce qui les distingue absolument de la parotidite phlcgmoneusc. Comme cette maladie est bénigne, les autopsies dans lesquelles on peut apprécier l'état anatomique de la glande sont très l'ares. D'après Virchow, les lobules glandulaires de la parotide sont saillants et congestionnés, leurs conduits sont remplis de muco-pus, et le tissu conjonctif péri-glandulaire est congestionné et infiltré de sérosité. Pour ce qui concerne la physiologie pathologique de cette maladie, voyez plus haut, page 250. ,
Parotidite phlegmoneuse. — L'inflammation aiguë de la parotide ayant de la tendance à se terminer par suppuration est très variable suivant la cause qui la détermine. Elle succède, en effet, soit à une irritation venue par l'intermédiaire du canal de Sténon (stoma-
l'AriOTlIllTE l'HLEUMO.NEUSE. 253
lile, stomalitc mercuricllc, rétenlion de la salive par un calcul ou une tumeur, inflammalion du conduit de Stcnon), soit à l'inOammation d'un organe voisin propagée par le tissu cellulaire de la loge parotidicnne (adénite, anthrax, arthrite de l'articulation lemporoniaxillaire).
Enfin la parotidite phlegmoneuse métastatique s'observe dans l'infection purulente, la pyémic puerpérale, la pneumonie aiguë, la fièvre typhoïde, le choléra, la dysenterie, la variole, la morve, la diphihérie, etc. Dans ces conditions, sa marche est extrêmement rapide, et elle est d'un pronostic grave. Dans la pneumonie des vieillards, par exemple, elle apparaît brusquement, et la glande est dès le début infiltrée de pus.
A l'autopsie, une parotide atteinte d'inflammation phlegmoneuse, se montre très hypertrophiée, le tissu conjonctif qui l'entoure est œdématié ou même infiltré d'un liquide trouble ou puriforme, et le conduit de Sténon est rempli de muco-pus. Sur une section de la glande, on distingue bien nettement les acini et les lobules glandulaires qui sont plus volumineux qu'à l'état normal. Au début de l'inflammation phlegmoneuse, les lobules glandulaires ne sont pas tous atteints au même degré. Les uns, en effet, présentent une couleur rouge ou rouge sombre, les autres une coloration jaunâti-e et opaque. Les travées de lissu conjonctif qui séparent les acini et les lobules sont épaissies et infiltrées de sérosité. Dans les points de la même glande où l'inflammation est un peu plus ancienne, les acini présentent à leur centre une gouttelette de pus. Lorsque la parotide a été atteinte dans toute son étendue par une suppuration à marche très rapide, tous les lobules et acini oflVent sur une section une couleur jaune, et, en passant le scalpel à leur surface, on obtient un liquide trouble offrant tous les caractères du pus. Au début de la parotidite, on constate, par l'examen microscopique des coupes de la glande, que les cellules des acini sont devenues granuleuses, de la même façon que celles des glandes acineuses de la trachée (voy. t. II, p. 18 et 19); des cellules lymphatiques se sont en outre accumulées dans l'intérieur des culs-de-sac. En même temps les cloisons du tissu conjonctif qui séparent ces culs-de-sac et les lobules glandulaires sont infiltrées de cellules lymphatiques. Les cellules cylindriques des conduits glandulaires sont en prolifération et séparées par des cellules lymphatiques. Toutes les parties constituantes de la glande sont enflammées en même temps. La congés-
tion est assez intense pour déterminer la diapédèse des globules rouges dans le tissu conjonctif et dans les culs-de-sac glandulaires.
Dans les acini devenus jauniÀtres et opaques, les cellules lymphatiques, en nombre considérable, remplissent les culs-de-sac, les conduits glandulaires et le tissu conjonctif.
Le pus se collecte rapidement, soit dans le centre des acini qui présente bientôt une gouttelette de ce liquide, soit dans le tissu cellulaire périglandulaire. La glande très tuméfiée est d'abord bridée par son aponévrose, mais le pus qui remplit la loge parotidienne se fraye tinalcmentun passage à travers les parties avoisinantes jusque sous la peau.
Si l'inflammation s'est développée très rapidement et avec une grande intensité, la parotide enflammée, comprimée par l'aponévrose, peut se sphacéler en partie. Le clapier qui résulte de cette gangrène s'ouvre tantôt du côté de la peau, tantôt dans le pharynx ou par ces deux voies à la fois ; parfois il survient des hémorrhagies résultant de l'ulcération gangreneuse de la paroi des vaisseaux. De grosses branches vasculaires appartenant à la carotide externe el à la veine jugulaire ont été ainsi compromises. On a constaté aussi , comme complication des abcès de la parotide, des phlébites intéressant la jugulaire et les sinus caverneux.
Nous avons eu en vue jusqu'ici les formes graves de la parotidite phlegmoneuse, atteignant la glande dans sa totalité. Mais la parotidite est bénigne lorsque la glande n'est envahie que partiellement. Dans une de ces formes de parotidite chronique et bénigne, la glande est partiellement tuméfiée, et l'on ftiit sortir du pus par le conduit de Sténon, lorsqu'on le presse. L'inflammation paraît bornée à ce conduit, à quelques-uns de ceux qui lui font suite et à un groupe d'acini.
Hypertrophie simple ou adénome. — Autrefois Bérard, Bauchet, etc., ont décrit comme des hypertrophies simples ou comme des adénomes beaucoup de tumeurs de la parotide qu'on classerait aujourd'hui parmi les sarcomes, les fibromes ou les chondromes. Depuis qu'on a pratiqué l'examen au microscope des tumeurs, on a reconnu que l'adénome des glandes salivwes est extrêmement rare. On doit réserver le nom d'adénome de la parotide à une tumeur caractérisée par une hypertrophie simple , c'est-à-dire une hypertrophie dans laquelle le type histologique normal de la glande est conservé (voy. 1. 1, p, o38).
SARCOMI': DES GLANDES SALIVAIUES. 255
Kystes salivaires. — Il cxisle dans la science un très pclil nombre d'observations de kystes ou poches salivaires de volume variable, atteignant la grosseur d'un oeuf de poule ou du poing et siégeant dans la parotide. Ces poches, après l'issue de leur contenu, se remplissent de nouveau; elles se gonflent sous l'influence de la masticalion. Il est donc probable qu'elles communiquent avec les canaux excréteurs de la glande, mais nous n'en connaissons pas de relation analomique précise.
Calculs salivaires. — Les calculs salivaires se trouvent quelquefois à l'état de sable dans les poches salivaires. Lorsqu'ils siègent dans les conduits excréteurs des glandes, ils déterminent une ectasic plus ou moins considérable de ces conduits.
On les observe surtout dans le canal de la glande sous-maxillaire (canal de Warthon), mais on les a trouvés aussi quelquefois dans le conduit excréteur de la parotide (canal de Sténon) et de la glande sublinguale.
Lorsqu'un seul calcul occupe l'intérieur d'un conduit salivaire, sa forme est celle d'un ovoïde allongé dans le sens du conduit; sa longueur peut atteindre de 1 à 5 centimètres ; il présente quelquefois une ou plusieurs rigoles longitudinales par où la salive continue à s'écouler. Il est formé de couches concentriques et composées en grande partie de sels calcaires, phosphates et carbonates, et de 7 à 25 pour JOO de matières organiques.
Derrière le calcul il se fait souvent une accumulation de salive dans le conduit dilaté. L'irritation qu'il détermine cause un épaississement du conduit et une sécrétion purulente dont les produits se mêlent parfois à la salive. Quelquefois la paroi du conduit s'ulcère et le calcul pénètre dans le tissu conjonctif voisin où il reste cnchatonné.
On a vu, sous l'influence d'un calcul du conduit de Wharton, la glande sous-maxillaire s'enflammer et s'indurer.
Sarcome. — On peut observer dans la parotide les différentes formes du sarcome, encéphaloïde, fasciculée, kystique, etc.
En même temps que le tissu conjonctif intra-acineux donne naissance au tissu sarcomateux, l'épithélium de la glande redevient embryonnaire, prolifère et détermine la formation de bourgeons épithéliaux pleins qui végètent dans les directions les plus variées. Parfois aussi il donne lieu au développement de kystes plus ou moins volumineux dont la paroi est tapissée de cellules épithéliales
et dont le conlenu est formé d'un liquide généralemenl troublé par la présence d'éléments cellulaires.
Enfin, il n'est pas rare de rencontrer dans des tumeurs de la parotide, franchement sarcomateuses dans la plus grande partie de leur masse, des îlots de tissu muqueux et des nodules de cartilage. Dès lors on pourrait être embarrassé pour désigner la tumeur. Mais, si l'on réfléchit que la marche et par conséquent la gravité de la maladie sont subordonnées à la présence du tissu sarcomateux, on n'hésitera pas à donner au tissu morbide la qualification de sarcome plutôt que celle de chondromo ou de myxome, à moins d'en faire à l'imitation de Virchow un chondromyœosarcome. Nous n'y voyons pas un bien grand inconvénient. Cependant nous' ferons remarquer que pour être logique il faudrait, dans une nomenclature ainsi comprise, compliquer encore le nom de la tumeur. En effet, comme elle renferme de l'épilhélium glandulaire et des vaisseaux de nouvelle formation, il faudrait la désigner sous le nom d'épithélangiochondromyxosarcome.
Myxome. — îl est peu de tumeurs de la parotide constituées par du myxome pur. Le tissu muqueux se trouve au contraire assez souvent mêlé au tissu cartilagineux dans les chondromes de cette glande. Dans le myxome pur de la parotide, le tissu muqueux entoure les culs-de-sac d'une portion plus ou moins considérable de la glande qui y sont comme noyés, ou bien il forme des masses développées dans les grandes cloisons fibreuses, si bien qu'on n'y trouve pas de culs-de-sac glandulaires. La structure de ces tumeurs est celle du myxome en général que nous avons décrit tome I, à la page 177.
Carcinome. — Les carcinomes de la parotide sont beaucoup plus rares que les sarcomes. On en a cependant observé qui répondent à la description, à l'œil nu et au microscope, du squirrhe et de l'encéphaloïde. Ces tumeurs mal limitées des tissus voisins ne possèdent pas d'enveloppe de tissu conjonctif ; après avoir perforé l'aponévrose, elles atteignent la peau et forment des bourgeons qui adhèrent intimement au derme épaissi. Sur une section, elles donnent au raclage du suc laiteux. Quelquefois des lobules de graisse appartenant au tissu conjonctif sous-cutané ou intra-lobulaire de la ghmde sont bien conservés. Lo neii facial et les vaisseaux de la région, plus ou moins compromis, font corps avec la masse morbide.