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LÉSIONS PRODUITES PAR LES AGENTS CORROSIFS ET IRRITANTS

L'ingeslion dans l'estomac de sublimé corrosif, d'acide sulfurique, d'ammoniaque, de potasse, etc., est suivie de la formation d'eschares brunes ou noires, autour desquelles la muqueuse vivement injectée présente bientôt tous les phénomènes de l'inflammation éliminatrice. La chute de l'eschare laisse une perte de substance ou une perforation suivie de péritonite.

L'acide arsénieux, si nous nous en tenons à la description des auteurs, produit aussi une gastrite ulcéreuse escharrotique. Mais il est probable que la lésion initiale consiste dans une infiltration sanguine de la surface de la muqueuse, de la couche glandulaire et du tissu conjonctif, et que la gangrène, puis l'élimination de l'eschare sont consécutives à ces ecchymoses. Dans un empoisonnement récent, nous avons observé ces infiltrations sanguines, à un degré tel que la muqueuse mamelonnée et rouge avait atteint par places une épaisseur de près d'un centimètre. Sur une surface de section, elle présentait une couleur rouge due à une infiltration sanguine. Sur les coupes, on voyait partout des globules rouges du sang, dans l'intérieur des glandes dont les cellules épithéliales étaient cependant conservées , dans le tissu conjonctif intergiandulaire et entre les fibrilles du tissu conjonctif situé audessous des culs-de-sac des glandes. Le tissu sous-glandulaire était tout particulièrement rempli de sang, et extrêmement épaissi par l'épanchement sanguin. Les vaisseaux capillaires et les veinules de ce tissu étaient fortement dilatés et pleins de globules rouges. Dans les portions de la muqueuse ainsi altérées, la circulation du sang et la nutrition des éléments deviennent impossibles. La gangrène survient alors dans la partie malade et l'envahit progressivement.

Il est probable que les observations de gastrite gangreneuse citées par les auteurs se rapportent toutes à des empoisonnements. Cependant Klebs rapporte le fait d'un enfant qui, consécutivement à une inflammation gangreneuse du pharynx avec tuméfaction des ganglions cervicaux, présenta, à l'ouverture de l'estomac, plusieurs taches rondes gangreneuses entourées d'une zone d'inflammation purulente éliminatrice. Il fait remarquer que dans l'anthrax malin de la langue chez le cochon, on observe des lésions analogues de l'estomac.

ULCÈRE SIMPLE DE l'eSTOMAC. 289

Ulcère slmple de l'i^stomag. — L'ulcère simple de rcstomac a élé décrit pour la première l'ois par Cruvcilhier qui l'a nellcment séparé du groupe des tumçurs cancéreuses.

L'ulcère simple est caractérisé par une perte de substance plus ou moins régulièrement circulaire, à bords nettement coupés, de telle sorte que la muqueuse s'arrête au niveau de l'ulcère sans présenter un rebord manifestement bourgeonnant ni renversé. Le fond de l'ulcère est pâle, fibreux, grisâtre, et, comme il est soumis à l'influence du suc gastrique, il présente habituellement à sa surface une couche en voie de destruction moléculaire. Ces pertes de substance sont dues en effet à une véritable digestion d'une partie limitée de l'estomac dans laquelle la circulation a cessé complètement.

L'ulcère simple débute par une érosion superficielle qui n'intéresse que la muqueuse; celle-ci et le tissu conjonctif sous-muqucux sont envahis et détruits; le fond de l'ulcère est alors constitué par les fibres musculaires mises <à nu. Ces fibres disparaissent ellesmêmes peu à peu et il ne reste plus, des parois de l'estomac, que la tunique péritonéale. Lorsque enfin cette dernière fait défaut, la cavité stomacale est limitée par les organes voisins avec lesquels la tunique péritonéale a contracté des adhérences. Aussi voit-on le foie, le pancréas, les ganglions lymphatiques plus ou moins érodés par le suc gastrique, constituer le fond de fulcère.

Après que la muqueuse, le tissu sous-muqueux et les couches musculaires ont été éliminés par les progrès de la destruction moléculaire, on a devant les yeux une ulcération plus ou moins vaste, dont les bords sont taillés en talus ou en gradins, le fond ou sommet ayant une étendue moins grande que forificc ; elle affecte la forme d'un entonnoir dont la partie évasée répond à la face libre de la muqueuse, et fextrémité aux couches profondes.

Pour expliquer cette disposition, qui du reste n'est pas constante, on peut supposer que fulcère répond au territoire nourri par une artériole. Or celle-ci, à partir de la face péritonéale de l'estomac, se divisant et se subdivisant dans les couches musculaires, dans la tunique sous-muqueuse et dans la muqueuse, présente dans son ensemble la forme d'un cône dont la base est à la surface muqueuse (p. 275) : c'est toute la région nourrie par une artériole qui sera détruite par l'ulcération, 11 en résulte souvent que, sur un ulcère assez profond qui a intéressé toutes les tuniques de l'estomac, le bord de l'ulcère, formé par la muqueuse coupée à f emporte-pièce,

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