FORMATION DES TRAVÉES FIBREUSES DANS LA CIRRHOSE
tandis qu'il n'y en apasdans le tissu fibreux qui entoure les branches des veines sus-hépatiques et des veines centrales des îlots. Ces deux systèmes communiquent souvent l'un avec l'autre par des travées fibreuses qui les relient et les anastomosent. Ainsi le tissu conjonctif des espaces portes envoie des bandes qui l'unissent au système annu-
FiG. 137.— Section du foie dans une cirrhose monolobiilaire (d'après Sabourin),
H, H, trabe'cules fibreux entourant les veines sus-iiépatiques ; P, P, trabécules de môme nature entourant les rameaux de la veine porte, — Grossissement de 12 diamètres.
laire des veines sus-hépatiques. Des portions du parenchyme des cellules hépatiques qui appartenaient primitivement à un lobule normal et à plusieurs lobules normaux sont par conséquent entourées par ces bandes qui viennent à la fois des espaces portes et du tissu conjonctif épaissi qui accompagne les veines sus-hépatiques. Si les travées fibreuses péri-sushépatiques sont prédominantes en un point, elles pourront même circonscrire une portion du parenchyme au milieu duquel on trouvera une section de la veine porte avec ses canalicules biliaires.
A mesure que la cirrhose s'accentue en déterminant la formation d'une plus grande quantité de tissu conjonctif nouveau, les bandes fibreuses, parties à la fois de la veine porte et de la veine sus-hépatique, deviennent plus épaisses; elles forment autour des îlots de cellules une enveloppe complète non interrompue, et ainsi se trouvent constitués les îlots ou lobules de la cirrhose . Il est facile de com-
prendre, de cette façon, comment il se fait que ces îlots ne présentent plus à leur centre de veine centrale et pourquoi les cellules hépatiques qui les composent n'offrent plus leur disposi lion trabéculaire. habituelle.
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FiG. 138. — Section du foie dans une cirrhose mullilobulaire (d'après Sabourin).
H, H, travées fibreuses développées autour des veines sus-hépatiques; P, P, travées développées autour des branches de la veine porte. — Grossissement de 12 diamètres.
Dans la cirrhose mullilobulaire, les mamelons saillants à la surface du foie, au-dessous de la capsule de Glisson, les grains arrondis du volume d'une lentille ou d'un petit pois ou davantage qu'on aperçoit sur une surface de section, étaient considérés comme résultant de la réunion de plusieurs lobules entourés par une capsule fibreuse commune appartenant au tissu fibreux qui accompagne les veines portes. Mais cela n'est pas absolument exact, suivant Sabourin. Le tissu fibreux épaissi autour des veines sus-hépatiques prend au moins autant de part à la constitution de leur coque que celui des veines portes. Ces gros ilôts de la cirrhose multilobulaire paraissent être au premier abord formés par un tissu hépatique homogène; ils sont habituellement sphériques, et, lorsqu'on les étudie à l'œil nu sur une coupe du foie, on constate qu'ils n'ont pas contracté une adhérence très intime avec la membrane fibreuse qui les contient de
LÉSIONS DU TISSU CONJONCTIF DANS LA. CmUIIOSE. 415
telle sorte qu'on peut, les en séparer assez laeilement, ce qui est impossible dans la ciri'hose monolobulaire. Les coupes de ces îlots examinées au microscope montrent d'abord qu'ils sont cloisonnés à leur intérieur par des travées fibi'euses qui les divisent en segments arrondis, et que ces travées se continuent avec l'enveloppe commune; seulement cette coque fibreuse commune est de beaucoup plus épaisse et plus résistante que les cloisons secondaires. Chacun des gros grains est donc composé de petits îlots renfermés dans une seule enveloppe fibreuse. Sur des coupes étendues du foie examinées à un faible grossissement, on reconnaît que le tissu fibreux qui forme la gaine épaisse commune à plusieurs territoires élémentaires €St constitué par le tissu conjonctif qui accompagne soit des rameaux de la veine porte, soit plusieurs branches de la veine sus-hépatique réunies par des travées fibreuses. Entre les domaines vasculaires atteints, il existe un nombre variable de ramifications portes et sushépatiques respectées, correspondant aux îlots secondaires qui, par leur agglomération, constituent la grosse granulation de la cirrhose multilobulaire. Le foie cirrhose, qu'il soit hypertrophié ou atrophié, peut être uniquement constitué par ces granulations volumineuses, mais souvent aussi, à côté d'elles, il s'en trouve de volume variable et de toutes petites.
Maintenant que nous avons étudié la disposition topographique des îlots de la cirrhose monolobulaire et périlobulaire, nous allons examiner les modifications intimes que subissent les divers éléments qui entrent dans la structure du foie.
Lésions du tissu conjonctif. — L'épaississement du tissu conjonctif constitue le caractère essentiel de la maladie. C'est le tissu conjonctif qui accompagne les troncs veineux de la veine porte et de la veine sus-hépatique qui est altéré de préférence. Comme cette lésion ■est presque toujours causée par l'abus des liqueurs alcooliques, on peut supposer, suivant toute probabilité, que le passage et le séjour de l'alcool dans le sang de la veine porte et du foie sont les causes de l'inflammation chronique du tissu conjonctif qui avoisine ses vaisseaux. Ce tissu conjonctif enikmmé est composé par des fibrilles entre lesquelles se trouvent, dans certaines cirrhoses rapprochées de leur début, une assez grande quantité de cellules rondes migratrices ou de cellules fusiformes (fig. 139). Lorsque le tissu conjonctif s'organise complètement, ses fibrilles s'épaississent et forment de véritables faisceaux, semi-transparents, homogènes, hyalins, et
alors les cellules qui les séparent s'aplatissenl comme dans le tissu conjonctif adulte. On observe, dans la série des cirrhoses, toutes les modifications du tissu conjonctif et tous les intermédiaires entre le
FiG. 139. — Hépatiie iiitersiitielle syphilitique diffuse.
A, G, réseau des cellules hépatiques en dégénérescence graisseuse ; B, cellule hépatique isolée ; G, tissu
conjonctif nouveau. — Grossissement de 300 dianiclres.
tissu embryonnaire et le tissu fibreux adulte ou cicatriciel. Cependant il ne faudrait pas croire que ces modalités du tissu conjonctif soient toujours en rapport direct avec l'époque présumée du début de la maladie. iVinsi dans telle cirrhose hypertrophique durant depuis un ou deux ans, on trouvera des masses de tissu embryonnaire tandis que, dans le foie d'un homme mort accidentellement d'une maladie intercurrente et qui n'avait pas présenté de signes évidents de cirrhose, on verra des travées interlobulaires épaisses formées par de gros faisceaux fibreux séparés par des cellules plates. La maladie est en effet très variable suivant les sujets, suivant la sensibilité de leurs tissus à l'intoxication alcoolique, suivant la continuité ou l'intermittence de celte intoxication. On comprendra facilement que le tissu conjonctif du foie soit fortement enflammé et d'une façon subaiguë dans tel cas donné, tandis qu'il le sera à un faible degré et très lentement dans tel autre, si bien qu'une cirrhose chronique pourra s'établir sourdement et progresser avec une extrême lenteur chez certains individus.
Les vaisseaux appartenant à la veine porte et à la veine sus-hépatique et les canalicules biliaires subissent aussi, dans ces travées fibreuses, des modifications considérables que nous étudierons bientôt.
Lésions de la capsule de Glisson et du péritoine. — Nous avons dit que la capsule de Glisson, à la surface du foie, était toujours épaissie, adhérente, difficile à détacher, et que ces altérations étaient surtout
CIRRHOSE. — LÉSIOIVS DE LA CAPSULE DE GLISSON. 417
marquées au niveau des dépressions et des sillons qui séparent les lohiUes. ïoutelbis les cicatrices de la capsule ne sont jamais, dans la cirrhose, aussi profondes, aussi dures et ramifiées, que celles qui correspondent à des gommes syphilitiques.
Le péritoine péri-hépatic|ue est exceptionnellement intact dans la cirrhose hyperlrophique ou atrophique bien caractérisée. Tantôt, la péritonite étant très peu marquée, on découvre, à la surface du foie, surtout dans les dépressions interlobulaires, de petites granulations à peine visibles à l'œil nu ou des fdaments villeux; d'autres fois il se produit des fausses membranes fibreuses, lamellaires, qui flottent librement à la surface du foie ou qui l'unissent par des adhérences au diaphragme ou aux organes voisins. D'autres fois les fausses membranes sont recouvertes de fibrine, qui nage dans le liquide de l'ascite. La péritonite, plus ou moins aiguë, peut même être généralisée, et il se produit alors souvent dans le péritoine des ecchymoses ardoisées ou noirâtres.
Lorsqu'on examine au microscope une coupe de la capsule de Glisson perpendiculaire à sa surface et comprenant les végétations du péritoine, on observe d'abord un épaississement de la capsule. On apprécie ainsi la structure de ces végétations et on reconnaît qu'elles sont tantôt sessiles et terminées par un renflement (voy. f, fig. 140), tantôt longues et minces, divisées et subdivisées, à extrémité libre, ou soudées à une végétation voisine. Ces végétations, examinées à un fort grossissement, paraissent composées de faisceaux de tissu conjonctif, séparés par des cellules plates; quelques-unes, plus minces, sont formées par un seul faisceau, grêle et très long. La plupart des grosses végétations possèdent des vaisseaux; les plus petites n'en présentent pas toujours; toutes sont recouvertes de cellules épithéliales. Celles-ci peuvent se montrer en amas, en couches épaisses, à la surface des végétations. Ces cellules sont plus tuméfiées, leur protoplasma est plus considérable et plus granuleux que celui des cellules normales du péritoine. Elles ressemblent aux grosses cellules épithéliales du péritoine enflammé.
Les vaisseaux de ces végétations se laissent injecter assez facilement lorsqu'on fait une injection par la veine porte. On peut donc penser que, devenant le point de départ d'adhérences avec les organes voisins, elles favorisent le retour du sang de la veine porte au cœur par des voies collatérales.
. État des vaisseaAix sanguins et de la circulation dans la cirrhose.
— DaES les cirrhoses récentes à tissu embryonnaire, les branches interlobii] aires de la veine porte et les veines sus-hépatiques sont entourées de cellules rondes, et leur paroi présente elle-même des cellules analoo-ues, assez abondantes, infiltrées dans la membrane externe. Dans l'îlot cirrhotique, le tissu conjonctif qui accompagne les capillaires est quelquefois parsemé des mêmes éléments. Les capiliaires et les petits vaisseaux y subissent la même altération que dans
FiG. 140. — Cirrhose hypertrophique.
f, f, végétation du péritoine a et do la capsule de Glisson ; i, une partie d'un lobule hépatique ; toute la figure est occupée par du tissu conjonctif parcouru par des canalicules biliaires c et par des vaisseaux capillaires dilatés énormément V. — Grossissement de 40 diamètres.
rinfïammation ; les cellules qui composent leur paroi se tuméfient; elles deviennent embryonnaires, et le tissu prend des qualités de mollesse et de friabilité qu'il ne possédait pas jusque-là.
Les vaisseaux portes extralobulaires et intralobulaires, et les petites branches de l'artère hépatique siégeant au milieu du tissu conjonctif de la cirrhose récente ou à tissu embryonnaire peuvent se laisser con-