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FiG. 146. — Section du foie dont les cellules hépatiques sont pigmentées. S, veine centrale de l'îlot; c, trabécules de cellules hépatiques; e, granulations de pigment noir dans les cellules de la périphérie de l'îlot ; v, rameau de la veine porte. — Grossissement de 40 diamètres.
Lésions concomitantes de la cirrhose. — A la suite de l'inflammation chronique de la capsule de Glisson, le péritoine est généralement enflammé, végétant, et des fausses membranes fibrineuses ou fibreuses et organisées se développent à sa surface. La péritonite, limitée au pourtour du foie ou généralisée, avec des fausses membranes fibrineuses, avec des ecchymoses, des épanchements sanguins dans les fausses membranes, s'observe quelquefois même sans qu'on ait pratiqué des ponctions abdominales pour évacuer le liquide ascitique. Presque constamment, la muqueuse du tube digestif, depuis le cardia jusqu'à l'anus, est congestionnée, et souvent elle est atteinte d'un catarrhe chronique assez prononcé. Les veines hémorrhoïdales sont presque constamment dilatées à la suite de l'obstacle que le foie cirrhose apporte à la circulation de la veine porte. La partie inférieure du rectum est le siège d'hémorrhoïdes. Les veines œsophagiennes sont également variqueuses.
La rate est généralement hypertrophiée dans la cirrhose, quelquefois même elle est indurée et atteinte d'une inflammation chronique portant sur le tissu conjonctif des trabécules et de la capsule.
Variétés des cirrhoses. — Nous avons décrit jusqu'ici la cirrhose
considérée en général et toutes les lésions qu'on observe dans les diverses parties constituantes du foie, tissu conjonctif et vaisseaux sanguins, vaisseaux biliaires, cellules hépatiques. Mais toute cirrhose ne reproduit pas l'ensemble de ces altérations; il est au contraire des formes de cirrhose qui se distinguent par une localisation spéciale et par un ensemble de lésions comparables entre elles. Ces formes de cirrhose peuvent êlre considérées comme des variétés.
a. Cirrhoses observées dans le cours des fièvres intermittentes. — Nous avons eu l'occasion d'observer plusieurs pièces de cirrhose provenant d'enfants atteints de cachexie palustre, morts dans le service du docteur Obedenaro à Bucharest et chez lesquels l'alcoolisme ne pouvait être soupçonné. Nous avons constaté le transport par les veines portes de leucocytes imprégnés de pigment noir, la diapédèse de ces cellules dans le tissu conjonctif périportal et l'épaississement de ce tissu conjonctif, et en même temps la pigmentation noire des cellules hépatiques. Dans ces dernières années, Kelsch et Kiener ont étudié l'intoxication paludique dans les hôpitaux d'Algérie. Ils ont constaté dans le foie d'individus morts de fièvre pernicieuse que non seulement les vaisseaux portes et les capihaires des îlots charriaient des globules blancs pigmentés, mais que les cellules endothéliales de ces vaisseaux contenaient aussi du pigment noir. Chez les malades qui succombent à la suite de fièvres intermittentes de longue durée ou avec la cachexie palustre, ces auteurs ont vu les différentes formes de la cirrhose, généralement avec une hypertrophie du foie, avec des lobules affectés d'hépatite parenchymateuse nodulaire , avec des noyaux d'adénome en même temps qu'avec la pigmentation plus ou moins marquée du tissu conjonctif de nouvelle formation et des cellules hépatiques.
b. Cirrhose cardiaque. — Nous avons décrit la congestion chronique, avec dilatation des vaisseaux capillaires et atrophie des cellules hépatiques, qu'on observe si souvent chez les malades affectés de maladies chroniques du cœur (voy. p. 377 et suiv.). Mais en outre, dans les mêmes conditions, il survient quelquefois une cirrhose spéciale portant surtout sur le tissu périphérique aux veines sus-hépatiques. C'est là ce qu'on appelle à proprement parler la cirrhose cardiaque. Il va sans dire que les sujets atteints d'une affection cardiaque peuvent présenter aussi une véritable cirrhose commune. Nous avions décrit cette forme de cirrhose cardiaque
CIRRHOSE CARDIAQUE. 431
dans la première édilion de ce manuel; nous avions insisté sur la néoformaliou d'un tissu conjonctif embryonnaire ou fibreux, le long des veines sus-hépaticjues et au pourtour des veines centrales des îlots. Plus tard, Talamon et Wickliam Legg affirmèrent que jamais on ne voit, dans les aiïections cardiaques, de production conjonctive autour des veines centrales des îlots. Sabourin a repris récemment cette question (Revue de médecine , iO l\u'û\el iHSS) , et il a confirmé notre opinion. Voici en résumé la description qu'il en donne :
Assez fréquemment, dans les maladies du cœur, les capillaires qui font immédiatement suite aux branches de la veine sus-hépatique sont dilatés. Ces veines et ces capillaires forment des bandes qui
FiG. 147. — Vue d'ensemble des lobules hépatiques dans la cirrhose cardiaque (d'après Sabourin).
Les travées du tissu fibreux T accompagnant les veines sus-hépatiques SH, limitent des lobules au milieu desquels se trouvent les veines portes avec les canaux biliaires qui les accompagnent. La zone périphérique de ces lobules montre un réseau de capillaires dilatés V.
finissent par entourer des portions de lobules hépatiques en affectant la même disposition que les travées de tissu fibreux qui accompagnent les veines sus-hépatiques dans la cirrhose mono et multilobulaire. Dans ces travées, constituées par les veines et les capillaires dilatés, la paroi des vaisseaux capillaires s'épaissit; des cellules rondes se montrent le long de la paroi des veines et des capillaires ; les travées de cellules hépatiques, interposées aux capillaires dont la paroi est épaissie, s'atrophient ; les cellules hépatiques dont le protoplasma est diminué conservent leurs noyaux. Tout ce tissu intermédiaire aux capillaires se tasse et finalement devient
fibreux (fig. 448, T). Dans ce tissu conjonctif sclérosé, les capillaires persistenL à l'état de fentes ou de lacunes plus ou moins grandes remplies de sang. Il s'agit, comme on le voit, d'une cirrhose ayant
Fig. 148. — Évolution de la cirrhose cardiaque (d'après Sabourin). SH, veinule sus-hépatique coupée obliquement. En X les capillaires du lobule hépatique sont dilatés et les trabécules de cellules hépatiques atrophiés. La condensation du tissu conjonctif se produit en T en même temps que les vaisseaux capillaires sont moins dilatés. A droite de la veine, en Y, les capillaires sont beaucoup plus dilatés. — Grossissement de 40 diamètres.
pour siège le territoire des veines sus-hépatiques et accompagnée de lésions des capillaires voisins de ces veines.
c. Cirrhoses hypertrophigues. — Les cirrhoses hypertrophiques sont loin de présenter toujours le même aspect et la même structure. Aussi sommes-nous obligés de distinguer dans ce groupe plusieurs types différents :
1° Cirrhose biliaire. — H y a quelques années, lorsque, à propos de plusieurs faits de cirrhose hypertrophique, nous eûmes montré que le tissu conjonctif des travées cirrhotiques présentait une grande quantité de canalicules biliaires, lorsque Wickham Legg, Charcot et Gombaut eurent réussi à produire des cirrhoses par la ligature du canal cholédoque, on se demanda s'il n'y avait pas une relation directe entre l'ictère qu'on observe presque constamment, la rétention de la bile, l'inflammation chronique des canaux biliaires, la néoformation des canalicules et le développement du tissu conjonctif Ilanot,
CIRRHOSE BILIAIRE. 433
en étudiant les lésions des canaux biliaires interlobulaires dans la cirrhose liyperLropliique, trouva que souvent les canaux inleiiobulaires d'un certain volume sont entourés d'une zone de lissu con-
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FiG. 149. — Section du foie dans une cirrhose hypertrophique. , a, a, îlots hépatiques ; b, m, groupes de cellules hépatiques isolés au milieu du tissu scléreux ; c, c, canaux biliaires de nouvelle formation sillonnant en tous sens le tissu fibreux ; n, un îlot de tissu embryonnaire. — Grossissement de 80 diamètres.
jonctif embryonnaire épaisse, qui forme autour d'eux un véritable manchon. Ces canaux présentent leur revêtement épithélial normal ou proliféré et épaissi , et dans leur lumière des cellules rondes libres ou des cellules épithéliales détachées. De ces faits anatomiques, Hanot concluait à un catarrhe des canaux biliaires et à une inflammation chronique du tissu conjonctif qui les entoure. Une pareille lésion devait empêcher jusqu'à un certain point le cours normal de la bile. Rapprochée de l'expérience de la ligature du
canal cholédoque et de la néoformation de canalicules biliaires, elle tendait à expliquer cette variété de cirrhose et l'ictère qui en est la principale manifestation. C'est ainsi que fut constituée cette variété spéciale, la cirrhose biliaire, dont Charcot a tracé dans ses leçons une description magistrale. On lui donnait comme symptômes l'ictère, l'absence habituelle de l'ascite, et une marche assez rapide; comme anatomie pathologique, un foie hypertrophié possédant des travées épaisses, constituées par un tissu embryonnaire ou fibreux, riche en néo-canalicules ; ces travées, au lieu de présenter une disposition annulaire régulière autour des îlots de substance hépatique, offraient souvent des nœuds, des enclaves qui pénétraient dans les îlots du parenchyme; enfin le tissu embryonnaire ou fibreux entourait souvent des canalicules biliaires atteints d'inflammation catarrhale. Celte description répond, en effet, à un assez grand nombre d'observations de cirrhose hypertrophique, et c'est pour cela que nous donnons la cirrhose biliaire comme une de ses variétés distinctes. Cependant il ne faudrait pas admettre sans objection l'idée essentielle qui lui a fait donner son nom, car l'ictère se trouve dans beaucoup d'autres variétés de cirrhose hypertrophique ou atrophique ; les néocanalicules se rencontrent aussi dans la plupart des cirrhoses; enfin les faits pathologiques dans lesquels les canaux hépatiques visibles à l'œil nu sont rempHs de calculs, oblitérés par places, et qui peuvent être assimilés à une ligature du canal cholédoque, ne concordent pas avec les expériences de W. Legg et de Charcot et Gombaut. Dans les observations d'oblitération des gros canaux du foie, en effet, il se forme bien un épaississement fibreux autour des gros canaux dilatés par places ou oblitérés, mais on n'y observe jamais une véritable cirrhose hypertrophique.
2° Cirrhose hypertrophique graisseuse. — La dénomination de cirrhose biliaire a été pendant quelques années regardée comme synonyme de cirrhose hypertrophique ; mais une autre forme a été décrite récemment et en même temps par Hutinel (1) et Sabourin (2), Les observations qui ont été publiées par ces auteurs et celles relatées depuis, établissent la réalité de cette variété, qui est caractérisée par les particularités suivantes. L'iclère en est le symptôme constant ; on l'a observée assez souvent chez des phthisiques. Le foie,
(1) Étude sur quelques cas de cirrhose avec stéatose du foie (Société clinique de Paris, •10 mars 1881).
(2) Cirrhose hypertrophique graisseuse {Archives de phijsiologie, 1881, p. 584).
CIRUHOSE DES DIABÉTIQUES. 4.35
volumineux, esL ordinaircmcnl lisso à sa surlace. La couleur du parenchyme est jaune ou jauno-verdAli-e, ce qui est dii à la dégénérescence graisseuse complète de toutes les cellules hépatiques. La surface de section est planiforme et non granuleuse. Sur des coupes étendues, examinées à un faible grossissement, on ne reconnaît pas de travées épaisses formant des cercles complets autour des îlots cirrhotiques. Le tissu conjonctif des espaces portes est le siège initial de la cirrhose. Ce tissu envoie dans les îlots hépatiques une série de tractus irréguliers, qui les pénètrent et s'y divisent en séparant de petits groupes de cellules. Les canalicules biliaires qui s'y trouvent en assez grand nombre sont entourés de zones fibreuses denses et épaisses. Cet arrangement du tissu fibreux qui pénètre les îlots hépatiques et s'y ramifie, ne s'observe guère que dans cette variété de cirrhose. Mais sa forme caractéristique gît surtout dans la transformation adipeuse de toutes les cellules hépatiques. Celles-ci sont remplies et distendues par une ou plusieurs gouttelettes huileuses entourées de protoplasma. Leur noyau, rejeté à la périphérie, est bien conservé. Ces cellules sphériques sont toutes limitées par des fibrilles de tissu conjonctif et par une bordure de petites cellules rondes ou ovoïdes. Yues sur une coupe et colorées par le carmin, elles ressemblent aux cellules du tissu adipeux enflammé. Les îlots hépatiques sont donc pénétrés complètement, intimement, dans toute leur étendue, par un tissu conjonctif embryonnaire. Dans les bandes périlobulaires, on trouve aussi quelques cellules hépatiques réunies par petits groupes ou isolées et toujours adipeuses. Les veines sus-hépatiques sont quelquefois oblitérées.
3° Cirrhose hypertrophique des diabétiques. — Il était tout naturel de chercher dans le foie l'explication du diabète : Wilks et Stockvis ont trouvé une augmentation du poids de l'organe et une hépatite interstitielle. Les diabétiques succombent quelquefois avec une véritable cirrhose hypertrophique. Lécorché croit que les troubles de la fonction glycogénique du foie, qui doivent entrer en ligne de compte dans cette maladie, sont en relation avec les désordres organiques de la cirrhose. Malgré cela, on doit avouer que les lésions propres au diabète sont loin d'être connues aujourd'hui. 11 convient, d'un autre côté, d'attribuer à l'alcoolisme beaucoup de cirrhoses développées chez des diabétiques trop fidèles observateurs du traitement par l'alcool. Quoi qu'il en soit, Hanot et Chauffard ont relaté deux autopsies de diabétiques n'ayant pas abusé de l'alcool, morts
tous les deux après avoir présenté pondant la vie une raélanodermie très accentuée. A l'autopsie, il y avait des tubercules pulmonaires, une cirrhose hypertrophique dans laquelle les travées fibreuses avaient pris naissance autour des veines portes et des veines sushépatiques, et une infiltration des cellules hépatiques et du tissu néoformé par des granules pigmentaires noirs. Ce sont là des faits à enregistrer en attendant de nouvelles observations.
Il ne faudrait pas croire que toutes les cirrhoses hypertrophiques dussent rentrer dans l'une des trois catégories que nous venons d'esquisser. Il n'en est rien. Par exemple, on peut trouver des cirrhoses hypertrophiques, sans ictère, et avec une ascite considérable. Dans toutes les observations de cirrhose hypertrophique ou atrophique, on peut s'attendre à des variations qui déroutent les classifications présentées jusqu'ici.
d. Cirrhose atrophique. — C'est le type même de la cirrhose clas-
FiG. 150. — Cirrhose d'origine alcoolique.
b, tissu conjonctif intcrlobulaire très épaissi ; c, îlot hépatique ; a, veine centrale de l'ilot. —
Grossissement de 25 diamètres.
sique telle que l'a décrite Laennec pour la première fois. La glande hépatique est plus petite qu'à l'état normal, ratatinée, granuleuse, bosselée, mamelonnée, lobulée, irrégulière à sa surface. Sur une surface de section, elle est également granuleuse; les granulations
CIRRHOSE ATROPIIIQUE. 437
font une certaine saillie siu- la coupe, et quand on réussit à déchirer le l'oie, ce qui n'est pas sans difficulté, car il est élastique et résistant, elles paraissent sphériques. Elles ont une couleur variable, fauve, rousse, jaune-roux, rouge, verte, etc., suivant les lésions des cellules hépatiques qui nous sont connues; elles sont séparées par des. travées épaisses, généralement régulières, d'un tissu fibreux, scléreux , presque semi-transparent. Sur une coupe étendue, les granulations tantôt petites, tantôt volumineuses comme dans la cirrhose mullilobulaire, tantôt inégales, paraissent exactement circulaires, entourées suivant toute leur circonférence par des bandes régulières et épaisses de tissu fibreux. C'est le type de la cirrhose annulaire. C'est dans cette forme que s'observent les lésions des vaisseaux et en particulier les phlébites oblitérantes des veines sus-hépatiques dont nous avons donné plus haut la description. Là aussi l'ascite est la règle. L'ictère fait habituellement défaut. Par tous ces caractères, on peut inférer que la cirrhose atrophique est une maladie lente essentiellement chronique. Il est cependant des exceptions à cet ensemble analomo-pathologique et symptomatique. Par exemple, Hanot (1) a donné une série de faits de cirrhose atrophique accompagnés d'ictère et à marche rapide. Les cellules présentaient alors une dégénérescence graisseuse destructive comparable à celle de l'empoisonnement par le phosphore.
Les pathologistes se sont posé la question de savoir si le foie atteint de cirrhose pouvait présenter successivement, pendant la durée de ce lent processus, des lésions variables, de telle sorte, par exemple, qu'une cirihose hypertrophique pût se transformer en une cirrhose atrophique. Les symptômes observés pendant la vie ne renseignent pas d'une façon bien positive; les autopsies, en ne donnant rien autre que la constatation des lésions au moment de la mort, ne sont pas plus explicites. On est donc réduit, pour répondre à cette question, à faire des hypothèses plus ou moins rationnelles, basées sur les généralités que Ton possède relativement à la marche des lésions. Il est certain que le tissu fibreux cicatriciel jouit de la propriété de se rétracter, et il est impossible de nier qu'il n'en soit ainsi dans la cirrhose atrophique, où le foie passe successivement de son volume normal à un volume très restreint. Mais cependant il n'est pas moins vrai que dans les cirrhoses hypertrophiques où les
(1) Sur les cirrhoses atrophiques à marche rapide (Archives de médecine, 1883).
travées de nouvelle formation ne sont pas moins épaisses et moins fibreuses que dans la cirrhose atrophique, le foie augmente progressivement de volume pendant deux et trois années, et atteint des dimensions considérables au moment de l'autopsie. Probablement cette augmentation de volume tient à ce que le tissu conjonctif s'accroît pendant toute cette évolution, en même temps qu'il s'aecumule de la graisse dans les cellules hépatiques et qu'il se forme des lobules d'adénome. Aussi, dans l'état actuel de la science, sans nier la propriété rétractile du tissu fibreux, ne peut-on pas admettre sans conteste la transformation d'une variété de cirrhose dans une autre et en particulier le passage de la cirrhose hypertrophique à la cirrhose atrophique.
Complications de la cirrhose hépatique. — Nous décrirons ici la complication de la cirrhose par l'adénome, et nous indiquerons seulement sa complication par les tubercules et le cancer.
Complication de la cirrhose par Vadénome. — Nous plaçons l'adénome du foie immédiatement après la cirrhose, parce que, d'après les travaux récents dont il a été Tobjet, il se lie d'une façon très intime au processus cirrhotique et paraît en être simplement une complication.
Les nodules, plus ou moins nombreux, plus ou moins volumineux de l'adénome, consistent essentiellement dans une hypertrophie et une hyperplasie des cellules des trabécules hépatiques, qui deviennent volumineuses, souvent canaliculées, moniliformes, qui contiennent des calculs biliaires microscopiques et qui subissent ensuite une dégénérescence granulo-graisseuse. La néoformation d'un tissu de cellules hépatiques peut, en outre, se montrer à l'intérieur des vaisseaux portes, et l'adénome devient alors infectieux.
Lors de la publication delà première édition de ce manuel, nous n'avions pas jugé que les observations de Lancereaux (1), de Griesinger et de Rindfleisch fussent assez démonstratives pour légitimer une description spéciale. Mais, depuis cette époque, les excellents travaux d'Eberth (2), de Kelsch et Kiener (3) et de Sabourin (4),
(1) Contribution à Vétude de riiépato-adénome (Gazette médicale, 1868).
(2) ])as Adenom der Leber {Virchow's Archiv, t. XLIII).
(3) Contribution à Vétude de Vadénome du foie {Archives de physiologie, 1876).
(4) Contribution à Vétude des lésions du parenchyme hépatique dans la cirrhose, Thèse de Paris, 1881.
COMPLICATION DE LA CIRRHOSE PAR l'aDÉNOME. -439
on apportant des observations nouvelles, ont élucidé complètement l'histoire de cette lésion.
Les nodules isolés de l'adénome se manifestent à l'œil nu, sur la coupe d'un foie cirrhose, atrophié ou hypertrophié, sous la forme de masses lobulées, enkystées, de volume variable, pouvant atteindre celui d'une noix ou davantage, de couleur gris-jaunâtre, friables, et qui sont parfois le siège d'hémorrhagies. Lorsque l'adénome est généralisé, le foie est volumineux, bosselé, presque comme dans le cancer secondaire. Il est atteint de cirrhose, et, au sein du tissu sclérosé, on trouve des tumeurs adénomateuses enkystées de couleur jaune d'or et caséeuses, parfois ramollies ou envahies par le sang. En dehors de ces tumeurs, un certain nombre de lobules hépatiques sont dégénérés de la même façon. Le tronc de la veine porte, au voisinage du bile, ou seulement une de ses branches, contient souvent un coagulum gris-rosé, ferme ou ramolli par places, qui s'étend à ses plus fines ramifications.
Des préparations de l'adénome du foie, obtenues par dissociation, montrent des cellules hépatiques isolées ou groupées sans ordre et des cylindres épithéliaux. Ces cylindres, dépourvus de paroi propre, contiennent parfois des cellules prismatiques volumineuses , à un ou plusieurs noyaux, à protoplasma granuleux, renfermant souvent des granulations graisseuses, et se colorant par le picrocarminate comme les cellules hépatiques. Certains cylindres présentent à leur intérieur un rudiment de canal central contenant çà et là de petits blocs arrondis ou ovoïdes, réfringents, qui sont des concrétions biliaires (voy. fig. 152). Un grand nombre de ces cylindres qui contiennent dans leur intérieur des blocs calculeux sont moniiiformes, à renflements nombreux et volumineux. Les cellules qui tapissent ces renflements se sont modifiées et constituent une simple couche de petites cellules cubiques.
Les coupes microscopiques sont plus instructives. Sur les parties du foie les moins malades, on constate tous les signes anatomiques de la cirrhose à travées fibreuses annulaires contenant des pseudocanalicules biliaires en nombre plus ou moins considérables. Dans les îlots du parenchyme hépatique, on observe souvent des travées cellulaires variqueuses avec de petites concrétions biliaires au milieu d'un canal central très apparent et l'arrangement spécial des cellules décrit par Kelsch et Kiener sous le nom d'évolution nodulaire. Sur la coupe des îlots cirrhotiques qui se transforment en adénome, apparaissent des amas arrondis de trabécules hépatiques hypertro-
phiés, dont les cellules sont très granuleuses et contiennent un ou
FiG. 151. — Coupe d'un foie cirrhose montrant des lobules d'adénome à différents états (dessin de
Sabourin).
a, noyau d'adénome naissant dans un lobule ; a', nodule un peu plus volumineux ; a", nodule d'adénome dont les cellules volumineuses sont en partie désintégrées ; c, tissu conjonctif; v, vaisseaux; b, vaisseaux biliaires.
plusieurs noyaux volumineux. A un degré plus avancé , ces trabé-
FlG. 152. — Travées des cellules hépatiques devenues indifférentes, pavimenteuses ou cylindriques,
et présentant à leur centre un canal avec des calculs biliaires microscopiques (d'après Sabourin).
m, tissu conjonctif; n, petites cellules pavimenteuses ou cubiques ; e, e', calcul.
cules, encore plus épais, s'imbriquent et forment un nodule distinct^
STRUCTURE DE l'ADÉNOME. 411
bien qu'ils se conlinuent directement avec les trabécules environnants (voy. a, iig. 151». A mesure que ce nodule grossit, les trabécules qui l'entourent s'aplatissent, s'atrophient et loiment des lamelles imbriquées comme d;ms un bulbe d'oignon. Le nodule finit par être isolé du reste de Tîlot par une zone de cellules hépatiques aplaties qui sont remplacées ultérieurement par du tissu fibreux enkystant le nodule adénomateux {a", fig. i51). Cet enkystement, décrit par Sabourin, constitue une sorte de cirrhose secondaire autour des nodules de l'adénome.
Les trabécules des nodules adénomateux offrent une structure variable; au lieu d'être très volumineuses, les cellules dont ils sont composés ont parfois les dimensions des cellules normales, ou même elles sont plus petites qu'elles. Ces trabécules, qui ne possèdent pas de membrane propre, sont séparés les uns des autres par les vaisseaux capillaires, dont la paroi peut être épaissie et autour desquels H se forme souvent du tissu conjonctif fibrillaire.
Les cylindres pleins de l'adénome peuvent devenir canaliculés et montrera leur centre, sur les coupes, une lumière transversale, oblique ou longitudinale, suivant le sens de la section ; cette lumière contient par places des calculs biliaires microscopiques. Ces calculs, lorsqu'ils prennent un plus grand volume, refoulent autour d'eux les cellules épithéliales, qui deviennent cubiques ou même cylindriques à leur niveau (voy. fig. 152).
Les lobules de l'adénome sont souvent envahis en totalité par la dégénérescence graisseuse ; celle-ci porte sur les cellules épithéliales des cylindres pleins ou creux. Lorsque celte fonte granuleuse ou granulo-graisseuse est très prononcée, les cellules se fragmentent en blocs irréguliers formant un magma dans lequel il est difficile de reconnaître les éléments primitifs.
Ils deviennent aussi parfois tout à fait scléreux par suite de' la formation de tissu conjonctif autour des parois des vaisseaux capillaires ; les cylindres épithéliaux sont alors isolés les uns des autres, comprimés, et les cellules étouffées finissent par s'atrophier. Un îlot d'adénome est ainsi transformé en un lobule de cirrhose.
On trouve assez souvent les lobules d'adénome envahis par des hémorrhagies qui sont la conséquence de la dilatation des vaisseaux et de la friabilité du tissu. Le lobule adénomateux est alors dissocié par le sang qui fait irruption dans son intérieur, et même parfois on ne trouve plus à sa place qu'un caillot sanguin, au milieu duquel nagent des débris de cellules hépatiques ou de cylindres épithéliaux.
CORNIL ET RANVIER. II. — 29
.D'aulres fois le sang infiltre tout un lobule, les globules pénétrant partout, entre les cellules des cylindres épilhéliaux, par exemple, sans que la texture de ce lobule soit détruite immédiatement.
Les adénomes du foie présentent encore une particularité singulière : les branches de la veine porte et plus rarement les veines sushépatiques contiennent des caillots renfermant un tissu formé de cellules hépatiques et même de cylindres épithéliaux semblables à ceux que nous venons de décrire. Ces caillots se propagent dans les branches de division des vaisseaux. On n'a pas encore donné de ces faits une explication plausible.
Complication de la cirrhose par les tubercules. — Nous avons observé assez souvent, dans ces derniers temps, des foies cirrhoses, généralement hypertrophiés, au milieu desquels on trouvait soit des granulations tuberculeuses miliaires semi-transparentes, possédant un centre opaque et parfaitement nettes, soit de petites taches grisâtres à peine visibles à l'œil nu, et qu'on reconnaissait au microscope pour être de très petits follicules tuberculeux avec des cellules géantes. Ces tubercules sont rarement nombreiix; ils siègent au milieu des travées de tissu conjonctif. Quelquefois on trouve en même temps une tuberculose ancienne du poumon avec des cavernes ; mais dans d'autres cas, les poumons sont indemnes, et la tuberculose survenue dans un foie primitivement cirrhose s'accompagne d'une éruption de lubercules miliaires localisée dans le péritoine péri-hépatique et diaphragmatique ou généralisée à toute la séreuse. Il est probable que la localisation des tubercules dans le foie résulte de ce que cet organe est déjà atteint d'une inflammation chronique. Peut-être aussi ces malades affectés de cirrhose, séjournant très longtemps dans des salles d'hôpitaux où ils sont au milieu de phthisiques, y contractent- . ils la tuberculose par contagion.
Coïncidence de la cirrhose et du carcinome. — Toutes les tumeurs déterminent, ainsi que nous l'avons déjà dit (p. 408), une cirrhose partielle autour d'elles. Le carcinome primitif du foie, soit au pourtour de sa masse initiale, soit autour des nombreux nodules disséminés dans tout l'organe, est accompagné par des travées de tissu conjonctif scléreux qui environnent les îlots hépatiques et qui renferment des néo-canalicules comme le tissu conjonctif de nouvelle formation delà cirrhose.