DÉGÉNÉRESCENCE GRAISSEUSE
Dégénérescences du foie. — Nous avons déjà étudié la dégénérescence i»i'aisscuse et la dégénérescence amyloide des cellules hépatiques. Nous devons maintenant consid(''r(3r la topographie de ces
FiG. 153. — Surcharge graisseuse du foie (dessin de M. de Sinéty).
A, une cellule hépatique présentant plusieurs gouttelettes graisseuses b et des granulations de même nature : a, noyau de la cellule. — Grossissement do 300 diamètres.
B, foie d'une chienne allaitant ses petits; coupe après durcissement par l'acide osmique. Les cellules du centre du lobule sont remplies de gouttelettes de graisse b, colorées en noir par l'acide osmique : h, veine centrale des îlots. — Grossissement de 40 diamètres.
C, foie pendant la digestion des matières grasses : h, veine centrale ; p, veine porte; 6, cellules de la périphérie des îlots chargées des gouttes de graisse. — Grossissement de 40 diamètres.
dégénérescences et les lésions concomitantes des autres éléments constituants du foie.
Dégénérescence graisseuse. — ■ L'accumulation de la graisse dans le foie n'est pas liée au développement du pannicule graisseux sous-cutané ni à la polysarcie, à moins qu'il ne s'agisse de buveurs; tout au contraire, les individus qui présentent à l'autopsie une dégénérescence graisseuse du foie sont généralement amaigris par une longue maladie chronique, telle que la phthisie pulmonaire, une suppuration osseuse, la scrofule, ou bien ils sont en proie à une maladie cardiaque. Nous verrons en effet que la gêne de la circulation et les maladies de poitrine ont une grande influence sur la production de la lésion hépatique qui nous occupe et que,
lorsque la graisse s'emmagasine dans le foie, cela indique, non une richesse de l'économie, mais au contraire son impuissance à brûler les matériaux hydrocatbonés provenant de la digestion.
Il y a cependant une exception à celte règle, c'est l'accumulation physiologique de la graisse dans le foie avant et pendant la lactation, chez toutes les femelles des mammifères ; chez la femme en particulier, au moment où va s'établir la lactation et pendant tout le temps qu'elle dure, les cellules hépatiques du centre de l'îlot sont remplies de grosses gouttelettes graisseuses. Les cellules de la moitié de l'îlot hépatique qui entoure la veine centrale sont chargées de graisse tout en conservant leur noyau et leur protoplasma, tandis que les cellules de la périphérie (voy. fig. 153) n'en contiennent que très peu.
Cette quantité considérable de graisse est évidemment tenue en réserve pour servir à la fabrication du lait. Des globules graisseux entrent en effet pour une grande part dans la composition de ce liquide; ils y sont libres ou entourés d'une enveloppe albumineuse. La substance adipeuse destinée à la lactation est déposée dans le lobule hépatique autour des veines sus-hépatiques, c'est-àdire le plus près possible des vaisseaux qui doivent l'emporter dans le sang.
Dans la plupart des autres dégénérescences graisseuses partielles, la graisse siège habituellement au contraire à la périphérie de l'îlot. Ainsi, pendant le travail physiologique de la digestion, chez les animaux qui ont ingéré récemment du lait ou un autre aliment gras, il passe de la graisse dans le sang de la veine porte, et les cellules hépatiques en retiennent des gouttelettes. Mais ce sont seulement les cellules les plus rapprochées de la périphérie de l'îlot, dans une zone circonférenlielle très mince, qui présentent des granules graisseux dans leur intérieur.
Dans tous les cas pathologiques, la dégénérescence graisseuse est secondaire, et elle occupe d'habitude une zone périphérique du lobule plus ou moins étendue ou la totalité de l'îlot. Ainsi on observera, par exemple, dans la moitié externe de l'îlot, une distension complète des cellules par une, deux ou trois grosses gouttes huileuses ; ces cellules, au lieu d'avoir leur forme polyédrique normale, seront devenues sphériques et volumineuses; leur noyau conservé sera rejeté à la périphérie de l'élément, et le protoplasma entourera la graisse de toute part. Les cellules ainsi altérées ressemblent beaucoup à une vésicule adipeuse du pannicule adipeux sous-cutané. Les