‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 2)Chapitre 104 sur 239 · LES CELLULES HÉPATIQUES DANS LA CIRRHOSE · texte numérisé non relu

LES CELLULES HÉPATIQUES DANS LA CIRRHOSE

sanguin, par le pigment noir et par la substance amyloïde. Un mot sur chacun de ces états.

Lorsque, sur des coupes du foie cirrhose, on constate que les îlots de la cirrhose sont constitués par des cellules granuleuses, pourvues de noyaux et ayant conservé leurs caractères normaux, il n'en est pas moins vrai que beaucoup d'entre elles ont disparu et ont été remplacées, à la périphérie des Ilots, par du tissu conjonctif. Dans les travées fibreuses, en effet, on trouve des cellules isolées ou ^n petits coupes. Leur protoplasroa et leur noyau peuvent êlre normaux. Par saite de la compression qu'exerce le tissu conjonctif périlobulaire et intralobulaire, elles s'atrophient en conservant souvent leur forme primitive et elles diminuent dans tous les sens. Plus souvent le Ussu conjonctif isole, à la périphérie des ilats, des trabécules de cellules hépatiques, et, en les comprimant, les transforme en des boyaux minces formés de cellules atrophiées qui ont été bien décrits par Klebs. Dans d'autres cas, la compression s'exerçant seulement dans an sens, elles s'aplatissent les unes contre les autres. On connaît la iacililé de l'aplatissement des cellules et des lobules sous l'influence de la compression; nous avons insité déjà sur ces changem^pi5 de forme (voy. p. 366). Dans les îlots arrondis de la cirrhose formés de cellules qui paraissent normales, celles-ci n'en sont pas moins disposées d'une façon toute particulière et qui s'éloigne de leur arrangement physiologique. Elles ne rappellent en rien la disposition rayonnante des trabécules cellulaires; elles sont agglomérées, rondes ou polyédriques par pression réciproque.

Lorsque les îlots sont colorés en vert, ainsi que cela s'observe dans la rétention de la bile avec ictère généralisé qui accompagne quelquefois la cirrhose atrophique et assez souvent la cirrhose hypertrophique, les cellules hépatiques contiennent du pigment biliaire sous orme de petites granulations, et même, dans certains cas, le protoplasma de la cellule tout entière est coloré en jaune clair. En faisant a<nr avec ménagement l'acide nitrique sur la préparation, on colore davantage les cellules qui prennent une teinte jaune-verdfttre ; on obtient le même résultat avec la solution iodée. Dans ces cellules colorées, il peut y avoir, en même temps qu'une infiltration de bile, une accumulation de gouttelettes huileuses qui les distendent plus ou moins. Les gouttelettes d'huile ne sont pas colorées, mais le protoplasroa cellulaire disposé autour de la graisse, comme dans les cellules du tissu adipeux sous-cutané, est coloré par la bile. Dans les ilois de couleur vert foncé examinés sur des coupes minces, on

trouve assez souvent des canaux biliaires intralobulaires contenant de petits fragments d'une substance dure, réfringente, jaune ^fu verte. Ce sont là de petites concrétions biliaires microscopiques qui dépassent à peine le diamètre ordinaire des canaux, qui mesurent 4 à 5 fi. Nous retrouverons ces concrétions et les lésions des cellules qu'elles déterminent en étudiant l'adénome du foie.

L'altération la plus commune des cellules, dans la cirrhose, est U dégénérescence graisseuse. Elles renferment alors des gouiteleU».*s de graisse ou une grosse goutte unique qui les distendent. Leui^ noyaux sont souvent conservés et rejetés à la périphérie de la gouttelette de graisse, comme dans une vésicule adipeuse du pannicule sous-cutané. Lorsque les Ilots cirrholiques sont formés uniquemeot de cellules infiltrées de graisse, leur couleur est généralement jaunâtre à l'œil nu. Parfois, à côté des cellules munies de graisse, on trouve des cellules plus ou moins infiltrées de pigment biliaire ou sanguin. Ces lésions donnent à l'ilot tout entier la couleur jaune fauve ou brunâtre regardée comme caractéristique par Laennec.

Le pigment rouge, provenant des globules sanguins, est souvent prédominant dans les cellules. Celles-ci contiennent alors des granulations brunes d'hématine en plus ou moins grande quantité, et le> lobules présentent une couleur brup-acajou. Cet état des cellules hépatiques est analogue à celui qu'on observe dans le foie noix d^ muscade lié à l'augmentation de la pression du sang dans les cavitê> droites du cœur et dans les veines sus-hépatiques.

On trouve quelquefois dans la cirrhose des parties tachetées d'noir. Il faut toujours se défier des altérations provenant de la décomposition cadavérique ; sous son influence le pigment rouge s** transforme assez facilement en pigment noir et certaines parties du foie, sa surface surtout, prenant une teinte ardoisée ou grisâtre. Mai> lorsque l'autopsie est faite en hiver, vingt-quatre heures après b mort, lorsqu'il n'y a pas de signes de décomposition cadavérique visibles, on peut attribuer au pigment noir une véritable signification pathologique. C'est ainsi que plusieurs anatomistes ont mentionné et que nous avons vu également du pigment noir, soit dans le ti^u conjonctif, soit dans les cellules hépatiques elles*mèmes, que les sujets aient été atteints ou non de fièvre intermittente pendant la m< (voy. fig. 446).

La complication du foie cirrhose et de la dégénérescence amyloîdc des cellules et des vaisseaux est assez rare. Elle peut se rencontrer toutefois dans les maladies qui amènent la dégénérescence amyloidi

VARIÉTÉS DES CIRRHOSES.

des viscères, en particulier dans la syphilis, et dàas les suppuratione prolongées, quelle que soit leur cause.

lésions concomitantes de la cirrhose. — A la suite de l'inflammalioo chronique de la capsule deGiisson, le péritoine est généralement eonammé, végétant, eldes fausses membranes fibrineuses ou fibreuses d oi-çanisées se développent à sa surface, La péritonite, limilée au pourtour du foie ou géDéralisée, avec des fausses membranes fibri- Qeuses, avec des ecchymoses, des épaachements sang;uins dans les busses membranes, s'observe quelquefois même sans qu'on ait praii<{iié des ponctions abdominales pour évacuer le liquide ascitique. Presque constamment, la muqueuse du tube digestif, depuis le cardia jus4)u'à l'anus, est congestionnée, et souvent elle est atteinte d'un '■alarrhe chronique assez prononcé. Les veines hémorrhoïdales sont presque constamment dilatées à la suite de l'obstacle que le foie (trrhosé apporte à la circulation de la veine porte. La partie inférieure du rectum est le siège d'hémorrhoïdes. Les veines œsophar'ieDnes sont également variqueuses.

La rate est généralement hypertrophiée dans la cirrhose, quelquefois nième elle est indurée et atteinte d'une inflammation chronique pori^Dl sur le tissu conjoactif des trabécules et de la capsule.

Variétés des cirrhoses. — Nous avons décrit jusqu'ici la cirrhose

considérée en général et toutes les lésions qu'on obsene dans \t> diverses parties constituantes du foie, tissu conjonclif et vaisseaux sanguins, vaisseaux biliaires, cellules hépatiques. Mais toute cirrhostr ne reproduit pas Tensemble de ces altérations ; il est au contraire d**> formes de cirrhose qui se distinguent par une localisation spécial? et par un ensemble de lésions comparables entre elles. Ces forme» de cirrhose peuvent être considérées comme des variétés.

a. Cirrhoses observées dans le cours des fièvres inlermitteHtes. — Nous avons' eu Toccasion d'observer plusieurs pièces de cirrhoNprovenant d'enfants atteints de cachexie palustre, morts dans le service du docteur Obedenaro à Bucharest et chez lesquels ralcoolismt* ne pouvait être soupçonné. Nous avons constaté le transport par le^ veines portes de leucocytes imprégnés de pigment noir, la diapédcN de ces cellules dans le tissu conjonctif périportal et Tépaississement de ce tissu conjonctif, et en même temps la pigmentation noire d^« cellules hépatiques. Dans ces dernières années, Kelsch et Kiener ont étudié l'intoxication paludique dans les hôpitaux d'Algérie. Ils ont constaté dans le foie d'individus morts de fièvre pernicieuse que non seulement les vaisseaux portes et les capillaires des ilôts chamaient des globules blancs pigmentés, mais que les cellules endothéliales d* ces vaisseaux contenaient aussi du pigment noir. Chez les malade> qui succombent à la suite de fièvres intermittentes de longue durée on avec la cachexie palustre, ces auteurs ont vu les différentes fonn*f> de la cirrhose, généralement avec une hypertrophie du foie, avec d»'> lobules affectés d'hépatite parenchymateuse nodulaire, avec dt^ noyaux d'adénome en même temps qu'avec la pigmentation plus ou moins marquée du tissu conjonctif de nouvelle formation et des cellules hépatiques.

b. Cirrhose cardiaque. — Nous avons décrit la congestion chronique, avec dilatation des vaisseaux capillaires et atrophie des cellules hépatiques, qu'on observe si souvent chez les malades affectê^ de maladies chroniques du cœur (voy. p. 377 et suiv.). Mais rn outre, dans les mêmes conditions, il survient quelquefois une cirrhose spéciale portant surtout sur le tissu périphérique aux veine> sus-hépatiques. C'est là ce qu'on appelle à proprement parler la cirrhose cardiaque. Il va sans dire que les sujets atteints d'un»* affection cardiaque peuvent présenter aussi ime véritable cirrhosecommune. Nous avions décrit cette forme de cirrhose cardiaque

CIRRHOSE CiRDIAQUE. 431

dans la première édition de ce manuel; nous avions insisté sur la néorormalioD d'un tissu conjonclif embryonnaire ou fibreux, le long des veines sus-hépatiques et au pourtour des veines centrales des Ilots. Plus tard, Talamon et Wickham Legg affirmèrent que jamais on oe voit, dans les afTections cardiaques, de production codjoDctive autour des veines centrales des îlots. Sabourio a repris récemmem celte question {Revue de méiieane, 10 juillet 1883), et il a confirmé notre opinion. Voici en résumé la description qu'il en doDoe :

Assez Tréquemmeot, dans les maladies du cœur, les capillaires qui foDl immédiatement suite aux branches de la veine sus-hépatique '^)Dt dilatés. Ces veines et ces capillaires forment des bandes qui

tioissent par entourer des portions de lobules hépatiques en affectant la même disposition que les travées de tissu fibreux qui accompagnent les veines sus-hépatiques dans la cirrhose mono et multilobulaire. Dans ces travées, constituées par les veines el les capillaires dilatés, la paroi des vaisseaux capillaires s'épaissit; des elliiles rondes se montrent le long de la paroi des veines el des apillaires ; les travées de cellules hépatiques, interposées aux capillaires dont la paroi esl épaissie, s'atrophient ; les cellules hépatiques dont le proloplasma esl diminué conservent leurs noyaux. Tout ce tUsu intermédiaire aux capillaires se tasse et finalenient devient

fibreux (fîg. 14S, T). Dans ce tissu conjonctif sclérosé, les capillaires persisteal à l'état de fentes ou de lacunes plus ou moins gnodr' remplies de sang. Il s'agit, comme on le voit, d'une cirrhose avant

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pour siège le territoire des veines sus-hépatiques et accompagnode lésions des capillaires voisins de ces veines.

c. Cirrhoses hi/i>er{rophiques. — Les cirrhoses hypertrophiqus? sont loin de présenter toujours le même aspect et la même structure. Aussi sommes-nous obligés de distinguer dans ce groupe plusteiir> types dilTérenls :

1* Cirrhose biliaire. — U y a quelques années, lorsque, à propos de plusieurs faits de cirrhose hypertrophique, nous eûmes montrique le tissu conjonctif des travées cirrhotiques présentait une grande quantité de canalicules biliaires, lorsque Wickham Legg, Charcol et Gombaut eurent réussi à produire des cirrhoses par la ligature du canal cholédoque, on se demanda s'il n'y avait pas une relation direct? cnln." l'iclère qu'on obser\'e presque constamment, la rétention de la bile, l'inflammation chronique des canaui biliaires, la néoformalion des canalicules et le développeraenl du tissu conjonctif. Hanoi .

CIHAHOSB BILIAIRE. 433

en ètudiaot les lésions des canaux biliaires interlobulaires dans la cirrhose hyperlrophique, trbuva que souvent les canaux interlobulaii-es d'un certain volume soDt entourés d'une zone de tissu con-

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ionctif embryonnaire épaisse, qui forme autour d'eux un véritable manchon. Ces canaux présentent leur revêtement épithéUal normal ou proliféré el épaissi, et dans leur lumière des cellules rondes libres ou des cellules épithéliales détachées. De ces faits anatomiques, Hanot concluait à un catarrbe des canaux biliaires et à une inDammalion chronique du tissu conjonctif qui les entoure. Une pareille lésion devait empêcher jusqu'à un certain point le cours normal de la bile. Rapprochée de l'expérience de la ligature du

canal cholédoque et de la néoformation de canalicules biliaires, ^a.-^ tendait à expliquer cette variété de ciriiiose et Fictère qui en est 1. principale manifestation. C'est ainsi que fut constituée cette variât • spéciale, la cirrhose biliaire, dont Gharcot a tracé dans ses leçon> une description magistrale. On lui donnait comme symptômes Ti* tère, l'absence habituelle de l'ascite, et une marche assez rapide; comme anatomie pathologique, un foie hypertrophié possédant de> travées épaisses, constituées par un tissu embryonnaire ou libreui, riche en néo-canalicules ; ces travées, au lieu de présenter une disposition annulaire régulière autour des ilôts de substance hépatique, offraient souvent des nœuds, des enclaves qui pénétraient dans les iloi> du parenchyme; enfin le tissu embryonnaire ou fibreux entourait souvent des canalicules biliaires atteints d'inflammation catarrhale. Celte description répond, en effet, à un assez grand nombre d'ot»servalions de cirrhose hypertrophique, et c'est pour cela que nou^ donnons la cirrhose biliaire comme une de ses variétés distinct«*> Cependant il ne faudrait pas admettre sans objection l'idée essentielle qui lui a fait donner son nom, car l'ictère se trouve dans beaucouj* d'autres variétés de cirrhose hypertrophique ou atrophique ; les néocanalicules se rencontrent aussi dans la plupart des cirrhoses; eniio les faits pathologiques dans lesquels les canaux hépatiques visible^^ à l'œil nu sont remplis de calculs, oblitérés par places, et qui peuveoi être assimilés à une ligature du canal cholédoque, ne concordent p^ avec les expériences de \V. Legg et de Charcot et Gombaut. Dans le> observations d^oblilération des gros canaux du foie, en effet, il mt forme bien un épaississement fibreux autour des gros canaux dilaté^ par places ou oblitérés, mais on n'y observe jamais une véritahlt* cirrhose hypertrophique.

â^" Cirrhose hypertrophique graisseuse. — La dénomination drcirrhose biliaire a été pendant quelques années regardée comm» synonyme de cirrhose hypertrophique ; mais une autre forme a »'i»* décrite récemment et en même temps par Ilutinel (1) et Sabourin ^ii Les observations qui ont été publiées par ces auteurs et celles relatées depuis, établissent la réalité de cette variété, qui est caractéristc par les particularités suivantes. L'ictère en est le symptôme constant ; on Ta observée assez souvent chez des phtbisiques. Le foie.

(1) Élude turquelqties cas de cirrhose avec stéalose du foie (Société clinique dePdrt^. 10 mars 1881).

(2) Cirrhose hypertrophique graisseuse [Archives de physiologie^ 1881, p. 58i).

CIRIIHOSE DES DIABÉTIQUES. 435

volumioeax, est ordinairemenl lisse à sa surface. La couleur du pareDchyme est jaune ou jaune- verdâtre, ce qui est dû à la dégénèrescence graisseuse complète de toutes les cellules hépatiques. La surface de section est planiforme et non granuleuse. Sur des coupes étendues, examinées à un faible grossissement, on ne reconnaît pas de travées épaisses formant des cercles complets autour des Ilots cirrholiques. Le tissu conjonctif des espaces portes est le siège iniliai de la cirrhose. Ce tissu envoie dans les ilôts hépatiques une série de (ractus irréguliers, qui les pénètrent et s'y divisent en séparant de pe^'ts groupes de cellules. Les canalicules biliaires qui s'y trouvent en assez grand nombre sont entourés de zones fibreuses denses et épaisses. Cet arrangement du tissu fibreux qui pénètre les îlots hépatiques et s*y ramifie, ne s'observe guère que dans cette variété de cirrhose. Mais sa forme caractéristique git surtout dans la transformation adipeuse de toutes les cellules hépatiques. Celles-ci sont remplies et distendues par une ou plusieurs gouttelettes huileuses entourées de protoplasma. Leur noyau, rejeté à la périphérie, est bien consent. Ces cellules sphériques sont toutes limitées par des fibrilles de tissu conjonctif et par une bordure de petites cellules rondes ou ovoïdes. Vues sur une coupe et colorées par le carmin, elles ressemblent aux cellules du tissu adipeux enflammé. Les Ilots hépatiques sont donc pénétrés complètement, intimement, dans to\ile leur étendue, par un tissu conjonctif embryonnaire. Dans les bandes périlobulaires, on trouve aussi quelques cellules hépatiques réunies par petits groupes ou isolées et toujours adipeuses. Les veines sus-hépatiques sont quelquefois oblitérées.

t Cirrhose hypertrophique des diabétiques. — Il était tout naturel de chercher dans le foie l'explication du diabète : Wilks et Stockvis ont trouvé une augmentation du poids de Forgane et une hépatite interstitielle. Les diabétiques succombent quelquefois avec une véritable cirrhose hypertrophique. Lécorché croit que les troubles de la fonction glycogénique du foie, qui doivent entrer en ligne de compte dans cette maladie, sont en relation avec les désordres organiques de la cirrhose. Malgré cela, on doit avouer que les lésions propres au diabète sont loin d'être connues aujourd'hui. Il convient, d'un autre côté, d'attribuer à l'alcoolisme beaucoup de cirrhoses développées chez des diabétiques trop fidèles observateurs du traitement par l'alcool. Quoi qu'il en soit, Hanot et Chauffard ont relaté deux autopsies de diabétiques n'ayant pas abusé de l'alcool, morts

tous les deux après avoir présenté pendant la vie une mélaDodemue très accentuée. A l'autopsie, il y avait des tubercules pulmonaire^, une cirrhose hyperlrophique dans laquelle les travées fibreu-*-'avaient pris naissance autour des veines portes et des veines ^çhépatiques, et une infiltration des cellules hépatiques et du lif>u néoformé par des granules pigmentaires noirs. Ce sont là des faîb A enregistrer en attendant de nouvelles observations.

Il ne faudrait pas croire que toutes les cirrhoses hyperlrophique dussent rentrer dans l'une des trois cat^oriesque nous venons d'esquisser. Il n'en est rien. Par exemple, on peut trouver des cirrhosfhypertrophiques, sans ictère, et avec une ascite considérable. Dan' toutes les observations de cirrhose hyperlrophique ou atrophiqur. on peut s'attendre à des variations qui déroutent les classificationprésentées jusqu'ici.

d. Cirrhose atrophique. — C'est le type même de la cirrhose cla^^

1. iS). - CIrrboH Jt. tiUD cndjaiictif inlarkibiilain \tit ^iui; e. GntiiueiBtnl dt 3S

sique telle que l'a décrite Laenncc pour la première fois. La glandf hépatique est plus petite qu'à l'état normal, ratatinée, granuleuse, bosselée, mamelonnée, lobulée, irrégulière à sa surface. Sur unr surface de section, elle est également granuleuse; les granulations

CIRRHOSE ATROPHIQUE. 437

font une certaine saillie sur la coupe, et quand on réussit à déchirer le foie, ce qui n'est pas sans difficulté, car il est élastique et résistant, elles paraissent sphériques. Elles ont une couleur variable, fauve, rousse, jaune-roux, rouge, verte, etc., suivant les lésions des reJluIes hépatiques qui nous sont connues ; elles sont séparées par des travées épaisses, généralement régulières, d'un tissu fibreux, scléreux, presque semi-transparent. Sur une coupe étendue, les graaulalions tantôt petites, tantôt volumineuses comme dans la cirrhose multilobulaire, tantôt inégales, paraissent exactement circulaires, entourées suivant toute leur circonférence par des bandes régulières et épaisses de tissu fibreux. C'est le type de la cirrhose annulaire. C'est dans celte forme que s'observent les lésions des vaisseaux et en particulier les phlébites oblitérantes des veines sus-hépatiques dont nous avons donné plus haut la description. Là aussi Tascite est la règle. L'ictère fait habituellement défaut. Par tous ces caractères, on peut inférer que la cirrhose atrophique est une maladie lente essentiellement chronique. Il est cependant des exceptions àcet ensemble anatomo-pathologique et symptomatique. Par exemple, Hanot (1) a donné une série de faits de cirrhose atrophique accompagnés d'ictère et à marche rapide. Les cellules présentaient alors uoe dégénérescence graisseuse destructive comparable à celle de Tempoisonnement par le phosphore.

Les pathologistes se sont posé la question de savoir si le foie atteint de cirrhose pouvait présenter successivement, pendant la durée de ce lent processus, des lésions variables, de telle sorte, par eiiemple, qu'une cirrhose hypertrophique pût se transformer en une cirrhose atrophique. Les symptômes observés pendant la vie ne renseignent pas d'une façon bien positive; les autopsies, en ne donnant rien autre que la constatation des lésiqns au moment de la mort, ne sont pas plus explicites. On est donc réduit, pour répondre à cette question, à faire des hypothèses plus ou moins rationnelles, liasées sur les généralités que l'on possède relativement à la marche des lésions. Il est certain que le tissu fibreux cicatriciel jouit de la propriété de se rétracter, et il est impossible de nier qu'il n'en soit ^si dans la cirrhose atrophique, où le foie passe successivement de ^on volume normal à un volume très restreint. Mais cependant il n'est pas moins vrai que dans les cirrhoses hypertrophiques où les

^^) Sur Iti eirrhous atraphiques à marche rapide (Archives de médecine, 1883).

travées de nouvelle formation ne sont pas moins épaisses et moins fibreuses que dans la cirrhose atrophique, le foie augmente progressivement de volume pendant deux et trois années, et atteint des dimensions considérables au moment de l'autopsie. Probablement cette augmentation de 'volume tient à ce que le tissu conjonctif s'accroît pendant toute cette évolution, en même temps qu'il s'accumule de la graisse dans les cellules hépatiques et qu'il se forme des lobules d'adénome. Aussi, dans Tétat actuel de la science, sans nier la propriété rétractile du tissu fibreux, ne peut-on pas admettre sans conteste la transformation d'une variété de cirrhose dans une autre et en particulier le passage de la cirrhose hypertrophique à la cirrhose atrophique.

Complications de la cirrhose hépatique. — Nous décrirons ici la complication de la cirrhose par l'adénome, et nous indiquerons seulement sa complication par les tubercules et le cancer.

Complication de la cirrhose par Vadénome. — Nous plaçons l'adénome du foie immédiatement après la cirrhose, parce que, d'après les travaux récents dont il a été l'objet, il se lie d'une façon très intime au processus cirrhotique et paraît en être simplement une complication.

Les nodules, plus ou moins nombreux, plus ou moins volumineux de l'adénome, consistent essentiellement dans une hypertrophie et une hyperplasie des cellules des trabécules hépatiques, qui deviennent volumineuses, souvent canaliculées, moniliformes, qui contiennent des calculs biliaires microscopiques et qui subissent ensuite une dégénérescence granulo-graisseuse. La néoformation d'un tissu de cellules hépatiques peut, en outre, se montrer à l'intérieur de? vaisseaux portes, et l'adénome devient alors infectieux.

Lors de la publication de la première édition de ce manuel, nous n'avions pas jugé que les observations de Lancereaux (1), de Griesinger et de Rindfleisch fussent assez démonstratives pour légitimer une description spéciale. Mais, depuis cette époque, les excellents travaux d'Eberth (2), de Kelsch et Kiener (3) et de Sabourin (4),

(1) Contribution à V étude de Chépato-adénome {Gaiette médicale, 186S).

(2) Das Adenom der Leber {Virchow's ArchiVt t. XLIII).

(3) Contribution à Vétude de Vadénome du foie {Archives de phy Biologie, 1876).

(4) Contribution à Vétude des lésions du parenchyme hépatique dans la cirrhose. Thèse de Paris, 1881.

COMPLICATION DE LA CIRRHOSE PAR L' ADÉNOME. 439

en ap|H>rtanl des observalions nouvelles, ont élucidé complètement I histoire de cette lésion.

Les nodules isolés de l'adénome se manifestent à l'œil nu, sur la f'oupe d'un foie cirrhose, atrophié ou hypertrophié, sous la forme de masses lobulées, enkystées, de volume variable, pouvant atteindre relui d'une noix ou davantage, de couleur gris-jaunâtre, friables, el qui sont parfois le siège d'hémorrhagies^ Lorsque l'adénome est <:énéralisé, le foie est volumineux, bosselé, presque comme dans le cancer secondaire. Il est atteint de cirrhose, et, au sein du tissu sclérosé, on trouve des tumeurs adénomateuses enkystées de couleur jaune d'or et caséeuses, parfois ramollies ou envahies par le sang. En dehors de ces tumeurs, un certain nombre de lobules hépatiques sont dégénérés de la même façon. Le tronc de la veine porte, au voisinage du hile, ou seulement une de ses branches, contient souvent un coagulum gris-rosé, ferme ou ramolli par places, qui s'étend à ses plus fines ramifications.

Des préparations de l'adénome du foie, obtenues par dissociation, montrent des cellules hépatiques isolées ou groupées sans ordre et des cylindres épithéliaux. Ces cylindres, dépourvus de paroi propre, contiennent parfois des cellules prismatiques volumineuses , à un ou plusieurs noyaux, à protoplasma granuleux, renfermant souvent des granulations graisseuses, et se colorant par le picrocarminate < omme les cellules hépatiques. Certains cylindres présentent à leur intérieur un rudiment de canal central contenant çà et là de petits blocs arrondis ou ovoïdes, réfringents, qui sont des concrétions biliaires (voy. fig. 152). Un grand nombre de ces cylindres qui contiennent dans leur intérieur des blocs calculeux sont moniliformes, à renflements nombreux et volumineux. Les cellules qui tapissent ces renflements se sont modifiées et constituent une simple couche de petites cellules cubiques.

Les coupes microscopiques sont plus instructives. Sur les parties (lu foie les moins malades, on constate tous les signes anatomiques de la cirrhose à travées fibreuses annulaires contenant des pseudo- <^nalicules biliaires en nombre plus ou moins considérables. Dans le^ ilots du parenchyme hépatique, on observe souvent des travées cellulaires variqueuses avec de petites concrétions biliaires au milieu d'an canal central très apparent et l'arrangement spécial des cellules décrit par Relsch et Kiener sous le nom d'évolution nodulaire. Sur la coupe des Ilots cirrhotiques qui se transforment en adénome, apparaissent des amas arrondis de trabécules hépatiques hypertro-

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