‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 2)Chapitre 142 sur 239 · EMPOISONNEMENT LENT PAR LA CANTHARIDINE · texte numérisé non relu

EMPOISONNEMENT LENT PAR LA CANTHARIDINE

luelquefoîs les cellules des tubes contournés présentent, dans la parie de leur protoplasma qui confine à la lumière des tubes, une vésiule contenant un liquide clair ou granuleux qui soulève leur memraae. Cette partie liquéfiée de la cellule se sépare et tombe dans la avité du lube. Les cellules sont réduites alors à la portion de leur rotoplasma adhérente à la membrane propre et à leurs noyaux. Dans d^autres tubes, la lumière agrandie est remplie par on isudat réticulé, dont les travées plus ou moins fines, enserrant youvent des globules rouges, convergent du bord libre des cellules fpithéliales vers le centre du tube.

Les cellules épithéliales sont coiffées par cet exsudât. Ailleurs, le iquide contenu dans la lumière des tubes, coagulé par l'acide osmique, est teinté d*une façon homogène, et il montre dans son intérieur des boules claires ou grenues ou des globules sanguins.

Ces exsudats qui s'accumulent dans l'intérieur des tubes contournés cheminent ensuite dans les tubes étroits de l'anse de Henle, où ils s'étirent comme dans une filière, et ils s'agglutinent en forme de cvUndres hyalins ; de là ils pénètrent dans les tubes contournés inteimédiaires à la branche montante de Henle et aux tubes droits, puis dans ces derniers, dans les tubes collecteurs et dans le bassinet. Ils sont enfin expulsés avec l'urine.

Ces lésions des cellules, très manifestes sur les pièces durcies par Tacide osmique, ne sont pas moins nettes, quoique moins évidentes pour un œil peu exercé, lorsque les fragments du rein ont séjourné dans la liqueur de MûUer ou le bichromate d'ammoniaque.

Dans l'empoisonnement chronique par la cantharidine, ces altéralions des cellules présentent les mêmes caractères que dans les néphrites albumineuses subaiguës ou chroniques de l'homme, et elles ^i^pliquent l'abondance des exsudats trouvés dans les tubes urinifères de la substance corticale.

Dans la substance des pyramides, les anses de Henle et les tubes ("ollecteurs montrent de nombreux cylindres hyalins.

En outre de ces modifications des cellules amenant une sécrétion pathologique et une exsudation de substances protéiques, les cellules des tubes contournés offrent assez souvent des granulations grais- ^wses dans leur protoplasma.

L'intoxication cantharidienne chronique ne borne pas son action au parenchyme cellulaire ; elle détermine en même temps un trouble profond dans le tissu conjonctif du rein. Il existe, le long des artériolesglomérulaires, une quantité notable de petites cellules rondes

indiquant une néphrite interstitielle à son début. Cette lésion du tissu conjonctif a été constatée aussi par Aufrecht (1).

Hénioglobinuiîs artificielle, — Dans leurs recherches sur rhêmoglobinurie artificielle, Marchand et Lebedeff (2) ont observé des modifications des cellules des tubes contournés analogues à celles qik nous venons de décrire dans Faibuminurie cantharidienne.

Pour obtenir le passage de l'hémoglobine dans les urines, on peut injecter, dans les veines des animaux en expérience, le sang d^us" espèce difTérente, ou du sang en solution dans Teau, ou de Tiodets de la glycérine ; on arrive au même résultat en pratiquant d^^ brûlures étendues de la peau ou en empoisonnant les animaux par des champignons vénéneux. On peut encore produire l'hémoglobiourie en donnant des doses progressives de chlorate de soude pendani plusieurs jours (â).

D'après la description et les dessins de LebedefT, le passage d< l'hémoglobine dans la lumière des tubes urinifères, les modificatioib que présentent les cellules dans cette espèce de sécrétion pathologique et l'exsudat contenu dans la lumière des tubes correspondt'oi identiquement aux lésions que nous avons décrites dans FempoisoDnement par la cantharidine. On en jugera par les lignes suivantes :

Les cellules striées des tubes contournés, souvent creusées de Tacuoles, montrent à leur face libre des gouttes homogènes, sécrètê**> par elles et qui s'en détachent pour devenir libres dans la lumièr* des tubes. Ceux-ci contiennent, soit ces gouttelettes, soit un exsudai réticulé homogène. Dans les canalicules de Henle et dans les canaui droits on trouve des cylindres hyalins, qui deviennent souvent gnnuleux dans les tubes collecteurs. Le nombre des cylindres est eD raison directe de l'intensité de l'intoxication et de la lésioo it^ cellules.

Les anses capillaires des glomérules sont remplies de sang ; la lésion de la capsule des glomérules se borne à une petite quaoïiw d*exsudat homogène ou granuleux disposé en forme de croissant enire la capsule et le bouquet glomérulaire. L'endothélium de la capsule est hypertrophié ou en partie desquamé.

(1) Aufrecht, Die Schrumpfniere nach Cantharidin(CeiaralbUitt fur die medicimtckt» Wiêêeruehaft, 1882, numéro du 25 novembre).

(2) Lcbedeff, tu Virckou^s Archiv, 1883. 1. 1, p. 267.

(3) LebedefT donne du chlorate de soude à petites doses progressÎTemenl rroissaatff de façon à en faire absorber jusqu'à 60 grammes en l'espace de neuf jours. La polun' déterminée par ce sel est suivie d'une héraogiobinurie et de la mort de ranimai.

Page 1