‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 2)Chapitre 214 sur 239 · TUMEURS DE LA PEAU · texte numérisé non relu

TUMEURS DE LA PEAU

Il est difficile de tracer, dans la peau, la limite précise où >'arr' lent les inflammalions chroniques et où commencent les tumeur^ i: exisl3, en effet, une série de néoformalions inflammatoires, i longue durée, qui se conduisent comme de véritables tumeurs, * dont cependant quelques-unes peuvent guérir spontanément, taodi^ que d'autres persistent indéfiniment, de telle sorte qu'on a tous 1^^ intermédiaires enlre les inflammalions chroniques et les tumeur v Cerlaines néoformations peuvent être considérées aussi bien comn' des néoplasmes inflammatoires que comme des tumeurs.

Les condylomes, par exemple, dus à une uréthrite, ou â lasyphili>. ou à la vaginite, ou même à un écoulement vaginal provoqué par I grossesse, constitués par une hypertrophie des papilles et par un» formation exubérante de cellules épidermiqu es, appartiennent aux papillomes. Cependant, lorsque ces papîllomes sont petits et que i cause qui les entretient a disparu, ils s'affaissent, se flétrissem«i

(i) Mémoires de médecine militaire, t. XII. (2) Archives de médeciney 1873, vol. 1.

PAPILLOHBS. — VBRBDES. '.'S: 837

uûrissent spontanément, ce qui va à rencontre de la définition des umeurs.

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Nous décrirons d'abord les tumeui'S cutanée!^ qui sont en relation avec des micro-organismes.

Verrues. — Les verrues se montrent surtout aux mains, aux doigts, à l'avant-bras, à la face dorsale et palmaii'c, plus souvent à la face dorsale. Elles sont généralement petites et multiples, et elles se sèment, pour ainsi dire, par le grattage, autour d'une verrue préexistante.

Nous en avons donné la description à la page 3â2. Nous i^outeroos seulement que sur les coupes des verrues colorées avec les substances lirùes de l'aniline, on conslale l'existence de baclûries. MajoccJ, cité par Thomasi Crudeli {Anatomia pathologica, tome 1, 188!^), y a découvert un très petit bacille allongé qu'il a appelé < Baclerium porri i.Dans une petite verrue que l'un de nous avait enlevée et mise immédiatement dans l'alcool à 90 degrés, Dabes a vu, dans le itssu des papilles, un grand nombre de microbes qui se coloraient parles couleurs d'aniline; ces micrococci, de Oft,^ à 0|»,5, étaient accolés deux à deux en forme de diplococci ou en forme de sarcïne,

838 ANATOHIE PATHOLOGIQUE UE LA PEAC.

OU de chapelets de trois, quatre ou cinq microbes, ou de petits ubk carrés ou arrondis.

Les verrues se développent certainement par le contact. Aùisi, L n'est pas rare de voir, chez des entants ou des jeunes gens qui por-

tent des verrues sur le dos de la main ou des doigts, des lemfi nattre sur la Tace ou au coin des lèvres, dans les points ou il s'étjbLi un Trottement habituel.

Nous devons ajouter que, dans l'épiderme qui recouvre \efppilles des verrues, le stratum granulosum est relativement très épj"^ et contient des gouttes d'éléidine nombreuses et volumineuses.

Lèpre ou Éléphantiasis des Grecs {Lepra Arabum, $pe<hUteê, Aussalt, Morphea). — La lèpre est une des maladies graves de ^i peau qui a été peut-être la plus répandue autrefois dans looi I? monde, et qui a exercé le plus de ravnges. Grâce aux mesures rijonreuses et à la séquestration des lépreux, on a pu s'en déhsrra.'^'

LÈPRB TUBERCULEUSE. -^ LÈPRE MAGULEUSE. 839

presque partout en Europe, si ce n*est dans les contrées du littoral de l'Espagne, de la Grèce et de la Norvège.

On en distingue trois variétés : la lèpre tuberculeuse, la lèpre maculeuse et la lèpre anesthésique.

La lèpre tuberculeuse est caractérisée à son début par des taches arrondies, irrégulières, brunes ou de couleur sépia, ou ecchymotiques, au niveau desquelles la peau s*épaissit progressivement, de façon à former des tubercules étalés, bien limités, séparés les uns des autres ou étendus en plaques plus ou moins larges, occupant parfois môme la presque totalité de la surface des membres. La face est tout particulièrement atteinte : le front est sillonné de rides ou de dépressions séparées par des bourrelets irréguliers, dus au développement tuberculeux de la peau entre les plis transversaux ; les paupières sont bouffies, les lèvres épaisses ; la lèvre inférieure est pendante {leontiasiSy tête de lion). Laface est colorée ou terne, terreuse; elle revêt une expression de stupeur. Au niveau des tubercules, la sensibilité est tantôt conservée, tantôt diminuée, tantôt abolie d'une façon absolue. La muqueuse de la bouche, de la langue, du voile du palais et de la paroi postérieure du pharynx ne tarde pas à montrer des plaques ou tubercules saillants ; la muqueuse de la conjonctive est aussi le siège de petits tubercules aplatis.

Plus tard des fissures, des érosions sanguinolentes, de véritables ulcérations plus ou moins profondes, se montrent au niveau de quelques-uns de ces tubercules ; la muqueuse laryngienne se prend à son tour, ainsi que l'épiglolte, et les malades ont la voix éteinte comme dans une laryngite tuberculeuse.

Des ulcérations de la face, des pertes de substance des narines et Taffaissement des os du nez s'observent quelquefois.

Les doigts sont aussi altérés ; il s'y produit un épaississement de la peau, des tubercules, des fissures profondes et qui donnent lieu à un écoulement sanguin. A un moment donné, il se fait des sillons inflammatoires autour d'une extrémité digitale, et une ou plusieurs phalanges sont séparées des parties vivantes et tombent après s'être mortifiées ou momifiées.

La lèpre maculeu^e se manifeste par des taches de coloration rouge ou brune, luisantes ou pigmentées, avec ou sans infiltration du derme. La pigmentation de la peau lui donne une apparence ponctiforme, tachetée, plus ou moins foncée. Ces lâches ressem-

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blent à celles du vitiligo ; quelquefois leur centre est blanc, dur, (ardacé, tandis que leur périphérie est rouge, jaune ou de couleur sépia. La lèpre maculeuse se complique souvent, à un momm donné, de tubercules; elle se transforme ainsi en lèpre tuberculeux. Les plaques de la lèpre maculeuse sont souvent anesthésiques.

La lèpre anesthésiqiie doit son nom à ce qu*elle débule par des plaques au niveau desquelles la peau est tout à fait anesthésiée, sans qu'il y ait d'abord de modification appréciable de sa structure. Quelquefois, cependant, on observe, sur les parties anestbésiées, des bulles de pemphigus ou diverses éruptions. Plus lard la' peau, au niveau des plaques insensibles, s'atrophie et se ride. La face prend un aspect tout particulier de décrépitude précoce et de stupeur; on observe des accidents du côté des doigts et des extrémités, dos à des troubles trophiques et qui lui ont fait donner le nom de lèpr? mutilante. Telles sont les ulcérations profondes qui survienneoL par exemple, au niveau des plis digito*articulaires et qui déterminent la chute, précédée de l'atrophie fibreuse , d'une pbalaogell^ ou d'un segment très étendu du doigt. Les extrémités, les mains, le> pieds, sont déformés souvent au plus haut point ; plusieurs doigU ou orteils sont remplacés, par exemple, par des moignons.

La lèpre anesthésique peut s'observer à l'état isolé et se termiaer par des mutilations des extrémités, sans qu'il y ait de tubercolr lépreux.

L'anatomie pathologique de la lèpre a été très bien exposée par Daniellsen et Boeck (1), Simon, Virchow (2), Bergmann (S), A. Hansen (4), Neisser (5), etc. Nous étudierons successivement les lésions des tubercules, de la peau et des muqueuses, des organes, des nerfs. des os, etc. Dans toutes les infiltrations du derme, des muqueuse^, dans les ganglions lymphatiques, dans les testicules, etc., des sujets atteints de lèpre tuberculeuse, on trouve toujours une quantité covsidérable de bacilles spéciaux qui ont été découverts par Ârmau^î Ilansen. Les nerfs sont altérés dans tous les faits de lèpre tuberculeuse, maculeuse et anesthésique, dans lesquels la peau est anesth<^

(i) Traité de la tptdaUked, avec un atlas de ti pi. color. Paris, lSi8.

(î) PaUuHogie des tumeurs, LU, trad. franc.

(3) Die Lepra in Livland. Pelersburg, 1870.

(i) Archives de physiologie belges, i877.

(5) Breslauer oentL Zeitschr., i879. — Virchow's Archiv., l. LXXXJV.

LËPAB TUDEAGCLEUSE. — SES BACILLES. Mi

siée. On ne trouve pas habituellement de bacilles dans la lèpre anesthésique pure , tandis qu'au contraire tous les produits de la lèpre tuberculeuse en sont farcis dans une proportion qui dépasse tout ce que Timagination peut inventer.

Les coupes de la peau, au niveau des tubercules lépreux récents, offrent les couches de l'épiderme parfaitement conservées et normales; les papilles sont un peu hypertrophiées et remplies de petites cellules rondes; le tissu du derme est infiltré de cellules rondes ou ovoïdes qui sont souvent disposées en foi*roe d'ilôts mal limités et qui existent dans toute l'épaisseur du derme, depuis la base des papilles jusqu'à sa limite inférieure et jusque dans le tissu celhiloadipeux. Les vaisseaux sanguins présentent un épaississement de leur tunique adventice, et généralement aussi un certain degré d'épaississement de leur tunique interne qui rétrécit leur calibre. Les glandes sudoripares et sébacées, les follicules pileux, sont compromis presque dès le début des tubercules lépreux et étouffés par la production de petites cellules qui se fait à leur périphérie. Les glandes et les follicules pileux finissent par s'atrophier et par disparaître complètement. Cependant, on trouve quelquefois une accumulation de cellules volumineuses à plusieurs noyaux et de véritables cellules géantes dans des tubercules anciens ; ces cellules nous ont paru résulter de la multiplication des noyaux et de l'hypertrophie des cellules des glandes sudoripares.

Lorsqu'on colore avec les couleurs d'aniline, avec le violet 5 B, les coupes de tubercules récemment développés, et qu'on les décolore à Talcool après avoir fait agir sur elles une solution de carbonate de soude, on obtient des préparations dans lesquelles les bactéries sont colorées en bleu violet, tandis que les cellules sont à peine teintées (Coroil et Suchard, Soc. méd. des hôpitaux, séance du 10 juin 1881). Sur ces coupes, presque toutes les cellules rondes ou fusiformes qui infiltrent le derme sont remplies d'un nombre variable de bâtonnets droits ou à peine incurvés, rigides» fortement colorés en violet bleu, tantôt isolés, se croisant en broussaille dans la ménie cellule, tantôt accolés les uns aux autres en un petit faisceau allongé, aux extrémités duquel on voit les pointes isolées de chacun d'eux. Ces bacilles siè^ geot aussi quelquefois en dehors des cellules, dans les espaces lymphatiques du derme. On les observe dans les cellules aplaties et concentriques de la tunique adventice des vaisseaux, aussi bien que dans les cellules de leur tunique interne.

On obtient de très bonnes préparations en colorant par le liquide

COMIL ET BAIIVIEB. M. —54

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d'Ehrlidi et en décolorant par l'acide nitrique, procédé emploji pour les bacilles de la tuberculose. On peut s'assurer ainsi que 1^ bacilles siègent parfois dans les glandes sébacées et dans les follicule^ pileux (Babes, Archives de physiologie, 1" juillet 1883, n*5.)

Lorsqu'on a aiïaire à des tubercules plus anciens, on Ironie, das> les Ilots lépreui du derme, des cellules volumineuses, possédant plusieurs noyaux, qui ont été désignées par Virchow sons le Dooidr cellules lépreuses. Ces grandes cellules ovoïdes, spbériques ou irnrégulières, possédant des noyaux ovoïdes, sont quelquefms aiL-si grandes que les œllules géantes de la tuberculose et elles ponrraiai être confondues avec elles. Elles renferment aussi une quantité nlossale de bâtonnets.

Dans les tubercules anciens, on ne rencontre plus aucune tnu des glandes, ni des follicules pileux. L'épidenne est amiDci, et le réseau papillaire est effacé.

Dans le sang que l'on obtient en piquant avec une épingle ub tubercule lépreux, on constate l'existence de bâtonnets libres n contenus dans des cellules lymphatiques. Ces bacilles ooos ont pw posséder des mouvements propres (1).

La distinction la plus nette entre le tissu tuberculeui et le ti»>; lépreux nous est donnée, sur les coupes colorées, par ce fait qules nodules lépreux contiennent toujours, pi-esque dans chaque ci!-

(1) Lei bacillas de la lèppo sont à peu prèi lembliblea à cenx de !■ mtoifton 't pendant ils ac colorent plus facilement ; ils se coloreot, par ««mpls, avec la ractu' etio violet SB qui, en limpie Bolulion, ne teignent pa» Ici baciiiei delà tabeml* lia rétialent plua longtenipa, pendant une heure, à Ut décdWalÎMi par Tati^ uf tique (Babet, Ac. du k.. 30 avnl 1883).

LÈPRE TUBERCtJtEUSfi. — SES BACILLES. 843

Iule, une grande quantité de bacilles, tandis que les productions tuberculeuses n'en renferment souvent qu'un tout petit nombre. Ils peuvent même manquer dans les tubercules Qbreux et dans les scléroses anciennes d'origine tuberculeuse, tandis qu'il y en a toujours des myriades dans toute altération lépreuse. Il semble que tous les bacilles de la lèpre restent indéfiniment dans les tissus où ils se sont développés et n'aient aucune tendance à être éliminés ni détruits ultérieurement. Leur résistance est des plus remarquables. Ainsi on a trouvé des milliers de bacilles dans un petit fragment de nodule lépreux qui s'était desséché dans une enveloppe de papier où il avait été oublié depuis une dizaine d'années. On a coloré les bacilles dans des préparations histologiques teintes déjà au picrocarminate et conservées pendant des années entre deux lames de verre dans la glycérine. On retrouve les bacilles dans les fragments insérés sous la peau des animaux en vue de les inoculer, ainsi que nous le verrons bientôt.

Par l'extrême abondance des bacilles infiltrés partout également dans les productions pathologiques de la lèpre, par leur persistance à toutes ses périodes, cette maladie est le type le plus caractéristique, le plus démonstratif des affections d'origine bacillaire.

Lorsque les tubercules lépreux s'ulcèrent, le sang, le liquide transparent ou un peu opaque qui est sécrété à la surface des fissures et ulcérations, contient une grande quantité de bacilles.

Les tubercules, les infiltrations, les érosions et ulcérations des muqueuses buccale, linguale, pharyngienne, laryngienne, présentent eiactement les mêmes lésions que la peau : infiltration du derme des muqueuses par de petites cellules, quantité colossale de bacilles dans les cellules et en dehors d'elles.

Les ganglions lymphatiques du cou et des régions voisines des parties malades sont hypertrophiés et infiltrés par des micro-organismes. Nous avons examiné. un ganglion envoyé de Grenade par Hemando et qui présentait une sclérose très accusée avec formation nouvelle du tissu fibreux, et en même temps des points caséeux. Sur les coupes de ce ganglion, le tissu adénoïde avait disparu et était remplacé par des faisceaux épais de tissu conjonciif. La lumière des vaisseaux était souvent oblitérée par des masses rondes qui se coloraient par les couleurs d'aniline. Avec un fort grossissement, on y trouvait des groupes de bacilles très courts, dei fi environ de longueur, agglomérés au milieu d'une substance homogène faiblemen. colorée. La paroi vasculaire présentait encore des cellules endothé-

liâtes reconnaissables, mais il est probable que tous les ilols de bacilles n'avaient pas une origine vasculaire et constituaient simplement de petits kystes contenant des cellules en destruction pleines de bacilles. Des lésions analogues peuvent se rencontrer dans les tubercules cutanés très anciens.

La fonction des testicules est quelquefois déjà compromise dès la première ou la seconde année de Téruption des tubercules cutanés. Les lésions des testicules portent sur le tissu conjonctif de la glande, qui est épaissi, et sur le contenu des tubes séminifëres. Le tissu conjonctif est rempli, comme dans les tubercules* de la peau et des muqueuses, de cellules plasmatiques ou de cellules rondes qui contiennent un grand nombre de bacilles ; dans les lésions anciennes, oo observe des masses formées par des cellules confluentes, fragmentées, mortifiées, remplies des mêmes micro-organismes.

Les organes parenchymateux sont eux-mêmes dégénérés lorsque la maladie a duré longtemps, surtout à la suite des ulcérations de la peau et des muqueuses ; ils présentent une dégénérescence graisseuse et amyloîde et delà pyémie chronique, qui est la conséquence de la suppuration. C'est ainsi que nous avons vu le foie amyloide et qu'on peut observer une néphrite albumineuse.

La plupart des tissus peuvent être atteints par la lèpre. Telles sont les lésions des os que le D' Hernando a bien étudiées. Les plus importantes sont celles qui atteignent les nerfs, et que Virchow a découvertes. Les nerfs qui se rendent aux parties malades sont transformés en cordons fibreux. Cette transformation est accompagnée ou précédée d'une dégénérescence des tubes nerveux qui a été étudiée par Tschiryew, Leioir, Georges et Frances-Elisabeth Hoggan (i), etc.

D'après la répartition des lésions de la lèpre, on peut voir qu'elles diffèrent absolument de celles de la tuberculose, bien que les bacilles qui causent l'une et l'autre de ces maladies soient très voisins au point de vue de leur forme et de leurs réactions à l'égard des matières colorantes. La lèpre, en effet, affecte avant tout la peau et les nerfs, tandis qu'elle épargne ordinairement le poumon et les grandes séreuses. La tuberculose, au contraire, siège dans le poumon et dans les séreuses, et elle ne se manifeste que très rarement à la peau.

La lèpre étant essentiellement causée par des parasites, il est naturel de penser qu'elle est contagieuse et inoculable dans l'espèce

(1) Archive* de physiologie, 1882.

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