LÈPRE. — LUPUS
humaine. Armauer HanscD en a fourni une preuve en inoculant la lèpre tuberculeuse dans la conjonctivite d'un homme atteint de lèpre anesthésique. Celte démonstration n'est pas absolue, cal* la lèpre anesthésique peut se terminer par la lèpre tuberculeuse.
On a essayé d'inoculer la lèpre à des animaux, mais jusqu'ici on n'a pas trouvé d'espèce animale qui soit propre à ces expériences. Hillairet et Gaucher (1) avaient inoculé un porc» mais le résultat n'a pas été concluant; Neissera inoculé des chiens ; Kobner (2) a inoculé des grenouilles, des poissons, des anguilles; il a retrouvé chez ces animaux aussi bien que chez le chien, les fragments de tubercules lépreux qu'il y avait insérés, et qui contenaient toujours beaucoup de bacilles; mais sa conclusion est que les bacilles ne se sont pas reproduits et que ces inoculations n'ont rien démontré. OUo Damsch (3) n'a pas été plus heureux. Vidal nous a donné à examiner la peau d'un porc au point où il avait inséré un fragment de tubercule lépreux. La greffe remontait à plus d'une année. Babes en a fait des coupes qui comprenaient à la fois le morceau de tissu greffé et le tissu périphérique ; il trouva une quantité de bacilles caractéristiques dans le premier, mais rien dans le second. Aussi pouvons-nous dire que jusqu'ici les inoculations de cette maladie tentées chez des animaux n'ont donné aucun résultat positif.
Lupus. — Ainsi nommé par sa tendance à dévorer, comme le ferait lin loup, la chair qui l'environne, « quasi lupus famelicus proximas sibi carnes exedit >• (Manardus), (dartre rongeante, esthiomène, Alibert) le lupus est une affection tuberculeuse de la peau. 11 est caractérisé par des nodosités miliaires profondes, qui évoluent plus ou moins lentement et qui se terminent par une cicatrice avec amincissement de la peau, ou par une ulcération, ou par une destruction des parties profondes.
Nous examinerons successivement l'analomie pathologique des diverses variétés du lupus qui sont : l"" le lupus vulgaire ou tuberculeux, non ulcéré ou ulcéré (non cxedens ou exedens); 2° le lupus scléreux; 3' le lupus érythémateux; 4' le lupus acnéique.
1" Lupus tuberculeux. — Le lupus débute par de petites nodosités profondes, dures au toucher, dues à une infiltration du derme,
{\) Société de biologie. 1881.
(i) Archivée de Virchow. 188i.
(3) Archivés de Virchow, t. 92, l" livraison.
846 ANATOmE PATHOLOGIQUE DE LA PEAU.
de couleur rose ou rouge ou brunâtre, confluentes ou isolées eo petits groupes qui metteat un ou plusieurs mois à se développer, puis qui s'affaissent en même temps que Tépiderme s'eifolie et se ride à leur niveau (lupus exfoliatit) ; on constate à leur plac« une petite cicatrice blanche déprimée, sans quMl y ait eu d*ulcénitioQ. D'autres tubercules s'ulcèrent à leur centre, et plusieurs de ces productions, subissant la même érosion, donnent lieu à des ulcénlioDs plus ou moins étendues (lupus ulcéreux). L'évolution continue de ces tubercules et leurs poussées successives s'observent pendant toute la durée de la maladie avec des temps d'arrêt ou de recrudescence. Dans certaines formes, le lupus s'étend en profondenret produit des dégâts considérables, des perforations de la cloison du nez, la destruction des ailes du nez, la perforation du palais, des ostéistes, etc. (lupus térébrant). Le plus souvent le siège du lupus eM à la face, aux joues, aux ailes du nez, au nez; mais il peut siqrer aussi sur toute l'étendue des membres et du tronc. Parti du nez, il peut gagner la muqueuse palatine ou pharyngienne. Le lupus siêv" souvent au voisinage des muqueuses et les envahit, par exemple aui paupières et à la conjonctive, aux grandes lèvres et à la vulve (efthiomène de la vulve).
L'anatomie pathologique de cette maladie a été bien étudiée \^\ Yirchow, Wedel, Auspitz, Kaposi, Neumann, en Allemagne, et pat Malassez, Grancher, Renault, Chandelux, Vidal et Leloir, etc., '^o France.
Sur les coupes examinées au microscope et colorées, soit au picncarminale, soit à la safranine, on peut s'assurer d'abord que l'*^ couches épidermiques sont plus épaisses qu'à l'état normal. Le réseau papillaire est généralement très développé, de telle sorte q'!" les papilles, saillantes, plus ou moins allongées et irrégulières, M>n: séparées les unes des autres par des prolongements ou colonne< in* terpapillaires du corps muqueux qui pénètrent profondément. U derme est infiltré de petites cellules ainsi que les papilles. Mais, dan^ le derme, au-dessous des papilles, on voit de petits Ilots arroodk plus ou moins étendus, irréguliers, confluents par places, fonu'^ par des agglomérations de petites cellules, et au milieu ou 1 la périphérie de ces îlots, on aperçoit, même à un grossissement de W ■« 50 diamètres, des cellules géantes très caractérisées. Ces ilols i'' petites et de grosses cellules siègent parfois au niveau et au pourtour des follicules pileux et des glandes sébacées. Ils ont été assimiles aui follicules tuberculeux , et sont en effet identiques aux follicule-
LUPUS TULGAIRE.
tuberculeui. Il est mâme difTicile de ti-ouver des tubercules plus typiques el contenant autant de cellules géantes. Les llols de petites cellules rondes avec des cellules géantes ne manquent jamais dans le lupus tuberculeux. Cette infiltration pathologique s'étend parrois
au tissu cellulo-adipeux, quand le lupus devient térébrant, et détermine la nécrose du périoste et des os, qui son détruits, comme le derme, dans les ulcérations envahissantes.
Lorsqu'on examine le détait des coupes du lupus avec de Torts grossissements, en passant successivement de la superficie à la pro- Tondeur, on voit d'abord que l'épiderme est le plus souvent épais ; dan!i la couche cornée on constate des ^ries colorées en rouge par *
iC carmin. Le slratum lucidum, la couche granuleuse sont épaissis ainsi que le corps muqueux. Ce dernier présente souvent un grand nombre de cellules migratrices interposées aux cellules épithéliales. Dans Ies#prolongements inlerpapillaires du corps muqueux, il existe quelquefois des globes de cellules cornées. Les papilles irrégulières, quelquefois très allongées et pointues, le plus souvent hyperlrophiées dans tous les sens, présentent beaucoup de cellules migratrices et des cellules fixes tuméfiées.
Quelquefois le bourgeonnement des papilles est tellement prononce et les prolongements inlerpapillaires du corps mnqueux sont si longs et si larges que, lorsqu'on examine des coupes obliques ou transversales, on pourrait prendre le lupus pour un épithéliome tabulé à cellules pavimenteuses. Mais Texamcn des coupes exactement perpendiculaires à la surface de la peau lèverait tous les doutes. On pourrait désigner ces lupus sous le nom de papillomateux.
Les papilles ni la surface du derme ne présentent de cellules géantes. Dans les follicules du derme, les cellules géantes sont de volume très variable; quelquefois elles sont tellement agglomérées et rapprochées les unes des autres, qu'elles forment de véritables foyers. Les grosses cellules géantes sont enlourées de cellules épithélioïdcs. D'autres fois elles sont isolées et entourées seulement de petites cellules rondes. Les cellules géantes possèdent un protoplasma grenu teinté en jaune par le picrocarmin et une couronne de noyaux plus ou moins nombreux, ovoïdes, globuleux ou minces: d'après Thin, les cellules géantes du lupus auraient toujours uni' origine vasculaire. Dans les follicules^ le tissu conjonctif est formé de petits faisceaux ayant une apparence réticulée; autour d'eux on trouve des faisceaux de tissu fibreux épais.
Nous avons recherché les bacilles de la tuberculose dans douze cas de lupus enlevés sur le vivant et, bien que nous ayons examiné plusieurs coupes de chaque fragment enlevé, nous n'avons trouvé qu'une seule fois un bacille. Malassez, de son côté, a cherché inutilement les bacilles de la tuberculose dans plusieurs cas de lupus. Pfeiffer, Doutrelepont et Demme ont été plus heureux et en ont trouvé constamment. Nous reviendrons bientôt sur ces faits ea étudiant la nature du lupus.
Le lupus tuberculeux ulcéré, lupus exedens, résulte d'une inflammation plus intense des couches superficielles des papilles et du derme. Ces parties, sont infiltrées d'une quantité considéi*able de ' cellules migratrices qui, par leur passage à travers les couches épi-
LUPUS ÊRYTHÉIIATEUX. 849
dermiques, détermioent un ramollissement, une destruction des ûr lamenls qui unissent les cellules du corps muqueux, empêchent la formation de Féléidine dans le stratum granulosum et par suite la kératinisation des cellules. Tout Tépiderme tombe à un moment donné, les papilles suppurent et se détruisent ainsi que les follicules lupeux. Il se forme souvent, avant Tulcération^ des phlycténules purulentes situées dans Tépiderme, qui bâtent sa destruction et Tulcération du derme. Quelquefois l'ulcération est précédée par une atrophie lente des cellules épidermiques (Larroque). Lorsque Tulcémtion est formée, elle peut bourgeonner, se recouvrir d'une croûte noire, et, après Télimination d'une certaine quantité de tissu lupeux, le derme subit une véritable sclérose cicatricielle. Le progrès de rulcération est alors arrêté.
2^ Le lupus scUreuXy d'après la description de Vidal et Leloir (1), a l'apparence de papillomes ou de verrues. Il est primitif ou consécutif au lupus tuberculeux. Il est caractérisé par des taches ou des saillies mamelonnées, rugueuses, inégales, hérissées d*excroissances verruqueuses, parfois cornées, séparées par des sillons et des fissures. Ces tumeurs se flétrissent à la longue en lafssant une cicatrice déprimée. Sur les coupes, les nodules lupeux sont constitués surtout par des faisceaux de tissu conjonctif, disposés en lamelles concentriques. Ces faisceaux sont séparés par quelques cellules rondes. La sclérose débute à la périphérie de Tllot, qui est envahi progressivement, de telle sorte qu'il ne reste plus de tissu embi7onnairc qu'à son centre. Dans cette forme, les vaisseaux sont sclérosés. Dans certaines parties de la tumeur, surtout dans sa profondeur, on retrouve la texture du lupus tuberculeux avec ses cellules géantes.
3* Le lupus érythémateux est caractérisé par une inf)lti*ation diffuse du derme. L'inflammation est génénilement superficielle, peu intense et montre une grande tendance à se localiser autour des glandes, ainsi que cela a été remarqué par Hébra, Kaposi, Vidal et Leloir. Les vaisseaux sanguins sont souvent très dilatés, et il en résulte parfois des hémorrhagies. Les glandes sébacées, entourées de tissu embryonnaire, sont elles-mêmes enflammées et sécrètent plus abondamment, ce qui donne au lupus un aspect spécial. Souvent les glandes s'oblitèrent, deviennent globuleuses, s'enkystent et déter-
(1) Société de biologie, 1882, p. 705.
850 AMATOMIE PATHOLOOIQUB DE LA PEAD.
minent un relief de la surrace de la peau. L'épiderme se desquame, el, lorsque la lésion guérit par places, il se Torme une dépresfion cicatricielle sans érosion.
h' Le lupus acnéique, dans lequel les glandes sébacées, fortenieDl hypertrophiées, souvent enkystées, saillantes à la surrace de la pno, enflammées et remplies d'un liquide trouble purifonne, s'ulcèreoi
P.O. nS. — Lupi.. ai.^1» ,na i. Tra^i. ftJM»^
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et donnent lien à une perte de substance et à une cicatrice déprionir comme celles de l'acné, constitue uneespècevoisinedetaprécédeal^ Le derme est prorondément infiltré et épaissi (voy. fig. 379).
Lorsque Friedlander, KÔster, etc., eurent décrit le follicule tnbefculeux avec ses cellules géantes et qu'il fut bien démontré que I' lupus en offrait le type le plus parfait, on proclama ridentilédu hipus el de la tuberculose ; le lupus fut considéré par quelques rwdecins comme étant une tuberculose locale de la peau. Telle ^
TUBERCULOSE CUTANÉE. 85i
Topinion depuis longtemps formulée par Besnier. Leloir avait, en 1883 (1), commencé des inoculations de lupus. Dans des expénences faites avec l'un de nous, Leloir a obtenu (2), dans la moitié des expériences, des résultais positifs, c'est-à-dire une tuberculose généralisée dans laquelle les tubercules contenaient des bacilles et déterminaient eux-mêmes des inoculations en séries.
Nous avons remarqué toutefois que le résultat était plus lent à se produire que lorsqu'on emploie les tubercules pulmonaires comme matériel d'inoculation.
Les recherches plus récentes de Koch (3) sont tout à fait démonstratives au point de vue de Tassimilation du tubercule et du lupus. Koch y a trouvé quatre fois des bacilles de la tuberculose, en très petit nombre, il est vrai. Dans un fait, par exemple, il a dû examiner vingt-sept coupes et dans un autre quarante-trois coupes avant d'en trouver un seul. Mais, sur des séries de coupes successives, il en trouvait à un moment donné de un à trois dans chaque coupe. 11 n'a jamais vu plus d'un seul bacille dans une cellule géante. De plus, Koch a obtenu, à l'état de cultures pures, des bacilles provenant d'un lupus hypertrophique.
On peut donc dire aujourd'hui que le lupus vulgaire, ou tuberculeux et le lupus scléreux appartiennent à la tuberculose. Rien ne prouve qu'il en soit ainsi du lupus exanthémateux et du lupus arnéique.
Tuberculose cutanée. — Le lupus n'est pas la seule lésion tuberculeuse de la peau. On a décrit aussi des nodules tuberculeux recouverts par l'épiderme et des ulcérations tuberculeuses. Nous en avons vu plusieurs, notamment à la peau de la lèvre inférieure et du pourtour de l'anus. Hanot a publié récemment {Société médicale des hôpitauXy séance du 2S février 1884) une observation d'ulcérations tuberculeuses de l'avant-bras, serpigineuses, taillées à l'emporte-pièce ou creusées en gouje, limitant des espaces de peau saine, et ressemblant à une lymphangite ulcéreuse et progressive. Le pus de cette ulcération contenait un grand nombre de bacilles. Le malade étant mort de tuberculose pulmonaire, les préparations
(t) Société de biologie, déc. 1882.
(2) Corail et Leloir, Société de biotogie, juin 1883.
(3) Mittkeilungen ttui den KainrlichenGesundheittamte von lyStruck,^ vol. Berlin. 18SI.
des bords et du fond des ulcérations cutanées ont montré une quantité considérable de bacilles dans le tissu altéré.
Tubercules anatomiques. — Le contact des liquides cadavériques détermine quelquefois chez les médecins, les étudiants et les garçons d'amphithéâtres, des tubercules saillants, papillaires, irréguliers à leur snrface, couverts d'un épiderrae corné ou suinlanl, semblables à des papillomes, qui siègent sur le dos des doip^ts el du poignel. La partie superficielle du derme est habituellement seule atteinte ; mais il y a souvent de petits foyers de suppuration dans la profondeur du derme. Sur les coupes de ces productions, on constate que les couches épidermiques sont épaissies, que les papilles sont très volumineuses avec une infiltration de leur tissu par des cellules rondes, avec des vaisseaux dilatés si la lésion est déjà ancienne. Le bourgeonnement des papilles est souvent irrégulier, et certaines d'entre elles font une saillie isolée, coiffée par Tépiderme; entre les plus grosses de ces papilles il y a des dépressions et des fentes; Tépiderme se prolonge profondément entre les papilles moins hypertrophiées. Le derme est lui-même infiltré profondément. On observe des micrococci, des diplococci el des chaînettes dans les tubercules récents, pendant leur période d'inflammation. Plus lard, lorsqu'ils ressemblent à des verrues et qu'ils tendent à s'atTaisser on n'y trouve plus de micro-organismes. Nous y avons vainement cherché les bacilles de la tuberculose. Cependant on voit assez souvent les garçons d'amphithéâtres qui en ont les doigis couverts devenir phtisiques. Uesnier croit que les tubercules anatomiques appartiennent à la tuberculose.
Rhinosclérome. — Cette tumeur qui débute par le nez, la cloison, les narines, el qui envahit les parties voisines, la lèvre supérieure en particulier, se présente sous la forme de plaques, de bourrelets, de nodosités de la peau et de la muqueuse; ces productions sont planes ou saillantes, nettement limitées, dures, élastiques, luisantes, de couleur rouge clair ou grise, douloureuses à la pression ; elles font corps avec le derme qui est infiltre profondément. Elles ressemblent à des chéloïdes et ne montrent à leur surface ni poils ni relief de glandes. Les parties voisines sont tuméfiées, le nez s'aplatit el s'élargit à son extrémité inférieure, les ailes du nez sont raides et immobiles, les orifices des narines sont obstruées, la lèvre supérieure est indurée à son tour et envahie par la néoformation, qui peui
RHINOSGLÉROME. 853
gagner les gencives et la muqueuse buccale, en même temps que la propagation se fait par les fosses nasales à la muqueuse du voile du palais, du pharynx elmême du larynx. Il peut en résulter une sténose î^lotlique.
Cette affection, qui a été anciennement confondue avec la syphilis et le lupus, en diffère absolument par ses caractères anatomiques et par le résultat de Texamen histologique ;' elle n'est d'ailleurs nullement influencée par la médication antisyphilitique. Ses caractères histologiques lui assignent une place à part dans la classification des tissus morbides; c'est surtout à ce titre que nous la décrivons.
On Ta observée à Vienne', en Autriche-Hongrie, et en Italie; elle est aussi assez commune, parait-il, dans l'Amérique du Sud. Hébra et Kaposi (1) l'ont décrite en 1870, et depuis cette époque elle a été le sujet d'un nombre considérable de monographies, en particulier de Mikulicz (2), Frisch (3), Chiari (4), Klebs et Eppinger, Celso Pellizari (5), etc.
Elle n'a jamais été observée à l'hôpital Saint-Louis. L'un de nous (6) a eu l'occasion d'en examiner au microscope deux faits, l'un provenant d'un jeune Américain soigné par Ycrneuil, l'autre qui lui a été donné par le D^ Alvarez, de San Salvador, ville où cette maladie n'est pas rare (7).
Lorsqu'on enlève un fragment de rhinoscléroroe, le bistouri entre très facilement dans le tissu lardacé, bien qu'il paraisse très dur. Les coupes que nous avons examinées dans les deux faits précédents, sur des pièces qui avaient été durcies simplement par l'alcool, ont montré les particularités suivantes :
Sur les coupes de la peau altérée, pratiquées perpendiculairement à sa surface, les couches épidermiques sont bien conservées. La couche cornée et la couche granuleuse sont épaisses et présentent la disposition normale de l'éléidine. Le corps muqueux de Malpighi montre ses cellules à protoplasma fibrillaire aussi caractérisé que
(i) Leçoiu sur les maladies de la peau, trad. fr. t. 11» p. 231.
(2) Ueber dos Rhinosclerom, Langenbeck Arehiv,, t. XX, 1876.
(3) Aetiologie des Rhinosclerom (Wiener medicinische Wochênsckrift, \î août
m Sténose des Kehlkopf und der Luftrohre bel Rhinosclerom. Médian, Jahrbuê" cher von der K. K, Gesellschaft der Aertie, 1882, helft 2. Wieo.
(5) /{ Rkinoseleroma, avec 5 planches lithogr. Florence, 1883, in-8.
(6) Gornil, SocUU omUomtçve, 1883, p. 319.
0\ Qucvara. Sur le lupus scrofuleux des foues nasales. Thèse. San Salvador, 1883.
possible. Par places» il existe un nombre plus ou moins considénbie de cellules migratrices interposées aux cellules du corps moqueux.
Les papilles dermiques sont développées et vascularisées; leur tissu conjonctif est infiltré de petites cellules migratrices. Les glandes sébacées et sudoripares ne présentent pas, au débol do moins, de lésion évidente. C'est le derme qfû offre à considérer les altérations caractéristiques de la tumeur. Là les vaisseaux présenu^nt des parois épaissies, infiltrées et entourées par de petites cellule arrondies disséminées entre les fibrilles du tissu conjonctif. On voii une zone de ces cellules pressées les unes contre les autres et entourant comme une couronne toutes les sections des petits vai^ seaux et des capillaires. Entre les vaisseaux, le tissu conjonctif e^ formé', soit de fibrilles disposées en réseau, soit de faisceaux épais. Au milieu de ce tissu, entre les petites cellules rondes qui y soot disséminées, on trouve de grandes cellules sphéroidales, d'un ditmètre de âO \L ou même plus. Elles présentent un ou plusieurs noyaux. Ces grosses cellules, disséminées sans ordre au miliea du tissu fibreux du derme et entourées de petites cellules rondes, som précisément les éléments caractéristiques du rhinosclérome. Le protoplasma de ces cellules est réticulé, ce qu'on voit très nettemeni sur les pièces traitées par l'acide osmique. Leurs noyaux sont d* volume variable, souvent assez petits, lorsqu'il y en a deux ou troi: dans [une même cellule. Au milieu du protoplasma de ces cellules, on trouve souvent des masses réfringentes hyalines, arrondies ou irrégulières, très grosses dans certaines d'entre elles. Lorsque rej globes hyalins sont volumineux, il en existe un seul dans chaque cellule et il la remplit complètement. Le noyau se trouve alors rejeté à la périphérie, comme cela se voit dans les cellules adipeu««5 complètement envahies par la graisse. Dans d'autres cellules, l^ grains réfringents sont plus petits et ils siègent au milieu du réticulum cellulaire dont les travées les entourent.
Quelle est la nature de ces masses réfringentes? Remarquons tou: d'abord qu'elles peuvent sortir des cellules qui leur ont donné m\^ sance, ce qui rend leur étude encore plus facile. Elles sont coloré*^.' par tous les réactifs : en jaune clair par l'acide osmique ; en jaune orangé par le picrocarminate; en violet bleu par le violet de mélbH; en rouge intense par la safranine. Elles sont colorées en jaune par la solution iodée et ne montrent, ni par l'iode, ni par la safranine, ni par le violet de Paris, les réactions spéciales de la matièr
XÀNTHÉUSMA OU XANTHOME. 855
amyloîde. Il s'agit donc tout simplement d'une [substance hyaline.
Cette néoplasie, caractérisée par une infiltration du derme épaissi par de petites cellules, par une sclérose des petits vaisseaux entourés d'une couronne de cellules rondes, par de grandes cellules à protoplasma réticulé contenant souvent des boules hyalines, appartient en propre au rhinosclérome et ne se rencontre dans aucune autre tumeur. La structure précédente concorde absolument avec la description qui en a été donnée par tous les auteurs. C'est un tissu tout à fait spécial.
Plusieurs anatomo- pathologis tes, Frisch, Chiari, ont signalé Texistence de bactéries dans les cellules du rhinosclérome et entre les fibres du tissu conjonctif qui les avoisinent. Elles ont été aussi décrites par Pellizari. Ce sont de petits bâtonnets ovoïdes. Nous les avons cherchés avec soin, mais sans succès, en employant toute la série des [matières colorantes de l'aniline. Nous n'avons trouvé que des granulations colorées par le violet de méthyl B, accumulées dans des cellules ou isolées entre les fibres du tissu conjonctif et que nous avons rapportées aux grosses cellules granuleuses (mastzellen) décrites par Ëhrlich.
Le tissu morbide s'enfonce profondément et transforme les muscles des lèvres, dont les faisceaux sont atrophiés, les cartilages et les os; les glandes cutanées sont atrophiées. Il se produit très rarement des pertes de substance, et le néoplasme envahit, en suivant les fosses nasales, le voile du palais, ses piliers, le pharynx et même le larynx. Il récidive après l'ablation.
Xanthélctëma ou xanlhome. — On désigne sous ce nom des plaques ou de petits tubercules formés par un tissu conjonctif, dans lequel les cellules ont subi la dégénérescence granulo-graisseusc. Les plaques de xanthélasma sont assez communes sur les paupières. Elles sont caractérisées par la couleur chamois qu'elles y présentent. Ces plaques des paupières sont tantôt un peu saillantes, tantôt sur le même niveau que la peau voisine. Sur la peau de la face, du nez, des joues, du menton, sur les mains, sur le prépuce ou à la base du pénis, on voit, dans certains cas, de petits tubercules durs, jaunechamois, opaques, secs, sans aucune sécrétion pathologique, faisant une saillie plus ou moins accusée. Ces nodosités isolées ou groupées sont indolores. C'est là le xanthélasma tuberculeux ou tubéreux. .
Chambard en a donné une excellente description histologique dans les Archives de physiologie, en 1879. Il a examiné successive-
ment les plaques et les tubercules du xanthélasma. Leur tissa est essentiellement caractérisé par une dégénérescence granuleosc des cellules du tissu conjonctif. Dans les formes tuberculeuses et tubéreuses, on constate en outre une néoformation de tissu conjonctil et une localisation du tissu nouveau autour des glandes sadoripares, autour des nerfs et des vaisseaux. Il peut en résulter une véritable endartérite oblitérante et une inflammation chronique des nerfs.
Balzer avait décrit d'abord, dans le xanthélasma, des grains ronds qui lui paraissaient être des bactéries. Dans de nouveaux cas, il a reconnu que les plaques et nodules, du xanthélasma contienneoi une quantité considérable de fibres élastiques et que celles-ci sont souvent épaissies, fragmentées, fendillées, désagrégées et réduiu> en de petits cubes ou fines granulalions. La substance élastique ainsi désagrégée forme souvent des masses appendues en forme de chouifleurs aux fibres élastiques hypertrophiées. La désagrégation dek substance élastique atteint aussi les fibres des parois vasculaires et jusqu'aux appareils élastiques des poils et des glandes sudoripares. Les grains de substance élastique se logent dans les cellules pIusoD moins hypertrophiées du tissu conjonctif. Les grosses cellules du xanthélasma contiendraient donc des grains élastiques. Ce sont cp^ petits grains que Biilzer avait regardés d'abord comme des microoi^anismes. Pour étudier les fibres élastiques et leurs altératioDS. Balzer colore les coupes avec Téosine dissoute dans l'alcool ; puL^ il les traite par la potasse à 40 pour 100. Les fibres élastiques et les grains qui résultent de leur fragmentation sont inteDsirement colorés en rouge, tandis que les autres éléments sont peo colorés.
Sarcome. — Le sarcome primitit de la peau se montre sous la forme de sarcome encéphaloïde, de sarcome fascicule et de sarcome mélanique. Nous avons vu plusieurs fois de petites tumeurs cutanée» et sous-cutanées, atteignant le volume d'un petit pois à une amande, siégeant aux doigts, au poignet ou dans d'autres régions, et eoievées par des chirurgiens. Les unes étaient constituées par du sarcome à petites cellules, les autres par des sarcomes fascicules. 0> derniers montrent pai'fois une très grande quantité de cellules geanff^ à noyaux ovoïdes très nombreux. Leur pronostic n'est pas grafe si on les enlève de bonne heure lorsqu'elles sont encore de petite dimension.
UYXOME. — FIBROME. 857
Le sarcome mélanxque de la peau est au contraire d'ane gravité exceptionnelle. Il débute soit aux extrémités, aux pieds et auxmainSi soit à la paupière et à la face. Aux pieds et aux mains, il commence par de petites nodosités de la grosseur d'un grain de plomb, d'un pois, d'une fève, souvent sur un naBvus. Les nodosités arrondies, dures, saillantes, de couleur brune ou bleuâtre, discrètes ou con- Quenles, se réunissent en plaques de la largeur d'une pièce de cinq francs à celle de la paume de la main. Les doigts et les orteils deviennent turgides, fusiformes. Les nodosités se ramollissent et s'affaissent, en laissant à leur centre une cicatrice fortement pigmentée. Après une durée de quelques mois à deux ou ti^ois ans, des nodosités analogues se montrent aux paupières, à la face, puis à divers points du tronc. Elles s'ulcèrent parfois en mettant à nu un tissu pigmenté gorgé de sang. Il survient enfin une cachexie, de la fièvre, et le malade meurt avec une généralisation du sarcome mélanique dans tous les tissus et organes.
Sur les coupes de ces productions, on voit que le derme est envahi (voy. pour les détails histologiques, t. I, p. 170), ainsi que les papilles, par des cellules fusiformes ou rondes, interposées aux fibres, et plus ou moins pigmentées.
Le sarcome cutané natt aux dépens de bourgeons cellulaires partant des vaisseaux : on peut voir une division indirecte des cellules de Tendothélium et des cellules périthéliales des vaisseaux qui en sont le point de départ (Babes, Centralblatt^ 1884). Dans le sarcome mélanique, on aurait affaire, d'après Babes, à un processus atypique de la formation des globules sanguins; on trouverait, au début, de grandes cellules avec des vacuoles, contenant des globules blancs pigmentés, et de grosses cellules pigmentées en division indirecte.
Myxohe. Fibrome. — Les tumeurs de la peau constituées par des tissus myxomateux ou fibreux sont très communes. L'éléphantiasis des Arabes pourrait à' la rigueur être considéré comme une néoplasie fibreuse, diffuse et très étendue. Nous n'y reviendrons pas.
Le molliiscum éléphaniiasique constitue des tumeurs plus ou moins volumineuses de la peau, qui atteignent parfois des dimensions considérables. Le tissu du derme et le tissu cellulaire souscutané sont très épaissis, œdémateux, et laissent écouler à la coupe une certaine quantité de sérosité transparente. Les sections des tumeurs montrent qu'on a affaire à du tissu fibreux dont les mailles
CORlflL ET RAHTIER. II. — 55
conliennenl du liquide et des cellules rondes; les cellules fixes du tissu sont tuméfiées et les vaisseaux sont entourés d*une zone de cellules rondes.
Les tumeurs plus petites, sessiles ou pédiculées, polypeuses, uniques ou multiples, qu'on désigne sous le nom de molluscum pendulum, tantôt tendues, tantôt flétries, élastiques ou molles et recouvertes par la peau amincie, sont formées de tissu fibreux. Ce tissu se continue directement avec le derme et les papilles de la peau qui recouvre la petite tumeur. Une ou plusieurs artères et des veines se trouvent à la partie centrale du pédicule.
Ces tumeurs peuvent être formées par du tissu muqueux. Elles contiennent parfois quelques lobules adipeux.
Chéloide. — Les chéloïdes, qui en général succèdent à des plaies, à des brûlures, à des cautérisations, à des ulcères de la peau chez de jeunes sujets, souvent chez des scrofuleux, peuvent être regardées comme des cicatrices vicieuses, exubérantes (voy. t. I, p. 130). Elles sont caractérisées par des brides saillantes, des tubérosités arrondies ou rayonnées, par leur dureté, leur surface lisse, recouveile d'un épiderme mince, sans poils ni glandes, leur couleur blanche ou teintée par de petits vaisseaux qui rampent à leur surface. Elles font corps avec le derme, qui se déplace avec elles. Elles siègent au cou, où leur rétraction s'accompagne souvent de torticolis permanents, au niveau du sternum, du sein, à la face, etc. Elles se conduisent comme de véritables tumeurs , en ce sens qu'elles ne rétrogradent pas et qu'elles récidivent souvent sur place après leur ablation.
En outre des chéloïdes consécutives à des plaies, il en est qui su développent spontanément, sous forme de brides saillantes, rayonnées, uniques ou multiples, siégeant le plus souvent au-devant du sternum.
Lorsqu'on examine les coupes d'une chéloide cicatricielle, saillante, on voit d'abord un épiderme mince, normal, mais sous lequel il n'existe plus de papilles. Cet épiderme repose sur du tissu fibreux composé surtout de faisceaux parallèles à la surface. Si la chéloide est récemment développée, elle est constituée par des cellules rondes ou fusiformes et par des fibres connectives fines; sa structure ne diffère pas alors de celle du sarcome fascicule. Plus lard on y trouve surtout des faisceaux de tissu .fibreux, très épais, transversaux ou
LIPOMES. — CARCINOMES. — CRONDROMES. — OSTÉOMES. 859
)bliques, séparés par de rares cellules plates. Dans les parties proondes de la tumeur, il existe des faisceaux perpendiculaires qui l'entre-croisentavecles précédents. Ces faisceaux forment des gaines épaisses aux vaisseaux.
Les chéloîdes spontanées présentent le plus souvent des papilles lypertrophiées ; entre elles, le corps muqueux émet des prolongenents qui pénètrent dans le derme. Le tissu fibreux du derme épaissi présente le même aspect que dans Téléphantiasis.
Lipomes. — Les lipomes siègent rarement dans la peau ; ils se >ont toujours développés primitivement dans le tissu cellulo-adipeux K)us-cutané, avant de s'étendre à la base du derme et de se continuer ians la peau. Souvent les lipomes de la peau sont angiomateux.
Carcinome. — Le carcinome primitif est très rare dans le derme. [1 survient surtout comme une production secondaire liée à la généralisation du cancer du sein (cancer en cuirasse). On voit se produire ^ilors de petites saillies rondes ou aplaties, rosées, livides ou sans changement de la couleur de la peau, faisant corps avec le derme et s'enfonçant dans le tissu cellulo-adipeux. Sur les coupes de ces productions à leur début, on reconnaît que les papilles et le derme sont épaissis. L*épiderme est normal. Les papilles paraissent infiltrées par de petites cellules rondes; le derme montre des cellules de même nature entre ses fibres. Déjà, au centre de la néoformation, on reconnaît des rangées de grandes cellules à noyaux volumineux, interposées aux faisceaux du tissu conjonctif, limitant des alvéoles de carcinome.
Chondromes. Ostéomes. — Les chondromes de la peau sont très rares. Les ostéomes se développent quelquefois chez les vieillards comme de petits grains sablonneux dans Tépaisseur du derme, et le plus ordinairement dans ses couches suparficielles; quelquefois ils s'étendent dans le tissu cellulaire sous-cutané. Us naissent probablement du tissu conjonctif. Wilckens a cependant vu sur quelques-uns d'entre eux des points cartilagineux. D après la description de Virchow (^Mmefwrz^ t. Il, p. 101, traduction française), leur couche corticale, ossifiée, entièrement éburnée et à peine stratifiée, contient des corpuscules osseux disposés parallèlement à la surface,
Un certain nombre de myomes, ayant la forme de polypes et d'ex-
(M^oissances désignées sous le nom de molluscum^ ont été observés par Virchow, Verneuil, Malassez (1), Besnier (2), etc. Il s'agit le plus souvent de fibro-myomes dans lesquels les fibres musculaires lisses sont disséminées au milieu de faisceaux de tissu fibreux; le tissu musculaire à fibres lisses peut être prédominant, et les tumeurs cutanées très nombreuses sur le même sujet, comme cela s'est produit dans un cas publié par Besnier.
Névromes. — Les névromes vrais de la peau sont très rares ; deux observations en sont rapportées par Dûhring (3); dans Tune qui lui est personnelle, il s'agissait de petits tubercules durs, aplatis, du volume d'un pois, siégeant à l'épaule et au bras droit, sur le trajet des filets nerveux. La peau avait une couleur rosée ou violacée et elle était écaillée à leur niveau. L'examen microscopique montra que ces tumeurs étaient formées de tissu fibreux et de faisceaux de fibres nerveuses sans myéline venant de la couche papillaîre du chorion, Dans une seconde observation appartenant à Kosinskî, les tumeurs, siégeant à la cuisse, offraient la même structure. Ce sont là des névromes amyéliniqiies (voy. 1. 1, p. 281).
' Les tubercules sous-cutanés douloureux, qu'on regarde comme des névromes, sont le plus souvent des fibromes dans lesquels il existe des tubes nerveux en plus ou moins grand nombre, comprimés par le tissu fibreux. Recklinghausen (4) a remarqué que le début de ces fibromes a souvent lieu dans les glomérules des glandes sudoripares et autour d'eux. Cependant la structure des tubercules douloureux est variable. Ainsi Legros et Labbé (5) ont décrit trois tubercules sous-cutanés douloureux, contenant une quantité considérable de tubes nerveux à myéline et de fibres de Remak. L'une de ces tumeurs présentait de volumineux corpuscules du tact ; ils l'ont appelée névrome papillaire. Trélat et Monod ont observé des tumeurssous-cutanées douloureuses qui étaient des angiomes (6). Dans un de ces faits, Monod a trouvé des filets nerveux dans le tissu conjonctif sous-jacent. D'autres petites tumeurs douloureuses
(t) Élude sur le molluscum, avec planches, 1872 et Soc, anat., 1871.
(2) Annales de dermatologie, 2* série, 1. 1, 1880.
(3) Traité pratique des maladies de la peau, trad. en fr. par Baiihélenij et Colson, p. 684.
' (4) Recklinghausen, Ueber multiple Fibrome der Haut, Berlin, 1882.
(5) Journal de Vanatomie, 1870-71,
(6) Bulletin de la Société de chirurgie, 1879, t. V.
ANGIOMES. S61
contenaient des glandes sébacées hypertrophiées, des glandes sudoripares (Poncet, Chandelux) (1), du tissu cartilagineux. Certains ne sont autres que des épilhéliomes tubulés à cellules pavimenteuses. Dans un cas, Chandelux a trouvé un corpuscule de Pâcini. Ce dernier conclut, de Texamen histologique d'un certain nombre de ces tubercules douloureux, que leur structure est variable, mais qu'on peut toujours trouver des fibres nerveuses à myéline ou des fibres de Remak disséminées à la base de la tumeur; la pression qui s'exerce sur elles est la cause des douleurs. Malherbe a présenté au Congrès de Copenhague (août i884) cinq faits de tubercules cutanés douloureux constitués par des myomes.
Les névromes plexiformes de la peau, tels que ceux décrits par Verneuil (2) dans la peau du cou et du prépuce, sont constitués par un très riche plexus de cordons serpentins rapprochés les uns des autres. L'examen histologique y démontre une enveloppe fibreuse plus ou moins épaisse entourant les tubes nerveux.
Angiomes. — Les angiomes de la peau sont très communs sous la forme de nievi materni dans les premières années de la vie (voy. 1. 1, p. 285 et suiv.). Il se développe assez souvent, plus tard, des taches vasculaires, des télangiectasies ou des tumeur6 vasculaires proéminentes, angiomes proéminents, naevi tuberculeux, télangiectasies veineuses (Schuh), tumeurs vasculaires érectiles (Dupuytren), qui siègent à la tôte, à l'orbite, à la face, au tronc, aux extrémités ou aux organes génitaux. Elles arrivent quelquefois à former de vastes tumeurs étalées en surface, saillantes et plus ou moins profondes, occupant toute une extrémité supérieure, le dos, la cuisse, turgescentes ou molles, compressibles, comprimant et rongeant les os, envahissant les muscles. Ces tumeurs plus ou moins volumineuses présentent, lorsqu'on les ouvre, un grand nombre de loges remplies de sang, communiquant les unes avec les autres, avec les gros vaisseaux de la tumeur et avec les vaisseaux voisins. Elles se développent le plus souvent dans le tissu adipeux sous-cutané, et elles envahissent alors consécutivement le derme et les papilles dont les vaisseaux capillaires préexistants se transforment en larges lacunés sanguines. Mais quelquefois leur siège initial est dans le derme
(1) Recherches sur les tubercules 'som-^utanés douloureux (Archives de phtjmlogie, 2" série, 1882, l. IX. p. 639).
<2) Observations pour servir à VhUtoire des altèrëlUms locales des nerfs (AtMves Çén. de méd. oov. 1861).
862 ANATOmE PATHOLOGIQUE DE LA PBAC.
et dans les papilles. Les dilaUi tiens vasculaires sont parfois entourées dans le derme par du tissu cellulo-adipeux (angiome lipomateui) ou par du tissu conjonctif embryonnaire. Ainsi nous avons vu des angiomes cutanés de la grosseur d'une cerise, siégeant à la fois dans le derme et dans le tissu cellulo-adipeux sous-cutané, dans lesquek les vaisseux dilatés étaient régulièrement entourés d'une zone plu> ou moins large de cellules rondes ou aplaties. Lorsque la turopur atteint les couches superficielles de la peau, soit primitivement, soit en vertu de son extension, on observe, dans le réseau papillaire «!e la peau, les modifications que nous avons décrites à propos des angiomes des muqueuses (voy. t. Il, p. 318). Là, de même que dan> les angiomes des muqueuses, les cavités primitivement pleines dr sang peuvent se transformer en petits kystes séreux.
Nous avons observé un angiome de la grande lèvre au-de¥,ini duquel il s'était développé une collection purulente assez volumi* neuse, qui simulait un abcès de la glande vulvo*vaginale. Vdh*i^ ponctionné avait donné issue à du pus fétide, strié de sang. La maiaik étant morte quelques jours après de tuberculose chronique, nou^ avons vu que la paroi postérieure de l'abcès était formée par un angiome caverneux étalé sur une surface de 2 centimètres environ et qui avait 1 centimètre d'épaisseur. Cette tumeur, saillante dans la cavité de l'abcès, était constituée par des lacunes pleines de szm^. arrondies ou polygonales, assez régulières, séparées par des cloisons minces de tissu fibreux contenant un petit nombre de celluir ovoïdes, tapissées par un endothélium, donnant tout à fait Tapparence des angiomes caverneux du foie. A la périphérie de la tumeur, le tissu conjonctif était plus condensé, les cloisons plus épaisse^ e( les lacunes sanguines moins considérables et allongées.
La structure des lymphangiomes cutanés a été donnée à la page 290, t. I. On peut observer la structure des lymphagiomej cutanés dans la maladie décrite par Kaposi (1), sous le nom lie lymphangiomes tubéreux multiples.
Lymphabénie cutanée (mycosis fongoîde d'Alibert). — Cette maladie cutanée décrite, au point de vue clinique, par Alibert, Bazin, Hillairet, Besnier, a été déterminée au point de vue anatomique et histologique par l'un de nous (2) et étudiée depuis par Debove,
(1) Kaposi, lac. cit., t. U, p. 229.
(2) Ranvier, in Thèse de Gillot. Paris, 1868.
LYMPBADÉNie On'ftNÉE. 863
Landouzy, Malasaez, Démange (1) et récemment par Gaillard (3). Sa durée est longue et sa terminaison le plus souvent fatale. Elle dé-
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