‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 2)Chapitre 27 sur 239 · FOP.MES CLINIQUES* DE LA BRONGHOPNEUMONIE · texte numérisé non relu

FOP.MES CLINIQUES* DE LA BRONGHOPNEUMONIE

à la surface du poumon sur laquelle font saillie des nodules disseniioés de bronchopneumonie. Ces derniers, à des degrés variables dévolution, existent aussi dans les parties du poumon atteintes de pneumonie calarrhale. Lorsqu'on a ouvert les bronches, on voit qu'elles sont très rouges, couvertes de muco-pus et dilatées dans tuiUes les parties de leur trajet qui sont comprises dans les masses pulmonaires atteintes de pneumonie, surtout si la lésion a duré un certain temps.

c. — Très voisine de cette forme est celle dans laquelle prédominent les noyaux de pneumonie lobulaire {pneumonie lobulaire disseminée de Barrier, bronchopneumonie mamelonnée de Roger et Damaschino, bronchopneum^nie à noyaux disséminés de Joffroy). Die se déûnit d'elle-même, et bien qu'on puisse y trouver toutes les autres lésions de la bronchopneumonie, ce sont surtout les nodules de pneumonie lobulaire à divers degrés d'évolution, disséminés irrégulièrement dans les deux poumons, saillants sous la plèvre ou radiés profondément dans les différents lobes, surtout dans les lobes inférieurs, qui en constituent l'altération essentielle.

d. — On rencontre plus rarement, à l'autopsie de sujets ayant succombé à la bronchopneumooie, des nodules de pneumonie fibrineuse {hépalisation généralisée de Rillet et Barthez, pneumonie lobulaire à forme pseudo-lobaire de Barrier, bronchopneumonie à forme lobaire de Damaschino, bronchopneumonie à noyaux confluents de Joffroy). Ces dénominations indiquent combien cette variété de bronchopneumonie se rapproche de la pneumonie lobaire aiguë. Les deux poumons présentent, disséminés dans leurs différents lobes, des noyaux de pneumonie fibrineuse variant comme dimension entre une fève et une petite noix; ces noyaux, à divers degrés de leur évolution, atteints d'hépatisalion rou[re ou grise, présentent, sur une surface de section, des granulations g'^néralement très évidentes. De plus, il existe souvent alors à la base de l'un des poumons ou de tous les deux, une hépatisation plus ou moins étendue, ayant même envahi tout le lobe inférieur et qui est semblable à celle du second ou du troisième degré de la pneumonie lobaire tibrineuse aiguë. Ces faits sont, par conséquent, intermédiaires à la broncho-pneumonie et à la pneumonie lobaire.

e. — Les enfants nouveau-nés sont atteints d'une pneumonie de forme spéciale qui a été décrite par les uns comme une broncho-

pneumonie, par les autres comme une pneumonie lobaire. Elle se rapproche de la pneumonie lobaire parce qu'elle envahit généralement au même degré un ou plusieurs lobes dans leur totalilé, mais elle se confond par ses caractères anatomiques à l'œil nu et au microscope avec la pneumonie catarrhale. C'est pourquoi nous la menlionnons ici. Les lobes malades sont d'un rouge sombre à leur surface ou marbrés de gris et de rouge et tuméfiés ; ils offrent, sur une section, une apparence planiforme et lisse, et laissent suinter un liquide sanguinolent ou opaque et grisâtre. A l'examen microscopique on trouve les alvéoles pulmonaires remplis de cellules cubiques ou irrégulièrement polyédriques. Parfois ces alvéoles n'ont pas encore été pénétrés par l'air, ou bien la respiration a été très imparfaite, la pneumonie ayant débuté presque aussitôt après la naissance.

f, — La pneumonie catarrhale affecte quelquefois une marche subaiguë ou chronique. Les îlots atteints de pneumonie catarrhale chronique présentent une couleur grise ou jaunâtre. Dans les îlols de couleur jaunâtre, la circulation est très incomplète ou presque nulle; les alvéoles sont remplis de cellules épilhélialcs tuméfiées, irrégulièrement polyédriques, cubiques ou sphériques, remplies de granulations graisseuses. De plus, dans certains cas, mais non dans tous, on observe une dilatation très prononcée des bronches (Charcot) dont le tissu fibreux périphérique est épaissi. Le tissu pulmonaire présente alors des bandes de tissu fibreux de nouvelle formation autour des lobules et autour des bronches.

IL Pneumonie lobaire aiguë ou fibrineuse. — La pneumonie lobaire aiguë ou fibrineuse diffère essentiellement de la bronchopneumonie au point de vue de ses symptômes et de sa marche. C'est une affection à marche cyclique, peut-être liée à la présence de microbes, dans laquelle les signes physiques se succèdent avec une régularité prévue d'avance, tandis que les signes de la hronchopnfMimonie sont irréguliers et mobiles. Ces deux maladies dillèronl également par leuranatomie pathologique. Tandis que les lésions de la bronchopneumonie sont nombreuses et très variées, dissemblables dans les différents faits et résultant de poussées successives, celles de la pneumonie aiguë sont toujours identiques à elles-mémts et elles évoluent avec une grande régularité. Si les lésions considérées dans leur ensemble et dans leur groupement sont tout à lait caractéristiques dans chacune de ces deux formes de la pneumonie aijiué,

P.NKUMONIE LOUAIKE AIGUË OU FIDRINEUSE. 113

le processus histologique de rinflammalion du pouinoDy consistant dans les modifications des cellules et répanchement d'un exsudai iolra-alvéolaire n'en offre pas moins beaucoup d'analogie.

On distingue trois degrés ou stades anatomiqucs dans la pneumonie lobaire aiguë ou fibrineuse : IM'engouement; 2*rhépatisation rou<;e ; 3^ Thépatisalion grise ou infiltration purulente.

Dans le premier degré ou stade d'engouement, un lobe tout entier, ou même une partie considérable de deux lobes voisins sont envahis très rapidement par une congestion activé d*une grande intensité. Le parenchyme pulmonaire est d'un rouge brun; il est distendu, hypertrophié, plus lourd, plus compact qu'à l'état normal; il a perdu son élasticité et crépite peu à la pression. Sur une coupe, il s'en écoule un liquide séro-sanguinolent un peu aéré. Les portions (lu tissu engoué surnagent encore lorsqu'on les plonge dans l'eau.

U est évident qu'on n'a pas l'occasion de constater à l'autopsie la «ODgeslion et l'engouement du premier noyau de pneumonie. Mais rauscullation permet d'apprécier jour par jour le progrès et l'aciroissement du mal en un point déterminé. Â l'autopsie d'un malade mort ainsi de pneumonie en voie d'extension, on pourra con- >laler, au voisinage des régions hépatisées, l'état anatomique correspondant à la congestion et à l'engouement.

Les coupes de pièces durcies dans le liquide de Mûller, la gomme 'l l'alcool, montrent que les vaisseaux capillaires des cloisons alvéolaires sont turgides, saillants dans l'alvéole, comme variqueux. Les raviiés alvéolaires contiennent des globules rouges, quelques globules blancs et des cellules épithéliales détachées, tuméfiées, granuleuses, munies souvent de plusieurs noyaux. Ce sont là les lésions que nous avons décrites à propos de la congestion du poumon et de la pneumonie catarrhale à son début.

Celte première période dure de vingt-quatre à quarante-huit heures.

Dans le deuxième degrés ou stade d'hépatisation rouge, pendant que les cellules lymphatiques et les globules rouges continuent à '••(«nchcr en grande quantité par diapédèse dans l'intérieur des «ilvéoles, la fibrine sortie des vaisseaux avec ces éléments se coagule >ous forme de filaments autour d'eux. Ainsi se trouve constitué un ^'Xi^udat solide qui remplit et distend toutes les cavités aériennes : infundibnla et bronchioles acineuses.

COKIIL ET RANVICR. II. — 8

Ui HISTOLOGIE PATUOLOGIQUE SPÉCIALE DE L'APPAREIL RESPIIIATOIRE.

Le poumoD esl augmenlû de "votunie ; les côtes onl manqué leur empreinte à sa surface, et i) ac s'afTaisse pas après l'ouverture de ia poitrine. Il est lourd, il tombe au fond de l'eau, ne crépite pas, n'est plus insufilable; il est très compact et solide en apparence, tandis qu'en réalité il est devenu 1res friable. Le doigl slenfonce en effet très facilement dans son tissu lorsqu'on l'applique perpendiculairement à une surface de section. Cette surface laisse couler uoe nappe de liquide louche , grumeleux , sanguinolent. On voit aus^i s'échapper des pelilei- bronches des caillots blanchàties qui sont libres dans leur cavité et qui ne sont autre chose que de la fibi'inc non adhérente à leur membrane muqueuse. Le tissu pulmonairo hépatisé présente sur une coupe un aspect granuleux qui est encore plus accusé lorsqu'on le déchire. Cet aspect est dû au relief formé parles infundibula remplis d'un exsudât fibrineux; ces infundibula constituent en effet de petites masses de i millimètre de diamètri' environ, qui sont rougies par la présence du sang.

La quantité de sang épanché peut être telle, dans certains cas el surtout chez certains animaux, comme le cheval, que le poumon, au début de la pneumonie fibrineuse, offre les caractères de l'apoplexie.

Si on lave, sous un filet d'eau, la surface de section pour la débairasser du sang, celle-ci, de rouge qu'elle était, devient grise ou gris

Jaunâtre, couleur qui est celle de l'exsudat fibrineux englobant des

cellules lympliatiques. .

Loi-squ'on racle avec le scafpel la coupe du poumon hépatisé, on i

obtient de petits grumeaux grisâtres granuleux qui rcpréscnteot le |

l'.fEUllU.ME LOUAIIŒ AlUUt OU FlDitlNEUSË. HO

moule interne des alvéoles et de l'infuDdibuluni pris dans leur ensemble {voy. fig. 48).

On peut examiner in situ ces coagulations sur des coupes du pouma hépatisé. A un faible grossissement, on voit les infundibula et !■.*:■ alvéoles remplis et distendus par la masse exsudùe, et l'on peut -assurer que les parois alvéolaires ne présentent d'autre épaississemi-Dl que celui qui résulte de la distension de leurs vaisseaux par des ;:luhules sanguins (fig. 49).

L'exsudat de la pneumonie fibrineuse est composé d'un réliculum liLiillaire de lîbrine qui enserre dans ses mailles un très petit numbrcde cellules épilhéliales modifiées, et une grande quantité de corpuscules de pus et de globules rouges du sang.

.\u début du second stade de la pneumonie, les vaisseaux san- ;:<iiQs, distendus par le sang, font saillie dans les cavités alvéolaires; "n observe encore sur leur paroi, ou dans les fossettes qu'ils lais- - ni entie eux, quelques cellules épithéliales tuméfiées appartenant îii revêtement épitliélial des alvéoles. Mais, dans l'hépatisiition rouge |]ui date déjà de deux ou trois jours, alors que les alvéoles sont 'li-tendus par l'exsudat, tes vaisseaux sanguins sont moins saillants et présentent de nombreuses cellules lymphatiques dans leur inti'rieur. .\ ce moment on ne trouve plus de cellules rappelant la l'irme de l'épittiélium, ni à la surface des cloisons ni sur les vaisseaux. Les alvéoles contiennent seulement des cellules lymphatiques ■^0ï.tig.50).

Us cloisons des alvéoles ne présentent pas de modifications

i|ui puissent expliquer la friabilité du poumon. Il est néanmoins

twiledese rendre compte de ce phénomène. Le tissu pulmonaire

llti HISTOLOGIE PATHOLOGlQUi: Sl-ÊCIALE DE l'aPI'ABEIL ItESPIRATOinE.

est Iles solide à l'élat normal, parce qu'il contienl une assez grandie quantité de fibies élastiques et parce que, lorsqu'on le presse entre les doigts, l'air contenu dans les infundibula se déplace en ])assant dans les bronches; les parois alvéolaires s'appHquant alors les unes contre les aulrts Lonstituent pu leui tassement un lissu libro-élastique épais et rtsistanl Mu-- dans 1 hepalisation louge, toutes les cavités sont remplies d unt sub^lmcc semi liquide friable elle-

même, la fibrine, et lorsqu'on presse le tissu avec le doigt, l'exsuiiat ne peut se déplacer. Les parois des cavités distendues très minces et immobilisées, se rompent et le doigt pénétre dans le poumon liépalisé avec la plus giande facilité (1).

Les bronches sont rouges et enflammées. Les bronchioles acincuses sont, comme les alvéoles pulmonaires, remplies coniplête-

(t) U importe de Taire rcpinrquer ici, wmmc une consûrjuence ilircclc de VéM anstomique ilii pouKon dans riicpalii.ntloii rouge, que ni riiKurflation. ni, à jilii» lurlc raitmi rinspiralion physiologi(|uc ne pcjvcnl Taire pénétrer l'air dans les pirtics niulades. Il ne peul donc ic produire pendanl la vie des bruits anormaux iivrcL'plibtcs pdr ranjcuttatiaii ni dans la alviiolei ni dans le* bronchioles aciricuses. D'oii cette eon>ci|uencc que In rïlo erdpitant ne peul avoir pour sieste, ni les dcrniti'es terminaisons des broneliioles, n les inTundibula des parties hépatisées et que si on l'enlcnd ù ce Acgti de la piieumonif, c'est qu'il se produit dans les inTundibula perméables à l'air, plus ou moins congestionnés, voisins du point hépalisij ('). l^ bruit de sounic n'est autre que le bruit de l'air qui passe ilans les grosses bronches et qui est transmis à l'oreille par le poumon hépalisé. Mais si la circulation de l'air n'a plu» lieu dans les grosses brouches en rapport avec le poumon atteint de pneumonie, si la mnjenre partie di'S deux lobes ou tout le poumon est imperméable, ce poumon ne pouvant plus f.iirc rulllcc de suuTIlel pour attirer l'jir extérieur, le bruit de sounie n'existera plus (pneumonies massives de Cranelter).

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