PNEUMONIE AIGUË LOBAIRE. — SA RÉSOLUTION
ment de l'exsudat fibrineux adhérent à leur paroi qui vient d'elre décrit. Les bronches tabulaires sont presque entièrement obturées f)arce même exsudât qui n'adhère pas à leur surface. Les bronches d'un moyen volume contiennent dans leur intérieur un liquide trans* pai'ent, visqueux, tenant en suspension des concrétions fîbrineuses analogues aux précédentes, sous la forme de petits filaments cylindriques. Cos concrélions provenant des petites bronches se retrouvent (ions les crachats avec du mucus plus ou moins mélangé de sang. On ()€ul, en étudiant au microscope ces concrétions bronchiques, y trouver des divisions dichotomiques, et même l'empreinte de divisions alvéolaires.
La seconde période de la pneumonie, après avoir duré de trois à cinq jours en moyenne, se termine par la résolution ou par le passage à la suppuration.
Lorsque la pneumonie se termine par résohUion^là fibrine déposée dans les alvéoles pulmonaires perd son état fibrillaire. Le réseau de librilles est remplacé par un liquide dans lequel nagent des granu-
Fie. il. ~ ÉUmeals vn Uégénërcsccnce granuleuse dans un cas de pneumonie en résoluUon. — Gros- M^vofol de 350 diaiDMn:s. —a, corps granuleux; b, b, cellules pavimenlcuses ; e, cellules v(58i- «-Blaiats et globale* blancs; /*. une cellule ëpithéliale contenant deux noyaux et présentant une cavité; m. fragments granuleux. — Grossissement de 400 diamètres.
latioos et des cellules lymphatiques libres. Celles-ci sont presque toutes remplies de granulations graisseuses fines.
Les parties constituantes de l'exsudat, la fibrine et les cellules l}Tnphatiques, sont assurément absorbées presque entièrement par
les vaisseaux lymphatiques. Si Ton rrflérhit, en effet, à la masM^ semi-liquide considérable, d'au moins un lilro, qui remplit à un moment donné les cavités du poumon, et si l'on se rappelle combien les crachats sont peu abondants, il paraîtra évident que rcxpecloralion n'est pas la voie essentielle d'élimination de l'exsudal. Presque tout le contenu des alvéoles est emporté par les lymphatiques. On sait du reste avec quelle rapidité se fait la résolution dans le pluf grand nombre des pneumonies aiguës des jeunes sujets.
Mais la résolution de la pneumonie aiguë s'effectue quelquefois plu^ lentement, et, bien que les symptômes généraux aient cessé, l'auscultation n'en accuse pas moins une hépatisation persistante. Nous avons eu l'occasion d'examiner les poumons d'individus morts d'unr maladie intercurrente quinze ou vingt jours après la cessation de la fièvre et des phénomènes généraux de la pneumonie aiguë, mais qui avaient conservé du râle crépitant fin dans un point de la partie primitivement hépalisée. On trouve alors à l'autopsie un ou plusieurs Ilots de tissu pulmonaire qui sont flasques, lourds, imperméables à l'air, qui se confondent insensiblement avec les parties saines, el qui, isolés du tissu normal, plongent au fond de l'eau. Sur une scction, ils présentent un fond d'un rouge sombre sur lequel on voil des grains blanchâtres, ou jaunâtres et opaques, plus petits que les granulations de la pneumonie aiguë.
Si, après avoir fait durcir un petit fragment du poumon ainsi altéré dans l'acide osmique, on l'examine au microscope sur des coupe*-^ colorées au carmin, on voit tous les alvéoles remplis d'un liquid»' coagulé et coloré faiblement par l'acide osmique. Dans ce liquide se trouvent de nombreuses cellules lymphatiques contenant toutes des granulations graisseuses plus ou moins grosses, colorées en noir par l'acide osmique. Le liquide coagulé par le réactif montre de petites cavités arrondies qui logeaient primitivement ces cellules lymphatiques tombées en partie quand on a monté la préparation. La paroi des alvéoles présente une ou plusieurs couches de celluli'> polyédriques volumineuses. Les cellules les plus voisines de la surface des parois alvéolaires forment une véritable membrane plus ou moins continue. Elles sont un peu aplaties, tout en présentant un ventre saillant et un noyau ovoïde volumineux. C'est l'épithélium plat qui est en train de se reformer à la surface des alvéoles et qui reste tuméfié jusqu'à la résolution complète des produits de l'inflammation (fig. 52). On observe cette couche d'épithélium tuméli*'*
PTTEDUONII LOBAIRE AIGUË. — HÉPATISATION GHISE. 119
liaDS loiUes les inflammations lentes du poumon et iila période de iléclip des inflammations aiguës de cet organe.
Si des cellules lymphatiques continuent à s'épancher dans les
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Dans ce tToisième degré, ou période d'hépalisation grise ou purul'-nle, la surface de section est d'un gris pâle ou jaunâtre, et l'appaivncc granuleuse est moins accusée. Si l'on presse le poumon, il >'f n écoule un pus épais, gris rougeâlre ; son tissu est très friable, et l-" lioigl, en s'y enfonçant, détermine une cavité qui se remplit ensuile de pus et de grumeaux.
L'eiamen microscopique des coupes du poumon atteint d'hépali- >alioo grise montre que les alvéoles sont remplis de cellules lympiiatiques granuleuses contenant habituellement de fme>; granulations graisseuses. La fibrine qui existait antérieurement sous forme de librilles est maintenant presque partout amorphe et granuleuse. Les daisoas alvéolaires ne montrent plus trace de cellules épithélialcs. Us vaisseaux capillaires des alvéoles contiennent des globules bbncs et peu de globules rouges. Les cloisons alvéolaires ne sont pas épaissies.
L'hépatisation grise, qui se termine habituellement par la mort,
120 HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE SPÉCIALE DE l'APPAÏÎEIL RESPinATOIIlE.
survient surtout chez les vieillards ou chez les individus plac4»s dan^ de très mauvaises conditions hygiéniques et déjà débilités. Les vieillards succombent souvent à une hépalisation prise cinq ou six jouraprès le début de la pneumonie.
La pneumonie lobairc aiguë, qui atteint presque toujours la surfarf du poumon, se comphque constamment d'un certain degré de pleurésie. La plèvre viscérale est recouverte d'une mince couche pseudomembraneuse, peu adhérente, qui lui donne un aspect chagriné H tomenteux. Quelquefois les fausses membranes sont plus épaisses l'i formées de couches superposées. Elles sont composées de globule^ de pus, de grandes cellules endothéliales plates ou tuméfiées et de fibrine disposée en réseau. Elles se vascularisent très rapidement, cl, lorsqu'on les examine après les avoir laissées macérer dans le liquida' de Mûller, on y voit un réseau vasculaire compliqué (voy. t. K p. 507 et suiv.).
On observe très rarement un épanchement liquide notable dans la plèvre. La formation abondante du liquide caractérise, en cffel, la pleurésie aiguë primitive. Mais celle-ci complique parfois la pneumonie; on dit alors qu'il y a pleuro-pneumonie.
La minceur de la plèvre viscérale, qui est à peine de 50 millièmes de millimètre, et sa circulation sanguine qui est sous la dépendant; directe de celle des alvéoles contigus, expliquent parfaitement >(m inflammation dans la pneumonie.
La pleurésie, du reste, survient aussi, comme nous l'avons déjà dit, dans l'apoplexie et dans la congestion pulmonaire, et, comme nous le verrons bientôt, dans la tuberculose, lorsque les lésions arrivcol jusqu'à la surface du poumon.
Inversement, les phlegmasies intenses de la plèvre se communiquent au tissu pulmonaire qui lui esteontigu. C'est ce qui arriva en particulier dans certains cas fort rares de pleurésie, ayant déterminé la fonte purulente de la surface d'un lobe, faits qui ont éi»' désignés sous le nom de pneumonie disséquante.
Les vaisseaux lymphatiques de la surface du poumon sont constamment enflammés et obturés par un exsudât inflammatoire dans les pneumonies. Cet exsudât est le même que celui qui remplit les alvéoles pulmonaires. Ainsi, dans les pneumonies catarrhales, les lymphatiques présentent dans leur intérieur, soit des cellules endothéliales tuméfiées, soit des cellules lymphatiques et de la fibrine ; dans
LÉSIONS DES VAISSEAUl LYMPHATIQUES. DANS LA PNEUHOHIE. 121
la (iDeumonie fibrîneuse, ils coQtiennent <ie la fibrine, des globules blancs, quelques globules ronges et des cellules endothétiales ea plus petit nombre.
Sur les coupes du poumon atteint de pneumonie, il list impossible d'alTirmer si telle vacuole remplie d'cxsudat pneiimonique reprit' sente une section traosversaie d'un canal lymphatique ou un alvéole. La [laioiesi la même dans les deux cas; les vaisseaux lymphatiques du poumon possèdent en effet comme les alvéoles pulmonaires un réseau de capillaires situé immédïatemi'nt sons l'endoliiéluim, et lorsqu'ils sont atteints par l'inflammation leur contenu est identique. Toutes les cavités du poumon, alvéoles et canaux lymphatiques, étant enflammées en même temps et remplies du même exsudai, les canaux lymphatiques ne preouent pas un développement considémble qui les Tasse reconnaître sans difficulté, comme cela a lieu loisque lis tvmphatiques pulmonaires sont seuls enflammés (voy. plus bas,
Dans les pneumonies catarrhales ou fibrineuses, si les lésions des vaisseaux lymphatiques profonds ne se laissent pas facilement recon-
Dalire, il n'en est pas de même des lymphatiques superficiels appar- Irnant à la plèvre. Ceux-ci, en effet, apparaissent remplis d'éléments le.luldires et distendus dans les différentes couches de la plèvre etaminée sur des coupes perpendiculaires à sa surface. Le tissu conlonciif pleural est alors plus épais qu'à l'état normal, ce qui est dû à
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la présence de cellules lymphatiques, de cellules de tissu conjonclif tuméfiées et de liquide épanché dans les espaces du tissu conjonclit. D'après Texistence de ces lymphangites superficielles et d'après re que nous savons de la lymphangite pulmonaire profonde, tout porte à croire que le réseau lymphatique tout entier est enflammé dan5 la pneumonie.
Les ganglions lymphatiques de la racine du poumon et des bronches sont aussi toujours tuméfiés, rouges et enflammés dans les pneumonies.
Nous avons étudié jusqu'ici les différents stades de la pneumonie aiguë et les lésions de la plèvre, des vaisseaux et des ganglions lymphatiques qui en sont la conséquence. Nous devons indiquer maintenant le mode de répartition de ces lésions.
La pneumonie est simple ou double, suivant qu'elle est limitée à un seul poumon ou qu'elle les envahit tous les deux. La pneumonie simple siège le plus souvent au lobe inférieur, plus rarement au lobe supérieur; le lobe malade est envahi dans sa totalité par Thépatisation. Il est très rare que les deux ou trois lobes du même poumon soient absolument hépalisés. Le dernier atteint conserw encore des parties perméables à l'air. La pneumonie ne débute pa? non plus à la fois dans les deux poumons; elle passe habituellement de l'un à Tautre, lorsqu'elle est double, cinq ou six jours après son début; elle est alors presque toujours mortelle.
Il en résulte que la pneumonie franche, ayant atteint plusieurs lobes, se manifeste dans les uns par une hépatisation grise ou par une hépatisation rouge et dans les autres par une hépatisation roujre plus récente ou de l'engouement.
Dans les poumons atteints à'emphysèmej l'hépatisation pnoumonique est remarquable par la grosseur des granulations, qui ne sont autres que les grandes lacunes du poumon emphysémateux remplies pîirl'exsudat fibrineux.
Chez les malades atteints d'affections du cœtir, la pneumonie, qu'elle soit catarrhale ou (ibrineuse, lobulairc ou lobaire, afftMi»' presque toujours une marche plus lente que celle de la pneumonie aiguë et elle se complique d'une congestion intense allant jusqu'à l'apoplexie, et souvent de véritables infarctus apoplecliformes. Celle pneumonie complexe est liée à la stase sanguine.
La pneumonie, à son stade d'hépatisation grise, peut déterminer dei= abcès du poumon qui probablement dépendent du même processus