‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 2)Chapitre 46 sur 239 · TUMEURS DE LA BOUCHE. — GRENOUILLETTE · texte numérisé non relu

TUMEURS DE LA BOUCHE. — GRENOUILLETTE

Grenouilletts. — La grenouilletle (ranula) est une tumeur kystique qui occupe le plancher de la bouche. Elle est le plus souvent arrondie ou ovalaire, de la grosseur d'une amande ou d'une noix, unilatérale , son extrémité antérieure arrivant jusqu'au niveau du frein de la langue. Elle empiète quelquefois sur le côLé opposé et paraît alors bilobée. Si elle est plus volumineuse, elle repousse la lan^e en arrière, fait saillie dans la région sous-maxillaire, et les dents y creusent leur empreinte.

La tumeur est recouverte en haut par la muqueuse buccale amincie, peu adhérente; elle repose profondément sur les muscles mylohyoidien et hyo-glosse auxquels elle adhère davantage.

Elle est due à la dilatation d'un conduit excréteur de l'une des glandules sublinguales (glandes de Blandin ou de Nûhn).

Tel est le siège et la conGguration de la grenouillette vraie ou grenouillette classique, qu'il ne faut pas confondre avec les tumeurs kystiques du plancher de la bouche ayant une tout autre origine et qui sont désignées aussi sous le nom de grenouillettes par beaucoup de chirurgiens.

Pendant longtemps on a considéré, avec l'ancienne Académie royale de chirurgie, la grenouillette comme étant toujours produite par accumulation de salive dans le conduit de Wharton ; mais les chirur- [densde ce siècle, Dupuytren, Malgaigne, Robert, Broca, Follin et Duplay, etc. , en ont tracé une description qui a été complétée récemment par Recklinghausen. C'est surtout d'après le travail de ce dernier que nous en donnerons les caractères histologiques , après quoi nous indiquerons les^ tumeurs kystiques du plancher de la bouche avec lesquelles elle peut être confondue.

Le liquide contenu dans le kyste, parait visqueux, filant, analogue à une solution de sucre ou de gomme, tout au moins au blanc d'œuf non cuit; quelquefois il est brun ou rougeâtre. Il contient de l'eau eu grande proportion (95 pour 100), de la mucine ou de l'albuminate de soude. On n'y trouve point de sulfo-cyanure de potassium, principe qui existe dans la salive normale, ni de ferment capable de transformer l'amidon en sucre. Ce liquide renferme des cellules épithéliales polyrmorphes, des cellules colloïdes et des globes hyalins.

La surface interne du kyste imprégnée, aussitôt après l'ablation, avec le nitrate d'argent, présente deux couches de cellules : 1* une couche superficielle de grandes cellules cylindriques de 13 à 18/^», à waux ovalaires, pourvues de cils vibratiles ; 2* une couche profonde

de petites cellules polygonales mesurant de 5 à 7 /*, munies d'un noyau rond assez gros. L'extrémité inférieure des premières s'enfonce entre les secondes. Sur certaines parties du kyste, les cellult*> cylindriques sont plus petites et n*ont pas de cils vibratiles. Ces (pilules ne deviennent pas caliciformes et ne présentent pas de mucu^ dans leur inlérieur, ce qui indique que la paroi du kyste ne concourt pas à la sécrétion du liquide. Recklinghausen a pu, dans le fait dont il donne l'analyse, trouver sur la paroi interne du kyste, en un point où persistait la glande sublinguale, l'orilicc du conduit d' cette glande et y enfoncer une soie de sanglier. La présence d*lobules glandulaires dans la paroi même du kyste (Robin), plaid* en faveur du développement de la grcnouillette aux dépens âun conduit de la glande, mais la démonstration est plus nette encon^ lorsqu'on peut arriver dans cette glande par un conduit qui s'ouvre lui-même dans le kvste.

La paroi du kyste montre souvent, au-dessous des cellules épith*-liales et en contact avec elles, une couche hyaline semblable à une membrane basale. Elle est constituée, dans le reste de son épaisseur, qui est variable suivant les diiTérents points examinés, par des faisceaux de fibres et des lamelles de tissu conjonctif, par des fibres élastiques et des vaisseaux. En dehors de cette couche fibreuse, on trouve des faisceaux musculaires et des nerfs, ce qui montre qu>' la tumeur s'est développée dans la langue même et non dans l'une des glandes salivaires. Il n'existe pas en effet de muscles, sur le plancher de la bouche, en dehors des muscles linguaux. Enfin la tumeur est recouverte à sa partie supérieure par la muqueuse buccale.

Le kyste n'est pas toujours simple ; il offre quelquefois un ou plusieurs renflements ou diverticules communiquant entre eux. Lorsqu'il passe sous le frein de la langue, il parait bilobé.

La grenouillelte est très rarement double, mais on peut supposer que les conduits des deux glandes sublinguales aient été dilatés en même temps ou successivement.

On a décrit quelques faits de grenouillette congénitale ou développée dans les premiers jours après la naissance. Jobcrt, Stolti^ etc., ont signalé des kystes de ce genre siégeant dans la glande sublinguale ; mais, d'un autre côlé, il existe des kystes congénitaux reconnaissant pour cause la dilatation du conduit de Wharton (Guyon, Lannelongue).

Plusieurs auteurs ont relaté des observations de grenouilleiie

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