‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 2)Chapitre 63 sur 239 · GASTRITE CATARRHALE AIGUË · texte numérisé non relu

GASTRITE CATARRHALE AIGUË

massue, ce qui est dû surtout à la distension de leurs vaisseaux capillaires. En outre, autour des vaisseaux, dans le tissu conjonctif sous-épithélial devenu œdémateux, on voit des globules rouges et des globules blancs épanchés.

Loi-sque l'inflammation est modérée, les cellules du revêtement «^pithélial sont restées en place en quelques points. Dans d'autres au contraire, Tépithélium est complètement détaché. C'est ce qui arrive à Textrémité saillante des plis interglandulaires qui sont fortt'menl congestionnés. Les dépressions de la muqueuse où viennent ^'ouvrir les glandes sont resserrées et même complètement effacées par la tuméfaction du tissu conjonctif qui les entoure. Ces dépressions sont néanmoins encore tapissées par leurs cellules de revêtement. On ne trouve pas de globules blancs dans les entonnoirs rétrécis qui conduisent aux glandes. Quant aux glandes elles-mêmes, ni les glandes muqueuses, ni les glandes à pepsine ne présentent de modifications. Non seulement elles ne renferment pas de globules blancs, mais leurs cellules, cellules à pepsine ou cellules cylindriques, sont normales.

D'après ce qui précède, la gastrite catarrhale artificielle consisterait essentiellement dans la congestion de la surface de l'estomac, dans la réplétion du réseau vasculaire superficiel, dans la sortie de sérum contenant des globules rouges et des cellules lymphatiques, dans la tuméfaction œdémateuse et ecchymotique des saillies interglandulaires ; mais les glandes stomacales ne paraissent y jouer aucun rôle, ou n'y ont tout au moins qu'un rôle très effacé.

Chez l'homme, il est le plus souvent impossible de constater des lissions histologiques dans des états analogues, mais la rougeur de la muqueuse et les ecchymoses qu'on observe bien nettement dans \f'< cas les plus favorables, joints aux caractères du liquide stomacal, indiquent assez nettement le catarrhe superficiel de l'estomac.

Nous avons observé plusieurs fois, à la surface de l'estomac humain conservé dans des conditions tout à fait exceptionnelles, <lans la phthisie pulmonaire, dans la variole et dans la fièvre typhoïde, les caractères histologiques de l'inflammation catarrhale. ^ur les coupes faites après le durcissement dans l'alcool ou dans la liqueur de Mfiller, on voyait l'épi thélium superficiel conservé en place et dont toutes les cellules élaient caliciformes. A la base de ces •'^llules il existait une couche de cellules rondes. Les vaisseaux ^•apillaires superficiels étaient turgides et remplis de sang. A la

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surrace de la muqueuse, la couche de mucus adhérente et compii> dans les mêmes coupes présentait des lilaments et des boules d^ mucus, et quelques cellules lymphatiques.

Dans toute une série de maladies infectieuses féhriles, telles que la fièvre puerpérale, la variole, etc., on observe la pâleur et l'opacilf de la couche glandulaire de l'estomac qui est alors plus ou moio^ msimelonné. Les cellules des glandes ont subi une transrormaiiuû granulo-graisseuse ; elles sont remplies de granulations fines, prolifiques ou graisseuses et, sur une section perpendiculaire à la surfact de Testomac, on les voit opaques à un faible grossissement. Les cellules se touchent toutes, et sont peu distinctes lorsqu'on los eiamine dans la glande même : isolées, elles se montrent avec Is^fonni* globuleuse qu'on observe dans les glandes à pepsine.

Les granulations qu'on y trouve pâlissent pour la plupart p.'u l'addition de l'acide acétique ; d'autres disparaissent sous rinfluenr^ de l'alcool et de l'éther et sont manifestement de nature graisseur*'. De plus, dans les parties saillantes des mamelons, les glandes sont hypertrophiées. C'est là un état de tuméfaction accompagné A** dégénérescence granulo-graisseuse des cellules épithéiiales des glandes, analogue à ce que nous verrons dans le foie et dans les reiQ> des mêmes sujets. Il a été désigné sous le nom de gastrite glandulaire par les auteurs allemands (Virchow, Klebs). Il est probahl»que la décomposition cadavérique joue un certain rôle dans rel(»' altération des cellules glandulaires, mais nous sommes dans Timpossibilité d'élucider cette question, la loi ne permettant de pi'atiquer les autopsies que vingt-quatre heures après la mort.

Dans une autopsie de fièvre typhoïde ou l'estomac avait été trè> bien conservé, le tissu conjonctif situé immédiatement au-dessous des culs-de-sac des glandes était infiltré d'une quantité considérable de cellules lymphatiques. Cette lésion se laissait reconnaître à Topil nu à la difficulté du glissement de la muqueuse sur la tunique musculaire. Sur une section de l'eslomac perpendiculaire à sa surface, on voyait une ligne blanchâtre et opaque intermédiaire â la couche glandulaire et à la tunique musculeuse. Les coupes examinées au microscope montraient une agglomération considérable de cellules rondes dans tout le tissu cellulaire situé au-dessous des culs-de-sac. Aussi ce tissu intermédiaire entre les glandes et la tunique musculaire était-il très épaissi. L'infiltration par des cellules lymphatiques s'étendait entre les culs-de-sac glandulaires d'une part, entre les fais-

CATAIIIIIIR CHUOSmiIK l>K L BSTOMAC. Z»!

ccMiTi. musculaires d'autre part. Dans toute la muqueuse gastrique, tes vaisseaux capillaires et les veines étaient exlrèmemenl dilatés. La dilatation des vaisseaux de l'eslomac et surtout l'infiltration de cet

organe par des cellules lymphatiques dans la fièvre typhoïde sont des It^siops comparables à celles des plaques de Peyer dans la même Hiladie. M. Chauffard a observé depuis des faits analogues.

CATARRHE CHRONIQUE DE l'bstomàc. — Les lésioDs de la gastrite rbronique sont plus étendues et ne se bornent pas, comme dans la luirile aiguë, à la couche superlicielle de la muqueuse, mais elles ^avatiisseal aussi les glandes et le tissu sotis-muqueux; la couche musculaire est parfois également modifiée. Chez les buveurs, dans Il ciirhose du foie, dans toutes les maladies qui s'accompagnent <1 un obstacle à la circulalion de la veine porte, dans quelques affeclioos du cceur, etc., on trouve souvent la muqueuse épaissie, rouge.

brune ou ardoisée. L'épaississemenl, peu considérable en ceI1airî^ points, forme par places des éniinences circonscrites, niolles, {-risAtrès qui. séparées les unes des autres par des sillons superfiri».*l<, donnent à la muqueuse un aspect mamelonné. Si Ton pratiqua' mu ces points des coupes perpendiculaires à la surface de resloinai , comprenant un mamelon avec le sillon qui le délimite, on obsi*nv. au niveau de la partie saillante de ce mamelon, des glandes vo! .mineuses, dilatées et remplies d'épithélium plus ou moins granuleux. La partie amincie au niveau du sillon est au contraire remarqiiaW par ses glandes atrophiées, plus petites et plus étroites qu'à rt'!»: normal, dont les parois sont épaissies et qui contiennent des granulations graisseuses libres ou quelques cellules granuleuses. Les ni.v melons sont jaunes et opaques, lorsque les glandes conlienm^nî beaucoup de granulations graisseuses. Ces granulations sont parfaitement mises en évidence sur les fragments de la muqueuse durri» par Tacide osmique. Le tissu conjonctif sous-muqueux est parloii» épaissi ; mais il Test surtout au niveau des lignes déprimées qn circonscrivent les mamelons. La couleur de la muqueuse est gri>\ rouge, ou ardoisée par places, suivant que Tétat mamelonné, h congestion et la pigmentation qui en sont la conséquence domim^nt. La pigmentation peut atteindre les cellules épithéliales des glaml- >. On voit, en effet, dans certaines gastrites alcooliques, au niwau de points fortement pigmentés, les glandes en partie atrophiéo< nt contenant de petites cellules épithéliales remplies de pigment noir.

Dans presque tous ces cas de gastrite chronique avec étal ni:»melonne, on trouve, en examinant avec soin, des points brillans saillants à la surface , très transparents , muqueux et ressemblant à de petites bulles d'air; ce sont des kystes formés par des glan«l«^ distendues, devenues sphériques et remplies d*un mucus visqiienx. Cctte matière est tellement adhérente aux parois de la gland»', qu'elle ne s'en échappe pas spontanément bien que Toriliro d'* celle-ci ne soit pas obturé, mais seulement étiré comme le sont kbords d'une boutonnière. Lorsqu'on a mis entre les deux lanv'^ de verre une de ces dilatations kystiques et qu'on appuie sur le V(MP* mince, on voit le mucus sortir par l'orifice glandulaire.

La paroi de ces glandes dilatées est tapissée d'un épilliélium caliciforme. Les petits kystes glandulaires, dont le diamètre |h'«i atteindre 1 millimètre et même le dépasser, contiennent quelques cellules sphériques vésiculeuses au milieu du mucus. Ils sont habi-

fi.VSTHITE ClIRnNIQi'K

lueilemenl eotoiirés de g;I.'iDdes qui présenlenL, soil A leurs culs-desac leriDÎDauK, soit sur leur trajet, une ou plusieurs dilatations assez petites pour échapper & l'œil nu.

Ed même temps, la muqueuse est recouverte d'une couche épaisse ilfl mucus p"is, visqueux et très adhérent.

Si l'inflammation chronique persiste pendant un certain temps, la surface de la muqueuse bourgeonne, le tissu fibro-vasculaire qui î'^pare les glandes envoie du côté de la surface libre des prolongements en forme de villosités dans lesquelles se trouvent des anses Mseulaires.

L'épiihélinm cylindrique n'est pas visible à la surface de ces ^êiiélalions papillaires, car il est toujours tombé vingt-quatre heures après la mort. On y trouve des cellules rondes ou irrégulièrement polygonales, généralement granuleuses. Lorsque ces bourgeons ont acquis environ un demi-miUimèlre de hauteur, ils ont l'aspect

de vitlosilcs, et la muqiieustî sloinncalc ressemble à celle de Tintestin ffrêle. Ces produclions sont souvenl, cliez les malades nioru pendant la période de la digestion, remplies de corpuscules praisseux. On les trouve surtout au niveau du pylore, mais elles peuvent se montrer sur la plus grande partie ou sur toute la surface lii' la muqueuse.

Très souvent, l'inllammalion chronique persistant, les villosii'-

Fin. iOi. - l'upfll<>«

Brandissent et bientôt elles se soudent par leurs bases, leurs esln'miles seules restant libres à la surface de la muqueuse hypcrlni-

phitV, l'ne conséquence de cr> nomel état des papilles est l'obslrurlion du comliiil escrélenr des (rLindes. CeHes-ri s'alrophi''nl

l'OLÏPËS UE L'tSTUSIAC. 385

dutiï leur tolalité ou bien, répithélinm continuant loujoui-s à se

lormer dans leur intérieur, elles acquièrent une (orme de plus en plus sphérique; elles l'isolent, se dilatent et ofTrent, lorsqu'on les

examine sur des coupes, l'apparence de petits ky^te^. La paroi

â86 ESTOMAC.

interne de ces kystes est tapissée de cellules calicifonnes, et leur centre est occupé par un liquide rempli de cellules sphériques. Dans d'autres cas, ces glandes envoient des expansions du côté d»la face profonde de la muqueuse ; elles peuvent s'isoler et devenir de véritables kystes analogues à ceux que nous venons de décrira. L'épaisseur de la muqueuse est ainsi notablement accrue dans un point limité.

De cet épaississement partiel de la muqueuse il résulte une petite tumeur sessile d'abord, mais qui se pédiculise si elle entraine par glissement, en verlu de son relief et de son poids, la rauqueiis*.' qui l'avoisine. 11 se produit alors un polype dont la nature et la consistance seront différentes, suivant qu'il sera composé de tissu libreux et de papilles (polype fibreux et papillaire, polype villeux de Cruveilhier) ou de kystes muqueux (polype muqueux), ou de ces diverses parties réunies. Les polypes muqueux sont remarquables par leur transparence et leur mollesse.

La gastrite chronique, caractérisée par des dilatations glandulaire> et par de petits polypes, est plus fréquente chez les pei'sonnes âgée> que chez les jeunes sujets. Nous avons vu cependant une grande quantité de kystes muqueux sur toute la surface stomacale, chez une jeune femme qui avait succombé à une gastro-entérite consécutive à la fièvre typhoïde.

Le siège des polypes muqueux au niveau du pylore explique le? accidents dont ils peuvent être la cause, loi*squ*ils viennent à obturer plus ou moins complètement le calibre de cet orifice et même, comme on Ta vu plusieurs fois, à faire saillie dans le duodénum. Les plus gros de ces polypes sont généralement formés, à leur partie centrale, de tissu musculaire lisse. Nous les retrouverons en décrivant les tumeurs de l'estomac (voyez myomes de l'estomac).

Les tumeurs développées dans la muqueuse de Testomac déterminent aussi autour d'elles une gastrite chronique, avec des bourgeons villeux du tissu conjonctif interglandulaire, avec une hypertrophie des glandes, avec des kystes muqueux formés aux dépens de ces dernières, etc.

Gastrite DirMTHÊRiTK»UE. — Elle est très l'are, très partielle et ne survient que dans la diphthério généralisée.

pKMmiGUs DK LA MigiEtsE STOMACALE. -^ DaDs plusieurs cas (k

GASTRITE PHLEGMONEUSE. !287

l»emphigus généralisé, on a trouvé sur la muqueuse de Testomac lies ulcérations noirâtres, superficielles, qui paraissaient être survenues sous rinfluence des mêmes causes que les bulles de la peau. Leur couleur est souvent très foncée, car elles sont le siège de petites hémorrhagies qui deviennent noirâtres sous l'influence du ^uc gastrique.

Le sang contenu encore dans les vaisseaux est même habituellement coagulé, fragmenté, de couleur noire. Nous avons eu plusieurs lois Toccasion d'examiner ces ulcères sur des pièces portées à la Société analomique, et dans un cas, ils étaient recouverts d'une bouillie brunâtre contenant une grande quantité de spores et de tubes d' oïdium albicans (muguet).

Ces ulcérations ne tardent pas à se cicatriser ; dans le tiâsu de la ciiatrice, Chalvet a trouvé des dépôts de sous-nitrate de bismuth, qui s y étaient accumulés pendant la période d'activité des ulcères.

Gastrite phlegmoneuse. — Elle est ordinairement considérée (omme une inflammation secondaire ou métastatique survenant dans le typhus, la septicémie, l'infection purulente, la fièvre puerpérale et enfin dans la péritonite purulente généralisée. Elle peut être déterminée par l'action locale de liquides irritants ou caustiques. C'est une lésion extrêmement rare.

Le tissu conjonctif intei^landulaire et sous-muqueux de l'estomac est alors infiltré par un pus épais, phle^moneux, qui remplit ses lacunes et qui se réunit rarement en foyer; l'infiltration purulente, envahissant le tissu conjonctif interposé aux couches musculaires et le tissu sous-séreux, se propage au péritoine qui s'enflamme le plus souvent dans toute son étendue. Si l'on examine une coupe de l'estomac perpendiculaire à sa surface, on voit que ses diiTérentes couches contiennent du pus qui forme une nappe entre < hacune d'elles ; sa paroi épaissie se maintient rigide et ne peut plus s'aiïaisser.

Dans un fait que nous avons publié, l'estomac était infiltré de pus Jans toute son étendue, ses parois atteignaient en certains points I centimètre de diamètre et se maintenaient rigides. Il y avait à la surface de la muqueuse deux ulcérations, et de plus il existait une P'iritonite généralisée. Dans cette forme de gastrite, la muqueuse linii par s'amincir et par se perforer. On y voit alors de petites 'ouvertures par lesquelles le pus se fait jour.

Lésions produites par les agents corrosifs et irrita>'ts. — L'ingesiion dans Testomac de sublimé corrosif, d'acide sulfuriqu-î, d'ammoniaque, de potasse, etc., est suivie de la formation d'eschares brunes ou noires, autour desquelles la muqueuse vivement injeclét présente bientôt tous les phénomènes de Tinflammation éliminatii^. La chute de Teschare laisse une perte de substance ou une perforation suivie de péritonite.

L'acide arsénieux, si nous nous en tenons à la description de^ auteurs, produit aussi une giistrite ulcéreuse escharrotique. Ma)> il est probable que la lésion initiale consiste dans une infiltratioc sanguine de la surface de la muqueuse, de la couche glandulaiie et du tissu conjonctif, et que la gangrène, puis l'élimination de Teschare sont consécutives à ces ecchymoses. Dans un empoi^oo• nement récent, nous avons observé ces infiltrations sanguines, à un degré tel que la muqueuse mamelonnée et rouge avait atteint par places une épaisseur de près d'un centimètre. Sur une surfcuv de section, elle présentait une couleur rouge due à une infiltration sanguine. Sur les coupes, on voyait partout des gIobule^ rouges du sang, dans l'intérieur des glandes dont les cellules épithéliales étaient cependant conservées, dans le tissu conjonctif interglandulaire et entre les fibrilles du tissu conjonctif situé audessous des culs-de-sac des glandes. Le tissu sous-glandulaire était tout particulièrement rempli de sang, et extrêmement épaissi par répanchement sanguin. Les vaisseaux capillaires et les veinules dtce tissu étaient fortement dilatés et pleins de globules rouge>. Dans les portions de la muqueuse ainsi altérées, la circulation du sang et la nutrition des éléments deviennent impossibles. La gaogrènc survient alors dans la partie malade et l'envahit progres>ivement.

11 est probable que les observations de gastrite gangreneuse ciléf'^ par les auteurs se rapportent toutes à des empoisonnements. Cependant Klebs rapporte le fait d'un enfant qui, consécutivement à un** intlammation gangreneuse du pharynx avec tuméfaction des ganglions cervicaux, présenta, à l'ouverture de l'estoiiiac, plusieui^ taches rondes gangreneuses enlourées d'une zone d'inflammalion purulente éliminatrice. Il fait remarquer que dans lanthrax malin de la langue chez le cochon, on observe des lésions analogue? di' rcstuinac.

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