‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 2)Chapitre 97 sur 239 · HISTORIQUE DE LA CIRRHOSE HÉPATIQUE · texte numérisé non relu

HISTORIQUE DE LA CIRRHOSE HÉPATIQUE

y aura évacuation du pus. Mais cette issue est loin d'être aussi favorable, car il en résulte une poche pleurétique qui se vide incomplètement et souvent un clapier intermédiaire entre le diaphragme et le foie; dans ces diverses cavités contenant un liquide sanieux et des gaz, on entendra les mêmes bruits que dans le pyo-pneumotborax.

Les autres voies d'ouverture des abcès sont le péritoine, d'où résulte uoe péritonite habituellement mortelle, l'estomac, le duodénum et le côlon, et la perforation a généralement alors un diamètre assez coosidérable. On a vu aussi ces abcès s'ouvrir, mais cela est très me, dans le péricarde, d'où résulte la mort immédiate, et dans les canaux ou dans la vésicule biliaire, ce qui est un très bon mode d'évacuation, puisque de là le pus s'écoule lentement par une voie oaturelle dans l'intestin.

EnfiD le foie est quelquefois ulcéré et entamé lorsqu'il fait partie (lu fond d'un ulcère stomacal. Il est alors digéré en ce point par le suc gastrique, et il s'y produit une perte de substance. Les travées de tissu conjonctif qui partent du fond de l'ulcère et qui de là se rendent autour des Ilots hépatiques sont hypertrophiées et il en résulte une sorte de cirrhose localisée dans le voisinage de l'ulcération.

Hépatite interstitielle ou cirrhose. — Historique. — L'hépatite interslilielle ou cirrhose est caractérisée anatomiquement par une formation nouvelle de tissu conjonctif embryonnaire ou adulte aux dépens du tissu cellulo-vasctilaire de l'organe. Le foie atteint de cette maladie est toujours très notablement induré ; il est tantôt hypertrophié, tantôt atrophié, presque toujours granuleux à sa surface.

La cirrhose était certainement connue de Bichat, comme le témoignent plusieurs passages de son Anatomie générale ot une description reconnaissable dans sa brièveté donnée par lui dans son dernier 'X)urs d'anatomie pathologique recueilli par P.-A. Béclard et publié par Boisseau (p. 188). Mais c'est Laennec qui, le premier, en donna une description complète et lui imposa son nom, nom malheureux (dérivé de ««ppô;, jaune-roux), car il exprime seulement la colorçilion du foie, coloration qui n'est pas constante, et qui indique seulement un état accessoire, la dégénérescence graisseuse avec pigmentalion des cellules, tandis que la lésion essentielle est l'épaississement du tissu conjonctif. Aussi cette maladie serait-elle mieux désignée par le mot de sclérose. L'idée générale de Laennec sur la cirrhose

était encore plus insoutenable, car c'était, pour lui, une produrtioQ accidentelle sans analogue dans Téconomie, production en quelqu»^ sorte parasitaire» qu'il rapprochait des squirrhes et des encéphaloîdes. aussi supposait-il que les cirrhoses pouvaient se développer dans d'autres organes que le foie. Boulland, Andral, etc., n'eurent pa>d-' peine à démontrer que la cirrhose consistait en une altération de li substance même de la glande ; mais ils mêlèrent à leur théorie de li cirrhose les données erronées du temps sur la structure de celle-ci; pour Andral, les grains jaunes de la cirrhose résultaient de Thyperlnv phie de la substance jaune du foie. Kiernan a le premiei* bien nettement indiqué Thyperplasie du tissu cellulaire du foie dans la rirrhose. Les descriptions de Rokitansky, Cruveilhier, Requin, Gubl'^r, Frérichs, la découverte des veines portes accessoires par Sappv les données plus récentes fournies par l'histologie, ont complet? l'étude de cette maladie.

Depuis une dizaine d'années, elle a été l'objet de nombreux travaux publiés surtout en France, et on en a distingué une série de variétés.

Requin avait décrit la cirrhose hypertrophique. L'ictère, phêoo mène relativement assez rare dans la cirrhose atrophique, étant au contraire fréquent dans 4a cirrhose hypertrophique , on a cherché quel était l'état des canaux bilisiires dans cette dernière. L'un de nous a découvert que les bandes de tissu conjonctif de nouvelle formation qui entourent les îlots de la cirrhose étaient parcouraes par un nombre considérable de canaux biliaires interlobulaires, microscopiques, formant un réseau .«Hanot décrivit ces lésions dans >a thèse inaugurale en insistant sur le siège de l'inflammation chroniqu-* autour des canaux biliaires périlobulaires. Les expériences de Wickham Legg, de Gharcot et de Gombault ont montré qu'on détermine une véritable cirrhose en liant le canal cholédoque et que cette io* flammation chronique se propage des canaux excréteurs de la bile dans le foie en suivant les canaux biliaires périlobulaires. De l'ensemM'' de ces constatations est née la forme de cirrhose qu'on a appelée cirrhose biliaire et que l'on a assimilée pendant un certain temp> à la cirrhose hypertrophique. Hais le problème n'était pas au<H simple, ainsi que nous le verrons bientôt en étudiant les gros ^oi'^^ cirrliosés.

On a décrit depuis comme des variétés distinctes la cirrhose hyportix>phique graisseuse (Hutinel et Sabourin). Kelsch et Kienerooi étudié avec beaucoup de soin les altérations du foie dans les lièvres

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[)alustres,et ils ont élucidé la question jusque-là obscure de Tadénome lu foie, lésion dont nous donnerons la description à la suite de la mhose, en nous aidant tout particulièrement de la thèse de Sabourin :ur ce sujet. Les modifications des travées des cellules hépatiques et e$ ilôts connus aujourd'hui sous le nom d'adénome s'observent en iifet dans les foies cirrhoses et sont si intimement liés à la cirrhose, puis semblent en être seulement une complication et qu'il est difficile de les en séparer. Dans le groupe des cirrhoses alrophiques, on 1 reroDQu aussi des variétés qui se distinguent par leur marche 'Unique et par leur anatomie pathologique. Telles sont les cirrhoses Orophiques avec dégénérescence graisseuse décrites par Hanot, qui lilfèreni par leur marche rapide de la cirrhose atrophique vulgaire, habituellement lente dans son évolution. Enfin, tout récemment, Sabourin s'est attaché à déterminer la topographie des lésions et tout particulièrement le siège des bandes du tissu conjonctif nouveau qui circonscrit les lobules de la cirrhose. 11 a découvert que ce tissu coDJODctif était réparti le long des veines hépatiques, au centre des lobules hépatiques, tout aussi bien que le long des rameaux de la Teine porte, et il a donné une description nouvelle de la cirrhose considérée en général et dans ses diverses variétés.

D'après cet historique rapide et l'énoncé des principales publications dont la cirrhose a été récemment l'objet, il est facile de comprendre combien les lésions du foie dans cette maladie sont variables au point de vue de leur étendue, de leur répartition, aussi bien qu'au point de vue de leur cause. Il en est de la cirrhose comme de toutes les maladies à marche très lente, qui sont toujours modifiées par le plus ou moins d'intensité de la cause qui les produit, par la nature m^me de cette cause, par la constitution du sujet et par les diverses lésions qui les compliquent. Aussi, en examinant à l'œil nu divers spécimens de foie cirrhose, les verra-t-on différer sensiblement ou du tout au tout par la couleur, la forme, les dimensions de l'organe «lia plupart des qualités physiques ; le foie sera, par exemple, considérablement hypertrophié ou au contraire ratatiné et arrivé au dernier degré de l'atrophie. La surface du foie sera lisse ou granuleuse, ou bosselée et partagée en lobes irréguliers. La surface de action de Torgane montrera des granulations ou îlots tantôt rouges, ^nlôt jaune cuir de botte, tantôt jaune-vert, tantôt vert foncé ; le diamètre des îlots sera tantôt régulier, tantôt irrégulier, tantôt petit, lamôi plus ou moins grand. Malgré celte diversité apparente des

lésions, due surtout à Tétat des cellules hépatiques qui ont subi d^ dégénérescences variées, lous ces faits peuvent se grouper sous aD*» dénomination commune parce qu'ils offrent tous, coiame lésion essentielle, une formation nouvelle de tissu conjonctif autour à*< branches de la veine porte et des veines hépatiques intra et eitralu* bulaires et un trouble profond de la circulation du foie qui aboutit i une augmentation de pression du sang dans les branches afférente^ de la veine porte et à Tascite.

Nous diviserons d'abord les cirrhoses en partielles et généralisées à tout le foie. Les premières sont les complications de voisina;:^ d'une série de tumeurs et de lésions diverses primitivement dévelo(H pées dans le foie ; les secondes, qui constituent à proprement parler les cirrhoses, présentent à considérer plusieurs variétés. Nous en donnerons d'abord une description générale comprenant ce qu'ellt^î offrent de commun, c'est-à-dire la formation nouvelle du tissu con* jonctif, puis nous passerons en revue leui*s variétés, hypertrophique« atrophique, et leurs complications.

Cirrhoses partielles. — L'hépatite interstitielle s'observe secondairement à une série de tumeurs et de lésions du foie. Elle e^i alors partielle et le plus souvent même très restreinte, .\insi tout les tumeurs constituées par un tissu analogue au tissu fibreux, I tubercules, les gommes syphilitiques, les kystes fibreux développ^-^ autour d'hydatides, d'abcès, de kystes calculeux, etc., les angiomes les kystes séreux, les carcinomes, sarcomes, etc., sont toujours entourés d'un tissu conjonctif de nouvelle formation qui se continut' dans les cloisons interlobulaires. Lorsque, comme cela a lieu parfois, l'éruption de tubercules miliaires hépatiques ou de petites gomme> chez les enfants nouveau-nés est généralisée, il s'ensuit naturellement une sorte de cirrhose, qui est également étendue à la plu< grande partie de l'organe.

Dans certaines lésions inflammatoires chroniques des canaux biliaires ou des vaisseaux portes, le tissu conjonctif qui v.i accompagne est en même temps enflammé chroniquement et épaissi. C'est ce qui arrive dans l'inflammation calculeuse des canaux biliaires, dans la pyléphlébite, etc.

Aux cirrhoses partielles il convient de rattacher les déformation> du foie qui s'accompagnent d'un épaississeraent cicatriciel de la capsule de Glisson. Telles sont les lésions causées par la pression du corset dont nous avons parlé à la page 366. En resserrant la base du

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