III. — Chlorose
La lésion dominante de la chlorose, c’est la diminution de la valeur globulaire ou valeur hémoglobique (J. Duncan) qui existe constamment, même avec un chiffre de globules normal (Malassez). L’abaissement de la valeur hémoglobique peut être de la moitié ou des deux tiers avec un chiffre de globules peu ou pas diminué (Malassez).
Ordinairement, cette diminution est relativement peu considérable ; elle peut cependant être de 50 pour 100. L’hémoglobine peut subir, au contraire, une diminution des trois quarts de la moyenne normale.
La réparation du sang chez les chlorotiques, sous l’influence du traitement, se fait, d’une manière générale, suivant le mode que nous avons indiqué pour les anémies qui succèdent aux maladies infectieuses. Le nombre des globules rouges redevient rapidement normal, bien avant que les symptômes soient disparus ; l’ascension de l’hémoglobine ne se fait que très lentement, d’où l’abaissement considérable et graduel de la valeur globulaire dans la première période du traitement; puis, le nombre n’augmentant plus ou fort peu, et l’hémoglobine s’accroissant davantage, la valeur globulaire s’élève peu à peu ; mais elle n’atteint la normale que longtemps après le nombre.
Nous avons déjà insisté sur l’irrégularité de diamètre et de forme des globules rouges dans la chlorose. Malassez a trouvé le diamètre moyen des globules rouges augmenté dans cette maladie. Si Engelsen, Gram, Hayem l’ont au contraire trouvé diminué dans les cas qu’ils ont examinés, cela tient probablement à des différences de technique.
Dans le sang des chlorotiques, on trouve très souvent des globules rouges nucléés, mais toujours ils sont extrêmement rares et correspondent aux normoblastes d’Ehrlich.
(1) La chlorose et l’anémie pernicieuse ont été aussi désignées sous le nom d’anémies essentielles.
Par ce terme d’anémies essentielles, opposé à anémies secondaires, il faut entendre simplement des anémies qui, le plus souvent, ne surviennent pas comme conséquence d une maladie première, mais qui apparaissent d’emblée, avec des caractères assez constants, et avec un ensemble clinique dans lequel l’état du sang est la lésion dominante, commandant les symptômes. Ces anémies constituent avant tout des types anatomiques ayant leurs^ caractères propres et leur évolution. Mais, d’une part, elles peuvent quelquefois être la conséquence éloignée de maladies primitives différentes, et, d autre part, il est loin d’être sûr que même lorsqu’elles apparaissent d’emblée, elles constituent réellement des « maladies » : au point de vue pathogénique, il existe certainement des chloroses et des anémies pernicieuses.
ANÉMIES
IY. — Anémie pernicieuse.
Dans l’anémie pernicieuse progressive, la diminution du nombre des globules rouges est excessive; elle peut aller jusqu’à 95 pour 100 de la moyenne normale, et descend ainsi beaucoup plus bas que dans aucune autre maladie. La teneur du sang en hémoglobine peut descendre aussi plus bas que dans toute autre maladie; mais la diminution de l’hémoglobine est bien moins considérable que la diminution de nombre, d’où l’augmentation de la valeur globulaire. Dans les périodes d’amélioration, on a pu voir le nombre s’élever et rester dans les limites des anémies ordinaires (deux à trois millions), et cependant la valeur globulaire persistait toujours plus élevée que la normale. Ce sont ces faits, ajoutés à ceux que nous avons déjà indiqués, qui permettent de voir plus que des différences de degré entre les anémies secondaires, l’anémie de la chlorose et l’anémie pernicieuse. Cette augmentation de la valeur globulaire est un phénomène compensateur; dans les autres anémies, une hypoglobulie aussi considérable serait incompatible avec la vie. Toutefois, l’augmentation de la valeur globulaire est inférieure à la diminution de nombre et ne la compense pas complètement.
L’irrégularité de forme et de diamètre des globules rouges existe ici comme dans la chlorose, mais encore plus accentuée. Le diamètre moyen est augmenté (Lépine, Malassez, Havem, Laache) (8,5 à9[x). Cette augmentation tient à une diminution notable du nombre des globules de diamètre moyen, avec une légère augmentation des petits, et surtout une très notable augmentation du nombre des globules dépassant les limites normales. Cette altération, comme la diminution de volume globulaire, persiste dans les améliorations et dans les très rares guérisons, même après que le nombre est revenu dans les limites normales des anémies ordinaires.
Le titre hémoglobique moyen des globules rouges (richesse en hémoglobine de la substance du globule) est diminué (Malassez) à cause de l’augmentation de diamètre, plus considérable que l’augmentation de la valeur globulaire. Ce fait, joint à la diminution du nombre, à l’augmentation du diamètre, à l’apparition constante de globules rouges nucléés, a permis de comparer le sang de l’anémie pernicieuse à celui des vertébrés inférieurs ou des embryons des mammifères (Malassez, Engel), ,
Les globules rouges nucléés qui existent dans le sang répondent, non
seulement aux normoblastes d’Ehrlich, mais aussi, comme nous l’avons vu, à ses mégaloblastes; parmi ces derniers, il en est quelquefois qui sont d’une taille tout à fait exceptionnelle et rappellent par leur aspect les premières cellules nucléées de l’embryon (Engel).
Dans cette maladie, le traitement ferrugineux n’est d’aucun effet; Quincke a trouvé de grandes quantités de fera l’autopsie, dans les viscères, dans le foie en particulier, fer provenant vraisemblablement de destructions globulaires; il semble que l’organisme n’ait relativement pas besoin de fer, et qu’il soit surtout incapable de fabriquer des globules rouges en tant qu’éléments anatomiques.
On peut observer quelquefois, dans le cours de la maladie, des rémissions, pendant lesquelles on constate l’augmentation du nombre des globules rouges, avec apparition de normoblastes.
L’anémie pernicieuse a été attribuée à des causes diverses, qui ne sont pas encore bien élucidées. Comme on a trouvé des lésions atrophiques de la muqueuse du tube digestif, on a supposé que l’anémie était due à l’inanition, ces lésions empêchant l’élaboration des matériaux digestifs et leur absorption.
On a vu aussi, dans l’anémie pernicieuse, l’expression d’altérations graves des organes hématopoïétiques. PourEhrlich et ses élèves, c’est la formation anormale de « mégaloblastes » dans la moelle osseuse à la place des normoblastes, qui est la condition de cette anémie (1),
Cependant, quelquefois, à l’autopsie, au lieu de trouver dans les diaphyses une moelle lymphoïde riche en « mégaloblastes », on a constaté seulement la présence d’une moelle purement graisseuse. Il a donc fallu admettre un deuxième ordre de faits, dans lesquels l’anémie serait conditionnée par un arrêt de la fonction hématopoïétique de la moelle.
Enfin, les observations et les expériences de Hunter, de Yanni, celles d’Arslan sur l’anémie de l’ankylostome, les cas dans lesquels on a observé une anémie pernicieuse à la suite d’empoisonnement par des substances caractérisées, comme l’oxyde de carbone, ont fait placer la cause de l’anémie pernicieuse dans une intoxication détruisant
(1) Nous rappelons que, comme nous l’avons dit plus haut, d’après la théorie d’Ehrlich, les grands globules rouges nucléés qu’il appelle des mégaloblastes auraient, pour la formation des globules rouges sans noyau, des aptitudes bien inférieures aux « normoblastes ».
Pour Neumann, ces modifications de la moelle ne sont qu’une hyperplasie compensatrice. Pour l’interprétation de l’anémie pernicieuse, l’opinion d’Ehrlich tient compte des divers faits : les poïkilocytes et microcytes sont des produits de destruction;, les macrocytes, par l'intermédiaire des mégaloblastes dont ils dérivent sont le produit d’une altération de la moelle osseuse.
GLOBULES BLANCS
les globules rouges et dépassant de beaucoup l’effort réparateur de l’organisme. Il s’agirait, d’après cette hypothèse, soit d’une intoxication venue du dehors, soit d’une auto-intoxication par des produits formés dans l’intestin. Il faut se rappeler encore que des anémies d’origines très diverses, comme l’anémie syphilitique, les anémies liées à la présence de parasites intestinaux (1), comme l’anémie posthémorragique même, ont pu prendre les caractères de l’anémie pernicieuse. 11 est probable qu’ici, comme dans les anémies secondaires que nous avons étudiées, il existe des phénomènes de destruction, et que non seulement l’effort réparateur est insuffisant pour compenser les pertes, mais qu’il s’y ajoute des troubles de l’hématopoièse rendant la rénovation du sang encore plus difficile.
B. — Altérations des globules blancs.
Modifications dans le nombre des globules blancs.
Ces modifications sont appréciées, comme pour les globules rouges, par les méthodes directes de numération (2). Chez l’homme normal, le chiffre des globules blancs est moins fixe que celui des globules rouges; cependant on peut donner comme moyenne sept mille cinq cents par millimètre cube (Malassez), c’est-à-dire quinze cents par million de rouges ou à ^ (3) par rapport aux rouges, avec des variations de quatre mille à dix mille par millimètre cube.
Chez les nouveau-nés, le nombre des globules blancs est souvent un peu plus élevé que chez l’adulte ; il semble qu’il en soit de même pendant la grossesse et pendant la digestion (alimentation carnée); mais les augmentations sont toujours peu considérables.
(-1) On a incriminé, comme cause de l’anémie pernicieuse, des microbes divers, des amibes; toutes ces recherches demandent confirmation. Quant aux vers intestinaux, il faut leur faire certainement une place dans l’étiologie de ectte affection, mais ils ne suffisent pas à expliquer tous les cas.
(2) Dans les liquides de dilution employés pour la numération des globules rouges, les globules blancs se reconnaissent facilement à leur taille un peu plus grande, à leur aspect incolore, granuleux et surtout très réfringent.
Pour faciliter leur numération, on peut colorer leur noyau en ajoutant une matière colorante basique en très petite quantitéau sérum artificiel employé pour la numération. On peut, par exemple, ajouter au sérum de Marcano indiqué plus haut une très petite quantité d’une solution aqueuse de violet de méthyle ou de vert' de méthyle, au moment de faire la numération ; on peut aussi faire une numération spéciale avec un liquide qui comme l’eau acétifiée à 0,5 pour 100 (liqueur de Thoma-Zeiss) dissout l’hémoglobine, respecte les leucocytes et rend visible leur noyau.
(3) Les rapports de ^-0> gg-0 donnés encore souvent dans des ouvrages classiques, expriment donc des chiffres de globules blancs beaucoup trop forts qui, en dehors des faits d’anémie considérable, correspondraient déjà à une leucocytose manifeste.
CORNIL ET RANVIER.— II
5l4 histologie pathologique du sang
Dans les anémies graves, on observe souvent des chiffres de globules blancs très inférieurs à la moyenne normale ; mais on n’est pas encore fixé sur la constance et la valeur de ce fait.
Dans certains états pathologiques, le nombre des globules blancs peut augmenter dans des proportions plus ou moins grandes et d’une façon rapide, ce qui constitue la leucocytose. A côté de la leucocytose, il existe un ordre de faits différents dans lesquels l’augmentation du nombre des globules blancs représente un des symptômes les plus frappants d’une maladie spéciale, la leucémie. Mais pour étudier et comprendre la leucocytose et la leucémie, il est nécessaire de tenir compte des modifications qui concernent la morphologie des globules blancs.
Modifications concernant la morphologie des globules blancs.
Les globules blancs du sang ne sont pas tous semblables.
Déjà dans le sang frais, il est facile d’y distinguer des formes petites, des formes plus grandes, , les unes à protoplasma clair, d’autres à protoplasma finement granuleux, d’autres enfin dont le corps protoplasmique est rempli de grosses granulations brillantes (Max Schultze). L’examen de préparations définitives où le noyau est coloré, montre que dans les plus petites, le noyau est arrondi, fortement coloré et occupe la plus grande partie de la cellule; que dans la deuxième variété, le noyau est ovalaire, réniforme, peu colorable ; que dans la troisième variété, le noyau est bizarrement découpé ou contourné e.t fortement coloré ; enfin que, dans la quatrième variété, il est polymorphe aussi et le plus souvent formé de deux masses réunies ou non par un filament. Enfin, l’application méthodique des matières colorantes a permis à Ehrlich de montrer que le protoplasma de ces différents types de globules blancs n’avait pas les mêmes réactions histochimiques (1).
(1) Ehrlich a divisé les couleurs d’aniline en couleurs basiques et couleurs acides. Les couleurs basiques sont les sels des bases colorées; les couleurs acides sont les sels des acides colorés. En d’autres termes, les couleurs basiques sont celles dans lesquelles la substance colorante joue le rôle de base dans la combinaison, comme dans la fuchsine ordinaire (acétate de rosaliniiie), tandis que les couleurs acides sont celles où le principe colorant joue le rôle d’acide (picrate d’ammoniaque). Les couleurs « neutres » d Ehrlich sont celles qui sont formées par le mélange d’une couleur acide et d’une couleur basique. Ehrlich distingue, suivant leur affinité, des granulations basophiles, acidophiles (synonymie : éosinophiles, oxyphiles) et neutrophiles.
Voici les méthodes simples qu’on peut recommander pouf l’étude de la morphologie des globules blancs et des éléments figurés du sang humain :
1» Dessiccation rapide de la goutte de sang étalée sur lame au moyen du dos d’une
GLOBULES BLANCS
On peut donc distinguer maintenant, dans le sang de l’homme sain, les types suivants de leucocytes :
lame rodée; fixation par la chaleur sèche à 115 ou 120 degrés pendant une demi-heure à deux heures (Ehrlich), à l’étuve ou sur une plaque chauffante en cuivre;
2° Fixation delà préparation desséchée par l’alcool absolu ou le mélange à parties égales d’alcool absolu et d’éther pendant dix à vingt minutes. Après ces trois moyens de fixation, toutes les colorations sont possibles. On utilisera avec avantage la thionine, le mélange triacidè d’Ehrlich, l’éosine et bleu de méthylène. Après la coloration par la thionine, les globules muges sont vprK le^. noyaux des globules blancs violets, le protoplasma des leucocytes à noyau polymorphe incolore, le protoplasma des lymphocytes violet pâle, les granulations éosinophiles incolores ou vert très clair, les granulations des mastzellen violet rouge. Après la coloration par le triacidè (orange-fuchsine acidevert de méthyle), les cellules hémoglobiques sont jaune orange, les noyaux verdâtres ou incolores, les granulations éosinophiles rouge vif, les granulations neutrophiles des polynucléaires sont violettes. Avec l’éosine-bleu de méthylène, les noyaux sont bleus, le protoplasma des lymphocytes bleu pâle, les granulations « neutrophiles » rouges, lès granulations éosinophiles rouge vif; il faut faire agir l’éosine d’abord, le bleu ensuite ;
3° Fixation de la préparation desséchée pa£ immersion instantanée dans une solution d’acide chromique à 1 pour 100 (Malassez). Par ce moyen, l’hémoglobine est très bien fixée, le noyau des globules blancs est beaucoup mieux fixé dans sa forme que par les fixateurs précédents. On peut faire agir après l’acide chromique l’éosine et le bleu de méthylène, l’éosine et Fhématéine. Avec l’éosine-hématéine, les granulations éosinophiles se voient bien, mais les granulations « neutrophiles » sont invisibles ; elles se voient rouges avec l’éosine-bleu, mais moins distinctement qu’après les premiers fixateurs indiqués ;
4° Fixation de la préparation desséchée par les vapeurs dégagées d’une solution d’acide osmique à 1 pour 100 (quarante à soixante secondes), coloration à l’hématéine et à l’éosine.
Ces méthodes suffisent dans la plupart des cas; cependant, il est des renseignements qu’elles ne peuvent donner, en particulier sur la véritable structure du noyau des globules blancs. Déjà par l’action des vapeurs d’acide osmique après dessiccation, cette structure est à peu près fixée dans certaines cellules; lés résultats seront meilleurs si l’on fait agir les vapeurs d’acide osmique sur la goutte de sang étalée et non desséchée. Mais on apercevra plus distinctement et mieux fixé le réseau chromatique du noyau des globules blancs si, comme nous l’avons recommandé dans un précédent travail, on fait agir le liquide de Flemming fort dix à quinze minutes sur la goutte de sang étalée et non desséchée. Un lavage bien fait à l’eau courante et l’emploi des mordants permettent d’utiliser diverses colorations; en particulier, l’éosine-hématéine, l’hématéine-éosine-orange, la safranine après mordançage par la teinture d’iode étendue (teinture d’iode, A, alcool à 95 degrés, 100), l’hématoxyline au fer d’Heidenhain. Après la safranine, on peut employer avec avantage le bleu de méthyle (bleu acide), le violet acide, ou mieux encore le vert acide (lichtgriin) qui colore en vert l’hémoglobine et les granulations acidophiles.
On pourra également employer le mélange triacidè d’Ehrlich et la thionine, avec ou sans mordançage, et obtenir la coloration des différentes granulations des leucocytes.
Cette méthode permet de montrer que la chromatine n’est nullement à l’état diffus dans le noyau des grandes cellules mononucléaires : ce noyau possède au contraire un réseau chromatique très net, mais d’une grande finesse, et. par conséquent très facilement altérable. Ainsi, ces. noyaux ne sont pas des noyaux dégénérés, comme on l’a quelquefois pensé, en particulier dans la leucémie.
Ces altérations sont artificielles et tiennent à une fixation imparfaite dont les effets les plus apparents se font surtout sentir, naturellement, sur les noyaux les moins riches en chromatine. Il en est de même, du reste, pour les noyaux d’autres cellules sanguines, et les figures que nous donnons ici nous dispensent d’insister sur l’intérêt de la méthode en question.
m histologie pathologique du sang
1- Lymphocytes (1). - Cellules petites, à noyau arrondi, quelquefois incisé et en forme de bissac, à réseau chromat.que serre, nche en chromatine et, par conséquent, très colorable, occupant presque toute la cellule. Certains se rapprochent du diamètre des globules rouges, et le protoplasma ne forme qu’une mince collerette autour du noyau (petits lymphocytes) ; d’autres ont un protoplasma plus abondant (grands lymphocytes, moyens mononucléaires). Le protoplasma des lymphocytes prend les couleurs basiques; il peut même, avec certaines colorations, être plus coloré que le noyau qu’il laisse en clair (2).
2° Grands mononucléaires (3).
— Cellules plus grandes, à protoplasma clair, assez abondant, très légèrement basophile. Le noyau est volumineux, arrondi ou plus souvent ovalaire ouréniforme, pauvre
Fig. 96. — Sang de l’homme. — Lymphocytes. Fixation par le mélange fort de Flemming sans dessiccation. Coloration à l’éosinehématéine. — Grossissement de 1000 diamètres.
en chromatine. Certains d’entre eux sont un peu contournés, ce sont ceux qu’on a décrits sous le nom dé formes intermédiaires.
3° Polynucléaires (4). En réalité ces cellules ne possèdent pas plusieurs noyaux, mais un seul noyau plus ou moins découpé ou contourné sur luimême, et formé de différentes parties réunies par des filaments chromatiques (Ranvier). Aussi
Fig. 97. — Sang de l’homme. Même préparation — Grands mononucléaires.
(1) Synonymie : petits mononucléaires, première variété de Max Schultze; première variété de Hayem; leucocytes jeunes de Ouskoff et des auteurs russes; petits globules hyalins dé Sherrington et des auteiirs anglais.
(2) C’est ce protoplasma très finement granuleux ou réticulé, basophile, qui correspond à ce qu’Ehrlich avait autrefois désigné sous le nom de granulation 8. Ces lymphocytes correspondent aux « mononucléaires opaques » de Hayem.
(3) Synonymie : mononucléaires, polyeidocytes; leucocytes mûrs des auteurs russes, grands leucocytes hyalins des auteurs anglais.
(4) Synonymie : leucocytes à noyau polymorphe, à noyau bourgeonnant, à noyau lobé, polynucléaires neutrophiles; troisième variété de Max Schultze; deuxième variété de Hayem; leucocytes à fines granulations oxyphiles des auteurs anglais; leucocytes vieux de Ouskoff etfldes auteurs russes.
GLOBULES BLANCS
serait-il plus juste de les appeler'leucocytes à noyau polymorphe, mais l’usage a prévalu. Le $*otoplasma de ces leucocytes contient de fines granulations qui prennent les colorants « neutres » d’Ehrlich, et l’éosine dans certaines conditions (1) (granulations neutrophiles e d’Ehrlich.)
4° Éosinophiles (2). Le protoplasma de ces cellules contient désossés granulations réfringentes ayanrune affitiüé particulière pour les colorants acides (éosine, orange, fuchsii noyau est quelquefois.
;ide)«^ Leur nblable à celui dés polynucléaires, mais il^est le j^lus souvent formé de deux ^basses ^nucléaires distinctes, réunie^' ou norî» par un mince filament chromaaouc.
Enfin on peut voii\ erf
Fig. 98. — Sang de l’homme. — Leucocytes à noyau polymorphe.
Fixation par le mélange de Flemming sans dessiccation. Éosine liématéine. — 1000 diamètres.
$re dans le sang normal, mais en très'petit nombre,
des leucocytes dont le protoplasma contient des granulations ayant une affinité particulière pour les colorants basiques et prenant avec les violets de méthyle, la thionine, etc., une teinte rougeâtre métachromatique. Ces leucocytes correspondent aux mastzellen d’Ehrlich.
On sait aujourd’hui qu’à l’état normal, les follicules des ganglions lymphatiques ne contiennent que des lymphocytes et que la lymphe du canal thoracique ne livre guère au sang veineux que cette variété de cellule; au contraire, on trouve en abondance des leucocytes granuleux dans la moelle osseuse rouge. A l’état pathologique, on trouve
’ig. 99. — Sang de l’homme. Même technique. Leucocytes éosinophiles. — 1000 d
(1) Leur affinité pour T éosine se voit bien par la coloration à l’éosine-bleu de méthylène, surtout lorsque la fixation est incomplète et n’a pas réussi, par exemple, à fixer toute l’hémoglobine des globules rouges.
Lorsqu’après fixation par l’aciâe chromique ou l’alcool-éther, par exemple, après dessiccation, on colore fortement par la thionine et qu’on monte la préparation, sans déshydrater, à l’alcool, et sans éclaircir par une essence, il est facile d’obtenirles granulations neutrophiles colorées en vert-bleu, et les granulations éosinophiles colorées en bleu. Les'granulations neutrophiles sont faiblement acidophiles.
(2) Synonymie : quatrième variété de Max Schultze; troisième variété de Hayem ; leucocytes à granulations a d’Ehrlich; leucocytes à grosses granulations oxyphiles ou acidophiles.
HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE DU SANG également des leucocytes granuleux dans la rate (Dommici). Mais le fait qui indique tout l’intérêt de la distinction des variétés des globules blancs c’est que ces différentes formes cellulaires sont entre elles dans un rapport assez constant pour le sang normal, et que ce rapport varie, et de différentes manières, dans les états pathologiques (1).
Chez l’homme adulte, à l’état sain, on trouve environ pour 100 leucocytes, 25 à 28 lymphocytes grands et petits, 4 à 8 grands mononucléaires, 65 polynucléaires, 1 à 2 éosinophiles. Quant aux mastzellen, elles sont très rares et ne dépassent guère 0,2 pour 100. D’un jour à l’autre, chez le même sujet, cette proportion varie assez peu, mais d’un sujet à l’autre les variations peuvent être plus considérables (de 50 à 75 pour 100 polynucléaires, chiffres extrêmes et exceptionnels).
Chez les nouveau-nés et les tout jeunes enfants, la proportion des polynucléaires est sensiblement moins forte que chez l’adulte (40 pour 100 environ) (2); les enfants plus âgés ont des chiffres intermé-
(1) La numération des différents types de globules blancs doit être faite sur des préparations fixées et colorées. L’opération consiste à passer en revue un nombre suffisant de cellules contiguës, au moyen d’une platine mobile, et à établir ensuite le pourcentage des différentes formes. Le calcul a montré qu’il fallait passer en revue au moins trois cents ou quatre cents globules blancs pour obtenir une approximation suffisante. Les erreurs sont d’autant plus grandes pour une catégorie de cellules que celle-ci est moins nombreuse. On utilisera avec avantage pour ces numérations les diaphragmes oculaires de Malassez, qui donnent au champ du microscope une forme rectangulaire facilitant beaucoup l’examen méthodique de la préparation.
(2) Cette proportion élevée des lymphocytes n’existerait, d’après certaines observations, qu’à partir du quatrième ou du cinquième jour de la naissance ; pendant les premiers jours, on trouverait, au contraire, une proportion élevée de polynucléaires, coïncidant avec l’augmentation du nombre absolu des leucocytes qu’on observe à ce moment.
Fie. TOI. — Sang de l’homme. Dessiccation. Fixation par la chaleur. Éosine et bleu de méthylène. Lymphocytes. Leucocytes à noyau polymorphe. Leucocyte à granulations éosinophiles. — 1000 diamètres.
irt§
Fig. 100. — Sang de l’homme. Cellules d’Ehrlich (Mastzellen). Dessiccation. Alcool-éther. Thionine. — 1000 diamètres.
LEUCOCYTOSE
cliaires au nouveau-né et à l’adulte. Chez le vieillard, certaines observations permettent de penser que la proportion des polynucléaires est un peu plus forte que chez l’adulte, mais le fait n’est pas encore suffisamment établi (1).
La leucocytose. — La leucocytose est l’augmentation du nombre des globules blancs qui survient dans le cours de certains états pathologiques. Cette augmentation est le plus souvent aiguë et passagère,
Fia. 102. — Sang de l’homme. Dessiccation. Fixation par la chaleur. Coloration par le mélange triacide. Leucocytes à noyau polymorphe portant des granulations neutrophiles d’Ehrlich. Leucocytes' à granulations éosinophiles. Globules rouges. — Dans cette figure, les leucocytes ont été rapprochés. — 1000 diamètres.
mais la leucocytose peut évoluer aussi à l’état chronique et persister ainsi jusqu’à la mort, comme au cours des tumeurs malignes. Le nombre des leucocytes varie de dix mille à cinquante mille et plus; et fait tout aussi important, le rapport des- différentes formes de leucocytes entre elles varie notablement. Suivant que l’augmentation des leucocytes porte sur les polynucléaires, les éosinophiles ou les lymphocytes, on a distingué plusieurs types de leucocytose.
Nous n’avons pas à aborder ici la morphologie comparée du sang, mais nous devons donner seulement quelques renseignements sur le sang des animaux utilisés pour l’étude expérimentale de la leucocytose. La granulation neutrophile d’Ehrlich n’a été jusqu’ici trouvée que chez l’homme et chez le singe. Chez le lapin et le cobaye, les polynucléaires sont beaucoup moins nombreux que chez l’homme; ils contiennent ■ une granulation acidophile dont l’affinité pour les couleurs acides est intermédiaire à celle de la granulation s et de la granulation a d’Ëhrlich. C’est la granulation §, ou amphophile d’Ehrlich. Ces cellules ont été encore appelées pseudo -éosinophiles. Les polynucléaires sont, chez le chien, un peu plus nombreux que chez l’homme. Chez le cheval, les granulations éosinophiles ont un volume considérable. Enfin, les mastzellen, toujours rares dans le sang des mammifères, sont assez nombreuses dans le sang des vertébrés inférieurs, en particulier chez les lacertiens.
5„0 histologie pathologique du sang
1) Leucocytose polynucléaire. - C’est de beaucoup la plus importante des leucocytoses. Elle peut exister déjà, très peu accentuée il est vrai, comme réaction physiologique pendant la grossesse par exemple, ou pendant la période digestive (alimentation azotée); mais elle constitue le plus souvent une réaction pathologique. On la rencontre :
a) Dans la plupart des maladies infectieuses, en particulier dans les suppurations aiguës, les septicémies, la pneumonie, etc.
b) Dans certaines intoxications aiguës.
c ) Dans certaines maladies chroniques où elle semble jusqu’à un certain point indépendante de la cachexie et de l’anémie : cancer, cirrhose hypertrophique de Hanot.
Dans ces différents cas, la proportion des leucocytes à noyau polymorphe augmente notablement et atteint 80, 90 pour 100 et plus. La seule connaissance de cette augmentation de la proportion des leucocytes à noyau polymorphe peut révéler l’existence d’une leucocytose. Cependant, il faut savoir que dans certaines circonstances, -le chiffre absolu des leucocytes à noyau polymorphe ne s’élève pas; seul augmente leur nombre relatif, comme si l’organisme était impuissant à faire les frais de la leucocytose. C’est là, pourrait-on dire, une sorte de leucocytose atténuée.
LEUCOCYTOSE
Dans les maladies aiguës qui ont une évolution cyclique, la leucocytose a une marche définie. C’est ce qu’on peut voir, par exemple, dans la pneumonie. La leucocytose apparaît avec l’invasion de la maladie et persiste jusqu’à la défervescence. Elle tombe avec la fièvre dans les cas de résolution rapide normale; dans les cas de résolution lente, au contraire, la chute de la leucocytose se fait irrégulièrement, comme la chute de la température. Pendant tout ce temps, le chiffre des polynucléaires reste élevé. A la défervescence, les lymphocytes et les éosinophiles reviennent à leur proportion normale. Ils peuvent même, pendant la convalescence, êtçe plus nombreux qu’ils ne le seront plus tard.
Dans une maladie cyclique d’un autre genre, la fièvre récurrente, la leucocytose polynucléaire a une marche différente et pourtant comparable : le nombre des globules blancs augmente chez la plupart des malades pendant l’accès et tombe brusquement en dehors des accès (Ouskoff).
Dans les maladies qui n’ont pas une marche définie, la leucocytose', lorsqu’elle existe, n’a pas d’évolution particulière et cyclique ; elle est, d’une manière générale seulement, en rapport avec la courbe de température. Dans les suppurations aiguës, où elle est toujours très nette, elle tombe le plus souvent avec la fièvre, lorsque le pus s’est fait jour hors du foyer (Malassez).
Elle peut reparaître ensuite, mais d’une manière moins constante, avec le passage de la suppuration à l’état chronique.
Dans d’autres maladies infectieuses, comme la fièvre typhoïde, la tuberculose aiguë, la rougeole, la leucocytose manque le plus souvent. Ainsi, dans la fièvre typhoïde, on sait maintenant qu’en général, il n’existe pas de leucocytose, et qu’au contraire, souvent même, il existe une diminution du nombre des leiicocytes, qui, avec des irrégularités, se montre pendant toute la maladie. Pendant la période d’état, la proportion des polynucléaires est augmentée, mais elle peut être aussi inférieure à la normale. A la défervescence, ou même plus tôt, elle s’abaisse presque constamment. Le nombre le plus souvent bas des leucocytes, la diminution de la proportion des polynucléaires à la fin de la maladie, ont permis souvent de constater, d’une façon très évidente, l’apparition d’une leucocytose polynucléaire révélant l’existence d’une complication (escarre, abcès, furoncle).
La leucocytose polynucléaire a été observée à la suite des hémorragies, mais pas d’une manière constante. Les causes qui ont provoqué ces hémorragies viennent influencer les résultats et expliquer
leur contradiction. Il est difficile, en effet, chez l’homme, de dire si la leucocytose est due à l’hémorragie elle-même, ou à la cause qui l’a produite. A la suite des hémorragies expérimentales, elle a été constatée, mais pas par tous les auteurs. Elle dépend probablement beaucoup de l’intensité de l’hémorragie. Nulle, ou à peu près, à la suite des petites pertes sanguines, où elle dépendrait surtout de l’existence d’une plaie et d’une infection surajoutée (Malassez), elle a été vue surtout dans les grandes hémorragies.
La leucocytose peut exister dans les anémies. Cependant, dans les anémies qui ne sont pas provoquées par une hémorragie ou par un état inflammatoire, ou auxquelles ne vient pas se surajouter une complication, on ne l’observe ordinairement pas; souvent même le nombre des leucocytes est diminué, comme le nombre des globules rouges et comme le chiffre de l’hémoglobine, sans qu’il y ait une relation absolument régulière entre les deux phénomènes.
On s’est demandé si la leucocytose qui, en tant que réaction de l’organisme, est souvent utile au diagnostic, au cours des tumeurs malignes et des suppurations aiguës, par exemple, pouvait donner des renseignements au point de vue du pronostic.
Dans la pneumonie, la continuation de la leucocytose polynucléaire pendant la convalescence est en rapport avec la chute incomplète et irrégulière de la défervescence; elle montre que la maladie n’est pas terminée ; à cette période, l’élévation de la leucocytose avec augmentation considérable de la proportion des polynucléaires, est en rapport avec le passage de la pneumonie à la suppuration, et, par conséquent, est d’un pronostic extrêmement grave. Inversement, dans cette maladie, la réapparition des lymphocytes et des éosinophiles, précédant le retour à l’état normal, indique' la fin de la réaction et l’approche de la guérison.
Dans ces cas, la leucocytose nous apparaît donc comme une réaction qui nous donne la mesure de l’intensité de la maladie. Il n’en est peut-être pas toujours ainsi. Dans beaucoup d’infections expérimentales, lorsqu’on opère avec des cultures très virulentes et avec des doses considérables, capables de iuer rapidement, la leucocytose ne se produit pas, et même le chiffre des leucocytes tend plutôt à s abaisser d une façon durable. Peut-il en être de même chez l’homme? C’est ce qui semblerait, d’après les observations de plusieurs auteurs, qui, dans la pneumonie même, ont constaté l’absence de leucocytose dans des cas graves rapidement mortels. La contradiction qui semble exister entre ces deux ordres de faits n’est peut-être qu’apparente :
LEÜCOCYÎOSE
les premiers se rapportent à l’extension d’une lésion anatomique, les seconds à des intoxications ou à des infections graves dès le début, sidérant l’organisme et l’empêchant de réagir. Mais, en clinique, l’absence de leucocytose au cours d’une maladie infectieuse, où cette réaction existe le plus souvent, ne suffit pas à faire porter un pronostic fatal. La leucocytose ne paraît pas absolument nécessaire pour la guérison du malade. Les observations de J. Nicolas, P. Courmont et R. Prat semblent montrer, qu’au point de vue expérimental, pour
Fig. 104. — Sang de l’homme. Lèpre. Eosinophilie. Dessiccation. Acide chromique. Eosine. Hématéine. — 800 diamètres. — Dans cette figure, les leucocytes ont été rapprochés les uns des autres ; ils étaient plus éloignés dans la préparation.
l’immunisation d’un animal (avec la toxine diphtérique), la production d’une leucocytose n’est pas indispensable.
2) Leucocytose à lymphocytes (lymphocytose) . — A côté de la leucocytose que nous venons d’étudier, dans laquelle les éléments lymphatiques nouveaux trouvés dans le sang sont des cellules à noyau polymorphe, il existe un petit nombre de faits, dans lesquels les éléments nouveaux du sang sont des lymphocytes. La lymphocytose a été constatée surtout chez les enfants, en particulier dans la coqueluche (Frôhlich, Meunier), où elle est particulièrement nette et constante; elle a été vue également clans la syphilis congénitale (En gel): L’apparition des lymphocytes en grand nombre dans le sang se voit
constamment dans une forme spéciale de leucémie que nous étudierons tout à l’heure.
L’augmentation delà proportion des formes mononucléaires (sans augmentation du nombre absolu des leucocytes) se voit souvent dans les" anémies (Ehrlich), mais ce fait n’est nullement constant, et dans la chlorose en particulier, où l’on s’y était attaché, il manque souvent. Dans la syphilis, en rapport avec l’anémie de la période primaire et secondaire, il a été aussi rencontré, lié à un nombre de globules blancs normal, ou à une légère leucocytose qui apparaîtrait avant l’anémie (Zeleneff).
3) Eosinophilie: — 11 existe un troisième ordre de faits, dans lesquels les éléments nouveaux du sang sont surtout des cellules éosinophiles. A vrai dire, dans le plus grand nombre des cas, il s’agit moins d’une leucocytose à cellules éosinophiles que d’une augmentation dans la proportion de ces éléments qui, à l’état normal, forment 1 à 2 pour 100 du nombre des leucocytes: Or, dans certains cas, leur nombre relatif atteint 25 pour 100 et plus. Ce fait a été constaté surtout dans un certain nombre de maladies cutanées : la dermatite herpétiforme de Duhring (Leredde et Perrin), la lèpre (Gaucher et Bensaude, Darier, Jolly), maladies dans lesquelles il semble assez constant; le pemphigus (Neusser), le psoriasis, certains prurigos (Canon), certains urticaires aigus (Lazarus), la scarlatine (Zappert, Brühn-Fahreus), certaines tumeurs de la rate, des intoxications, etc.; on l’a constaté aussi, d’une manière assez constante, dans le sang des asthmatiques (Gollasch, H.-F. Müller), dans le sang de malades infectés par des trichines ou des helminthes (Müller et Rieder).
L’éosinophilie a été encore observée quelquefois au cours de tumeurs malignes, à la suite de la splénectomie; enfin nous avons vu, plus haut, que pendant la convalescence des maladies fébriles qui s’accompagnent de leucocytose, lors de la disparition de celle-ci, les éosinophiles pouvaient momentanément être plus nombreux qu’à l’état normal.
Les circonstances nombreuses et différentes dans lesquelles l’éosinophilie a été rencontrée ne permettent pas enqore d’y voir une réaction appartenant à une catégorie particulière, d’états morbides.
L’augmentation du nombre des mastzellen dans le sang à l’état pathologique est un fait encore peu connu. Cependant Levaditi aurait observé une leucocytose à mastzellen chez des lapins intoxiqués par la toxine staphylococcique.
Rieder avait déjà indiqué, au cours de leucocytoses polynucléaires
LEÜCOCYTOSE
aiguës, l’apparition, dans le sang, de cellules de grande taille, à noyau arrondi, à protoplasma finement granuleux (myélocytes neutrophiles), ou à grosses granulations (myélocytes éosinophiles) et semblables aux cellules de la moelle osseuse. Ces myélocytes, que nous décrirons à propos de la leucémie, ont été vus également dans la convalescence de la pneumonie (Türk), au cours de la diphtérie (Engel), dans l’anémie post-hémorragique (Lazarus). Dans ces cas, l’apparition de ces cellules est un fait surajouté et jusqu’à un certain point exceptionnel; cependant certaines observations récentes tendent à nous montrer que l’apparition de ces cellules pourrait constituer une forme de leucocytose, comme cela a été vu par Weil pour la leucocytose variolique, et par Engel dans des diphtéries graves (leucocytose myélogène d’Engel).
Enfin Ehrlich a observé, dans un cas de variole hémorragique, de petits leucocytes, fort rares, présentant un noyau arrondi entouré d’une mince couche de protoplasma contenant des granulations neutrophiles (petits neutrophiles pseudo-lymphocytes). Il les considère comme provenant de la fragmentation des polynucléaires neutrophiles (1).
On a cherché à éclairer le mécanisme de la leucocytose par l’expérimentation, et l’on a produit ce phénomène chez les animaux au moyen d’un grand nombre de substances, en particulier par l’injection souscutanée ou intra-veineuse de cultures et de toxines microbiennes.
Dans ces expériences, et le fait existe surtout lorsque l’inoculation est intra-veineuse, la leucocytose est précédée d’une phase d’abaisse-
(fj On a décrit encore, dans le sang pathologique de l’homme, des formes de leucocytes exceptionnelles, dont la valeur n’est pas encore élucidée : des cellules à noyau arrondi, à protoplasma opaque basophile (cellules de Türlc), des cellules analogues aux cellules plasmatiques de Unna.
La composition chimique des granulations des leucocytes n’est pas encore connue.; elles semblent formées par des substances albuminoïdes complexes; certains auteurs auraient trouvé du fer dans les granulations éosinophiles. On a considéré que ces gra- . nulations représentaient les aléxines (théorie des aléxocytes), mais c’est là une pure, hypothèse. L’existence de ferments dans les leucocytes, la comparaison de ces grains avec ceux contenus dans le protoplasma de certaines cellules glandulaires, portent à voir dans certaines de ces granulations de véritables diastases. D’autres paraissent être des substances alimentaires de réserve, comme les granulations vitellines. Enfin, une dernière hypothèse considère ces granulations comme étant de nature protoplasmique et comme représentant simplement un état physique spécial du plasma cellulaire.
Pour Ehrlich, les granulations qu’il a décrites sont spécifiques ; elles caractérisent une variété de cellules; on ne trouve donc qu’une seule espèce de granulations dans la même cellule. Cependant on a observé, dans le sang, mais surtout dans les organes hématopoïétiques, des leucocytes portant les unes à côté des autres des granulations à affinités différentes; il s’agirait là simplement des stades divers de maturation d’une seule et même granulation.
ment du chiffre des leucocytes, qui se produit dans les quelques mw nutes qui suivent l’inoculation, et dure peu de temps. Cette hypoleucocytose initiale et passagère qui, jusqu’ici, n’a pas été observée d’une manière certaine en clinique, a été attribuée d’abord à la répulsion des leucocytes par chimiotaxie négative dans les capillaires viscéraux. Mais on peut en donner une interprétation plus simple : d’une part la destruction directe d’un certain nombre de leucocytes, d’autre part l’accumulation des globules blancs qui se produit dans tous les territoires vasculaires où la circulation est ralentie, et qui prive par conséquent, d’une façon momentanée, la circulation générale d’une partie de ses leucocytes.
Quant à la leucocytose, on l’a attribuée à une inégale répartition des leucocytes; mais cette interprétation est aujourd’hui abandonnée; les globules blancs sont, pendant la leucocytose, réellement augmentés de nombre dans le sang. On n’a pas encore démontré que, pendant ce phénomène, il se produit une division directe ou indirecte des leucocytes dans le sang même; au contraire, un certain nombre de faits nous permettent de penser qu’au moment de la leucocytose, il arrive au sang de nouveaux leucocytes, venus de leurs foyers de formation, constituant des réserves renouvelables (1). Ces faits sont les suivants : l’apparition de globules rouges nucléés pendant la leucocytose (Dominici), la transformation de la moelle osseuse jaune en moelle rouge au cours des maladies infectieuses, et, en particulier, à la suite des infections expérimentales capables de produire la leucocytose (Roger et Josué), les éosinophilies et lymphocytoses qu’on a constatées à la suite de la splénectomie (Vaquez), enfin l’apparition au cours et au déclin de quelques leucocytoses de cellules médullaires ou myélocytes.
Les faits précédents tendent à nous montrer de plus le rôle par-
(1) La raison de l’afflux de ces leucocytes au sang a été placée dans l’attraction chimio-tactique. On peut supposer qu’à l’état normal, c’est l’oxygène du sang qui attire les leucocytes (Ranvier); à l’état pathologique, ce seraient les produits toxiques. Suivant la présence de telle ou telle toxine, telle ou telle variété de leucocyte serait attirée, et on comprend ainsi qu’il puisse y avoir des leucocytoses différentes. C’est évidemment l’hypothèse qui, à l’heure actuelle, rend le mieux compte des faits, mais elle n’est pas encore absolument prouvée.
Comme les lymphocytes ne présentent in vitro que des mouvements pseudopodiques très minimes, on peut supposer que leur faculté de diapédèser est également très faible. Ehrlich a pensé que dans la lymphocytose et la. lymphocytémie, l’afflux des lymphocytes dans le sang était conditionné par des troubles mécaniques augmentant la circulation de la lymphe dans les organes lymphoïdes ; aussi, réunit-il ces deux états pathologiques sous 1 épiLhète de « leucocytose passive », leucocytose dans laquelle les nouveaux leucocytes ne sont pas arrivés dans le sang par diapédèse et par attraction chimio-tactique, contrairement à ce qui se passe dans la « leucocytose active », à laquelle il rapporte la leucocytose polynucléaire, l’éosinophilie, et même la myélocytémie.
LEUCÉMIE
ticulier de la moelle osseuse dans l’éosinophilie et dans la leucocytose polynucléaire (Ehrlich).
La nouvelle conception de l’inflammation, envisagée par Metchnikoff comme un phénomène défensif, a porté à voir dans la leucocytose un acte de défense. Mais la phagocytose des microbes du sang ne suffît pas à donner la signification de l’afflux des leucocytes dans le sang, puisque les microbes du sang sont relativement rares. On a pensé alors que si les leucocytes arrivaient dans le sang, c’était pour aller ailleurs exercer lleur action phagocytaire au niveau des points enflammés. Mais dans les cas où ces foyers inflammatoires, infiltrés de leucocytes et de microbes, n’existent pas, cette interprétation n’est plus possible: ainsi en est-il dans les intoxications. Metchnikoff admet que les leucocytes viennent dans le sang, suivant les cas, absorber la toxine et la détruire, ou fabriquer l’antitoxine, mais cette manière de voir n’est pas encore suffisamment démontrée. Enfin, depuis quelques années, un certain nombre de faits permettent de supposer que les leucocytes peuvent, à l’état normal, jouer un rôle dans les phénomènes intimes de la nutrition (1). C’est là une donnée dont il faut tenir compte également lorsqu’on cherche à interpréter la leucocytose.
LA LEUCÉMIE
La leucémie n’est pas, à proprement parler, une maladie, et nous n’en connaissons que- les lésions anatomiques qui portent avant tout sur le sang et les organes hématopoïétiques.
On range sous cette dénomination, des états morbides dans lesquels on observe des hypertrophies ganglionnaires et spléniques accompagnés d’une anémie progressive et de modifications spéciales quantitatives et qualitatives des globules blancs.
La lésion du sang dans la leucémie constitue une réaction particulière de ce tissu.
(1) L’hypothèse du rôle actif des globules blancs dans la nutrition a été émise pour la première fois en 1875, par Ranvier, qui comparait les leucocytes à des cellules glandulaires. Les faits qui sont venus 'depuis à l’appui de cettë hypothèse sont les suivants : la découverte des mastzellen et leur mode spécial de répartition dans le tissu conjonctif sain et pathologique, la découverte de la clasmatose des cellules, migratrices, l’accumulation des leücocy tes et les phénomènes de destruction qu’ils présentent au niveau des plaies en voie de réparation, le rôle des glohules blancs dans la formai tion ou l’apparition delà fibrine et le rôle des filaments de fibrine dans la cicatrisation des plaies ; l’existence de glycogène au sein des leucocytes des foyers inflammatoires et le transportée cette substance dans le sang par les leucocytes; l’existence de ferments dans les. leucocytes; la présence dans lè protoplasma des globules blancs de ces granulations variées où, par comparaison avec d’autres cellules de l’organisme, nous avons tendance à voir des matériaux de réserve ou des ferments.
Ni la durée du phénomène, ni le chiffre absolu des leucocytes ne permettent, comme on l’avait cru autrefois, de délimiter la leucémie et la leucocytose. Ce qui, au point de vue de la réaction sanguine, différencie la leucémie, c’est la morphologie des leucocytes.
Bien qu’à ce point de vue même, il existe, comme nous le verrons plus loin, des faits qui permettent de rapprocher les leucémies des leucocytoses, nous pensons qu’il est préférable de ne pas confondre la description de ces deux réactions morbides.
Fig. 105 — Sang de l’homme. Lymphocytémie. Dessiccation. Acide chromique Eosine, hématéine — Grossissement de 800 diamètres.
Déjà Virchow avait entrevu les modifications morphologiques des eucocytes dans la leucémie et il avait distingué avec raison deux types de leucémie. Si la distinction qu’il avait faite a été longtemps délaissée, c’est qu’il avait voulu superposer des types cliniques particuliers à ces deux sortes d’altérations sanguines, ce qui n’est pas toujours possible.
Au point de vue de l’état du sang, nous pouvons déjà distinguer deux formes de leucémie : dans l’une, ce sont des cellules semblables aux lymphocytes qui dominent dans le sang: dans l’autre, ce sont des myélocytes (cellules médullaires), aussi a-t-on appelé ces deux formes lymphocytémie (1) et myélocytémie (2).
(1) Synonymie : leucémie lymphatique ; leucémie ganglionnaire de Virchow.
l2) Synonymie : leucémie myélogène, leucémie myéloïde, médullaire; leucémie splénique de Virchow.
LEUCÉMIE
a) Lymphocytémie. — Le nombre absolu des globules blancs n’est souvent augmenté que d’une façon modérée; il peut même quelquefois être normal; il est plus ,rare qu’il atteigne les chiffres énormes qu’on observe dans la myélocytémie. Ce qui est constant, c’est que la proportion des lymphocytes est accrue dans des proportions considérables (50, 60 pour 100, 90 pour 100 même) aux dépens des autres formes (des cellules à noyau polymorphe en particulier, dont le chiffre tombe à 25, 20, 10 pour 100). La leucémie lympha-
Fig. 106. — Sang de l’homme. Lymphocytémie à gros lymphocytes. Dessiccation. Acide chromique. Eosine, hématéine. — Grossissement de 500 diamètres.
tique peut évoluer à l’état chronique ou à l’état aigu, et c’est à ce type de leucémie que se rapportent la plupart des cas publiés de leucémie aiguë (1).
b) Myélocytémie. — Le nombre des globules blancs est ordi-
(t) Au point de vue pur de la réaction sanguine, il est bien difficile de faire une distinction catégorique entre la lymphocytose et la lymphocytémie. Cependant, la réaction est plus marquée dans la lymphocytémie. Mais la distinction est surtout justifiée si l’on tient compte de l’évolution de la maladie et des lésions des organes et des tissus. La lymphocytémie est, si l’on veut, une lymphocytose chronique et progressive liée à l’existence d’hypertrophies ganglionnaires et spléniques chroniques, progressives, et à la formation anormale de tissu lymphoïde dans des points qui n’en contiennent pas normalement.
CORNIL ET RANVIER. — II. 34
53ü histologie pathologique du sang
nairementtrès augmenté, et atteint trois, quatre, cinq cent mille et plus; le rapport normal de éj’ m’ es‘ alors remPlacé par les apports de -i, 4i J même. La morphologie du sang est caractéristique.
On y trouve déjà les leucocytes habituels du sang : lymphocytes, mononucléaires, polynucléaires, éosinophiles, avec les caractères qu’ils présentent dans le sang normal. Mais, de plus, on trouve dans le sang
et en très grand
nombre, des cellules toutes particulières qui ontto^s les caractères de certaines cellules qu’on rencontre dans la moelle osseuse. Ce sont : 1°
O • oQ
des cellules volumineuses à grand noyau ovalaire ou incurvé, pauvre en chromatinè, riche en suc cellulaire (1)
Fig. 107. — Sang de l’homme. Myélocytémie. Dessiccation. Acide chromique. Eosine, hématéine. Leucocytes à noyau polymorphe ; leucocyte éosinophile, et à côté de lui, un globule rouge nucléé. Myélocite éosinophile en haut de la figure ; en bas, lymphocyte ; à droite et en bas, myélocyte neutrophile. — Grossissement de S00 diamètres.
et dont le protoplasma est finement granuleux : ce sont les myélocytes, ou myélocytes neutro¬
philes d’Ehrlich (2); 2° des cellules mononucléaires dont le protoplasma
(1) Nous avons rappelé plus haut que la coloration diffuse de ce noyau était une altération artificielle qui avait fait alors considérer ces éléments comme morts et dégénérés, et qu’en réalité ces noyaux possédaient un réseau chromatique délicat, difficile seulement à mettre en évidence.
Dans un grand nombre de ces cellules, et surtout dans celles qui possèdent un noyau arrondi et très volumineux, le réseau chromatique est particulièrement délicat, et il existe un ou plusieurs gros nucléoles. Ce ne sont pas des points nodaux du réticulum chromatique, mais des nucléoles vrais, qui, avec des colorations combinées, peuvent être colorés d’une manière différente de la chromatine. Dans les myélocytes où le réseau chromatique est plus riche, à travées plus épaisses; les nucléoles vrais ont ordinairement disparu, comme dans le noyau polymorphe. Le réseau délicat qu’on observe dans les plus gros noyaux en dehors des nucléoles ne semble pas formé entièrement de chromatine; il apparaît formé d’une substance achromatique (linine) dont les filaments sont imprégnés de chromatine aux points nodaux du réseau.
Mononucléaires neutrophiles, grands mononucléaires neutrophiles. Ehrlich considère leur granulation protoplasmique comme identique à celle des polynucléaires du sang normal. Il semble bien que ces cellules soient capables de se transformer, dans la moelle osseuse, en polynucléaires.
LEUCÉMIE
ne contient pas de granulations neutrophiles (1); le volume de ces éléments est variable; lés formes les plus volumineuses ne se distinguent des myélocytes que par l’absence de granulations protoplasmiques; 3° des cellules de grande taille, dont le noyau est volumineux, arrondi, ovalaire ou incurvé et dont le protoplasma est rempli de granulations réfringentes acidophiles. Ce sont les myélocytes éosinophiles (H. -F. Müller). Elles sont très distinctes des autres Cellules éosinophiles, dont les dimensions sont moindres et surtout dont le noyau est polymorphe ou double ; 4° des
mastzellen (2) ; 5° de grandes cellules, semblables aux myélocytes, dont le noyau présente des phénomènes de karyokinèse.
On peut observer en karyokinèse des myélocytes sans granulations, des myélocytes à granulations neutrophiles et des myélocytes éosinophiles (3).
Enfin, on trouve, dans le sang leucémique, des cellules qui ne diffèrent de celles du sang normal que par leur volume moindre : ce sont des éosinophiles et des leucocytes polynucléaires de petite taille. Ces polynucléaires nains (Spilling) se rencontrent aussi en dehors de la leucémie, dans différentes anémies.
Ces différentes formes de globules blancs sont dans des rapports
Fig. 108. — Sang de l’homme- Myélocytémie. Dessiccation. Acide chromique, éosine, hématéine. Leucocyte à noyau polymorphe; gros myélocytes neutrophiles; myélocyte éosinophile, globule rouge nucléé; myélocyte en karyokinèse. Les deux gros myélocytes, qui se trouvent en haut et à gauche ont été rapprochés. — Grossissement de 800 diamètres.
(1) Ce sont les myéloblastes de Naegeli, les myélocytes sans granulations d’Ehrlich.
(2) Les mastzellen, dans la leucémie myélogène, ont un noyau arrondi ou polymorphe; dans le sang normal dé l’homme elles ont un noyau polymorphe.
(3) Sur les préparations par dessiccation, le noyau en mitose est coloré peu vivement et peut échapper à l’observation. Sur les préparations de sang fixé à l’état frais par le Flemming, les mitoses tranchent vivement par leur coloration beaucoup plus intense. Ces cellules en division apparaissent ainsi quelquefois moins rares que ne permettaient de le penser les pre'mières observations faites à ce sujet. Elles sont particulières à la myélocytémie.
5g2 HISTOLOGIE PATHOLOGIQUE DU SANG
très variables. Ce qui domine, le plus souvent, ce sont les myélocytes granuleux; ce sont, avec les éléments en karyokinèse, les cellules les plus caractéristiques du sang de la leucémie myélogène (1).
Fia. 109. — Sang de l'homme Myélocytémie. Fixation par le mélange de Flemming sans dessiccation safranine. Leucocytes à noyau polymorphe; leucocyte éosinophile ; petits myélocytes; gros myélocytes avec leurs nucléoles, leur membrane et leur réseau de linine. Dans les deux de gauche, on voit la formation du réseau chromatique. Avec cette technique, les éléments n’étant pas aplatis, leur diamètre apparent est sensiblement moindre que sur les préparations faites par dessiccation — Grossissement de 1500 diamètres.
Fig. 110. — Sang de l’homme. Myélocytémie. Flemming sans dessiccation. Mélange triacide. Leucocytes à noyau polymorphe portant des granulations neutrophiles (colorées ici en rouge par la fuchsine acide) ; myélocytes neutrophiles, petits et grands. Myélocyte à granulations éosinophiles. — Grossissement de 1000 diamètres.
A ces éléments viennent s’ajouter des globules rouges nucléés ; le plus grand nombre répondent au type normoblaste, mais il existe aussi
(1) Corail, à 1 examen post mortem des viscères d’une femme atteinte de leucémie myélogène, a observé dans les capillaires du foie des cellules géantes, mais la constatation de ces éléments n’a jamais été faite dans le sang de la circulation générais recueilli par piqûre sur le vivant, w
LEUCÉMIE
des mégaloblastes. On voit souvent des normoblastes de grande taille. On observe des globules rouges nueléés en karyokinèse.
Dans la myélocytémie, comme dans la lymphocytémie, du reste, il existe une diminution plus ou moins grande du nombre des globules rouges avec diminution de la valeur hémoglobique. D’une manière générale seulement, et en comparant des types cliniques semblables, on peut dire que l’anémie est d’autant plus considérable que le nombre des globules blancs est plus élevé (Malassez).
La morphologie du sang de la leucémie peut être notablement modifiée par des maladies infectieuses surajoutées : dans la myélocytémie, ces infections secondaires font abaisser, souvent d’une manière considérable, le chiffre des leucocytes, et quelquefois la leucémie semble remplacée par une leucocytose polynucléaire (Frænkel); l’augmentation des polynucléaires a été également constatée dans le cours de la leucémie lymphatique, lors d’une infection surajoutée.
La nature de la leucémie nous est encore inconnue.
Quelques auteurs ont pu, dans le sang d’individus atteints de cette maladie, révéler l’existence de micro-organismes, mais la diversité même des parasites incriminés montre qu’on ne peut tirer encore aucune conclusion des faits publiés. Nous ne connaissons jusqu’ici de la leucémie que des manifestations cliniques et anatomiques. Les lésions anatomiques les plus importantes sont celles du sang, que nous venons d’examiner, mais comment se produisent-elles?
La rareté relative des figures de karyokinèse dans le sang montre qu’on ne peut y voir l’explication suffisante des altérations du sang. La division directe a été observée in vitro par Renaut, dans le sang leucémique, mais il ne semble pas qu’elle puisse expliquer les faits les plus importants, car les cellules qui dominent dans le sang de la leucémie, spécialement de la myélocytémie, sont des cellules différentes de celles qu’on trouve dans le sang normal. Au contraire, la tuméfaction de la rate, du foie, des ganglions, la transformation de la moelle jaune diaphysaire en une abondante moelle rouge, de consistance
Fig. 111. Fig. 112.
Fig. 111. — Sang de l’homme Myélocytémie Flemming sans dessiccation. Safranine, vert acide. Myélocyte à granulations éosinophiles. ^ Grossissement de 1500 diamètres.
Fig. 112. — Même objet, même technique. Myélocyte à granulations éosinophiles, en karyokinèse Phase de rupture du peloton en anses chromatiques. — Grossissement de 1500 diamètres.
pulpeuse, a porté depuis longtemps les observateurs à rechercher dans des lésions des organes hématopoïétiques la cause des altérations du sang. L’étude comparative de la morphologie des leucocytes dans le sang et les différents organes, et surtout l’étude méthodique de leurs réactions histo-chimiques (Ehrlich) a montré, comme nous l’avons vu, que dans certaines formes de leucémie, les leucocytes du sang sont des cellules semblables aux lymphocytes; dans d’autres, des cellules semblables aux myélocytes. De là on pouvait penser que, dans le premier cas, les leucocytes du sang étaient formés par les ganglions hypertrophiés; dans le deuxième, par la moelle osseuse. Mais la question s’est un peu modifiée. On savait que non seulement les ganglions étaient hypertrophiés dans la leucémie, mais que du tissu lymphoïde, semblable à celui des ganglions lymphatiques, pouvait se produire en des points où il n’existe pas normalement : peau, tissu conjonctif des espaces portes, etc. Ranvier, Neumann, avaient même montré la transformation lymphoïde de la moelle osseuse. Inversement, on a observé (Ehrlich, Dominici) la formation, en des points anormaux (foie, rate), d’un tissu rappelant celui de la moelle rouge, tissu myéloïde. Aussi, aujourd’hui, tend-on à rapporter les modifications du sang .de la leucémie lymphatique, non pas seulement à l’hypertrophie des ganglions, mais à l’accroissement du tissu lymphoïde en général; de même, on rapporte les lésions du sang 'dans la myélocytémie, non pas seulement à l’hyperplasie de la moelle osseuse, mais encore à l’accroissement du tissu myéloïde, en quelque point qu’il se soit formé. Ces formations secondaires anormales de tissu myéloïde sont attribuées, soit à des
Fig. 113. — Sang de l’homme. Myélocytémie. Flemming . sans dessiccation.
Eosine hématéine. Myélocytes en karyokinèse ; phase des deux étoiles-filles avec étranglement du corps cellulaire. Ces deux éléments ont été rapprochés. — Grossissement de 1000 diamètres.
gïA
Fig. 114. — Sang de l’homme. Myélocytémie. Flemming sans dessiccation.
Safranine. Vert acide. Globules rouges nucléés en karyokinèse. — Grossissement de 1000 diamètres.
LEUCÉMIE
métastases, à des embolies cellulaires parties de la nîoelle (Ehrlich), soit à la reviviscence de tissus embryonnaires (Dominici). Ces faits rapprocheraient donc, à certains égards, les leucémies des tumeurs malignes.
D’un autre côté, la présence de myélocytes, constatée dans le sang au cours ou à la défervescence de certaines maladies infectieuses (Türk, Engel), leur existence dans la variole (Weil), enfin, la ressemblance entre la lymphocytose et la lymphocytémie ont permis de rapprocher les leucémies des leucocytoses, et de supposer qu’il s’agissait là simplement de réactions leucocytaires spéciales causées par des agents toxiques ou des micro-organismes particuliers. Mais ces faits sont encore trop obscurs pour qu’il convienne d’y insister plus longtemps (1).
A côté des formes de leucémie que nous venons d’examiner, il existe un certain nombre d’états pathologiques, qu’on a rattachés plus ou moins à la leucémie, et qu’on a décrits sous les dénominations diverses de lymphadénie, d’adénie, d’adénie sans leucémie, de pseudoleucémie, lymphadénone multiple, lymphome malin, maladie de Hodgkin, etc. D’une manière générale, on range dans cette catégorie, les états pathologiques qui présentent l’aspect clinique, les hypertrophies spléniques et surtout ganglionnaires de la leucémie, sans les lésions du sang de cette maladie. Mais les dénominations précédentes embrassent certainement des affections disparates, difficiles à classer, parce que leur véritable nature n’est pas connue, et que nous n’en apercevons que des symptômes et des lésions anatomiques. Cependant, parmi ces états pathologiques, nous pouvons déjà distinguer :
1° Des adénites chroniques avec ou sans leucocytose polynucléaire, adénopathies dont beaucoup sont de nature indéterminée, mais dont la nature infectieuse a été quelquefois mise en évidence, en particulier pour certaines adénites tuberculeuses;
2° Des tumeurs primitives ou secondaires des ganglions et de la rate, évoluant avec ou sans leucocytose polynucléaire ;
(1) Il nous est difficile de voir dans la leucémie, simplement une forme particulière de leucocytose.' Nous sommes portés à croire, en effet, que dans la leucémie, la réaction du sang est conditionnée par des modifications spéciales des organes hématopoïétiques, distinctes de celles qui existent pendant la leucocytose. Dans la leucocytose, en effet, il semble n’y avoir qu’une exagération fonctionnelle, qui peut faire prédominer l’influence de tel ou tel organe hématopoïétique; dans la leucémie, il existerait quelque chose de plus, la viciation même d’une fonction, viciation conditionnée par des modifications anatomiques spéciales : formation de tissu lymphoïde ou myéloïde nouveau en des points où ces tissus n’existent pas normalement.
Ce qui, au point de vue des lésions sanguines, est tout particulier, dans la myélocytémie, c’est le passage prématuré dans le sang de formes immalures.
3° Des cas véritables de lymphocytémie où le nombre absolu des globules blancs n’est que peu ou pas augmenté ;
4» Des cas de lymphadénie cutanée, de mycosis fongoïde avec lymphocytémie, et qui rentrent dans le cadre de la lymphocytémie;
5° Enfin, de véritables lésions lymphadéniques semblables à celles qui existent dans la lymphocytémie, sans altérations du sang, accompagnées seulement de leucocytose polynucléaire. Certains faits tendent à montrer, du reste, que ces câs pourraient n’être qu’un des moments, qu’un stade passager de l’évolution d’une lymphocytémie.
Enfin, il est un dernier état morbide du sang qu’on a rapproché de la leucémie; c’est l’anémie infantile pseudo-leucémique de Jaksch et Luzet. Cette anémie est caractérisée, d’après Luzet, par une augmentation considérable du nombre des globules blancs accompagnant l’anémie; ce sont surtout les lymphocytes qui augmentent; les éosinophiles sont assez nombreux; de plus, par l’existence, dans' le sang, de très nombreux globules rouges nucléés dont beaucoup sont considérés par Luzet comme en voie de division indirecte (1).
Cette affection doit-elle être rattachée à la leucémie, ou au contraire ne faut-il y voir qu’un mode particulier, non spécifique, d’anémie pernicieuse de l’enfance, c’est ce qui est encore discuté.
Modifications dans les dimensions des globules blancs.
Le diamètre moyen des globules blancs du sang peut varier considérablement, suivant que des formes petites (lymphocytes) ou des formes grandes (mononucléaires, leucocytes à noyau polymorphe, éosinophiles) domineront dans le sang examiné. 11 ne s’agit pas là, à vrai dire, de modifications dans le diamètre des globules blancs; mais, dans certaines circonstances, on peut observer, comme nous l’avons dit à propos de la leucémie, des polynucléaires et des éosinophiles d’un diamètre plus petit qu’à l’état normal.
Modifications portant sur la mobilité des globules blancs.
Les globules blancs du sang de l’homme présentent des mouvements amiboïdes faciles à observer en mettant la préparation de sang
(1) Des globules rouges nucléés en karyokinèse ont été vus dans le sang de l’homme par plusieurs auteurs et nous en avons observé nous-mêmes de nombreux dans la myélocytémie. Toutefois, à notre avis, les globules rouges nucléés du sang représentés par Luzet dans sa these, ne peuvent être considérés comme de véritables karyokinèses. Ce sont là simplement des formes découpées des noyaux, telles qu’elles apparaissent quelquefois dans les cellules hémoglobiques.
LEUCÉMIE
frais à une température voisine de celle du corps (1). Ces mouvements se voient aussi sur les cellules éosinophiles qui, dans le sang frais, sont reconnaissables à leurs granulations réfringentes (2). Mais les plus petits globules blancs du sang ne semblent guère posséder la faculté de se déplacer; ils ne sontcapables que d’émettre de courts pseudopodes.
On ne peut conserver les globules blancs vivants et mobiles d’une manière durable que dans leur propre milieu, le sérum sanguin; cependant, on peut observer, pendant quelques heures, les mouvements des leucocytes d’une goutte de sang, mélangée à une solution de chlorure de sodium isotonique.
Dans la lymphocytémie, un grand nombre de globules blancs n’ont pas de mouvements, il s’agit des formes petites ; cependant, les lymphocytes, dans cette maladie même, peuvent quelquefois présenter des mouvements : ce sont des changements de forme peu considérables, aboutissant à des déplacements, le plus souvent minimes et lents.
Dans le sang des malades atteints de myélocytémie, il existe un très grand nombre de globules blancs qui ont des mouvements fort rapides avec émission de longs pseudopodes; ce sont les cellules qui correspondent aux leucocytes proprement dits. Quant aux cellules médullaires, aux myélocytes, ils ont des mouvements: seulement, ces mouvements se manifestent plus difficilement, ne commencent qu’à une température plus élevée, voisine de celle du corps ; ils sont beaucoup plus lents, moins étendus, moins pseudopodiques ; ils ne s’observent pas d’une façon aussi générale, on les voit sur un moins grand nombre de cellules. C’est pour toutes ces raisons' qu’ils ont longtemps passé inaperçus. Pour les bien voir, il faut observer les myélocytes qui, dans la préparation, se trouvent un peu isolés au milieu d’un plasma abondant, et particulièrement à la périphérie, où il y a plus d’oxygène.
Les globules blancs du sang leucémique, d’une manière générale,
(1) On peut déjà voir les mouvements amiboïdes des leucocytes dans une simple préparation de sang frais examinée à la température du laboratoire. Mais pour observer convenablement ces mouvements, il faut se servir d’une platine chauffante. Nous donnons la préférence à la platine chauffante de Malassez, à conduction de chaleur métallique, qui est d’un maniement très simple. Il faut aussi donner une réserve d’air aux leucocytes. On y arrive en se servant d’une petite chambre à air, ou en faisant supporter la lamelle sur la lame au moyen d’une petite cale en paraffine ou par un peu de fécule de pomme de terre (Ranvier) ; il faut que la goutte de sang soit petite et n’atteigne pas le bord de la lamelle.
(2) Il convient de rappeler ici que sur lés globules blancs vivants du sang de l’homme, le noyau ne se voit pas, ou n’est visible que d’une manière absolument imparfaite.
des cellules mortes ou en train de mourir, comme
ne sont donc pas on l’a dit.
Dans les leucocytoses aiguës des maladies fébriles, leucocytoses
Fig. 115. Fig. 116.
Fig. 115. — Sang de l’homme. Myélocytémie. Sang frais examiné à la température de 38-39 degrés. Mouvements amiboïdes d’un leucocyte à granulations réfringentes (leucocyte éosinophile). De dix heures quarante à dix heures quarante-six. — Grossissement de 350 diamètres.
Fig. 116. — Sang de l’homme. Lèpre. Sang frais examiné à la température de 38 degrés. Mouvements amiboïdes d’un leucocyte à granulations réfringentes (leucocyte éosinophile). De onze' heures trente-cinq! onze heures trente-huit. — Grossissement de 350 diamètres.
où les cellules à noyau polymorphe forment la presque totalité des globules blancs, on observe des mouvements amiboïdes très actifs du plus grand nombre de ces éléments, et ce fait, joint à quelques autres, conduit à penser que ce sont les leucocytes à noyau polymorphe qui sont les plus actifs.
Enfin, dans les éosinophilies, tout au moins dans celle de la lèpre, que nous avons examinée à ce point de vue, la plupart des cellules éosinophiles présentent des mouvements très actifs.
Les différences très appréciables qui existent entre les mouvements des globules blancs dans la lymphocytémie, dans la myélocytémie, dans les leucocytoses, n’expriment pas, à proprement parler, des modifications pathologiques; elles sont seulement, le résultat des propriétés physiologiques différentes que possèdent à ce point de vue les différents types de leucocytes.
Fig. 117. — Sang de l’homme. Myélocytémie. Sang frais examiné à la température de 38-39 degrés. Mouvements d’un myélocyte.
De onze heures à onze heures cinq. — Grossissement de 350 diamètres.
PHAGOCYTOSE
Modifications portant sur des substances spéciales transportées anormalement par les globules blancs.
On peut trouver dans le sang des globules blancs portant des granulations paraissant de nature graisseuse. On a trouvé ces cellules plus nombreuses dans certains états pathologiques et, en particulier, dans la leucémie.
L’iode colore en brun acajou dans l’intérieur de certains globules blancs du sang une substance qui s’y trouve à l’état de masses sphériques relativement volumineuses, ou de grains plus fins, et correspondant à la matière glycogène (Ranvier). Le glycogène apparaît souvent accolé au leucocyte, sous forme d’une petite masse semi-lunaire; il semble, dans ces cas, comme exsudé du protoplasma de la cellule (1).
On sait aujourd’hui que ces leucocytes porteurs de glycogène augmentent de nombre dans le sang au cours de certaines maladies. On les avait d’abord recherchés et trouvés, particulièrement, dans le sang des diabétiques. Mais les constatations qui ont été faites à cet égard sont très contradictoires. Là où ils existent surtout, c’est dans la leucocytose polynucléaire des maladies infectieuses et, particulièrement, au cours des suppurations. Leur recherche, au même titre que la leucocytose polynucléaire, peut donc avoir un certain intérêt pour le diagnostic des collections suppurées.
Dans l’infection paludéenne, on peut observer la présence de particules pigmentaires (mélanémie) dans les globules blancs du sang (Frerichs); elles sont arrondies ou anguleuses, d’un noir intense, extrêmement petites ou pouvant atteindre jusqu’à 8 ou 9 p. de diamètre. Le pigment pathologique se comporte là comme le ferait une matière granuleuse inerte contenue dans le sang, le vermillon par exemple. Lorsqu’on injecte dans le sang d’un animal du vermillon en poudre fine, suspendu dans l’eau, les granulations sont prises par les globules blancs et transportées par eux dans les divers organes; ils traversent la paroi vasculaire et vont se fixer dans les éléments qui sont le siège de la pigmentation pathologique. En général, les cellules
(l) Pour mettre en évidence le glycogène dans les leucocytes du sang, on peut étaler la goutte de sang sur une lame, et sans desséeher, l’exposer aux vapeurs d’iode en renversant la préparation sur le col large d’un petit flacon contenant des cristaux d’iode; on l’y laisse jusqu’à ce que la couche de sang ait pris une teinte jaune foncé; on monte ensuite la préparation dans la gomme iodée ou dans une solution concentrée de lévulose (Ehrlich).
On a décrit une dégénérescence amyloïde des globules blancs; il est possible qu’il s’agisse là simplement de la présence du glycogène dans les leucocytes.
540 histologie pathologique du sang
lymphatiques pigmentées sont plus volumineuses que les autres ; elles peuvent s’accumuler alors dans certains vaisseaux et y gêner la circulation. Il ne s’agit pas là d’embolies véritables, mais d’un phénomène analogue à celui de la stase des globules blancs dans la leucémie (Cornil et Ranvier).
Les globules blancs du sang sont capables, non seulement d’absorber et de transporter des particules inertes comme le pigment, mais encore des microbes vivants; c’est ce dernier phénomène qu’a découvert Metchnikoff, et auquel il a donné le nom de phagocytose. L’absorption de microorganisnïes vivants par les leucocytes, dans le sang même, a été bien mis en lumière par Metchnikoff dans ses observations sur le spirille d’Obermeier et sur le spirille de la spirillose des oies (1).
On a décrit, dans certains cas d’anémie intense, une « surcharge des globules blancs en hémoglobine »(Hayem).Onsaitque lorsque du sang se trouve mélangé avec un liquide qui conserve mal les globules rouges, une partie de l’hémoglobine dissoute dans le liquide peut colorer le protoplasma et même le noyau des globules blancs. Dans les anémies, où les globules rouges, semblent plus altérables, il est possible qu’il se passe un phénomène du même genre. On peut aussi donner une autre interprétation. L’hydratation des finés granulations (neutrophiles) des polynucléaires, donne à la granulation une affinité très nette pour l’éosine; dans ces cas, le protoplasma de ces leucocytes sera coloré par l’éosine et pourra paraître chargé d’hémoglobine (2).
(1) A propos de l’interprétation de la phagocytose, Baumgarlen a fait remarquer que l’existence, dans les leucocytes, de bactéries mortes, ne démontre pas nécessairement que celles-ci aient été la proie des leucocytes. H pourrait tout aussi bien s’agir, d’après lui, d’une destruction des leucocytes par la bactérie, phénomène analogue à la destruction des globules rouges parle parasite de la malaria. Cette remarque de Baumgarten ne saurait être généralisée, car Metchnikoff a donné des faits à l’appui d’une véritable digestion intracellulaire de la bactérie absorbée.
Les leucocytes peuvent également absorber des particules insolubles de substances toxiques introduits dans l’organisme comme médicaments par voie hypodermique par exemple, ou dans des intoxications expérimentales chez les animaux (Arnozan et Montel, Besredka). On s’est demandé s’ils pouvaient aussi absorber d’une façon élective des substances toxiques solubles, et il existe en effet des expériences positives à l’appui de cette hypothèse (Robert, Metchnikoff, Stassano. Besredka, Arnozan et Montel). Cette question a un grand inlérêt au point de vue de l’absorption des toxines et des théories de l’immunité, mais elle est encore en discussion.
(2) On a parlé aussi d’une véritable production active d’hémoglobine par les leucocytes. Il ne faut pas confondre cette hypothèse, nullement démontrée, avec le fait suivant,.plus positif, mais absolument différent : c’est qu’il existe dans les organes hémopoïétiques, des cellules incolores dont le protoplasma semble se charger graduellement d hémoglobine pour se transformer en hématie nucléée (protohémoblastes de Malassez,’ erythroblastes de Lowit, van der Stricht).