CELLULES NERVEUSES. — LÉSIONS PRIMITIVES CHEZ L’HOMME
qui n’ont rencontré aucune altération au niveau des cellules nerveuses, tous les autres expérimentateurs sont d’accord sur la constance des lésions. Ces lésions portent sur les deux substances du protoplasma, plus rarement sur le noyau : chromatolyse par réduction de volume ou par fonte granuleuse des corps chromatiques, souvent périphérique; gonflement de la substance achromatique avec écartement des corps chromatiques et formation de fissures et de vacuoles (Nageotte et Ettlinger); coloration diffuse de la substance achromatique, aspect homogène avec surcoloration de l’élément et de son prolongement eylindraxile (Marinesco). Goldscheider et Flatau insistent sur l’hypertrophie du nucléole. La lésion peut aboutir à la destruction de la cellule, et Nageotte et Ettlinger signalent, dans le cas d’intoxication lente, des cellules très atrophiées. — En résumé, les lésions produites par le bacille tétanique ou sa toxine n’ont rien de spécifique, car elles se présentent sous des aspects qui se retrouvent dans un grand nombre d’intoxications ou d’infections. D’après Nageotte et Ettlinger, eUes seraient généralisées, sans tenir sous leur dépendance les symptômes spéciaux du tétanos, en particulier les contractures.
Rage (Nagv, Babès, Sabrazès et Cabannes, Marinesco,
Nelis). — Lésions en général très profondes : chromatolyse qui peut devenir complète; surcoloration de la substance achromatique. Dans tous ces cas, le noyau était peu altéré.
Des lésions analogues ont été rencontrées dans d’autres infections expérimentales : dans la peste (Babès, Lugarô); dans la lèpre (Babès); dans la diphtérie (Pernici et Scagliori, Murawjeff).
Lésions primitives en pathologie humaine.
Si les conditions de l’observation sont relativement simples dans les faits expérimentaux, il en est tout autrement en pathologie humaine. Là, les symptômes sont presque toujours complexes, et les causes, souvent multiples ou difficiles à déterminer, si bien que le départ entre lésions primitives et lésions secondaires ne peut se faire le plus habituellement que d’une façon très approximative.
Intoxications exogènes. - — Alcool. — Andriezen signale, dans le délire alcoolique, des lésions des cellules de l’écorce : chromatolyse légère ; chromophilie peu accusée de la substance achromatique; épaississement du réseau intra-nucléaire. Dans deux cas de delirium tremens, terminés par la mort, Ewing a constaté les lésions suivantes : chromatolyse très prononcée dans toutes les cellules appartenant au type stichochrome, débutant par le pourtour du noyau et ne laissant souvent subsister que quelques corps chromatiques à la périphérie; .cette chromatolyse peut être complète au
Fig. 194. — Cellule de la corne antérieure après injection de toxine tétanique . (d’après Goldscheider et Flatau).
point de laisser la cellule totalement décolorée, déformée, avec noyau excentrique.
Des lésions tr.ès analogues ont ete mentionnées au niveau des cellules de la moelle et de l’écorce cérébrale, dans les cas de polynévrite alcoolique, souvent accompagnés de troubles psychiques. C’est encore une chromatolyse avec déformation globuleuse et migration du noyau; seule, la forme de la chromatolyse est variable, son début étant tantôt central, tantôt périphérique. Assurément il est rationnel, dans des cas semblables, de rattacher pour une part les lésions cellulaires à celles qui évoluent dans les nerfs périphériques, mais, dans l’état actuel de nos connaissances, il est impossible de dire si la lésion toute entière doit être considérée comme secondaire dans les cellules atteintes de chromatolyse avec déformation globuleuse et migration du noyau (Cl. Philippe et de Gothard).
Arsenic. — Dans l’arsenicisme chronique, Erlicki et Rybalkin ont constaté des lésions dans les cellules de la corne antérieure : cellules diminuées de nombre; cellules arrondies, fortement pigmentées et privées de prolongements. 11 s’agit là de lésions graves, car elles ont été vues sans l’emploi de la méthode de Nissl; mais elles n’ont pas été retrouvées dans deux cas de G. Brouardel, examinés également par les méthodes anciennes.
Morphine. — Chez trois morphinomanes, Ewingn’a trouvé que des lésions mal caractérisées.
Auto-intoxications. — a. Lésions du foie et des reins. — 11 faut faire rentrer dans ce groupe les divers troubles cérébraux, observés au cours de l’insuffisance du foie ou des reins. Mais il convient de faire remarquer que les causes de l’insuffisance hépatique ou rénale sont très diverses, souvent de nature infectieuse ou toxique, au point qu’il est bien difficile, à l’heure actuelle, dé décider si les troubles nerveux dépendent de l’insuffisance viscérale plutôt que de l’intoxication ou de l’infection initiales. Quoi qu’il en soit, des lésions ont été décrites, dans ces cas, par Klippel, Ballet et Maurice Faure, au niveau des cellules de l’écorce cérébrale (chromatolyse avec état poussiéreux ou laqué; déformation avec tendance à la forme globuleuse; déplacement du noyau). Il semble bien que les lésions soient généralisées, portant sur les cellules de Betz comme sur les grandes et les petites pyramidales.
Urémie. — Ewing a pratiqué l’examen du système nerveux dans six cas d’urémie. Il a rencontré des lésions de chromatolyse, mais irrégulièrement distribuées. Deux points sont à noter parmi les résultats de ses recherches. D’abord, dans deux cas avec forte élévation de la température, les lésions étaient plus prononcées que dans les cas avec hypothermie, et comparables à celles qui s’observent dans le coup de chaleur. En second lieu, les lésions prédominaient sur les cellules bulbaires, en particulier sur celles du noyau de la dixième paire, dans les cas où la dyspnée avait été le symptôme dominant.
Coup de chaleur. — Le coup de chaleur peut être mentionné à cette place, puisque, d’après une opinion généralement admise, à l’élévation de température s ajoute une véritable intoxication, due à la production de poisons organiques. Ira van Gieson, Ewing décrivent des lésions de chromatolyse généralisée, avec colorabilité anormale du noyau.
Maladies générales infectieuses. — Fièvre typhoïde. — Des lésions ont été rencontrées dans cette affection par Marinesco, Babès, Ewing : lésions peu prononcées dans les deux cas de Marinesco, au contraire intenses et généralisées dans les deux cas d’Ewing.