ET DANS LE GOITRE EXOPHTALMIQUE
Les muscles présentent, dans le myxœdème, des altérations un peu spéciales qui ont été tout particulièrement étudiées d’abord par Erb, Arnold, Küpfer et, plus récemment, par Kopp chez le chien, par Langhans chez l’homme et le singe, après extirpation chirurgicale ou expérimentale du corps thyroïde.
Les muscles sont pâles, d’un jaune rougeâtre. Leurs lésions sont, au moins au début, non pas généralisées, mais disposées, comme dans les nerfs, en foyers irréguliers très nombreux dans certains muscles qui en sont comme farcis, rares dans d’autres.
Dès le quatrième jour après 'l’extirpation du corps thyroïde, des fibres musculaires se creusent de lacunes bien décrites par Erb. Ces lacunes, remplies d’une substance claire, homogène, siègent au centre de la fibre qui, sur une coupe transversale, prend la forme d’un anneau strié d’un diamètre normal ou légèrement atrophié, limitant une vacuole translucide. Sur les coupes longitudinales, une mince zone striée sépare le sarcolemme de la cavité lacunaire souvent interrompue par des septa irréguliers. Bientôt les noyaux se multiplient et se placent soit à la périphérie, soit au centre des fibres musculaires.
Ces dernières, au septième jour, sont, pour la plupart, détruites et remplacées par des cellules entassées, rondes, ovalaires ou fusiformes, à noyau pâle chargé d’un nucléole et à protoplasma présentant les mêmes réactions colorantes que la substance musculaire. Entre ces cellules, des noyaux libres sont irrégulièrement disséminés. Le sarcolemme avant disparu, ou tout au moins étant devenu méconnais^ sable, ces éléments paraissent siéger au milieu du tissu conjonctif et ressemblent jusqu’à un certain point à un îlot de sarcome à grosses cellules fusiformes. Les fibres musculaires qui persistent ont, en général, perdu leur striation.
Ces foyers ne sont pas entièrement limités, mais se confondent insensiblement avec les portions saines voisines.
Dans quelques muscles, enfin, les corpuscules neuro-musculaires présentent une altération spéciale. Leur gaine conjonctive, au lieu de les enserrer étroitement, paraît s’être relâchée, élargie. Les nerfs et les fibres musculaires du corpuscule semblent normaux, mais, rassemblés au centre ou à la périphérie du corpuscule distendu, ils n’oe-
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cupent plus que le dixième ou le vingtième de son étendue. Le reste du corpuscule est rempli par des corps arrondis, homogènes, concentriques, très réfringents, prenant fortement les colorations et analogues à ceux que l’on décrit dans les nerfs. Langhans a également rencontré quelques cellules vacuolaires.
Nous n’insisterons pas davantage sur ces lésions, du reste encore mal connues. Ce n’est ni une dégénérescence cireuse comme dans les maladies aiguës, ni une dégénérescence granulo-graisseuse comme chez les cachectiques, mais une dégénérescence vacuolaire des fibres musculaires ayant un certain rapport avec la bouffissure générale, l’espèce d’œdème chronique que présentent ces malades. Ces lésions ne sont pas diffuses, mais en foyers. Ici, comme dans les cas précédents, une fois la substance striée altérée, il y a individualisation cellulaire du protoplasma musculaire qui s’efforce de réparer la perte de substance.
Dans le goitre exophtalmique, Askanazy a constaté une prolifération des noyaux musculaires, tandis que les fibres perdent leur striation, deviennent finement granuleuses ou homogènes, et se parsèment de gouttelettes graisseuses ou de vacuoles. Cet auteur regarde ces altérations comme des lésions d’ordre toxique en rapport avec un fonctionnement défectueux de la glande thyroïde.
Altérations des muscles dans le scorrut.
Il est rare de pouvoir observer ces altérations dans nos climats. Hayem, ayant eu, en 1871, l’occasion de faire l’autopsie de plusieurs scorbutiques, en a donné une minutieuse étude histologique, à laquelle nous emprunterons ce qui concerne plus particulièrement le tissu musculaire.
Les muscles sont mous, pâles, décolorés, friables, œdématiés surtout aux membres inférieurs, plutôt émaciés au tronc et aux membres supérieurs. Leurs faisceaux sont séparés par des lignes jaunâtres de graisse et leurs fibres écartées par des noyaux apoplectiques et des infiltrations sanguines diffuses siégeant sous l’aponévrose et pénétrant dans la profondeur.
Dissociées par des globules rouges, par des grains de pigment arrondis accumulés le long des vaisseaux et par du tissu adipeux plus abondant que normalement, presque toutes les fibres musculaires