‹ Manuel d'histologie pathologique (volume 4)Chapitre 107 sur 148 · TÆNIA INERME · texte numérisé non relu

TÆNIA INERME

Le cysticerque est fréquent dans la viande du porc; sa présence constitue la ladrerie. Les cysticerques se rencontrent surtout dans le tissu cellulaire sous-cutané, dans les muscles intercostaux du cou et des épaules, et autour du frein de la langue, où l’on peut, soit les voir sous forme de petites saillies transparentes, soit les reconnaître avec le doigt.

Le cysticerque celluleux s’observe très rarement chez l’homme; on le voit dans les muscles, dans la pie-mère, le cerveau, au-dessous de la conjonctive, dans les chambres du globe oculaire, la plèvre, le péritoine. Les cysticerques peuvent être très nombreux, on en a trouvé plus de mille chez le même individu.

L’ingestion de viande crue ou peu cuite de porc atteint de ladrerie introduit le cysticerque dans l’intestin : là, il se fixe et devient en quelques mois le ver adulte: le tænia solium.

On peut encore observer chez l’homme le tænia canin a dont la tête porte trois couronnes de crochets, et le tænia nana, qui n’a que quelques centimètres de longueur.

Tænia inerme ou tænia saginata. — Le tænia inerme, qui vit comme le précédent dans l’intestin grêle de l’homme, .est un ver rubané, blanc, long de plusieurs mètres (6 à 8). Le corps est composé d’anneaux qui présentent la même disposition que chez le tænia solium ; ces anneaux, toujours plus longs que larges, peuvent avoir 1 à 2 centimètres de longueur; ils portent un pore génital latéral.

La tête du tænia saginata est aplatie, presque carrée, large de 2 millimètres et demi environ; elle est munie de quatre ventouses, mais ne porte pas de crochets.

Les œufs du tænia inerme comme ceux du tænia solium sont mis en liberté avec les cucurbitins. Ils sont ovales et entourés d’une coque épaisse. Le stade suivant du développement du parasite ne peut se faire que. chez le bœuf, de même que dans le cas précédent il ne s’accomplissait que chez le porc. L’enveloppe de l’œuf dissoute dans l’intestin du bœuf, l’embryon est mis en liberté, et de là pénètre dans les muscles de l’animal où il devient cysticerque et s’enkyste*

La phase adulte du développement ne peut s’accomplir que chez l’homme; l’ingestion de viande crue de bœuf ou de viande insuffisamment chauffée (il faut une température minima de 47 à 48 degrés) détermine la pénétration du cysticerque dans l’intestin de l’homme, où il achève son développement et devient le tænia.

Le diagnostic du tænia inerme et du tænia solium est facile ; les

anneaux du tænia inerme émis dans les selles sont en général au nombre de cinq à six; les anneaux sont plus épais, plus larges; leur utérus est formé d’un grand nombre de branches légèrement ramifiées, les pores génitaux sont irrégulièrement alternes; enfin ils se détachent souvent dans l’intervalle des selles, tandis que ceux du tænia armé sont expulsés seulement au moment des garde-robes.

Bothriocephalus latus. — Le bothriocéphale est, comme le précédent, un parasite de l’intestin de l’homme; on le trouve surtout sur les bords de la Baltique, en Russie, en Finlande, en Suisse sur les bords du lac de Genève, où il est particulièrement fréquent.

Le bothriocéphale est un ver rubané, plus long encore que les précédents : il mesure de 6 à 12 mètres; le corps est constitué par quatre mille anneaux environ. Ces anneaux sont plus larges que hauts; ils présentent un pore génital médian qui a la forme d’un point pigmenté.

Les anneaux sont toujours expulsés en assez grande quantité.

La tête est aplatie; elle n’a ni ventouses, ni crochets; elle présente deux fossettes latérales.

L’œuf du bothriocéphale est brunâtre, elliptique, muni d’un orifice en forme de clapet; il est beaucoup plus gros que celui des tænias. .

Le développement du parasite, d’après Braun, se ferait chez les poissons, en particulier chez le brochet. L’ingestion de la chair du brochet introduirait le parasite dans l’intestin, où il achèverait son évolution.

Tænia echinococcus. — Le tænia échinocoque n’est qu’exceptionnellement un parasite de l’intestin de l’homme; il est extrêmement fréquent dans l’intestin du chien.

Le tænia échinocoque est un ver rubané, très petit; sa longueur ne dépasse pas 2 à 5 millimètres. Il ne présente qu’un petit nombre d’anneaux, trois ou quatre; le dernier seul porte des œufs et est capable de se détacher. Cet anneau porte un utérus ramifié.

La tête a environ un quart de millimètre de largeur; elle est pourvue de quatre ventouses et d’un rostre saillant sur lequel s’insèrent deux rangées de crochets (en tout 28 à 50 crochets).

Les œufs de tænia mis en liberté ne peuvent parvenir à maturité que s ils pénètrent dans le tube digestif d’un mammifère, dans celui de l’homme en particulier. La contagion, chez ce dernier, peut se faire

TÆNIA ECHINOCOCCUS

par contact direct avec le chien ou bien par suite de l’introduction dans le tube digestif d’aliments souillés par les œufs mis en liberté.

La coque des œufs de tænia soumis à l’action du suc gastrique se dissout et l’embryon hexacanthe que contenait l’œuf est mis en liberté et pénètre dans l’intestin. De là, l’embryon, soit par l’intermédiaire de la veine porte, soit directement par cheminement à travers les tissus, comme l’a confirmé Létienne, gagne le foie, où il s’arrête le plus souvent.

L’embryon peut suivre, d’ailleurs, une autre voie, pénétrer dans les chylifères, et de là dans le canal thoracique et la veine cave supérieure, et se localiser dans le péritoine, la plèvre, le poumon, le cerveau, etc.

Arrêté dans le foie ou dans un autre organe, l’embryon hexacanthe augmente de volume et devient le point de départ de kystes qui, arrivés à leur plein développement, sont constitués par une membrane adventice fibreuse, tenant à la réaction de l’organe affecté, et par une grande cavité kystique, formée par le développement du parasite. Cette cavité peut contenir, dans son intérieur, un plus ou moins grand nombre de vésicules contenues les unes dans les autres.

Ces vésicules, transparentes, tremblotantes, donnant, dans la main, la sensation particulière connue sous le nom de frémissement hydatique, sont sphériques et de grosseur très variable, depuis le volume d’une noisette jusqu’à celui d’une orange; ces vésicules contiennent un liquide transparent.

Chaque vésicule est, en réalité, formée de deux parois : l’une interne, membrane germinale , couche proligère, l’autre externe, en rapport avec la membrane fibreuse périkystique. Cette dernière est gélatiniforme, transparente, formée par de minces feuillets superposés qu’on peut séparer les uns des autres par la dissection, et qui se retournent sur eux-mêmes à la manière des membranes élastiques. A l’examen microscopique, ces feuillets paraissent constitués par des lamelles encore plus fines, amorphes, séparées les unes des autres par des lignes parallèles d’une admirable netteté.

La membrane germinale porte, à sa surface libre, une série d’élevures blanchâtres de la grosseur d’une tête d’épingle, vésicules proligères. Ces vésicules sont rattachées à la membrane germinative par un pédicule effilé : elles peuvent se rompre et tomber au fond du kyste.

La vésicule proligère est formée par une vésicule caudale adhérente à la membrane germinale, au milieu de laquelle on retrouve le corps

et la tête de l’animal invaginés comme cela a lieu chez les cysticerques.

La tête du tænia présente un proboscide, une double rangée de crochets et quatre ventouses.

Les vésicules hydatiques ne contiennent pas toujours des échinocoques, la membrane germinale faisant défaut ou bien les échinocoques ayant cessé de vivre. On retrouve dans ce dernier cas des crochets libres dans le liquide hydatique. Cette variété de kystes hydatiques stériles a été désignée sous le nom de kystes acéphalocystes. Dans certains de ces kystes, les vésicules présentent une paroi très épaisse, formée par un nombre considérable de lamelles superposées, et leur cavité centrale est très exiguë.

On observe souvent, dans l’intérieur du kyste hydatique, des vésicules qui sont entourées d’une membrane comparable à celle du kyste lui-même. Ce sont les vésicules filles. Ces vésicules peuvent ellesmêmes renfermer une membrane germinale et donner naissance à de nouvelles vésicules petites-filles.

Le liquide contenu dans l’intérieur des kystes est limpide comme de l’eau de roche, il est neutre ou faiblement alcalin; sa densité est de 1007 à 1016.

Le liquide est riche en chlorure de sodium, de 4 à 8 grammes par litre; il contient aussi du phosphate et du sulfate de soude, de l’acide succinique et des succinates de chaux et de soude, de l’acide urique, de laxanthine, leucine, tyrosine, cholestérine, du glucose, de l’inosite, de l’oxalate de chaux en proportions infinitésimales.

Lè liquide ne se coagule ni par la chaleur, ui par les acides, il ne contient pas d’albumine ; celle-ci n’apparaît que si les hvdatides sont mortes.

Le liquide contiendrait encore des produits toxiques ayant les caractères des ptomaïnes (Mourson et Schlagdenhaufen, Boinet et Chazoulières), une toxalbumine (Yiron).

Il existe encore une autre variété de kystes hydatiques, décrite par Friedreich, Virchow, appelée tumeur hydatique multiloculaire, caractérisée par la présence d’un très grand nombre de très petits kystes miliaires, disposés dans un stroma fibreux. Ces tumeurs sont extrêmement rares en France. M. Cornil n’en a pu étudier qu’un seul cas sur des pièces qui lui avaient été apportées par M, Carrière (1868).

FiG. 307. — Echinocoque invaginé détaché de l’hÿdatide mère.

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