OSTÉOMYÉLITES DES MALADIES INFECTIEUSES
typhoïde notamment, lamoelle osseuse est souvent envahie par les agents pathogènes, et, sans qu’il y ait une véritable ostéite, on a maintes fois constaté chez les typhiques l’existence d’une congestion manifeste de la moelle des os, surtout appréciable au niveau des régions juxta-épiphysaires (Chantemesse, Ponflck, Neumann, Ollier, Gangolphe). Dans un cas de leucocytémie, Corail a étudié l’état de la moelle des os et y a constaté la présence d’un nombre considérable de cellules géantes. Dans ce fait, le sang du cœur et celui des capillaires hépatiques contenait les mêmes myéloplaxes.
Fig. 317. — Moelle osseuse normale. — Coupe d’ensemble examinée à un faible grossissement et montrant l’artère centrale entourée par le grand sinus plein de sang, le tissu aréolaire et, à droite, la zone corticale (Roger et Josué).
Roger et Josué (1) ont insisté sur les modifications de la moelle osseuse que créent les infections staphylococciques en particulier; dans les recherches expérimentales qu’ils ont instituées à ce propos chez le lapin, ils ont pu constater que, sous l’influence d’une suppuration, même circonscrite, provoquée par une injection sous-cutanée d’une culture de staphylocoque doré d’une virulence moyenne, tous les éléments cellulaires de la moelle des os augmentent de nombre et de volume, tandis que la graisse disparaît, l’élément inerte, qui à l’état
(1) Roger et Josué, Presse médicale , 1897, p. 113.
MALADIES DES SYSTÈMES ET DES TISSUS
normal constitue la plus grande partie du tissu, cédant la place aux éléments actifs. Roger et Josué, après s’être assurés que la moelle des os, ainsi modifiée, ne renfermait pas de staphylocoques, ont pu d’autre part démontrer que l’introduction des produits solubles du staphylocoque doré dans l’organisme suffisait à déterminer dans la moelle osseuse des modifications analogues à celles qu’on observe après l’inoculation de microbes vivants. Ces résultats expérimentaux ont un grand intérêt; car, ainsi que l’ont fait remarquer Roger et Josué,
Fie. 318. — Moelle osseuse trois jours après une inoculation sous-cutanée de staphylocoque. — Coupe d’ensemble, au même grossissement que la figure précédente, montrant îa prolifération des éléments cellulaires et l’augmentation des cellules géantes (Roger et Josué).
ils peuvent servir à expliquer certains phénomènes qu’on observe fréquemment au cours ou à la suite des infections, notamment les douleurs osseuses dont se plaignent parfois les malades, ou la croissance si active qu’on constate souvent pendant la convalescence des maladies infectieuses.
Fièvre typhoïde. — Déjà signalées en 1728 par Boerhave, et plus tard par Maisonneuve (1839) et Chassaignac (1854), les ostéopériostites aiguës et chroniques, consécutives à la fièvre typhoïde, donnent naissance soit à de simples hyperostoses, soit à la suppuration et à la nécrose; sans être très rares, elles ne sont cependant pas extrêmement fréquentes, d’après Fürbringer, qui, sur seize cents cas de fièvre typhoïde, n’aurait relevé que quatre fois cette complication.
Ces accidents post-typhiques peuvent d’ailleurs se produire à une
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époque assez éloignée de la manifestation primitive. L.-W. Orloff,. Gornil (1) ont cité des cas d’ostéopériostite dans lesquels le bacille typhique a pu être mis en évidence par les cultures, huit mois après le début de la fièvre typhoïde. Chantemesse (2) a rapporté un fait d’ostéopériostite d’origine typhique ayant duré trois ans, et Mauclaire cite un cas d’abcès enkysté observé par Picqué, avec le professeur Richet, quinze ans après une fièvre typhoïde. Sur quarantesept cas réunis par Keen (3), la localisation osseuse de l’infection typhique s’est manifestée dix fois dans les deux premiers septénaires,, vingt-sept fois de trois à six semaines, et dix fois plusieurs mois après le début de la fièvre typhoïde.
Fia. 319. — Deux foyers ostéopéciostiques A et B, d’origine typhique (Corail),
Le bacille d’Eberth a été maintes fois retrouvé dans les collections suppurées, mais il s’en faut que les lésions osseuses post-typhiques soient toujours dues au bacille spécifique. Dans beaucoup de cas, en effet, on retrouve, non pas le bacille d’Eberth, mais le staphylocoque ou le coli-bacille, et, dans d’autres faits, on a constaté bactériologiquement l’existence d’une infection mixte, constituée par l’association du bacille d’Eberth soit avec le staphylocoque, soit avec le streptocoque ou le coli-bacille (Klemm).
Dans le cas cité plus haut, où Cornil a pu pratiquer un examen histologique des lésions ostéopériostiques de la fièvre typhoïde, il existait deux foyers sur le tibia gauche et un foyer au tibia droit. L’opération a montré que la constitution de ces trois foyers était identique. Sous le périoste épaissi et renfermant lui-même un foyer inflammatoire, le tissu osseux formait une véritable hyperostose, et au-dessous des couches osseuses superficielles, dans le tissu compact de la
(1) Cornil et Péan, Journal des connaissances médicales, 1891, p. 162.
(2) Chantemesse, Soc. méd. des hôpit., 1890.
(3) W. Keen, Smithsonian Miscellaneous, 1878.
diaphyse, il existait une petite cavité limitée par une paroi dure et éburnée, et remplie d’un tissu rosé très vascularisé, semi-transparent comme des fongosités de tumeur blanche, avec une petite quantité de pus. La cavité intra-osseuse ne présentait pas de communication macroscopique avec la cavité médullaire, et communiquait au contraire avec le foyer périostique par une perte de substance de la surface de l’os, comme un abcès en bouton de chemise.
L’examen histologique montrait le périoste infiltré de petites cellules rondes, et, dans les foyers périostiques, des bourgeons vascularisés, formés d’un tissu conjonctif lâche, très riche en petites cellules; les bourgeons d’origine médullaire contenus dans les cavités intraosseuses' présentaient la même structure.
Helferich (1) etBergmann ont signalé la fréquence relative des localisations post-typhiques au niveau de la partie cartilagineuse des côtes thoraciques, soit à l’union du cartilage et de l’os, soit dans le cartilage lui-même, et Helferich, qui a constaté cette localisation chez des sujets ayant dépassé trente ans, a incriminé à ce propos les altérations régressives des cartilages costaux, comme constituant une cause prédisposante au développement de la lésion infectieuse secondaire.
Variole. — Les observations de lésions osseuses consécutives à la variole paraissent être assez rares ; cependant Neve(2) en a recueilli un certain nombre dans le Kashmir, o ù la variole est épidémique et contribue à la mortalité infantile dans une proportion de 75 pour 100. D’autres observations ont été également rapportées par Barié, Colzi, Poncet, Litten, Orth, etc.
Les renseignements bactériologiques font défaut ; mais l’on doit penser que dans la variole les complications osseuses proviennent vraisemblablement d’infections microbiennes surajoutées, puisqu’on a démontré l’existence de staphylocoques et de streptocoques dans les pustules varioliques et dans les viscères des varioleux.
Tandis que l’ostéomyélite a été signalée plus spécialement au niveau des épiphyses, la périostite siège plutôt sur les diaphyses et on 1 observe surtout au tibia, dont la face interne est assez rapprochée de la peau pour que la propagation des infections cutanées puisse facilement atteindre le périoste.
(1) Helferich, Verhand. d. deutsch. GeselLsch. Naturf'., Brème, 1890
(2) Neve, Lancet, 1887.