LÉSIONS DU TISSU CARTILAGINEUX
LE Dr Maurice CAZIN
Le tissa cartilagineux qui, chez l’adulte, ne renferme pas de vaisseaux, se trouve ainsi soustrait aux infections primitives; mais il n’en est pas moins exposé aux lésions infectieuses secondaires, principalement dans les arthrites aiguës ou chroniques, avec lesquelles nous étudierons les lésions des cartilages articulaires. D’autre part, des lésions irritatives d’origine traumatique peuvent se développer primitivement dans le tissu cartilagineux, dans les fractures des cartilages costaux, par exemple. Enfin on peut observer également des lésions de nutrition, frappant directement les cellules ou la substance fondamentale du cartilage.
Dans les fractures des cartilages, il faut distinguer les fractures des cartilages revêtus d’un périchondre et celles des cartilages articulaires, qui sont d’ailleurs exceptionnelles, en tant que fractures limitées au cartilage, et se trouvent réalisées, le plus souvent, par la rupture des surfaces osseuses que celui-ci recouvre.
Parmi les cartilages revêtus de périchondre, ceux qui ne s’ossifient jamais, comme les cartilages de l’oreille externe et du nez, ne se fracturent pas, en raison de leur souplesse. Ils ne peuvent donc devenir le siège d’une solution de continuité que par une section produite à l’aide d’un instrument tranchant. Or, à la suite d’une section, la réparation se fait aux dépens du périchondre, qui prolifère et donne naissance à du tissu cicatriciel; le cartilage lui-même, d’apres Ollier, ne prend aucune part à la réparation.
CORNU. ET RANVIER. —
MALADIES DES SYSTÈMES ET DES TISSUS
Il n’en est pas de même pour les cartilages qui, comme les cartilages costaux, ont une tendance à s’ossifier chez les individus âgés ; ils sont susceptibles de se fracturer, et, à la suite de ces fractures, le tissu cartilagineux prend part à la consolidation et produit souvent un cal osseux.
On a beaucoup discuté à ce sujet et l’on a même nié la participation du cartilage à la réparation.
Il est certain que le périchondre, qui enveloppe ces cartilages, joue un rôle important dans la cicatrisation, ainsi que le tissu conjonctif adjacent, en produisant une sorte de virole externe fibro-cartilagineuse, qui, le plus souvent, s’ossifie, et l’on a raison de dire que le périchondre est aussi utile dans la reproduction du cartilage que le périoste dans la reproduction de l’os (Peyraud, Tizzoni). Mais il n’est pas exact de considérer le périchondre comme ayant une part exclusive dans la réunion des deux bouts d’un cartilage fracturé et de nier l’existence d’une cicatrice reliant directement les surfaces cartilagineuses divisées.
Cornil et Ranvier, en effet, ont pu voir, dans les fractures des cartilages costaux, la substance fondamentale du tissu cartilagineux s’infiltrer de sels calcaires ; les capsules cartilagineuses, très agrandies, communiquer les unes avec les autres; les cellules, devenues libres dans l’intérieur de ces cavités, former delà moelle, et l’ossification s’effectuer suivant le mécanisme physiologique. Notamment, dans un cas présenté à la Société anatomique, le tissu osseux du cal était produit d’une façon bien nette aux dépens du tissu cartilagineux des fragments. D’autre part, Peyraud (1), dans ses expériences sur les animaux, a pu constater la réunion des extrémités cartilagineusespar un cal cartilagineux.
En résumé, la soudure directe, par continuité de tissu, des deux fragments d’un cartilage fracturé ne se produit pas constamment ; cela résulte suffisamment des faits négatifs qui ont fait conclure à l’impossibilité de la réalisation de ce processus. La dissemblance des faits constatés peut s’expliquer par des différences d’âge, entraînant des conditions dissemblables au point de vue de l’activité prolifératrice des cellules du cartilage.
En ce qui concerne les fractures isolées des cartilages articulaires, il est des cas dans lesquels des fragments de cartilage sont complètement séparés de la surface articulaire ; ceux-ci forment alors des corps
fl) Peyraud, Thèse (le Paris, 1869.