LÉSIONS TRAUMATIQUES DES ARTICULATIONS
laires, et d’infiltration œdémateuse de la capsule articulaire et des parties molles adjacentes.
Les capsules articulaires, qui présentent en général une épaisseur inégale, sont susceptibles de se rompre, dans l’entorse, au niveau de la zone d’amincissement qu’elles présentent parfois ; dans d’autres cas, on observe des désinsertions capsulaires plus ou moins étendues, accompagnées quelquefois d’un décollement partiel du périoste voisin. ^
De même, les tiraillements et les distensions réalisés dans les mouvements forcés des articulations sont capables de produire des déchirures ou des désinsertions des ligaments articulaires, ou encore, lorsque ceux-ci sont épais et résistants, l’arrachement de fragments osseux correspondant à leurs insertions. Cet arrachement osseux a pour effet d’ouvrir les aréoles du tissu spongieux sous-jacent, et c’est là, comme l’a montré notre maître P. Segond (1), l’origine la plus fréquente de l’hémarthrose, comme c’est aussi le point de départ des gouttelettes huileuses que l’on voit souvent à la surface du liquide extrait par ponction d’une hémarthrose.
Indépendamment des arrachements et des fractures péri- articulaires, réalisés par la traction des ligaments, les extrémités osseuses sont encore exposées, dans les entorses violentes, à l’écrasement par , pression réciproque des deux surfaces articulaires, et l’on peut même observer des fractures diaphysaires siégeant en un point éloigné de la jointure.
L’écrasement des deux surfaces articulaires, dans certains cas, intéresse seulement les cartilages diarthrodiaux; mais, dans d’autres cas, ainsi que l’ont démontré les expériences de Bonnet (2) sur les articulations radio-carpienne, tibio-tarsienne et fémoro-tibiale, on constate l’écrasement ou l’éclatement de l’extrémité osseuse qui a supporté l’effort.
De pareils désordres sont naturellement suivis de lésions réactionnelles du côté du périoste et du tissu osseux, reproduisant les phénomènes que nous avons étudiés au sujet des traumatismes des os. Quant aux lésions consécutives de l’articulation elle-même, elles rentrent dans l’étude des arthrites qui sera faite plus loin.
La réparation des déchirures capsulaires et ligamenteuses s’effectue par un processus de régénération, dans lequel la solution de conti-
(1) P. Segond, Progrès médical, 1879.
(2) Bonnet, Maladies des articulations, t. I.
MALADIES DES SYSTÈMES ET DES TISSUS
nuité est oblitérée tout d’abord par un tissu de prolifération, composé d’éléments de nouvelle formation, qui se transforme progressivement en tissu fibreux.
Luxations. — Les désordres qui résultent, dans les luxations, 'êtes déplacements complets ou incomplets des extrémités articulaires sont analogues à ceux qui viennent d’être énumérés au sujet des entorses violentes; mais ils sont considérablement plus étendus, surtout en ce qui concerne l’appareil ligamenteux, qui doit présenter des déchirures suffisantes pour livrer passage, dans la luxation complète, à l’extrémité articulaire déplacée.
Consécutivement à ces désordres, il se produit presque aussitôt dés épanchements sanguins d’abondance variable suivant le calibre des vaisseaux rompus, et, secondairement, du côté des différentes parties lésées, des lésions inflammatoires réactionnelles qui sont généralement peu intenses et de courte durée, lorsqu’une infection n’est pas venue compliquer le traumatisme, par l’intermédiaire de plaies tégumentaires en communication plus ou moins immédiate avec le foyer articulaire.
Lorsque la réduction de la luxation a été pratiquée peu de temps après l’accident, la réparation des lésions de l’appareil ligamenteux se fait comme pour les lésions consécutives aux entorses; mais, comme cette réparation porte sur une étendue plus considérable, l’exubérance du processus de néoformation, qui se manifeste dans toute restauration cicatricielle, peut contribuer pendant quelque temps à la gêne fonctionnelle de l’articulation; généralement, au bout de quelques mois, la capsule articulaire, déchirée dans une luxation, a repris entièrement son aspect normal.
Lorsque la luxation n’a pas été réduite, on constate, à la fois au niveau des surfaces articulaires et dans les parties molles avoisinantes, des modifications qui présentent un intérêt considérable pour le chirurgien, au point de vue de l’irréductibilité de la luxation.
L’étude de ces altérations a été l’objet de nombreuses publications, parmi lesquelles nous devons surtout rappeler l’important mémoire de Ch. Nélaton (1).
Les modifications qu’on observe du côté de l’appareil ligamenteux déchiré sont, au début, le résultat d’un travail de réparation tout
(1) Ch. Nélaton, Arcli. gén. de méd.. 1888.