LÉSIONS TRAUMATIQUES DES ARTICULATIONS
à fait analogue à celui qui, dans les luxations réduites, aboutit à la cicatrisation des solutions de continuité. En effet, lorsque la luxation n’a pas été réduite, les bords de la déchirure capsulaire qui a livré passage à la tête humérale ou à la tête fémorale luxée sont bientôt le siège d’un travail de prolifération qui augmente considérablement leur épaisseur, et il en résulte un rétrécissement de la boutonnière capsulaire et, par suite, « un véritable étranglement de la tète herniée » (Nélaton), qui existe dès le douzième ou le quinzième jour; à ce moment, les modifications sont limitées aux bords de la déchirure, elle reste de la capsule reste souple.
Mais, un peu plus tard, l’irréductibilité devient plus complète encore, dans les luxations dites invétérées, lorsque, à la rétraction fibreuse des lèvres de la boutonnière, s’ajoute une rétraction de la totalité de la capsule qui, « en se fronçant, en se fermant comme une bourse à coulisse, efface la cavité de réception au point de la rendre inaccessible à la tête sortie » (Nélaton). C’est donc la capsule qui joue, dans la résistance aux tentatives de réduction, le rôle prépondérant que l’on attribuait généralement, avant Ch. Nélaton, à l’existence de brides intra-articulaires.
A la hanche, la tête fémorale s’étant portée vers la fosse iliaque externe, toute la portion antéro-supérieure de la capsule suit, dans son déplacement, le grand trochanter, auquel elle s’insère, et, tendue comme un voile au-devant de la cavité eotyloïde, elle finit, tout en s’épaississant et en se transformant en un tissu inextensible, par être fixée dans cette situation au moyen d’adhérences qui se développent entre elle et les parties voisines.
Dans les débris de la capsule et dans les ligaments, on voit souvent apparaître des ossifications, qui se produisent surtout rapidement chez les jeunes sujets et qui affectent les arrangements les plus variables.
Delbet a particulièrement insisté sur le développement et la disposition des plaques osseuses qu’on observe fréquemment dans les luxations anciennes du coude ; la plaque d’ossification qui se développe dans le ligament antérieur envahit souvent les fibres profondes du brachial antérieur. D’après Delbet, le point de départ de ces productions doit être constitué par des lambeaux périostiques arrachés des points d’insertion ligamenteux et ayant contracté des adhérences avec le muscle adjacent.
Les muscles péri-articulaires sont d’ailleurs eux-mêmes, dans les luxations anciennes, le siège de modifications de nature essentielle-
ment scléreuse, qui constituent encore un nouvel obstacle à la réduction de ces luxations. En se rétractant et en se sclérosant, ils se raccourcissent d’une façon définitive et forment ainsi des cordages inextensibles qui s’opposent aux efforts de réduction.
Ajoutons que, quand il y a eu, au moment de la luxation, des arrachements osseux ou cartilagineux, les fragments ainsi détachés peuvent s’interposer . entre les deux surfaces articulaires; c’est ainsi que, à l’épaule, lorsque la grosse tubérosité de la tête humérale est arrachée, elle retombe en quelque sorte sur la cavité glénoïde et tend à l’oblitérer, créant une autre cause d’irréductibilité.
Enfin, du côté du cartilage cavitaire, on note aussi des altérations intéressantes. Les couches superficielles du cartilage se transforment, à la longue, en tissu fibreux, en même temps que la cavité, surtout à la hanche, se rétrécit par le renversement de ses bords en dedans, et est comblée par du tissu fibreux, provenant en grande partie des débris de la capsule, et fusionné avec le cartilage sous-jacent transformé lui-même plus ou moins complètement.
Lorsque l’extrémité articulaire luxée se trouve placée au milieu des parties molles et n’est pas en contact avec une surface osseuse, on. constate à son niveau des modifications analogues à celles que nous venons de décrire.
Quand, au contraire, cette extrémité luxée s’appuie sur une surface osseuse voisine, il se produit sur celle-ci une dépression plus ou moins marquée, et le périoste prolifère tout autour, donnant naissance à un véritable bourrelet qui agrandit la dépression et forme au contact de la tête déplacée une sorte de cavité dé réception, tapissée d’une couche fibreuse. D’autre part, une capsule néoformée d’épaisseurvariable, en continuité avec l’ancienne capsule, se forme autour de l’extrémité articulaire luxée, adhérant par sa face externe aux parties molles voisines, et présentant une surface interne lisse et recouverte de cellules aplaties, comme la séreuse normale; la cavité de cette nouvelle capsule articulaire, qui renferme de la synovie, est fréquemment cloisonnée par des brides fibreuses qui s’étendent entre les deux surfaces osseuses en contact ; enfin, du cartilage se forme souvent dans le tissu fibreux de la cavité de réception, de sorte que finalement la néarthrose ainsi conformée ne diffère pas beaucoup d’une articulation normale ; on peut même y distinguer, en dehors de la capsule reconstituée, des ligaments représentés par des bandes fibreuses qui s’étendent du pourtour de la nouvelle cavité à l’extrémité articulaire déplacée.
ARTHRITES AIGUES
Mais, pour qu’une semblable néarthrose puisse s’organiser, à la suite d’uno luxation ancienne, il est indispensable que l’os luxé soit suffisamment mobilise pendant toute la duree du processus réparateur.
Si, au contraire, 1 extrémité articulaire déplacée reste immobile, il se forme, au lieu d’une néarthrose, une ankylosé, à la suite du développement d’adhérences solides, fibreuses ou même osseuses, qui s’établissent entre les deux surfaces osseuses anormalement mises en contact.
§ 3. — Arthrites aiguës.
Parmi les arthrites aiguës, les unes s’observent à la suite d’un traumatisme, d’autres apparaissent au cours d’une infection générale, comme dans le rhumatisme polyarticulaire, la blennorragie, Z1
la pyémie, l’érysipèle, la scarlatine, la rougeole, la pneumonie, la fièvre typhoïde; enfin d’autres se développent à la suite de lésions de voisinage.
D’une façon générale, on peut dire que les lésions anatomiques de toutes les arthrites aiguës sont, à des degrés d’intensité variables, Comparables à cellule; m, corps granuleux résultant de la transformation
.. , , graisseuse des cellules; n, gouttes de graisse libre ; p,
Celles qU on étudie ex- globule analogue à ceux du pus; g, réticulum fibrineux
périmentalement chez gr““' "
les animaux.
Dans toute arthrite aiguë, non.suppurée, le contenu de l’articulation est constitué par un liquide visqueux*, filant, dont l’aspect et la quantité varient suivant le degré de l’inflammation et sa durée.
Ce liquide, qui est semblable à la synovie normale et se coagule, comme celle-ci, lorsqu’on y ajoute de l’acide acétique, renferme un nombre plus ou moins considérable d’éléments cellulaires, dont la
MALADIES DES SYSTÈMES ET DES TISSUS
plupart sont identiques aux globules de pus ordinaires, d’autres ayant des dimensions beaucoup plus grandes et renfermant un ou plusieurs noyaux vésiculeux. L’aspect plus ou moins trouble de la synovie dépend de l’abondance de ces éléments cellulaires et du degré de leurs altérations graisseuses.
Le plus souvent il existe dans le liquide épanché des flocons, tantôt transparents, tantôt plus ou moins opaques, dans lesquels on retrouve au microscope les mêmes éléments cellulaires, compris dans une masse commune, granuleuse ou fîbrillaire; de même que pour le liquide lui-même, l’apparence plus ou moins puriforme de ces flocons est en rapport direét avec le nombre des cellules qu’ils contiennent (Cornil et Ranvier).
Lésions de la synoviale. — Les lésions de la synoviale sont toujours très marquées, et un certain nombre d’auteurs admettent que, dans le cas d’inflammation légère, le processus peut se limiter à la synoviale; Cornil et Ranvier ont montré cependant que, comme nous allons le voir, même dans les fluxions rhumatismales légères, la synoviale n’est jamais lésée seule, et c’est pour cette raison qu’on doit rejeter l’expression de synovite pour désigner les inflammations des jointures.
La synoviale est le siège d’une hyperémie congestive ; ses capillaires sont dilatés et gorgés de sang. Les cellules qui tapissent la surface des franges synoviales sont proliférées, et certaines d’entre elles renferment jusqu’à dix ou douze noyaux.
Examinées par Corail et Ranvier dans des arthrites aiguës expérimentales, chez le chien, ces cellules apparaissaient comme des blocs homogènes et granuleux, dans lesquels on ne voyait pas de noyaux avant d’avoir ajouté à la préparation de l’eau ou de l’acide acétique faible.
Dans un travail récent, Cornil et Coudray (1) ont étudié l’action de l’iodoforme sur la synoviale du genou du chien. Vingt-quatre heures
(1) Cornil et Coudray, Action de l’iodoforme sur les tissus normaux ( Semaine medicale, 1900, p. 159).
Fig. 342. — Éléments cellulaires contenus dans la synovie purulente d’une arthrite rhumatismale mono-articulaire : a, grande cellule; p, globule du pus; m, corps granuleux. — Gross. de 350 diamètres.
ARTHRITES AIGUES
après une injection d’huile iodoformée dans l’articulation du genou, ils ont pu constater que les lésions de la synoviale consistaient essentiellement dans la chute des cellules endothéliales superficielles et dans une infiltration du tissu conjonctif et du tissu des franges adipeuses
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