CORPS LIBRES ARTICULAIRES
Au point de vue de leur origine, on doit distinguer deux grandes classes : les corps libres articulaires d’origine traumatique, et les corps libres articulaires d’origine pathologique.
Corps libres articulaires d’origine traumatique. — Dans une première variété, on range quelques faits exceptionnels où, consécutivement à un traumatisme, on a vu un hématome, développé dans l’épaisseur d’une frange synoviale, former une tumeur plus ou moins volumineuse, faisant saillie dans la cavité articulaire et reliée à la synoviale par un pédicule [Bowlby (1), Shattock (2)].
Les traumatismes articulaires peuvent, par arrachement, détacher des extrémités épiphysaires des fragments qui deviennent des corps libres articulaires, dont l’origine est indiscutablement démontrée à la fois par la perte de substance constatée sur l’extrémité articulaire lésée et par l’examen histologique qui permet de retrouver le revêtement cartilagineux tapissant une seule face du fragment osseux rendu libre.
On a cherché à étendre cette explication à la pathogénie d’autres corps ostéo-cartilagineux intra-articulaires, dont la structure histologique ne démontre pas l’origine d’une façon aussi nette, mais qui n’en sont pas moins constitués manifestement par des tissus normaux.
On rencontre, en effet, chez des sujets pour lesquels il est possible d’invoquer l’existence d’un traumatisme antérieur, des corps ostéocartilagineux intra-articulaires,dans lesquels une des faces, constituée par du tissu cartilagineux, peut être considérée comme correspondant au cartilage diarthrodial, l’autre face étant constituée par du tissu osseux, recouvert lui-même d’une couche fibreuse. Dans d’autres cas, il s’agit de corps fibro-cartilagineux limités sur toute leur surface par une sorte de périchondre, dont émanent des trousseaux fibreux qui s’enfoncent dans la profondeur suivant une direction rayonnéecentripète. Enfin on observe aussi, dans les mêmes conditions, des corps mobiles, dans lesquels on trouve successivement sur une coupe transversale, en allant de la périphérie vers le centre, une couche de tissu fibreux, du fibro-cartilage, du cartilage hyalin et du tissu osseux (Poncet).
Dans les cas de ce genre, si l’on veut admettre l’origine traumatique, on doit considérer comme le résultat d’altérations secondaires les différences de structure qu’on constate à l’examen histologique, dans.
(1) Bowlby, Transact. of the path. Soc. of London, 1888.
(2) Shattock, Lancet, 1888.
MALADIES DES SYSTEMES ET DES TISSUS
l’arrangement réciproque des tissus cartilagineux et osseux, qui est loin de ressembler à la simple superposition du cartilage diarthrodial au-dessus du tissu osseux épiphysaire.
On peut aisément expliquer ces transformations secondaires par un arrachement incomplet, qui permet au fragment détaché de conserver pendant un certain temps, avant de devenir libre, des connexions vasculaires avec son point d’origine; le fragment peut continuer à vivre et subir des modifications structurales en rapport avec une évolution anormale de ses éléments constitutifs, résultant des conditions nouvelles dans lesquelles il se trouve placé.
Dans les expériences qui ont permis à Poncet de détacher des condyles, par des chocs directs sur le genou, des éclats de cartilage et d’os, on a pu constater que ceux-ci étaient quelquefois retenus encore par une mince toile fibreuse. Dans une observation de Bœckel, citée par Quénu, une arthrotomie du coude a permis de retirer, quelques mois après un violent traumatisme articulaire, deux corps qui étaient constitués par du tissu spongieux revêtu d’une couche de fibro-cartilage; or l’un d’eux était relié à son point d’arrachement par une bandelette fibreuse. Depuis, un certain nombre d’observations analogues ont été publiées, et l’on doit admettre que, dans ces conditions, les fragments qui conservent ainsi des connexions vasculaires puissent, continuant à vivre, subir des modifications de structure qui sont susceptibles de faire méconnaître leur véritable origine, lorsque leur pédicule s’est finalement rompu et qu’ils sont devenus entièrement libres dans la cavité articulaire.
Poulet et Vaillard(l)ont étendu considérablement cette interprétation pathogénique destinée à expliquer les modifications structurales observées dans un certain nombre de corps libres articulaires, pour lesquels on invoquait une origine traumatique. Ils ont, en effet, admis que les fragments, ostéo-cartilagineux, complètement détachés des extrémités articulaires, pouvaient rester vivants et capables « de modifier leur structure, de changer leur forme première, de transformer leurs éléments composants et quelquefois de les multiplier », Poulet et Vaillard basent cette opinion sur des expériences faites chez le chien, et dans lesquelles, après avoir introduit des fragments ostéocartilagineux dans des cavités articulaires, ils ont vu ces fragments s’entourer de tissu conjonctif Vasculaire; mais, suivant l’objection très juste de Quénu, ces fragments s’étaient greffés en un point de la syno-
(1) Poulet et Vaillard, Arch. de physiol., 1885.