ŒDÈME DU TISSU CONJONCTIF
sérosité à la suite des piqûres que l’on pratique à la peau des hydropiques dans le but de les soulager.
Le liquide qui s’écoule par les piqûres est transparent et albumineux: il ne se coagule au contact de l’air, ni spontanément, ni après addition de globules rouges du sang, ce qui indique qu’il ne contient pas de substance fibrinogène. Ce fait suffît pour séparer la sérosité des liquides inflammatoires.
Dans la sérosité de l’œdème, on retrouve constamment des globules blancs en petite quantité.
Il est très facile de faire l’étude histologique du tissu conjonctif infiltré : il suffît d’en enlever des fragments avec des ciseaux courbes, de les placer sur une lame de verre porte-objet et de les recouvrir d’une lamelle. Cette opération doit être faite assez rapidement pour que le liquide ne s’écoule pas. Dans ces préparations, les faisceaux du tissu conjonctif sont écartés les uns des autres. Dans l’espace qui les sépare, il existe de la sérosité qui contient des globules blancs ou lymphatiques en quantité plus considérable qu’à l’état physiologique. On voit, en outre, le long des faisceaux, les cellules fixes du tissu conjonctif devenues plus ou moins globuleuses, contenant un noyau bien apparent et des granulations réfringentes. Dans la constitution de ces granulations, il entre de la graisse; mais elles n’en sont pas entièrement formées; car l’acide chromique, l’acide acétique et l’acide picrique ont sur elles une action qu’on n’observe jamais sur des granulations purement graisseuses. Ces réactifs diminuent le diamètre des granulations en augmentant leur réfringence. Il est probable que les granulations observées dans les cellules du tissu conjonctif sont une combinaison de principes gras avec une. substance albuminoïde, et que la séparation est produite par les acides. Ce sont là des hypothèses que nous nous voyons forcés de donner en l’absence de notions chimiques précises.
On observe aussi parfois, dans les cellules du tissu conjonctif œdémateux, des granulations colorées en jaune clair, très petites et souvent anguleuses, formées probablement aux dépens de la matière colorée des globules rouges du sang; ceux-ci se rencontrent, en effet, presque constamment dans la sérosité de l’œdème. La pigmentation des cellules du tissu conjonctif s’observe surtout dans les hydropisies anciennes.
Les faisceaux connectifs et les fibres élastiques ne subissent aucune modification appréciable.
g68 MALADIES DES SYSTÈMES ET DES TISSUS
Les vaisseaux sanguins qui traversent les parties oedémateuses sont remplis de globules rouges. La proportion des globules blancs y est accrue; ces derniers se montrent, comme on l’observe d'habitude, le long des parois vasculaires. Dans certains cas, les globules rouges sont tellement nombreux et pressés les uns contre les autres qu’on ne peut les distinguer et que les vaisseaux paraissent injectés comme par une masse homogène. Ces vaisseaux sont, du reste, très faciles à étudier, parce qu’ils sont isolés au milieu de la sérosité comme les faisceaux de tissu conjonctif.
Les cellules adipeuses ont généralement subi, dans l’œdème, des modifications plus ou moins considérables. Dans les œdèmes produits artificiellement chez les chiens, on observe une transformation granulo - graisseuse du proloplasma situé entre la membrane de la vésicule et la gouttelette adipeuse centrale. Il en résulte que la cellule adipeuse tout entière, au lieu d’être formée par une masse réfringente unique, montre tout autour de la goutte de graisse centrale une couronne de granulations.
Dans les œdèmes cachectiques, la graisse contenue dans les cellules a subi une résorption partielle. C’est ce qui arrive, par exemple, chez les phtisiques. On observe aussi parfois une fragmentation en gouttelettes fines de la masse graisseuse des cellules adipeuses. Ce phénomène de la fragmentation de la graisse est dû à la présence d’un liquide albumineux dans l’intérieur de la cellule adipeuse et n’est pas sans analogie avec l’émulsion artificielle de la graisse dans l’albumine. Les noyaux de ces cellules adipeuses sont toujours très visibles.
Jusque ‘dans ces derniers temps, on a cru que l’œdème était le résultat de- la stase du sang. La théorie physiologique de Lower était acceptée par tous les pathologistes. Le physiologiste anglais a formulé d’une manière très précise le mode de production des hydropisies. Il dit que, lorsque les veines sont oblitérées, le sang, ne pouvant plus
Fig. 358. — Cellules adipeuses du tissu sous-cutané du chien dans l’œdème artificiel, produit par la ligature de la veine cave inférieure et la section du nerf sciatique : a, globe de graisse ; n, noyau de la cellule ; p, protoplasma infiltré de granulations graisseuses; r, cellule . de tissu cpnjonctif infiltrée de granulations graisseuses. — Grossissement de 400 diamètres.