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PHLEGMON CHRONIQUE

L’examen histologique du tissu conjonctif gangrené offre à considérer une masse fibrillaire dans laquelle il est difficile de distinguer nettement les faisceaux. Au milieu des fibrilles dissociées, on rencontre des globules de pus, des granulations albuminoïdes, pigmentaires jaunes ou noirâtres, des granulations graisseuses et des gouttelettes de graisse. Un grand nombre de microbes recouvrent les faisceaux conjonctifs et les fibrilles dissociées.

Les granules graisseux proviennent probablement de la destruction des cellules adipeuses. Les lambeaux de tissu conjonctif, qui sont détachés et qui flottent dans le pus, présentent une structure identique. Par l’effet de la macération dans le liquide purulent, la substance unissante des fibrilles est dissoute et celles-ci sont mises en liberté comme si elles avaient été traitées par les réactifs qu’on emploie d’habitude pour les mettre en évidence.

Lorsqu’un phlegmon, ayant débuté par le tissu sous-cutané, gagne le derme cutané et les couches superficielles de la peau, il est précédé par l’envahissement des micro-organismes qui cheminent entre les faisceaux conjonctifs.

Dans certains phlegmons, et lorsque la suppuration tend à se frayer une issue spontanée à travers la peau, les papilles cutanées sont, à un moment donné, très hypertrophiées et œdémateuses. Les fibres de leur tissu conjonctif sont séparées par du liquide qui contient des granulations protéiques, des leucocytes et des microbes. Les couches épidermiques sont alors le siège d’une migration de ces deux derniers éléments qui s’insinuent entre les cellules épithéliales.

§ 6. — Phlegmon chronique.

On donne le nom de phlegmon chronique à l’inflammation de longue durée du tissu conjonctif caractérisée par une induration lardacée accompagnée souvent de foyers suppuratifs. Le phlegmon chronique n’est pas une maladie primitive du tissu conjonctif: elle accompagne les affections chroniques des os ou du système vasculaire. On pourrait, certes, placer la description du phlegmon chronique dans les chapitres spéciaux destinés aux ostéo-périostites chroniques, aux nécroses, aux varices anciennes, etc. ; mais dans toutes ces maladies les lésions du tissu conjonctif sont les mêmes, et dès lors elles n’exigent pas une analyse spéciale.

Le tissu conjonctif épaissi présente parfois un volume considérable

MALADIES DES SYSTÈMES ET DES TISSUS

et simule une tumeur ; cependant la tuméfaction n’est jamais nettement circonscrite ; elle se confond avec les parties saines voisines, de telle sorte qu’il serait difficile de lui assigner une limite. La peau présente à son niveau soit des fistules, soit des ulcères, soit des hypertrophies papillaires sur lesquelles il sera donné de plus amples détails à propos de l’anatomie pathologique de la peau.

Sur une coupe pratiquée au milieu de la masse morbide, le tissu offre un aspect lardacé et il s’en écoule un liquide séreux ou opalin. En examinant avec attention la surface de section, on reconnaît des portions nettement fibreuses qui correspondent aux tendons ou aux aponévroses, des parties translucides et infiltrées de liquide comme dans l’œdème, des îlots irréguliers, opaques et purulents, des vaisseaux dilatés, gorgés de sang, et des points hémorragiques.

Pour étudier au microscope ce tissu complexe, il est nécessaire d’employer plusieurs méthodes. Les éléments obtenus sur la pièce fraîche par la dissociation sont des globules de pus, des corpuscules granuleux et des grandes cellules plasmatiques, de forme variée, globuleuses, fusiformes, plates, irrégulières, semblables à celles qu’on observe dans les sarcomes.

A côté de ces éléments cellulaires, on rencontre des granulations graisseuses, des gouttelettes de graisse et des fibres de tissu conjonctif.

Sur les coupes microscopiques pratiquées après durcissement et conservées dans la glycérine ou dans le baume, on retrouve des faisceaux de tissu conjonctif coupés suivant différentes directions et séparés les uns des autres par des lits de cellules. Les unes ressemblent aux globules blancs du sang; d’autres, plus volumineuses et d’apparence fusiforme, sont des cellules fixes du tissu conjonctif plus ou moins modifiées. Les vaisseaux sanguins montrent sur ces coupes leurs parois épaissies et une multiplication très évidente de leur endothélium ; ils sont entourés d’une zone plus ou moins large, irrégulière, occupée par des globules de pus. Parfois on retrouve encore des îlots de cellules adipeuses atrophiées et présentant des multiplications de leurs noyaux ; elles sont généralement séparées les unes des autres par des amas de cellules embryonnaires ou de globules purulents.

Enfin, dans quelques points de la préparation, les cellules plasmatiques hypertrophiées analogues à celles du sarcome dominent et forment des amas dont la masse est variable.

Il n’y a pas, comme on le voit par ce qui précède, de différence fondamentale entre la structure de ce tissu morbide et celui de

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